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Daniel et Lisa de retour !

27/11/2016

Jacques Saussey nous a fait un cadeau spécial Québec. Son petit dernier, Ne prononcez jamais leur nom, était normalement prévu pour début 2017. Sauf que l’auteur, qui visite régulièrement la Belle Province, avait très envie de participer au Salon du livre de Montréal. Il a donc organisé avec son éditeur la sortie en avance de son roman juste pour nous. Ce qui a permis aux lecteurs d’ici de retrouver Lisa Heslin et Daniel Magne plus vite que prévu.

ne-prononcez-jamais-leurs-nomsDans La pieuvre, leur relation de couple en avait pris un coup et Lisa était partie se mettre au vert très loin de Paris. Au début de ce nouvel opus, elle est toujours dans le chalet légué par son père en Suisse, essayant de faire le vide. Daniel a lui aussi quitté la capitale, il a préféré s’exiler à Hendaye, au Pays basque. Il noie ses remords et sa culpabilité dans l’alcool, se mettant à dos son nouveau chef.

Un jour, alors qu’il est à la terrasse d’un café, une énorme explosion survient de la gare toute proche. Ses réflexes policiers reprennent le dessus et il est le premier sur les lieux. Il se retrouvera face à un danger plus périlleux qu’il ne le pensait.

Je n’en dirai pas plus, je ne veux pas gâcher des surprises. Mais laissez-moi vous assurer qu’il y a du suspense, que Daniel a quelques soucis et que bien sûr Lisa ne pourra pas rester très longtemps éloignée de l’homme qu’elle aime et d’un métier dans lequel elle excelle!

Dans Ne prononcez jamais leur nom, Jacques Saussey s’attaque à un sujet difficile, celui du terrorisme. Il faut dire que quelques semaines après qu’il a commencé à écrire, la France a été traumatisée par les attentats de novembre. Je trouve que c’est un thème qui peut être périlleux. Après tout, facile de tomber dans le manichéisme et de ne montrer que des gentils policiers qui jamais ne franchissent la ligne entre le bien et le mal. Écueil que réussit à éviter l’auteur, tout en choisissant un motif d’attentat qui empêche également de trop grandes discussions. On n’est pas dans du roman noir ou politique, mais bien dans un polar d’action et c’est là le plaisir. Cela permet toutefois d’envisager notre propre réaction à ces événements qui peuvent être marquants.

Jacques Saussey est un des auteurs français de thriller qui montent et je comprends pourquoi. L’intrigue prenante tient le lecteur en haleine, on retrouve des personnages qu’on connaît et qu’on a envie de suivre, même si je leur souhaiterais plutôt un peu de paix bienvenue.

Vous voulez de l’efficace ? N’hésitez pas, Daniel Heslin et Lisa Magne sont au rendez-vous !

Jacques Saussey, Ne prononcez jamais leur nom, Éditions du Toucan, 2016

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Les lectures de mes Printemps

15/06/2016

J’ai lu ce livre il y a quelques semaines déjà. Juste avant les Printemps meurtriers en fait, puisque je savais que j’allais y croiser l’auteur, le recevoir à la radio, lui poser des questions et que je voulais avoir l’intrigue en tête. Seul hic, ma mémoire étant celle d’un poisson rouge légèrement Alzheimer, lorsqu’arrive le temps d’écrire cet article, cela complique un peu ma tâche.

Loup peintPar contre, j’avais quand même envie de parler du nouveau livre de Jacques Saussey, Le loup peint. Alors, je replonge dans quelques pages et je me lance. Cette fois-ci, pas de Lisa Heslin ou de Daniel Magne, les héros récurrents de l’auteur français. On découvre ici Vincent Galtier, un vétérinaire de campagne, près d’Auxerre. Sur le chemin de la maison, après avoir rendu visite à sa maîtresse, il se fait tirer dessus. Il arrive à s’échapper, mais ce n’est que le début d’une longue descente aux enfers. Sa femme a été assassinée, son assistant aussi et il est le principal suspect de l’équipe de policiers particulièrement incompétente qui enquête.

En parallèle, on lit le parcours de celle par qui tout arrive. Le portrait d’une fille sûre d’elle, prête à tout pour obtenir ce qu’elle veut, quitte à laisser quelques victimes sur son chemin.

Le loup peint joue sur plusieurs tableaux. On y suit la fuite éperdue de Vincent Galtier, puis celle, beaucoup plus calculée de Sophie. Le rythme s’accélère et on se demande qui sera capable d’arrêter cette femme vindicative. Mais il s’agit aussi d’un roman beaucoup plus politique, puisque Jacques Saussey utilise son histoire pour traiter de terrorisme et d’arme bactériologique. Et puis, il y a cette équipe de flics, bien différente de ses héros habituels, pas particulièrement efficace, ni astucieuse. Ce qui nous change un peu, avouons-le. Un polar multiple, qui ne m’a pas tout à fait permis d’oublier Lisa et Daniel (que voulez-vous, j’aime les héros récurrents !), mais qui se laisse dévorer, comme tout bon thriller. Et si vous avez envie d’en savoir un peu plus sur l’auteur, allez donc lire l’entrevue qu’il m’a accordée pour la revue Les libraires. En plus, j’aime beaucoup le titre (je peux le dire, il n’est pas de moi !).

RinzenEt puisqu’on parle des Printemps meurtriers, pourquoi ne pas discuter du petit dernier de sa fondatrice, Johanne Seymour, Rinzen et l’homme perdu ? Fini les Cantons-de-l’Est, on retourne à Montréal avec deux enquêteurs du bureau des crimes majeurs. Rien ne les réunit. Luc Paradis est célibataire, il passe ses nuits en quête de rencontres faciles dans le quartier gay, quand il n’est pas en train de taper sur un sac de boxe. Rinzen Gyatso, elle, ne ressemble à personne. Née au Québec de parents tibétains ayant fui les exactions chinoises, elle vit encore avec eux et son fils. Alors que Luc réagit vite et dans l’émotion, Rinzen, la bouddhiste, observe le monde pour mieux l’expliquer.

Ils sont chargés de découvrir qui a assassiné un vieux prêtre à la retraite. Alors que les victimes se succèdent sans rapport évident entre elles, ils devront travailler en équipe avec leur supérieur et utiliser les forces de chacun afin de comprendre les motifs du coupable.

J’ai rencontré avec grand plaisir les nouveaux personnages de Johanne Seymour. Le changement est radical par rapport à sa Kate McDougall et cela donne un tournant intéressant. Rinzen n’est pas alcoolique ni torturée (Luc suffit pour les problèmes), elle est au contraire l’équilibre parfait, même si elle se demande parfois comment faire cohabiter sa culture québécoise et celle tibétaine de ses parents. C’est d’ailleurs la particularité de ce roman de nous montrer le visage multiculturel de Montréal, avec une réflexion sur comment s’intégrer sans oublier son lieu d’origine. Quant à Luc, il est facile de s’y attacher et de vouloir que les choses s’arrangent pour cet homme qu’on sent marqué par un drame. Mais c’est peut-être mon cœur tendre qui parle !

Le coupable se dessine au fil des pages et on devine peu à peu sa personnalité et ses démons, puisque Johanne Seymour a décidé de nous faire suivre à la fois le point de vie de l’enquêteur et celui d’un homme qu’on ne connaît pas et qui observe. Ce qui nous permet de mieux comprendre la progression du récit, mais également d’être embarqué dans une course vers la vérité, qui nous oblige à accélérer notre lecture, chapitre après chapitre.

Avec une fin qui laisse présager, enfin, je l’espère, un retour probable de Rinzen et Luc.

Jacques Saussey, Le loup peint, Toucan, 2016.

Johanne Seymour, Rinzen et l’homme perdu, Libre expression, 2016.

 

Lectures de vacances

28/07/2015

Nous sommes fin juillet, je sais, et peut-être que beaucoup ont déjà pris leurs vacances. Comme moi pas encore, je ne suis donc pas trop en retard pour mes conseils d’été.

Conseils qui, avouons-le, sont simplement mes dernières lectures accumulées sur mon bureau, mais que j’ai, au demeurant, beaucoup aimé pour certaines.

La PieuvreLe premier livre est là depuis trop longtemps ! Parce que je voulais vraiment écrire une chronique dessus et que j’ai été passablement absente. Il s’agit de La pieuvre de Jacques Saussey. L’auteur était venu nous rendre visite à Knowlton il y a quelques années et j’avais apprécié et les textes et l’homme, il fait donc partie de ceux que je lis toujours avec plaisir quand ils reviennent. Surtout que j’aime beaucoup les personnages qu’il a créés et qu’on retrouve dans son sixième roman !

Cette fois-ci, ils seront d’ailleurs touchés de plein fouet par l’enquête qui va les occuper. Lisa Heslin et Daniel Magne sont flics à Paris. On les avait observés se rapprocher dans les précédentes livres et ils vivent maintenant ensemble, même s’ils ont parfois du mal à communiquer. Lisa doit se rendre dans le Sud, au chevet de sa mère mourante qu’elle n’a pas vue depuis des années. Pendant ce temps, Magne est chargé du meurtre d’un coursier. Le crime semble simple, mais l’enquête s’emballe lorsque l’arme ayant servi est identifiée. C’est la même qui, des années plus tôt, a été utilisée pour assassiner un juge, le père de Lisa, alors qu’elle n’était qu’une enfant. Daniel, connaissant sa compagne, décide de ne rien lui dire. Il est certain qu’elle partira en guerre, sans se soucier des règles. Mais il ne pourra probablement pas la protéger aussi longtemps qu’il le pense.

Jacques Saussey sait être efficace. Il construit son intrigue avec soin, nous perdant volontairement dans la chronologie, jusqu’à ce qu’on ne soit plus sûr de rien et on ne lui en veut pas un instant. J’ai retrouvé avec plaisir les flics qu’il a créés, que ce soit Daniel et Lisa, mais également l’équipe constituée autour d’eux. On sent la toile se tisser et on comprend que tout finira par s’expliquer. On s’inquiète de la tournure de l’enquête, car le groupe s’est attaqué à un adversaire qui n’a peur de rien et dont le pouvoir s’étend partout. Arriveront-ils à s’en sortir indemnes ? Je vous laisse aller le lire.

Un excellent thriller à consommer au jardin ou sur la place !

Sur ses gardesDeuxième conseil de lecture d’été, un autre Français, mais vivant au Québec cette fois-ci. Stéphane Ledien publie Sur ses gardes aux éditions À l’étage. Il s’agit du premier tome d’une trilogie, Les phalanges d’Eddy Barcot. Direction la France encore une fois, mais celle de la fin des années 90. Eddy Barcot est un ancien boxeur, il aurait pu être un bon, mais la vie ne fait pas toujours de cadeau. Aujourd’hui, il est agent de sécurité dans un grand magasin. Son plaisir, il le prend le soir, en entraînant des jeunes dans un gymnase et en offrant un ciné-club de façon bénévole. Jusqu’au jour où sa meilleure amie l’appelle. Son petit frère, Jalil, a disparu. Elle sait qu’il n’est pas parfait, que c’est un voyou, mais il est la seule famille qu’il lui reste. Barcot ne demande qu’à aider et il va chercher Jalil dans la cité. Il trouve rapidement une piste, sous la forme d’un cadavre inconnu ayant les papiers du garçon dans ses poches. Dans quels ennuis celui-ci s’est-il mis ? L’ancien boxeur continue sa quête, même lorsqu’il comprend que cela pourrait devenir dangereux pour lui aussi.

Je découvrais ici Stéphane Ledien et c’est une bonne surprise. D’ailleurs, ne vous fiez pas à la couverture, qui n’est pas représentative du livre, ce n’est pas un polar de boxe. On connaît mon amour pour le sport, je ne me serai pas rendue au bout. Il s’agit par contre d’un excellent roman sur la radicalisation, l’état des banlieues en France, le désespoir de ses jeunes qui tombent dans la délinquance de plus en plus tôt, car ils n’imaginent rien au bout du chemin. Et ne pensez pas que cela en fait un polar trop français, ce qui se dit là pourrait se passer partout. Pour raconter cela, l’auteur a créé des personnages assez intéressants, comme cet Eddy Barcot magané, mais qui n’a pas encore perdu l’espoir de voir son monde devenir meilleur.

J’ai bien quelques réticences, mais elle concerne plutôt l’édition, puisque j’ai constaté quelques incohérences chronologiques et des notes de bas de page à mon avis inutiles. Rien par contre qui ne gâche la lecture (je suis une râleuse patentée, on le sait) et il s’agit des premiers titres de cette nouvelle maison, je vais donc leur donner une chance.

On se laisse prendre au jeu du complot que Barcot démonte petit à petit, et qu’on soupçonne malheureusement beaucoup plus proche de la vérité qu’on le souhaiterait. Je suis sortie de ce roman très curieuse de voir ce que m’offrira le deuxième volume de cette trilogie.

Du sang sur la glaceEt finalement, un habitué de ce blogue, mais pour un livre que je considère vraiment comme une lecture d’été. On connaît mon amour pour Jo Nesbø et en particulier son héros d’Harry Hole. Je suis donc un peu craintive quand il arrive avec un autre personnage comme cela avait été le cas dans Chasseurs de têtes. Il remet cela avec Du sang sur la glace. Pas un polar, plutôt un roman noir, mais avec toujours l’efficacité Nesbø en marche.

Olav est expéditeur. Cela veut dire qu’il expédie ad patres ceux qui dérangent son patron, un mafieux installé à Oslo. Il n’a en général aucun scrupule à faire son travail, pourtant lorsqu’il voit sa prochaine victime, il ne peut s’empêcher de tomber sous son charme. Ne pas respecter son contrat pourrait le mettre dans un gros pétrin, surtout quand il s’agit de buter l’épouse (pas très fidèle) du boss. Il ne lui reste donc qu’à réfléchir vite pour trouver une solution, et Olav n’est peut-être pas le plus rapide des hommes, mentalement parlant.

C’est efficace, je l’ai dit, monté comme un excellent film d’action. De la même manière que dans Chasseurs de têtes, Nesbø nous manipule et nous cache une partie de la vérité sans avoir l’air d’y toucher. On se laisse entraîner sans discuter pour comprendre qui est Olav et voir si le tueur, auquel on s’attache peu à peu, va pouvoir s’en sortir et si finalement les histoires d’amour peuvent bien finir (parce que oui, il y a de l’amour en plus).

Ce n’est pas mon Nesbø préféré (je retournerai toujours à Harry, sans hésitation), et je le trouve un peu cher pour le petit format (à peine 150 pages), mais cela suffit amplement à raconter une histoire bien noire. La quatrième parle d’un hommage au roman noir américain et je suis bien d’accord avec la comparaison. Et puis un Nesbø, c’est bon, d’abord !

Voilà pour les trois premiers conseils, je vous reviens bientôt pour plus de chroniques, ma pile sur le bureau n’a pas encore disparu, avant de m’envoler vers mes vacances de l’autre côté de l’Atlantique.

Jacques Saussey, La pieuvre, Toucan noir, 2015.

Stéphane Ledien, Sur ses gardes, À l’étage, 2015.

Jo Nesbø, Du sang sur la glace, Gallimard, 2015 (Blood On Snow, 2015) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.