La culture peut être dangereuse

Je commence toujours les recueils de la série Crimes à… avec une légère appréhension, doublée d’une excitation évidente : est-ce que je vais tout aimer? Qui vais-je découvrir ? Est-ce que je vais être déçue par un auteur que j’appréciais tant ? Ah, les troubles de lectrice !

Mais remettons dans le contexte pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le concept. Un jour, Richard Migneault a eu l’idée de réunir des auteurs de polar québécois pour les faire plancher sur un même thème, cela a donné Crimes à la librairie. Le succès fut évident, les auteurs qui n’avaient pas pu participer écrivaient au directeur : et moi ? Et moi ? Donc, rebelote, cette fois-ci pour Crimes à la bibliothèque. Le lecteur était ravi, ayant eu l’occasion à ce moment-là de découvrir ou redécouvrir plus d’une trentaine d’auteurs d’ici ; mais il se demandait comment le concept allait pouvoir continuer tout en ne se répétant pas.

Crimes au muséeOn peut faire confiance à Richard pour avoir toujours un nouveau projet qui l’enthousiasme et nous surprend et voilà, tout juste sorti des presses québécoises, Crimes au musée. Je spécifie québécois, parce que la version française est, elle, parue au printemps chez Belfond. Eh oui, ce nouveau-né de la série est allé chercher des plumes des deux côtés de l’Atlantique, avec une coédition à la clé.
La deuxième particularité du recueil est qu’il ne réunit que des femmes. On peut donc aller vérifier s’il existe une écriture féminine dans le polar. Ma réponse après lecture ? Pas sûre, genre distinct, thématiques diverses et degré d’hémoglobine variable, il y en a pour tous les goûts ! Cela n’en reste pas moins intéressant de voir ces femmes si différentes dans leur vie, leurs carrières et leurs écrits faire face à la même contrainte. 18 auteures qui nous offrent leur vision du crime au musée ! Je pourrais faire la liste des lieux visités : le Japon avec Dominique Sylvain et Claire Cooke, le Rwanda avec Geneviève Lefebvre, la Turquie avec Florence Meney ou bien encore Venise avec Stéphanie de Mecquenem. Je pourrais parler de la diversité des moyens du crime : poison, machette made in China, arme à feu ; quand le crime est un meurtre d’ailleurs, même s’il l’est souvent dans le livre. J’ai aussi constaté que la thématique de la vengeance est très présente, et en général perçue comme tout à fait excusable. Aurais-je trouvé là une particularité de l’écriture féminine ? Peut-être.

Comme dans tout recueil, il y a des préférences pour certains textes. Après tout, les lecteurs ne se ressemblent pas. Et comme dans les deux livres précédents, certains auteurs trichent un peu avec le thème, forçant l’idée du musée plutôt que l’utilisant comme une part entière de leur histoire. Mais j’ai envie de vous parler de celles que j’ai préférées.

Dans le léger, j’ai bien aimé l’hommage de Stéphanie de Mecquenem au roman à énigme et j’irai sûrement découvrir son duo d’enquêteurs. Les amateurs d’Agatha Christie apprécieront. De la même manière Andrée A. Michaud rend, de son côté, hommage au roman noir. Il faut faire attention à bien choisir la dame avec qui on danse ! Il y a aussi le revirement de la fin écrite par Ingrid Desjours, voilà une nouvelle à chute ! Ou encore les personnages de Dominique Sylvain qui nous amène dans le Japon où elle a passé quelques années. J’espérais d’Ariane Gélinas une atmosphère troublante et j’ai été comblée, l’auteure sait semer le doute. D’ailleurs, Claudia Larochelle m’a surprise en allant jouer elle aussi dans une ambiance dérangeante qui rend son texte assez fort.

Enfin, si l’on parle d’écriture, il semblerait que je devienne chauvine, puisque sans que je le veuille, ce sont trois Québécoises qui emportent mon vote. Florence Meney, Geneviève Lefebvre et Martine Latulippe ont des styles propres, différents, mais qui ne laisse pas indifférent. À la fois poétiques et efficaces, ils amènent tous vers des fins qui ne peuvent qu’être funèbres ; après tout, c’est un recueil de polar !

Crime au musée est donc le digne petit frère des deux titres précédents. On peut espérer qu’en outre, ils permettront aux Français de découvrir les plumes d’ici. Pour moi, c’est l’occasion de retrouver celles que j’apprécie déjà, d’en lire de nouvelles et de me dire que je ne sais toujours pas s’il y a vraiment une écriture féminine de polar, mais qu’il y a quand même de sacrées auteures !

Sous la direction de Richard Migneault, Crimes au musée, Druide, 2017 (publié chez Belfond en France)

Publicités
Explore posts in the same categories: Polar

Étiquettes : , , ,

You can skip to the end and leave a response. Pinging is currently not allowed.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :