La culture peut être dangereuse

Publié 25/09/2017 par Morgane
Catégories : Polar

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Je commence toujours les recueils de la série Crimes à… avec une légère appréhension, doublée d’une excitation évidente : est-ce que je vais tout aimer? Qui vais-je découvrir ? Est-ce que je vais être déçue par un auteur que j’appréciais tant ? Ah, les troubles de lectrice !

Mais remettons dans le contexte pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le concept. Un jour, Richard Migneault a eu l’idée de réunir des auteurs de polar québécois pour les faire plancher sur un même thème, cela a donné Crimes à la librairie. Le succès fut évident, les auteurs qui n’avaient pas pu participer écrivaient au directeur : et moi ? Et moi ? Donc, rebelote, cette fois-ci pour Crimes à la bibliothèque. Le lecteur était ravi, ayant eu l’occasion à ce moment-là de découvrir ou redécouvrir plus d’une trentaine d’auteurs d’ici ; mais il se demandait comment le concept allait pouvoir continuer tout en ne se répétant pas.

Crimes au muséeOn peut faire confiance à Richard pour avoir toujours un nouveau projet qui l’enthousiasme et nous surprend et voilà, tout juste sorti des presses québécoises, Crimes au musée. Je spécifie québécois, parce que la version française est, elle, parue au printemps chez Belfond. Eh oui, ce nouveau-né de la série est allé chercher des plumes des deux côtés de l’Atlantique, avec une coédition à la clé.
La deuxième particularité du recueil est qu’il ne réunit que des femmes. On peut donc aller vérifier s’il existe une écriture féminine dans le polar. Ma réponse après lecture ? Pas sûre, genre distinct, thématiques diverses et degré d’hémoglobine variable, il y en a pour tous les goûts ! Cela n’en reste pas moins intéressant de voir ces femmes si différentes dans leur vie, leurs carrières et leurs écrits faire face à la même contrainte. 18 auteures qui nous offrent leur vision du crime au musée ! Je pourrais faire la liste des lieux visités : le Japon avec Dominique Sylvain et Claire Cooke, le Rwanda avec Geneviève Lefebvre, la Turquie avec Florence Meney ou bien encore Venise avec Stéphanie de Mecquenem. Je pourrais parler de la diversité des moyens du crime : poison, machette made in China, arme à feu ; quand le crime est un meurtre d’ailleurs, même s’il l’est souvent dans le livre. J’ai aussi constaté que la thématique de la vengeance est très présente, et en général perçue comme tout à fait excusable. Aurais-je trouvé là une particularité de l’écriture féminine ? Peut-être.

Comme dans tout recueil, il y a des préférences pour certains textes. Après tout, les lecteurs ne se ressemblent pas. Et comme dans les deux livres précédents, certains auteurs trichent un peu avec le thème, forçant l’idée du musée plutôt que l’utilisant comme une part entière de leur histoire. Mais j’ai envie de vous parler de celles que j’ai préférées.

Dans le léger, j’ai bien aimé l’hommage de Stéphanie de Mecquenem au roman à énigme et j’irai sûrement découvrir son duo d’enquêteurs. Les amateurs d’Agatha Christie apprécieront. De la même manière Andrée A. Michaud rend, de son côté, hommage au roman noir. Il faut faire attention à bien choisir la dame avec qui on danse ! Il y a aussi le revirement de la fin écrite par Ingrid Desjours, voilà une nouvelle à chute ! Ou encore les personnages de Dominique Sylvain qui nous amène dans le Japon où elle a passé quelques années. J’espérais d’Ariane Gélinas une atmosphère troublante et j’ai été comblée, l’auteure sait semer le doute. D’ailleurs, Claudia Larochelle m’a surprise en allant jouer elle aussi dans une ambiance dérangeante qui rend son texte assez fort.

Enfin, si l’on parle d’écriture, il semblerait que je devienne chauvine, puisque sans que je le veuille, ce sont trois Québécoises qui emportent mon vote. Florence Meney, Geneviève Lefebvre et Martine Latulippe ont des styles propres, différents, mais qui ne laisse pas indifférent. À la fois poétiques et efficaces, ils amènent tous vers des fins qui ne peuvent qu’être funèbres ; après tout, c’est un recueil de polar !

Crime au musée est donc le digne petit frère des deux titres précédents. On peut espérer qu’en outre, ils permettront aux Français de découvrir les plumes d’ici. Pour moi, c’est l’occasion de retrouver celles que j’apprécie déjà, d’en lire de nouvelles et de me dire que je ne sais toujours pas s’il y a vraiment une écriture féminine de polar, mais qu’il y a quand même de sacrées auteures !

Sous la direction de Richard Migneault, Crimes au musée, Druide, 2017 (publié chez Belfond en France)

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Mets ta belle robe, j’t’amène aux vues !

Publié 06/09/2017 par Morgane
Catégories : C'est du noir

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Maxime Houde abandonne le temps d’un roman son héros Stan Coveleski, même si on le croise au détour d’un chapitre, en forme de clin d’œil. Et des clins d’œil, La vie rêvée de Frank Bélair en regorge. Car c’est le but de l’auteur, rendre hommage au film noir, par sa thématique, mais aussi par sa construction, et y compris sa couverture ! C’est réussi, autant que ma maigre connaissance du genre me permet de le dire. L’atmosphère, les personnages, les lieux, on a tout ce qu’il faut pour qu’Humphrey Bogart débarque (je sais, c’est classique, mais après tout, c’est la première image qui nous vient souvent !).

Vie rêvée de Frank BélairOn rencontre donc François, dit Frank, Bélair. 1942, les affaires sont bonnes pour le propriétaire du Blue Dahlia, un des cabarets à la mode de Montréal. Après tout, les soldats qui vont se battre en Europe ont bien besoin de s’amuser. Frank règne en maître sur ses danseuses et ses clients, mais tout n’est peut-être pas simple quand on doit payer la cut à celui à qui on doit son bar. Et on n’est jamais trop loin des embrouilles dans ce métier.

On va suivre le quotidien de Frank, dans un récit qui avance et qui revient dans le temps, entre 1933 et 1948 : sa famille, sa femme, son fils, mais aussi ses maîtresses et ses liens avec les Rourke, représentants de la mafia locale.

La vie rêvée de Frank Bélair est finalement bien plus le portrait d’un homme et d’une époque dans un certain milieu qu’une intrigue complexe ou une histoire d’un crime. Des méfaits, il y en aura à foison, vous pourrez lire de la corruption, de la violence et même quelques meurtres. Après tout, difficile de garder les mains propres ou de ne pas se trouver confronté à ce genre de choses quand on bosse dans le monde de la nuit. C’est tout cela qu’a voulu montrer Maxime Houde ; et tous les stéréotypes sont là, volontairement : de la femme fatale au gangster, en passant par le bras droit amateur de coups, pour finir avec le héros, le paumé loser qui essaye de faire progresser sa vie en prenant quelques raccourcis, sans se soucier vraiment de ceux qui l’entourent. L’exercice est réussi et Maxime Houde va même jusqu’à nous expliquer ses références dans le mot de la fin.

L’intrigue est plutôt classique, mais la structure ne manque pas d’originalité, puisqu’on saute d’une année à l’autre, retournant dans la jeunesse de Frank pour repartir plus loin, nous permettant de mieux comprendre son parcours. Il s’agit là encore, selon l’auteur, de reproduire ses modèles aux récits non linéaires. C’est en tout cas une belle manière de balader le lecteur pour qu’il ne se laisse pas trop porter.

Les amateurs de films noirs y reconnaîtront sûrement les références, j’ai de mon côté profité de l’ambiance, écouté la musique, regardé les floor shows et senti le parfum des années 30 et 40 à Montréal.

Je ne sais pas si tout cela fait de cette Vie rêvée de Frank Bélair un grand roman noir, je dirais qu’il manque un peu de substance et d’intrigue pour cela. C’est en tout cas un bel hommage au cinéma et on ressort avec des envies de replonger dans nos classiques et nos moins classiques. Éteignez la lumière et amenez le pop-corn, le film va commencer !

Maxime Houde, La vie rêvée de Frank Bélair, Alire, 2017.

Rentrée des classes et prix Saint-Pacôme

Publié 23/08/2017 par Morgane
Catégories : News

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C’est la rentrée des classes ! La mienne du moins. Il était temps, je m’ennuyais du clavier sans m’y mettre pour autant. Ah, procrastination, quand tu nous tiens !

Et puis, il y a aussi le fait que la libraire ne l’est plus, libraire ! Ce qui me donnera d’autant plus envie de partager mes lectures puisque j’aurai moins l’occasion de le faire tous les jours. Mais je ne quitte pas le monde du livre et on risque de me croiser dans les salons, principalement de l’autre côté de l’océan pour discuter de littérature québécoise (et de polar, of course !) avec les lecteurs européens.

Donc, voilà, nouvelle vie ! Mais assez sur moi, parlons bien, parlons noir.

On connaît depuis quelques jours les finalistes du Prix Saint-Pacôme. Il s’agit de :

– Frères d’infortune, Marie-Ève Bourassa, VLB.

– Où le soleil s’éteint, Jacques Côté, Alire.

– L’autre reflet, Patrick Senécal, Alire.

Je ne peux pas juger, je n’ai lu que le roman de Marie-Ève Bourassa, que j’avais beaucoup aimé d’ailleurs. Et vous ?

Aura également lieu la remise du prix Saint-Pacôme international décerné par les libraires du Québec. Les trois finalistes 2017 sont :

– Jusqu’à l’impensable, Michael Connelly, Seuil.

– Quand sort la recluse, Fred Vargas, Flammarion.

– Cartel, Don Winslow, Seuil.

Puisque je ne fais plus partie du jury, je peux ouvertement avouer que mon cœur balance pour Cartel de Don Winslow, qui a été une de mes claques de l’année. Mais je suis certaine que mes anciens collègues choisiront bien !

Le gala de Saint-Pacôme est aussi l’occasion d’autres prix, comme le prix Saint-Pacôme jeunesse, le Prix Jacques-Meyer du premier polar (que Marie-Ève Bourassa avait déjà reçu), ainsi que des prix de nouvelles.

Enfin, on y remet le prix Coup de cœur des amis du polar. La nouveauté cette année (qui, d’ailleurs m’avait échappé) est que le public peut voter en ligne. Vous avez jusqu’au 15 septembre pour participer. Il vous suffit d’aller sur le site.

Les lauréats seront comme d’habitude annoncés lors du gala qui aura lieu le 7 octobre. En attendant ? Lisons donc ces polars québécois !

Et pour ceux qui auraient envie d’aller promener dans le bas du fleuve, la fin de semaine polar commencera dès le vendredi soir avec une conférence, puis un salon du livre en journée le samedi avec des animations. Surveillez la page Facebook de la Société du roman policier de Saint-Pacôme !

Mes personnages ne sont plus ce qu’ils étaient

Publié 06/02/2017 par Morgane
Catégories : Presque du polar

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Vous savez, lorsque vous aimez quelque chose et que vous l’attendez vraiment fort, vous pouvez être vraiment, mais alors, vraiment déçu ? Ben, voilà, Pennac et moi, sur ce coup-là, c’est ça. Déjà quand on m’avait annoncé le retour de la tribu Malaussène avec Ils m’ont menti, j’étais dubitative. Une partie de moi voulait y croire, parce que je les aime tous, de Benjamin, en passant par Clara jusqu’à la nouvelle génération… sauf que cela faisait longtemps, et je ne voyais pas tout à fait comment Pennac pouvait les faire revenir en quelques phrases.

ils-mont-mentiPour marquer le temps qui passe, il les a vieillis. Les enfants ont grandi, Monsieur Malaussène et ses cousins et cousines sont des adolescents, Verdun est devenue juge d’instruction. Benjamin, lui, reste le même. Il travaille toujours pour la maison d’édition de la reine Zabo. Celle-ci s’est prise de passion pour un nouveau genre littéraire, la vérité vraie (comprendre l’autofiction qui peuple nos rayons actuellement). Benjamin est justement chargé de la sécurité d’un de ces auteurs, car la vérité vraie, parfois, dans les familles, ça fâche !

Il l’a donc planqué dans une forêt du Vercors, proche de la maison où il passe ses vacances et son vévé en profite pour pondre un nouveau volume pour la reine éditoriale.

Pendant que Malaussène fait l’autruche, la France entière est passionnée par la même histoire : qui a kidnappé Georges Lapietà, cet homme d’affaires venant de s’offrir un parachute doré de plusieurs millions d’euros après avoir licencié des milliers d’employés ?

Vous pensez bien que tout cela a un rapport avec la tribu au complet et qu’on va finir par voir arriver la majorité des personnages qui gravitaient dans les précédents romans ; mais je ne vous vendrais pas de punchs, contrairement à la critique du Devoir de samedi dernier !

Alors, oui, on retrouve le ton Pennac, l’humour qu’on aimait, les situations abracadabrantes, et les personnages hauts en couleur ; pour cela, les fans seront comblés. Mais c’était, à mon goût, trop ! Trop de hasards qui tombent bien ou plutôt mal (je sais, c’est un peu le principe de la série, mais trop, c’est comme pas assez) ; trop de personnages qui, du coup, ne sont pas aussi développés qu’ils le pourraient ; et puis, à mon avis, trop de volonté d’être original (Verdun qui s’enlaidit chaque matin, qui se met une moustache, son mari qui parle en breton), trop, c’est trop ! Idem pour le style et les phrases typiques Malaussène, ça croule un peu d’images se voulant drôles et différentes.

Au-delà de ces réserves qui visent le texte en lui-même, il y a la structure du livre et ce lexique de fin de roman qui m’a empoisonné la lecture. Je comprends la volonté de l’éditeur de rappeler au lecteur lointain qui sont les différents personnages, mais je déteste qu’on interrompe ma lecture sans cesse ; surtout que l’information aurait pu être glissée subtilement dans le texte ou bien en note de bas de page. Ma frustration augmente un peu quand on coupe mon élan pour me dire que Sam Peckinpah était un réalisateur. Bon d’accord, tout le monde n’est pas obligé de le savoir, mais va-t-on vraiment tout traduire ? Si je ne sais pas, je vais voir Wikipédia ! J’ai l’impression d’un nivellement vers le bas.

Alors, oui, ma critique est assez négative, il faut dire que ma déception est probablement proportionnelle à l’attente que j’avais ; et je ne sais pas si j’irai lire la suite. Je suis sûre que certains fans seront ravis, retrouveront la tribu avec tout le plaisir qu’il se doit et penseront que je suis bien difficile. Après tout, qui suis-je pour juger Pennac et Gallimard ? Ben justement, un certain Daniel m’a un jour appris dans Comme un roman que j’avais tous les droits. Ma tendresse pour l’auteur est intacte, mais je n’ai quand même pas aimé ça !

Daniel Pennac, Le cas Malaussène T.1, Ils m’ont menti, Gallimard, 2016.

Ce n’était pas mieux avant!

Publié 30/01/2017 par Morgane
Catégories : C'est du noir, Polar

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Soyons honnêtes, le monde actuel est assez moche. Alors, pourquoi ne pas aller faire un tour dans le passé pour voir si tout était mieux avant ?

D’accord, vu que c’est du polar, ce ne sera probablement pas beaucoup plus joyeux, mais bon, au moins, ça fait changement !

trois-fois-la-be%cc%82tePremière étape : Trois fois la bête de Zhanie Roy que j’ai lu il y a quelques semaines. C’est l’été 1935 dans un petit village du Québec; les journées sont chaudes, les familles nombreuses, le travail des champs rude. Un premier enfant est retrouvé assassiné, éventré ; puis un deuxième. Où est la bête qui les attaque ? En plus de la peur, la discorde s’installe ; le curé veut créer un nouveau cimetière, un hommage à Dieu ou peut-être plus un témoignage de son passage à lui, humble curé, sur cette terre. Mais tous ne sont pas d’accord sur son choix de lieu et un des hommes, fraîchement revenu des États-Unis, mène la fronde.

Zhanie Roy écrit bien cette idée de peur, on voit la suspicion s’installer dans la tête des villageois. Et si la bête n’était pas un loup affamé par l’été ? Et si le coupable était l’un d’entre eux ? Elle montre aussi très bien les débuts de la rébellion contre l’église. Tout d’un coup, le curé n’est plus l’unique pouvoir, des hommes osent se lever et répondre, avoir un avis différent.

Trois fois la bête est un roman noir. Ici, pas d’enquête, le but n’est pas de démasquer le coupable, homme ou animal, mais bien de montrer la crainte et comment réagit une communauté lorsque le drame frappe. Et tout cela, Zhanie Roy le fait très bien. J’ai été déçue par la résolution, à mes yeux un peu facile, et des motifs de meurtres légers, mais la qualité du roman demeure.

Et puis, au-delà du noir, je trouve que sa description de l’époque forte : la dureté du travail, les enfants qui aident, les familles nombreuses et surtout le courage de ces mères, toujours à l’ouvrage, malgré les grossesses et la fatigue.

adieu-mignonneRemontons encore un peu dans le temps et revenons vers la grande ville avec Marie-Ève Bourassa qui nous amène dans le Red Light de Montréal. Eugène Duchamp vit à deux pas, dans le quartier chinois, avec sa femme. Ancien policier, il a fui en s’enrôlant dans l’armée et en allant combattre en Europe. Il est de retour, infirme et opiomane. Pourtant, certains croient encore en lui puisqu’une jeune prostituée vient lui demander son aide. On a enlevé son enfant dans la maison de passe où elle vit. Elle veut le retrouver et la police ne bougera pas pour une fille comme elle. Eugène se défend, après tout, il n’est pas détective privé ! malgré tout, il sait qu’il est le seul qui pourra aider la jeune femme. Il va donc repartir dans ses quartiers d’autrefois, retrouver ses quelques anciens amis, ses douloureux amours passés ainsi que ses très nombreux ennemis. Son enquête le mènera bien plus loin qu’il ne le pensait, des bas-fonds sordides aux beaux quartiers de Montréal.

Marie-Ève Bourassa nous plonge dans une époque de la ville, qui, de façon surprenante, a été peu utilisée dans les polars jusqu’à maintenant. Pourtant tout est là pour créer l’ambiance parfaite : les mafieux, la corruption dans la police et les hautes-sphères, l’alcool de contrebande, les maisons de passe et la musique des cabarets. Il ne manque plus qu’un privé, et le nôtre est plutôt abîmé. Mais malgré son état de santé et l’abus d’opium, il garde une certaine morale et ne peut s’empêcher de venir en aide à celles qui en ont besoin, surtout quand il sait qu’elles sont seules.

Là encore, la description des lieux et de l’époque fait la force du roman. On voit la ville, les différents quartiers qui correspondent aux différentes classes sociales. La vie est rude pour les plus pauvres et la prostitution souvent la seule solution pour certaines femmes. Marie-Ève Bourassa les montre telles qu’elles sont, trop jeunes, perdues et en même temps pouvant être cruelles entre elles, tout en sachant se défendre. Quant à son héros, à l’image des certains privés classiques du roman noir, il décide par lui-même comment justice doit être rendue… ce qui n’est pas pour me déplaire.

Ce premier volume de la série, Adieu Mignonne, a été pour moi une belle découverte, même si tardive. Le deuxième, Frères d’infortune, est également sorti il y a quelques mois, ce qui me donne envie de savoir ce qu’il advient d’Eugène Duchamp !

Zhanie Roy, Trois fois la bête, À l’étage, 2015.

Marie-Ève Bourassa, Red Light, Adieu Mignonne, VLB éditeur, 2016.

Un Écossais plus que l’autre

Publié 17/01/2017 par Morgane
Catégories : Polar

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Voici un texte qui traînait depuis des semaines dans mes dossiers. Il est temps de le publier pour mieux passer à la nouvelle année ! Donc, deux de mes dernières lectures 2016, une moins plaisante que l’autre, mais pourquoi ne pas en parler aussi !

Je commencerais par la moins heureuse. Comme préambule, il serait peut-être juste de spécifier que je ne suis pas une fan de sports, en particulier de foot (le soccer des Nord-Américains !). Je ne m’étais donc pas précipitée vers la nouvelle série de Philip Kerr, alors même que j’avais lu tous les Bernie Gunther.

main-de-dieuÀ la sortie de La main de Dieu, je me suis dit qu’il fallait laisser la chance au coureur et qu’après tout, l’auteur étant excellent, j’allais peut-être me mettre à aimer le ballon rond. En plus, je ne suis pas complètement néophyte et je le savais bien que la main de Dieu, ça avait un lien avec Maradona! Verdict ? Pas pantoute ! Le foot ne passe pas, même en polar. J’y ai mis du cœur pourtant, je l’ai lu jusqu’au bout, mais on doit attendre la moitié du roman pour voir un mort (enfin, de l’action autre qu’un penalty !) et le tout est mêlé de récit de matchs. Promis, si je me faisais présenter encore une fois un changement de joueur, j’allais sur le terrain casser la gueule à l’arbitre !

Allez, j’exagère peut-être un peu pour le plaisir de la critique. L’enquête autour de la mort d’une vedette de l’équipe de London City, lorsqu’elle arrive, est plutôt bien menée. En outre, cela permet à Philip Kerr de parler de la crise financière grecque et des dessous corrompus du milieu footballistique. En prime, les sorties de son héros Scott Manson contre la coupe du monde sont plutôt jouissives. Tout cela n’est donc pas entièrement désagréable. N’empêche que, si vous n’aimez pas voir 22 joueurs courir après un ballon sur un terrain, je vous dirai bien de lire autre chose !

tels-des-loups-affamesUn autre écossais, par exemple ? Parce que, Rankin ne m’a jamais déçu. J’avoue avoir une préférence pour John Rebus, son héros entêté et so Édimbourg, mais je ne déteste pas non plus Malcolm Fox, même s’il est un peu trop clean à mon goût. Mettez les deux ensemble et je prends, sans discuter. C’est le cas dans Tels des loups affamés. Siobhan Clarke se retrouve avec une grosse enquête à gérer, la mort d’un juge. Elle se demande très vite s’il s’agit d’une affaire isolée ou d’un projet plus grand. Mais qu’est-ce qui relie les différentes victimes ? Car l’une des cibles potentielles n’est autre que l’ennemi juré de Rebus, Big Ger Cafferty. Elle aura donc besoin de l’aide de son ancien mentor pour en savoir plus. Et cela fait le bonheur de Rebus, qui ne veut pas l’admettre. En même temps, la retraite ne lui convient pas particulièrement. Il a beau faire de l’humour noir, les journées sont longues à remplir quand on n’a pas de carte de bibliothèque et qu’on ne joue pas au golf. Quant à Malcom Fox, il se retrouve à enquêter sur une famille de criminels de Glasgow en voyage un peu trop souvent dans la capitale. Tout cela pourrait-il être lié ? Le monde interlope est-il en mutation complète ? Siobhan et ses collègues ne laisseront pas les règles du jeu changer et cela nous amène dans une enquête complexe et dangereuse.

Peut-être est-ce que c’est simplement parce que Rebus n’aime pas non plus le sport que je lui suis fidèle. Mais je dirai plutôt que c’est une ambiance, des dialogues pleins d’humour, des liens d’amitié qui se créent, même parfois entre ennemis. Et puis Rankin raconte bien ces hommes d’un certain âge qui ne veulent pas lâcher, pas se coucher, que ce soit Rebus ou Big Ger Cafferty. Alors j’embarque avec eux, je les suis au pub, et contrairement à Malcom Fox, moi, je prends une pinte.

Voilà, la page 2016 est tournée. Je vous souhaite une bonne année livresque et je reviens bientôt avec mes lectures 2017 !

Philip Kerr, La main de dieu, Éditions du masque, 2016 (The Hand of God, 2015) traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel-Guedj.

Ian Rankin, Tels des loups affamés, Éditions du masque, 2016 (Even Dogs in the Wild, 2015) traduit de l’anglais par Freddy Michalski.

Décorations, cadeaux et Top de l’année

Publié 11/12/2016 par Morgane
Catégories : News, Réflechissons un peu

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Décorations, check ! Musique de Noël dans les commerces, check ! Manteau de neige sur Montréal, recheck !

Ça y est, on y est, on est prêt ! C’est définitivement la période des fêtes. Alors avant de perdre le contrôle et de courir partout au boulot comme un poulet pas de tête (j’adore cette expression), je me dis qu’il est temps de vous annoncer le traditionnel top 5 de l’année puisque je me suis prêtée à l’exercice pour la librairie. Et puis, ça pourrait donner des idées de cadeaux pour ceux qui n’ont pas encore commencé leurs achats.

Comme d’habitude, le choix fut difficile (eh oui, j’ai du mal à me souvenir ce que j’ai lu dans l’année) et déchirant (il y a toujours un sixième qui aurait pu/dû être présent), mais bon, puisqu’il faut se lancer. Voilà, sans ordre particulier, mon top 5 de mes lectures parues cette année :

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud. Pour la langue poétique, la réflexion sur l’immigration et l’intégration, le rapport au langage et l’accent de Toulouse. Et non, ce n’est pas du polar!

Le fils, Jo Nesbø, Gallimard. Parce que Nesbø, bien sûr ! Et puis parce qu’il réussit à faire changer notre regard sur les personnages au fil du récit d’une manière parfaite.

Sans terre, Marie-Ève Sévigny, Héliotrope noir. On manque terriblement de roman noir engagé au Québec, mais heureusement, de nouvelles voix arrivent. C’est le cas ici avec une histoire sur l’écologie et la corruption.

Cartel, Don Winslow, Seuil. J’avais adoré La griffe du chien, Cartel est définitivement une suite à la hauteur ! C’est noir et probablement très représentatif de l’hyper violence qui règne sur les territoires des cartels mexicains.

La loterie, Miles Hyman et Shirley Jackson, Casterman. Parce que la nouvelle de Shirley Jackson parue en 1948 n’a pas pris une ride et que l’adaptation en bande dessinée réalisée par son neveu est géniale.

Et puis, bon, puisque je suis chez moi et que je fais ce que je veux, je rajoute :

Viens avec moi, Castle Freeman, Sonatine. Pour l’humour noir et la situation absurde et pourtant complètement crédible.

Dodgers, Bill Beverly, Seuil. Un road trip américain avec des ados de gangs qui ne sont jamais sortis de chez eux.

Si, avec ça, vous ne savez pas quoi offrir ou que votre public est difficile, pensez référence et optez pour Le détectionnaire de Norbert Spehner chez Alire.

Allez hop, je repars dans ma course des fêtes. Joyeux Noël!!