Mes personnages ne sont plus ce qu’ils étaient

Publié 06/02/2017 par Morgane
Catégories : Presque du polar

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Vous savez, lorsque vous aimez quelque chose et que vous l’attendez vraiment fort, vous pouvez être vraiment, mais alors, vraiment déçu ? Ben, voilà, Pennac et moi, sur ce coup-là, c’est ça. Déjà quand on m’avait annoncé le retour de la tribu Malaussène avec Ils m’ont menti, j’étais dubitative. Une partie de moi voulait y croire, parce que je les aime tous, de Benjamin, en passant par Clara jusqu’à la nouvelle génération… sauf que cela faisait longtemps, et je ne voyais pas tout à fait comment Pennac pouvait les faire revenir en quelques phrases.

ils-mont-mentiPour marquer le temps qui passe, il les a vieillis. Les enfants ont grandi, Monsieur Malaussène et ses cousins et cousines sont des adolescents, Verdun est devenue juge d’instruction. Benjamin, lui, reste le même. Il travaille toujours pour la maison d’édition de la reine Zabo. Celle-ci s’est prise de passion pour un nouveau genre littéraire, la vérité vraie (comprendre l’autofiction qui peuple nos rayons actuellement). Benjamin est justement chargé de la sécurité d’un de ces auteurs, car la vérité vraie, parfois, dans les familles, ça fâche !

Il l’a donc planqué dans une forêt du Vercors, proche de la maison où il passe ses vacances et son vévé en profite pour pondre un nouveau volume pour la reine éditoriale.

Pendant que Malaussène fait l’autruche, la France entière est passionnée par la même histoire : qui a kidnappé Georges Lapietà, cet homme d’affaires venant de s’offrir un parachute doré de plusieurs millions d’euros après avoir licencié des milliers d’employés ?

Vous pensez bien que tout cela a un rapport avec la tribu au complet et qu’on va finir par voir arriver la majorité des personnages qui gravitaient dans les précédents romans ; mais je ne vous vendrais pas de punchs, contrairement à la critique du Devoir de samedi dernier !

Alors, oui, on retrouve le ton Pennac, l’humour qu’on aimait, les situations abracadabrantes, et les personnages hauts en couleur ; pour cela, les fans seront comblés. Mais c’était, à mon goût, trop ! Trop de hasards qui tombent bien ou plutôt mal (je sais, c’est un peu le principe de la série, mais trop, c’est comme pas assez) ; trop de personnages qui, du coup, ne sont pas aussi développés qu’ils le pourraient ; et puis, à mon avis, trop de volonté d’être original (Verdun qui s’enlaidit chaque matin, qui se met une moustache, son mari qui parle en breton), trop, c’est trop ! Idem pour le style et les phrases typiques Malaussène, ça croule un peu d’images se voulant drôles et différentes.

Au-delà de ces réserves qui visent le texte en lui-même, il y a la structure du livre et ce lexique de fin de roman qui m’a empoisonné la lecture. Je comprends la volonté de l’éditeur de rappeler au lecteur lointain qui sont les différents personnages, mais je déteste qu’on interrompe ma lecture sans cesse ; surtout que l’information aurait pu être glissée subtilement dans le texte ou bien en note de bas de page. Ma frustration augmente un peu quand on coupe mon élan pour me dire que Sam Peckinpah était un réalisateur. Bon d’accord, tout le monde n’est pas obligé de le savoir, mais va-t-on vraiment tout traduire ? Si je ne sais pas, je vais voir Wikipédia ! J’ai l’impression d’un nivellement vers le bas.

Alors, oui, ma critique est assez négative, il faut dire que ma déception est probablement proportionnelle à l’attente que j’avais ; et je ne sais pas si j’irai lire la suite. Je suis sûre que certains fans seront ravis, retrouveront la tribu avec tout le plaisir qu’il se doit et penseront que je suis bien difficile. Après tout, qui suis-je pour juger Pennac et Gallimard ? Ben justement, un certain Daniel m’a un jour appris dans Comme un roman que j’avais tous les droits. Ma tendresse pour l’auteur est intacte, mais je n’ai quand même pas aimé ça !

Daniel Pennac, Le cas Malaussène T.1, Ils m’ont menti, Gallimard, 2016.

Ce n’était pas mieux avant!

Publié 30/01/2017 par Morgane
Catégories : C'est du noir, Polar

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Soyons honnêtes, le monde actuel est assez moche. Alors, pourquoi ne pas aller faire un tour dans le passé pour voir si tout était mieux avant ?

D’accord, vu que c’est du polar, ce ne sera probablement pas beaucoup plus joyeux, mais bon, au moins, ça fait changement !

trois-fois-la-be%cc%82tePremière étape : Trois fois la bête de Zhanie Roy que j’ai lu il y a quelques semaines. C’est l’été 1935 dans un petit village du Québec; les journées sont chaudes, les familles nombreuses, le travail des champs rude. Un premier enfant est retrouvé assassiné, éventré ; puis un deuxième. Où est la bête qui les attaque ? En plus de la peur, la discorde s’installe ; le curé veut créer un nouveau cimetière, un hommage à Dieu ou peut-être plus un témoignage de son passage à lui, humble curé, sur cette terre. Mais tous ne sont pas d’accord sur son choix de lieu et un des hommes, fraîchement revenu des États-Unis, mène la fronde.

Zhanie Roy écrit bien cette idée de peur, on voit la suspicion s’installer dans la tête des villageois. Et si la bête n’était pas un loup affamé par l’été ? Et si le coupable était l’un d’entre eux ? Elle montre aussi très bien les débuts de la rébellion contre l’église. Tout d’un coup, le curé n’est plus l’unique pouvoir, des hommes osent se lever et répondre, avoir un avis différent.

Trois fois la bête est un roman noir. Ici, pas d’enquête, le but n’est pas de démasquer le coupable, homme ou animal, mais bien de montrer la crainte et comment réagit une communauté lorsque le drame frappe. Et tout cela, Zhanie Roy le fait très bien. J’ai été déçue par la résolution, à mes yeux un peu facile, et des motifs de meurtres légers, mais la qualité du roman demeure.

Et puis, au-delà du noir, je trouve que sa description de l’époque forte : la dureté du travail, les enfants qui aident, les familles nombreuses et surtout le courage de ces mères, toujours à l’ouvrage, malgré les grossesses et la fatigue.

adieu-mignonneRemontons encore un peu dans le temps et revenons vers la grande ville avec Marie-Ève Bourassa qui nous amène dans le Red Light de Montréal. Eugène Duchamp vit à deux pas, dans le quartier chinois, avec sa femme. Ancien policier, il a fui en s’enrôlant dans l’armée et en allant combattre en Europe. Il est de retour, infirme et opiomane. Pourtant, certains croient encore en lui puisqu’une jeune prostituée vient lui demander son aide. On a enlevé son enfant dans la maison de passe où elle vit. Elle veut le retrouver et la police ne bougera pas pour une fille comme elle. Eugène se défend, après tout, il n’est pas détective privé ! malgré tout, il sait qu’il est le seul qui pourra aider la jeune femme. Il va donc repartir dans ses quartiers d’autrefois, retrouver ses quelques anciens amis, ses douloureux amours passés ainsi que ses très nombreux ennemis. Son enquête le mènera bien plus loin qu’il ne le pensait, des bas-fonds sordides aux beaux quartiers de Montréal.

Marie-Ève Bourassa nous plonge dans une époque de la ville, qui, de façon surprenante, a été peu utilisée dans les polars jusqu’à maintenant. Pourtant tout est là pour créer l’ambiance parfaite : les mafieux, la corruption dans la police et les hautes-sphères, l’alcool de contrebande, les maisons de passe et la musique des cabarets. Il ne manque plus qu’un privé, et le nôtre est plutôt abîmé. Mais malgré son état de santé et l’abus d’opium, il garde une certaine morale et ne peut s’empêcher de venir en aide à celles qui en ont besoin, surtout quand il sait qu’elles sont seules.

Là encore, la description des lieux et de l’époque fait la force du roman. On voit la ville, les différents quartiers qui correspondent aux différentes classes sociales. La vie est rude pour les plus pauvres et la prostitution souvent la seule solution pour certaines femmes. Marie-Ève Bourassa les montre telles qu’elles sont, trop jeunes, perdues et en même temps pouvant être cruelles entre elles, tout en sachant se défendre. Quant à son héros, à l’image des certains privés classiques du roman noir, il décide par lui-même comment justice doit être rendue… ce qui n’est pas pour me déplaire.

Ce premier volume de la série, Adieu Mignonne, a été pour moi une belle découverte, même si tardive. Le deuxième, Frères d’infortune, est également sorti il y a quelques mois, ce qui me donne envie de savoir ce qu’il advient d’Eugène Duchamp !

Zhanie Roy, Trois fois la bête, À l’étage, 2015.

Marie-Ève Bourassa, Red Light, Adieu Mignonne, VLB éditeur, 2016.

Un Écossais plus que l’autre

Publié 17/01/2017 par Morgane
Catégories : Polar

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Voici un texte qui traînait depuis des semaines dans mes dossiers. Il est temps de le publier pour mieux passer à la nouvelle année ! Donc, deux de mes dernières lectures 2016, une moins plaisante que l’autre, mais pourquoi ne pas en parler aussi !

Je commencerais par la moins heureuse. Comme préambule, il serait peut-être juste de spécifier que je ne suis pas une fan de sports, en particulier de foot (le soccer des Nord-Américains !). Je ne m’étais donc pas précipitée vers la nouvelle série de Philip Kerr, alors même que j’avais lu tous les Bernie Gunther.

main-de-dieuÀ la sortie de La main de Dieu, je me suis dit qu’il fallait laisser la chance au coureur et qu’après tout, l’auteur étant excellent, j’allais peut-être me mettre à aimer le ballon rond. En plus, je ne suis pas complètement néophyte et je le savais bien que la main de Dieu, ça avait un lien avec Maradona! Verdict ? Pas pantoute ! Le foot ne passe pas, même en polar. J’y ai mis du cœur pourtant, je l’ai lu jusqu’au bout, mais on doit attendre la moitié du roman pour voir un mort (enfin, de l’action autre qu’un penalty !) et le tout est mêlé de récit de matchs. Promis, si je me faisais présenter encore une fois un changement de joueur, j’allais sur le terrain casser la gueule à l’arbitre !

Allez, j’exagère peut-être un peu pour le plaisir de la critique. L’enquête autour de la mort d’une vedette de l’équipe de London City, lorsqu’elle arrive, est plutôt bien menée. En outre, cela permet à Philip Kerr de parler de la crise financière grecque et des dessous corrompus du milieu footballistique. En prime, les sorties de son héros Scott Manson contre la coupe du monde sont plutôt jouissives. Tout cela n’est donc pas entièrement désagréable. N’empêche que, si vous n’aimez pas voir 22 joueurs courir après un ballon sur un terrain, je vous dirai bien de lire autre chose !

tels-des-loups-affamesUn autre écossais, par exemple ? Parce que, Rankin ne m’a jamais déçu. J’avoue avoir une préférence pour John Rebus, son héros entêté et so Édimbourg, mais je ne déteste pas non plus Malcolm Fox, même s’il est un peu trop clean à mon goût. Mettez les deux ensemble et je prends, sans discuter. C’est le cas dans Tels des loups affamés. Siobhan Clarke se retrouve avec une grosse enquête à gérer, la mort d’un juge. Elle se demande très vite s’il s’agit d’une affaire isolée ou d’un projet plus grand. Mais qu’est-ce qui relie les différentes victimes ? Car l’une des cibles potentielles n’est autre que l’ennemi juré de Rebus, Big Ger Cafferty. Elle aura donc besoin de l’aide de son ancien mentor pour en savoir plus. Et cela fait le bonheur de Rebus, qui ne veut pas l’admettre. En même temps, la retraite ne lui convient pas particulièrement. Il a beau faire de l’humour noir, les journées sont longues à remplir quand on n’a pas de carte de bibliothèque et qu’on ne joue pas au golf. Quant à Malcom Fox, il se retrouve à enquêter sur une famille de criminels de Glasgow en voyage un peu trop souvent dans la capitale. Tout cela pourrait-il être lié ? Le monde interlope est-il en mutation complète ? Siobhan et ses collègues ne laisseront pas les règles du jeu changer et cela nous amène dans une enquête complexe et dangereuse.

Peut-être est-ce que c’est simplement parce que Rebus n’aime pas non plus le sport que je lui suis fidèle. Mais je dirai plutôt que c’est une ambiance, des dialogues pleins d’humour, des liens d’amitié qui se créent, même parfois entre ennemis. Et puis Rankin raconte bien ces hommes d’un certain âge qui ne veulent pas lâcher, pas se coucher, que ce soit Rebus ou Big Ger Cafferty. Alors j’embarque avec eux, je les suis au pub, et contrairement à Malcom Fox, moi, je prends une pinte.

Voilà, la page 2016 est tournée. Je vous souhaite une bonne année livresque et je reviens bientôt avec mes lectures 2017 !

Philip Kerr, La main de dieu, Éditions du masque, 2016 (The Hand of God, 2015) traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel-Guedj.

Ian Rankin, Tels des loups affamés, Éditions du masque, 2016 (Even Dogs in the Wild, 2015) traduit de l’anglais par Freddy Michalski.

Décorations, cadeaux et Top de l’année

Publié 11/12/2016 par Morgane
Catégories : News, Réflechissons un peu

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Décorations, check ! Musique de Noël dans les commerces, check ! Manteau de neige sur Montréal, recheck !

Ça y est, on y est, on est prêt ! C’est définitivement la période des fêtes. Alors avant de perdre le contrôle et de courir partout au boulot comme un poulet pas de tête (j’adore cette expression), je me dis qu’il est temps de vous annoncer le traditionnel top 5 de l’année puisque je me suis prêtée à l’exercice pour la librairie. Et puis, ça pourrait donner des idées de cadeaux pour ceux qui n’ont pas encore commencé leurs achats.

Comme d’habitude, le choix fut difficile (eh oui, j’ai du mal à me souvenir ce que j’ai lu dans l’année) et déchirant (il y a toujours un sixième qui aurait pu/dû être présent), mais bon, puisqu’il faut se lancer. Voilà, sans ordre particulier, mon top 5 de mes lectures parues cette année :

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud. Pour la langue poétique, la réflexion sur l’immigration et l’intégration, le rapport au langage et l’accent de Toulouse. Et non, ce n’est pas du polar!

Le fils, Jo Nesbø, Gallimard. Parce que Nesbø, bien sûr ! Et puis parce qu’il réussit à faire changer notre regard sur les personnages au fil du récit d’une manière parfaite.

Sans terre, Marie-Ève Sévigny, Héliotrope noir. On manque terriblement de roman noir engagé au Québec, mais heureusement, de nouvelles voix arrivent. C’est le cas ici avec une histoire sur l’écologie et la corruption.

Cartel, Don Winslow, Seuil. J’avais adoré La griffe du chien, Cartel est définitivement une suite à la hauteur ! C’est noir et probablement très représentatif de l’hyper violence qui règne sur les territoires des cartels mexicains.

La loterie, Miles Hyman et Shirley Jackson, Casterman. Parce que la nouvelle de Shirley Jackson parue en 1948 n’a pas pris une ride et que l’adaptation en bande dessinée réalisée par son neveu est géniale.

Et puis, bon, puisque je suis chez moi et que je fais ce que je veux, je rajoute :

Viens avec moi, Castle Freeman, Sonatine. Pour l’humour noir et la situation absurde et pourtant complètement crédible.

Dodgers, Bill Beverly, Seuil. Un road trip américain avec des ados de gangs qui ne sont jamais sortis de chez eux.

Si, avec ça, vous ne savez pas quoi offrir ou que votre public est difficile, pensez référence et optez pour Le détectionnaire de Norbert Spehner chez Alire.

Allez hop, je repars dans ma course des fêtes. Joyeux Noël!!

Daniel et Lisa de retour !

Publié 27/11/2016 par Morgane
Catégories : Polar

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Jacques Saussey nous a fait un cadeau spécial Québec. Son petit dernier, Ne prononcez jamais leur nom, était normalement prévu pour début 2017. Sauf que l’auteur, qui visite régulièrement la Belle Province, avait très envie de participer au Salon du livre de Montréal. Il a donc organisé avec son éditeur la sortie en avance de son roman juste pour nous. Ce qui a permis aux lecteurs d’ici de retrouver Lisa Heslin et Daniel Magne plus vite que prévu.

ne-prononcez-jamais-leurs-nomsDans La pieuvre, leur relation de couple en avait pris un coup et Lisa était partie se mettre au vert très loin de Paris. Au début de ce nouvel opus, elle est toujours dans le chalet légué par son père en Suisse, essayant de faire le vide. Daniel a lui aussi quitté la capitale, il a préféré s’exiler à Hendaye, au Pays basque. Il noie ses remords et sa culpabilité dans l’alcool, se mettant à dos son nouveau chef.

Un jour, alors qu’il est à la terrasse d’un café, une énorme explosion survient de la gare toute proche. Ses réflexes policiers reprennent le dessus et il est le premier sur les lieux. Il se retrouvera face à un danger plus périlleux qu’il ne le pensait.

Je n’en dirai pas plus, je ne veux pas gâcher des surprises. Mais laissez-moi vous assurer qu’il y a du suspense, que Daniel a quelques soucis et que bien sûr Lisa ne pourra pas rester très longtemps éloignée de l’homme qu’elle aime et d’un métier dans lequel elle excelle!

Dans Ne prononcez jamais leur nom, Jacques Saussey s’attaque à un sujet difficile, celui du terrorisme. Il faut dire que quelques semaines après qu’il a commencé à écrire, la France a été traumatisée par les attentats de novembre. Je trouve que c’est un thème qui peut être périlleux. Après tout, facile de tomber dans le manichéisme et de ne montrer que des gentils policiers qui jamais ne franchissent la ligne entre le bien et le mal. Écueil que réussit à éviter l’auteur, tout en choisissant un motif d’attentat qui empêche également de trop grandes discussions. On n’est pas dans du roman noir ou politique, mais bien dans un polar d’action et c’est là le plaisir. Cela permet toutefois d’envisager notre propre réaction à ces événements qui peuvent être marquants.

Jacques Saussey est un des auteurs français de thriller qui montent et je comprends pourquoi. L’intrigue prenante tient le lecteur en haleine, on retrouve des personnages qu’on connaît et qu’on a envie de suivre, même si je leur souhaiterais plutôt un peu de paix bienvenue.

Vous voulez de l’efficace ? N’hésitez pas, Daniel Heslin et Lisa Magne sont au rendez-vous !

Jacques Saussey, Ne prononcez jamais leur nom, Éditions du Toucan, 2016

Deux îles, deux S

Publié 16/11/2016 par Morgane
Catégories : C'est du noir

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Un peu moins d’enquête, un peu plus de noir pour une fois ! Au programme, deux îles, celle du Japon et celle d’Orléans. Pas tout à fait le même gabarit, me direz-vous, pas le même sujet non plus, mais ce sont deux romancières et leur nom commence par un S, ça servira de lien !

Marie-Ève Sévigny est la petite dernière invitée de la collection Héliotrope noir que j’aime toujours autant. Dans Sans terre, elle se frotte à l’écologie et à la corruption des grandes pétrolières, avec un détour par la syndicalisation des travailleurs agricoles étrangers. Le tout dans un court roman d’à peine plus de 250 pages. L’auteure est ambitieuse et elle s’en tire remarquablement bien !

sans-terreGabrielle Rochefort est une militante écologiste bien connue des services de police, comme on dit. Elle sort de prison pour avoir déversé une marée d’oies couvertes de pétrole sur la pelouse d’un ministre. Pas froid aux yeux, quoi ! Elle se réfugie chez sa cousine sur l’île d’Orléans pour se refaire. Mais comme elle est incapable de ne pas agir, elle en profite pour essayer d’organiser la défense des travailleurs étrangers de la ferme familiale.

Une nuit, en son absence, son chalet est incendié, un ouvrier agricole est peut-être la victime. Les soupçons se portent bien sûr sur la principale locataire, qui, de son côté, crie au coup monté par les plus hautes instances du gouvernement.

Chef est retraité de la SQ, il reste celui vers qui tous se tournent sur l’île, et il connaît bien Gabrielle, elle a été sa maîtresse. Il a du mal à l’imaginer dans le rôle de l’incendiaire.

Difficile de résoudre une affaire quand tout le monde préférerait un silence bien plus pratique. Pourtant le rythme s’accélère et le lecteur avale les pages plus vite.

Sans terre est une dénonciation de la corruption. Une fiction un peu trop proche de notre réalité pour être confortable et c’est tant mieux comme ça. Et puis, Marie-Ève Sévigny ne tombe pas dans la facilité du méchant politique contre le gentil écologiste, elle montre aussi que le militantisme peut être excessif et laisser des traces sur les proches. Même si on l’avoue, on se sent bien plus en lien avec celle qui défend les côtes du St-Laurent qu’avec ceux qui voudraient les détruire pour gagner quelques dollars de plus. Quitte à voler dans les plumes de certains au passage.

Il y en avait peut-être déjà quelques-uns, mais Sans terre marque pour moi l’arrivée du roman noir engagé dans un paysage polar québécois qui en manquait et cela fait du bien !

En plus, on ne peut qu’aimer une auteure qui présente les libraires comme des thérapeutes !

Notre deuxième S est celui de Sylvain, pour Dominique Sylvain et son dernier roman, Kabukicho aux éditions Viviane Hamy. Le dépaysement est beaucoup plus grand qu’avec le précédent. Ici, choc des cultures garanti ! Kabukicho, c’est le quartier sulfureux de Tokyo, celui qui, la nuit, brille de néons colorés. Un monde de l’illusion où rien n’est ce qu’il paraît vraiment, même pas les relations humaines et l’art de la séduction. C’est là qu’on trouve les hôtes et les hôtesses, œuvrant dans des bars. Pour le bon prix, ils vous écouteront, vous feront sentir que vous êtes le centre du monde le temps d’une soirée. Parfois la solitude n’est pas seulement physique, elle peut être émotionnelle et c’est là que les meilleures hôtesses sauront agir !

kabukichoC’est le cas de l’Anglaise Kate Sanders, devenue la star du Club Gaïa, jusqu’à sa disparition soudaine. Quelques heures plus tard, son père reçoit une photo d’elle, semblant dormir, suivie des mots « elle dort ici. » Il prend alors contact avec sa locataire, elle aussi hôtesse, la Française Marie et essaye de comprendre qui était sa fille et ce qui lui est arrivé. Du côté officiel, la police tokyoïte mène l’enquête en la personne du capitaine Yamada. Ses soupçons se portent sur Yudai, l’hôte le plus recherché de Kabukicho, ami proche de Kate, mais qui nie avoir été son amant.

À l’image du quartier et de ses habitants, l’histoire que nous raconte Dominique Sylvain est tout en faux-semblants. Qui était vraiment Kate ? Et que venait-elle chercher à Tokyo dans ce quartier quasiment impossible à saisir pour un Occidental ? Difficile pour les enquêteurs officiels ou officieux de le comprendre quand ceux qu’ils interrogent passent leur temps à raconter des demi-vérités comme seuls peuvent le faire les hôtes.

Kabukicho permet de découvrir une facette du monde japonais qu’on connaît peut-être un peu moins. Une plongée pour le lecteur dans une réalité qui lui est inconnue et difficilement compréhensible et c’est un point fort du roman.

Ma réserve vient plutôt de la retenue des personnages, pas assez vivants à mon goût. Mais j’ai eu l’impression, en lisant, que c’était justement volontaire de la part de l’auteure, pour mieux s’accorder au lieu, à l’importance des apparences qui y règne, et augmenter cette ambiance d’image, loin de la réalité des sentiments. Une critique qui se transformerait presque en force donc, mais qui m’a peut-être empêché d’être touchée autant que je l’aurai pu.

Une chose est sûre, Dominique Sylvain réussit à créer des personnages complexes dont on se plaît à découvrir les couches l’une après l’autre en visitant une facette du Japon faite de nuit noire et de néons colorés qui cachent l’âme humaine ou la dévoilent au contraire.

Marie-Ève Sévigny, Sans terre, Héliotrope noir, 2016.

Dominique Sylvain, Kabukicho, Viviane Hamy, 2016.

Le polar aussi a ses références !

Publié 27/10/2016 par Morgane
Catégories : Réflechissons un peu

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Difficile de reprendre le fil quand on a été silencieuse si longtemps. Que voulez-vous, la vie court, court…

Mais revenons à nos polars. Et pour un retour, pourquoi ne pas commencer par un incontournable tout juste sorti, un ouvrage de référence qui a très vite trouvé sa place dans ma bibliothèque à côté du Dictionnaire des littératures policières chez Joseph K et qui devrait arriver dans la vôtre.

detectionnaireJe l’ai dit ici, j’ai une mémoire de poisson rouge. Pas simple quand on est libraire et critique amateur. Mais comment s’appelle donc le personnage de Paco Ignacio Taibo II ? Et l’auteur qui a créé Joe Gunther ? C’était qui Fantômas déjà ? Et il faisait quoi le Robert Langdon de Dan Brown ? (ok, peut-être que la dernière, je m’en moque un peu) Toutes ses réponses sont dans le Détectionnaire de Norbert Spehner paru aux éditions Alire.

Qu’es aquò, comme on dit chez moi ? Mais tout simplement, comme son nom l’indique, un dictionnaire de détectives, ou plus précisément des personnages principaux de la littérature policière et d’espionnage. Vaste programme ! Entrepris il y a plus de 20 ans par une employée de bibliothèque, ce travail de moine avait été continué par un passionné du polar, Yvon Allard. À son décès en 2011, c’est Norbert Spehner, un de ses amis et un spécialiste reconnu lui aussi, qui reprend le projet et le met à sa main pour finalement aboutir à ce pavé qui fera rêver les amateurs.

Vous trouverez dans Le détectionnaire les personnages centraux présents dans au moins deux romans et certains secondaires, mais primordiaux (pensez au docteur Watson, comment faire sans lui ?). Pour chacun, une fiche comprenant une description, le nom de l’auteur, une bibliographie et les apparitions dudit personnage à la télé et au cinéma. Enfin se trouvent des informations diverses qui, au-delà d’être instructives, rendent le ton de l’ouvrage plus ludique puisque Norbert Spehner, et les références qu’il cite, ne se gênent pas pour faire des commentaires sur les personnages, la qualité des romans ou bien des adaptations cinéma. Au début, un texte présente les différents types de personnages récurrents, et pour mieux mener votre recherche, deux index ont été ajoutés à la fin pour les auteurs et les personnages.

Le tout est agrémenté d’illustrations, de photos et de couvertures de romans pour rendre l’ouvrage plus agréable à feuilleter. Un beau cadeau à se faire ou à se faire offrir !

Le genre de livre qu’on attrape sur l’étagère pour une recherche rapide et dans lequel on est plongé pendant longtemps en se baladant d’entrée en entrée. Depuis 15 minutes, je me rafraîchis la mémoire sur Duca Lamberti et Charlie Parker. Saviez-vous que le héros de Westlake, Dormunder, tenait son nom d’une marque de bière ? Allez j’y retourne !

Norbert Spehner, Le détectionnaire, Alire, 2016.