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Mes personnages ne sont plus ce qu’ils étaient

06/02/2017

Vous savez, lorsque vous aimez quelque chose et que vous l’attendez vraiment fort, vous pouvez être vraiment, mais alors, vraiment déçu ? Ben, voilà, Pennac et moi, sur ce coup-là, c’est ça. Déjà quand on m’avait annoncé le retour de la tribu Malaussène avec Ils m’ont menti, j’étais dubitative. Une partie de moi voulait y croire, parce que je les aime tous, de Benjamin, en passant par Clara jusqu’à la nouvelle génération… sauf que cela faisait longtemps, et je ne voyais pas tout à fait comment Pennac pouvait les faire revenir en quelques phrases.

ils-mont-mentiPour marquer le temps qui passe, il les a vieillis. Les enfants ont grandi, Monsieur Malaussène et ses cousins et cousines sont des adolescents, Verdun est devenue juge d’instruction. Benjamin, lui, reste le même. Il travaille toujours pour la maison d’édition de la reine Zabo. Celle-ci s’est prise de passion pour un nouveau genre littéraire, la vérité vraie (comprendre l’autofiction qui peuple nos rayons actuellement). Benjamin est justement chargé de la sécurité d’un de ces auteurs, car la vérité vraie, parfois, dans les familles, ça fâche !

Il l’a donc planqué dans une forêt du Vercors, proche de la maison où il passe ses vacances et son vévé en profite pour pondre un nouveau volume pour la reine éditoriale.

Pendant que Malaussène fait l’autruche, la France entière est passionnée par la même histoire : qui a kidnappé Georges Lapietà, cet homme d’affaires venant de s’offrir un parachute doré de plusieurs millions d’euros après avoir licencié des milliers d’employés ?

Vous pensez bien que tout cela a un rapport avec la tribu au complet et qu’on va finir par voir arriver la majorité des personnages qui gravitaient dans les précédents romans ; mais je ne vous vendrais pas de punchs, contrairement à la critique du Devoir de samedi dernier !

Alors, oui, on retrouve le ton Pennac, l’humour qu’on aimait, les situations abracadabrantes, et les personnages hauts en couleur ; pour cela, les fans seront comblés. Mais c’était, à mon goût, trop ! Trop de hasards qui tombent bien ou plutôt mal (je sais, c’est un peu le principe de la série, mais trop, c’est comme pas assez) ; trop de personnages qui, du coup, ne sont pas aussi développés qu’ils le pourraient ; et puis, à mon avis, trop de volonté d’être original (Verdun qui s’enlaidit chaque matin, qui se met une moustache, son mari qui parle en breton), trop, c’est trop ! Idem pour le style et les phrases typiques Malaussène, ça croule un peu d’images se voulant drôles et différentes.

Au-delà de ces réserves qui visent le texte en lui-même, il y a la structure du livre et ce lexique de fin de roman qui m’a empoisonné la lecture. Je comprends la volonté de l’éditeur de rappeler au lecteur lointain qui sont les différents personnages, mais je déteste qu’on interrompe ma lecture sans cesse ; surtout que l’information aurait pu être glissée subtilement dans le texte ou bien en note de bas de page. Ma frustration augmente un peu quand on coupe mon élan pour me dire que Sam Peckinpah était un réalisateur. Bon d’accord, tout le monde n’est pas obligé de le savoir, mais va-t-on vraiment tout traduire ? Si je ne sais pas, je vais voir Wikipédia ! J’ai l’impression d’un nivellement vers le bas.

Alors, oui, ma critique est assez négative, il faut dire que ma déception est probablement proportionnelle à l’attente que j’avais ; et je ne sais pas si j’irai lire la suite. Je suis sûre que certains fans seront ravis, retrouveront la tribu avec tout le plaisir qu’il se doit et penseront que je suis bien difficile. Après tout, qui suis-je pour juger Pennac et Gallimard ? Ben justement, un certain Daniel m’a un jour appris dans Comme un roman que j’avais tous les droits. Ma tendresse pour l’auteur est intacte, mais je n’ai quand même pas aimé ça !

Daniel Pennac, Le cas Malaussène T.1, Ils m’ont menti, Gallimard, 2016.

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Décorations, cadeaux et Top de l’année

11/12/2016

Décorations, check ! Musique de Noël dans les commerces, check ! Manteau de neige sur Montréal, recheck !

Ça y est, on y est, on est prêt ! C’est définitivement la période des fêtes. Alors avant de perdre le contrôle et de courir partout au boulot comme un poulet pas de tête (j’adore cette expression), je me dis qu’il est temps de vous annoncer le traditionnel top 5 de l’année puisque je me suis prêtée à l’exercice pour la librairie. Et puis, ça pourrait donner des idées de cadeaux pour ceux qui n’ont pas encore commencé leurs achats.

Comme d’habitude, le choix fut difficile (eh oui, j’ai du mal à me souvenir ce que j’ai lu dans l’année) et déchirant (il y a toujours un sixième qui aurait pu/dû être présent), mais bon, puisqu’il faut se lancer. Voilà, sans ordre particulier, mon top 5 de mes lectures parues cette année :

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud. Pour la langue poétique, la réflexion sur l’immigration et l’intégration, le rapport au langage et l’accent de Toulouse. Et non, ce n’est pas du polar!

Le fils, Jo Nesbø, Gallimard. Parce que Nesbø, bien sûr ! Et puis parce qu’il réussit à faire changer notre regard sur les personnages au fil du récit d’une manière parfaite.

Sans terre, Marie-Ève Sévigny, Héliotrope noir. On manque terriblement de roman noir engagé au Québec, mais heureusement, de nouvelles voix arrivent. C’est le cas ici avec une histoire sur l’écologie et la corruption.

Cartel, Don Winslow, Seuil. J’avais adoré La griffe du chien, Cartel est définitivement une suite à la hauteur ! C’est noir et probablement très représentatif de l’hyper violence qui règne sur les territoires des cartels mexicains.

La loterie, Miles Hyman et Shirley Jackson, Casterman. Parce que la nouvelle de Shirley Jackson parue en 1948 n’a pas pris une ride et que l’adaptation en bande dessinée réalisée par son neveu est géniale.

Et puis, bon, puisque je suis chez moi et que je fais ce que je veux, je rajoute :

Viens avec moi, Castle Freeman, Sonatine. Pour l’humour noir et la situation absurde et pourtant complètement crédible.

Dodgers, Bill Beverly, Seuil. Un road trip américain avec des ados de gangs qui ne sont jamais sortis de chez eux.

Si, avec ça, vous ne savez pas quoi offrir ou que votre public est difficile, pensez référence et optez pour Le détectionnaire de Norbert Spehner chez Alire.

Allez hop, je repars dans ma course des fêtes. Joyeux Noël!!

La carte blanche à Carnets Noirs

30/04/2014

Hier soir, c’était déjà le temps de la Carte blanche à Carnets Noirs sur Choq.ca, et avec Éric, on s’est fait plaisir dans nos choix ! Il n’y a pas de raison de ne pas profiter des ondes pour faire passer nos coups de cœur.

Ombres et soleilPar exemple, je ne pouvais pas faire l’impasse sur Ombres et soleil, le dernier roman de Dominique Sylvain. Parce que j’adore ses deux héroïnes, Lola Jost et Ingrid Diesel, qu’elle avait laissées en bien mauvaise posture dans Guerre sale. Ce livre ne fait pas exception, on y retrouve tout ce qui fait la force de la série : une écriture efficace, des personnages attachants et hauts en couleur, des situations prenantes, des dialogues saugrenus et pourtant totalement crédibles et une histoire dans laquelle on se lance sans hésitation en se demandant où vont finir Lola et Ingrid. Dominique Sylvain arrive toujours à équilibrer humour et sérieux pour faire passer un récit parfois noir en y ajoutant de la légèreté sans rien perdre de son propos.

Mon deuxième choix de la soirée était tout aussi évident pour ceux qui me connaissent puisqu’il s’agissait de Molosses de Craig Johnson. Là encore, une série avec un héros récurrent; je le sais, j’ai tendance à m’attacher.

molossesDans cette sixième enquête, le shérif Longmire n’aura pas le temps de s’ennuyer : on trouve un pouce dans une décharge, un simple accident de la route (impliquant un vieux accroché à une corde, sa belle-fille au volant d’une voiture et une boîte aux lettres!) se transforme en meurtre et en trafic de drogue. Tout est normal dans le comté d’Absaroka, quoi ! J’ai l’impression de me répéter, mais il y a dans Molosses tout le plaisir des Longmire.

Et mes deux critiques de la soirée ne sont pas éloignées puisque Craig Johnson a la même capacité que Dominique Sylvain a allié tension et suspense à un humour détaché et légèrement ironique avec des dialogues qui vous feront forcément sourire. Comme quoi, je reste conséquente dans mes favoris.

Chiennes-de-vieÉric l’est aussi, conséquent, mais lui c’est le noir qu’il préfère. Son choix? Chiennes de vies de Frank Bill, un recueil de nouvelles beaucoup plus sombre. On est bien dans l’Amérique profonde avec ses rednecks comme avec Craig Johnson, mais c’est plutôt coup de poing dans le ventre que légèreté. Un livre qui a, semble-t-il, fortement marqué mon collègue. Intrigant, donc.

Pour en savoir plus sur chacun de ces titres et pour nous écouter en parler, c’est en baladodiffusion ou en ligne sur le site de Mission encre noire.mission encre noire mini

Prochain rendez-vous bientôt avec une émission spéciale, je vous en parle bientôt!

Les titres de la soirée:

Dominique Sylvain, Ombres et soleil, Éditions Viviane Hamy, 2014.

Craig Johnson, Molosses, Gallmeister, 2014 (Junkyard Dogs, 2010), traduit de l’anglais par Sophie Aslanides.

Frank Bill, Chiennes de vies, chroniques du sud de l’Indiana, Gallimard, 2013 (Crimes in Southern Indiana) traduit de l’anglais par Isabelle Maillet.

Amour et vengeance à la radio

26/03/2014

Mission encre noireHier soir, c’était le temps de la carte blanche à Carnets Noirs dans Mission encre noire. Cette phrase est d’ailleurs dure à dire à la radio sans se prendre les pieds dans les car et les noirs. Mais qu’importe, j’ai donc retrouvé Éric pour parler polar une fois de plus.
Au programme, un roman qui a été un coup de cœur pour tous les deux, Empty Mile de Matthew Stokoe, publié chez Gallimard à la Série Noire. Une histoire de vengeance et d’amour, le tout accompagné de la recherche d’un mystère : y-a-t-il de l’or à Empty Mile ? C’est noir, sans être dépourvu d’émotions, et cela montre bien à quel point l’homme est capable de tout soi-disant par amour, surtout du pire.
C’est également l’occasion pour Stokoe d’écrire une belle romance entre deux handicapés mentaux, ce qui n’est quand même pas courant dans le polar et qu’il fait avec justesse, sans trop en faire.
Pour toutes les autres raisons qui nous ont fait aimer ce roman, écoutez donc l’émission, en ligne et en balado sur CHOQ.ca.

Le deuxième titre que j’avais choisi de chroniquer l’a déjà été ici. Il s’agit de Prague fatale de Philip Kerr. Il faut bien en donner pour tous les goûts à la radio aussi.

Crimes_a_la_librairieMon prochain rendez-vous à Mission encre noire va être pour très bientôt puisque nous aurons une émission spéciale d’une heure lundi 31 mars à 16 h. Nous y parlerons d’un livre que j’attendais avec impatience et qui est enfin arrivé en librairie aujourd’hui ! Richard Migneault, de Polar, noir et blanc, a eu l’idée de demander à 16 auteurs de polars québécois de lui concocter une nouvelle sur un thème imposé. Cela a donné Crimes à la librairie, publié aux Éditions Druide. L’occasion de découvrir dans un même recueil des écrivains aux styles très différents et à l’imagination débordante. C’est fou ce qu’on tue en librairie !
Rendez-vous donc chez votre libraire pour vous procurer le livre et à 16 h lundi prochain sur CHOQ.ca avec des invités-surprises. Je retourne de mon côté lire comment assassiner un collègue ou un client et promis, je vous en parle bientôt sur Carnets Noirs (du livre, pas de mes machinations).

Une bonne année!

03/01/2014

It’s been a while! Eh oui, je ne suis pas vraiment présente ces dernières semaines. Mais vous savez ce que c’est: beaucoup de travail en librairie à Noël, les différents réveillons, le froid qui paralyse, le canapé traître qui nous tient dans ses coussins. D’accord, paroles, paroles.

J’admets, la notion clé ici est procrastination! Je l’aime bien ce mot-là, je ne le connaissais pas avant d’arriver au Québec. J’ai finalement adopté le vocabulaire et l’attitude. D’ailleurs, il faudrait que j’aille faire ma vaisselle, moi! Et peut-être que je devrais reclasser ma bibliothèque par ordre alphabétique inversé. Ne bougez pas, je reviens…

Ça suffit maintenant. 2014 sera Carnets Noirs ou ne sera pas, non mais! Parce que je dois bien l’admettre, même si je fais tout pour ne pas le faire, chroniquer des livres me manque. Le cerveau humain est un mystère sans fin, en particulier le mien.

J’écris donc partout sur les murs de mon appartement les conseils d’un ami sage: en 2014, retour au clavier, lecture et correspondance avec les amis. Je commence ici! Bonne année à tous, avec lectures noires, ou pas, rencontres littéraires enrichissantes et surtout beaucoup de plaisir!

Mais avant de se lancer à corps perdu dans l’année qui débute, il faut d’abord clore définitivement la précédente. Voilà enfin mon top 5 pour 2013 dans le désordre:

Dark Horse, Craig Johnson, Gallmeister. Longmire, je ne m’en lasse pas!

Fantôme, Jo Nesbo, Gallimard. Un top 5, un Nesbo, comme chaque année.

Coyote Crossing, Victor Gischler, Denoël. Pour la découverte et l’humour noir.

The Main, Trevanian, Gallmeister. Une évidence.

Pomme S, Éric Plamondon, Le Quartanier. Comme Nesbo, un Plamondon par liste annuelle! La fin de la trilogie 1984. Qu’y aura-t-il en 2014?

Et le numéro complémentaire: Le dernier Lapon, Olivier Truc, Métailié. Le titre 2012 oublié et rattrapé en 2013.

Bon, ce n’est pas tout ça, mais il faudrait commencer à lire pour préparer le prochain palmarès. Ça ne devrait pas être difficile de s’y mettre, le -23° de l’extérieur m’incite à rester dedans. Quoique, c’est beau une ville blanche dans le froid!

Bonne année à tous et on se retrouve plus souvent, ici, à la radio ou ailleurs!

La belle visite belge

11/12/2013

Pas beaucoup de critiques ces derniers temps, je le sais. Il y a des mois comme ça! Et puis, avec Noël en librairie, ça ne va pas s’arranger. Pas que je ne vous aime pas, mais le soir, c’est plutôt canapé-odeur de sapin-Sherlock Holmes à la télé.

Et puis je travaille pour le polar pendant ce temps-là aussi. Comme je l’avais annoncé il y a quelques semaines, nous avons profité de la visite d’un auteur belge au Salon du livre de Montréal pour l’inviter à la librairie. Paul Colize nous dit tout ou presque de ses romans. Si vous ne connaissez pas encore, regardez et précipitez-vous, Back up et Un long moment de silence auront été deux de mes belles découvertes de l’année!

Derrière les murs

04/12/2013

Il y a des sujets qui semblent toucher plusieurs auteurs au même moment, quelle que soit leur origine; parce que c’est dans l’air du temps. C’est le cas de ces cités fermées, barricadées du monde extérieur pour ne pas se frotter à l’Autre, celui qu’on ne connaît pas et qui est, bien évidemment, dangereux. Antoine Chainas, le Français, et Ahmed Khaled Towfik, l’Égyptien, les ont mis au centre de leurs nouveaux romans.

Il n’en fallait pas plus pour me donner envie d’en parler dans ma Carte blanche à Mission encre noire! Éric n’a pas été très difficile à convaincre, c’est un fan de Chainas. À lui, donc, la lecture de Pur, le dernier né du Français chez Gallimard et à moi la découverte de l’auteur égyptien avec Utopia, publié chez Ombres Noires.

Les deux décors ne sont pas les mêmes. Chainas nous décrit le sud de la France, ses villes un peu fachos, ces riches qui refusent de voir les pauvres et les magouilles politiques qui utilisent les médias. Fiction, vraiment?

Le pays présenté par Towfik est beaucoup plus apocalyptique, roman noir, mais surtout dystopie. Partout des bidonvilles, la misère, la faim, le manque de tout, la survie comme seul objectif. Derrière les murs protégés d’Utopia, les puissants s’ennuient. Jusqu’où doit-on aller pour éprouver un peu d’excitation quand on a tout ce qu’on veut et bien plus encore?

Histoires différentes, donc, mais beaucoup de liens communs. Pour imaginer vers où nous nous dirigeons, il faut regarder notre jeunesse, et dans les deux cas, elle ne va pas bien, surtout chez les plus riches. Comme quoi, de tout avoir, ça ne résout pas la question du bonheur.

Dans les deux récits, on trouve la méconnaissance de l’autre, la peur et la haine font bon ménage aux alentours des murs. Alors, pour oublier, il y a la drogue qu’elle soit légale ou non, et la violence est la réponse à tous les maux.

Le sujet de réflexion a beau être le même, le traitement ne l’est pas, lui. Et l’écriture n’a rien à voir. J’ai, de mon côté, beaucoup aimé celle d’Ahmed Khaled Towfik, sa poésie, le rythme qu’il lui donne. Chainas est plus direct, ce qui n’est pas négatif non plus. Parce que oui, j’ai fini par le lire, Éric m’en parlait tellement que je n’ai pas résisté.

Deux découvertes donc, sur lesquelles nous avions plus à dire, mais pour cela… il va vous falloir écouter l’émission, non mais! Facile, c’est en ligne et en baladodiffusion!

Antoine Chainas, Pur, Gallimard, 2013.

Ahmed Khaled Towfik, Utopia, Ombres Noires, 2013 (Utopia, 2009) traduit de l’arabe par Richard Jacquemond.