Archive for the ‘Polar’ category

Retour dans le Red Light

15/04/2018

Ayant beaucoup aimé les deux premiers volumes de Marie-Eve Bourassa, j’avais donc très hâte de lire Le sentier des bêtes et l’attachée de presse s’en doutait lorsqu’elle me l’a proposé (merci, Marie-Josée !).

Sentier des bêtesOn retrouve Eugène Duchamp, ancien flic, ancien drogué et bien décidé aussi à rester ancien détective privé ! Pour payer son loyer et ses menus besoins, il se prête plutôt à la contrebande d’alcool avec son ami Herb Parker. Après tout, la prohibition a des avantages pour certains. Mais voilà, comme dans tout bon polar, la vie n’est jamais un long fleuve tranquille et lorsque la danseuse de l’année, tout juste couronnée Miss Montréal, est découverte étranglée, Duchamp embarque dans l’enquête. Il ne connaissait pas vraiment Carole Morgan, mais le dernier à avoir vu la jeune femme vivante est son copain Herb et il a disparu depuis la nuit du meurtre. Le détective reprend donc du service pour le défendre, car il sait bien que le petit escroc noir n’a aucune chance face à la justice.

On le répète depuis le premier volume, mais Marie-Eve Bourassa est particulièrement douée pour nous transporter dans le Montréal des années 20 et 30. On regarde les rues, on entend les discussions, tout y est. C’est peut-être la qualité des dialogues qui sonnent si vrais, ou l’exactitude des descriptions, du moins tel que je les imagine, n’étant pas historienne ; pour la fiction, cela marche parfaitement.

Pourtant ce n’est pas que ça, cela ne suffirait pas à garder le lecteur en haleine. Il y a aussi ce personnage passablement magané par la vie qui, même s’il fait le dur, est au fond incapable de ne pas aider les plus vulnérables. Bien sûr, cela lui joue des tours. Classique, peut-être, mais tellement efficace ! L’intrigue qu’invente l’auteure est prenante, on veut savoir comment Eugène Duchamp se sortira de cet imbroglio, s’il y laissera des plumes ou s’il retrouvera l’amour de sa vie ; tout en se disant que ce n’est vraiment pas le lieu pour les « happy ends ». Au-delà de cette histoire très personnelle, Marie-Eve Bourassa ajoute le destin de ces immigrants chinois venus de si loin, mais que les triades ne lâchent pas, elle parle de la pauvreté dans les rues de Montréal, de ces filles pour qui danser, nues ou habillées, est « presque » une avancée dans la vie. C’est le portrait d’une époque et d’une couche de la société qu’on ne retrouve pas si souvent dans les romans.

Alors, ne boudez pas votre plaisir, surtout qu’il s’agit du dernier volume de la trilogie Red Light. Dommage ! Mais après tout, cela nous laisse la surprise de voir où nous amènera Marie-Eve Bourassa la prochaine fois.

Marie-Eve Bourassa, Red Light : Le sentier des bêtes, VLB éditeur, 2017.

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Il n’y a pas que des banques à Zurich !

16/01/2018

Nous sommes déjà en 2018 ? Vraiment ? Mince, j’ai loupé les derniers mois sur Carnets Noirs.
Il faut dire que depuis que je ne suis plus libraire, j’ai fait l’école buissonnière littérairement parlant. N’étant plus habitée par un sentiment d’obligation professionnelle de lire des nouveautés, ni même de l’adulte, je me suis baladée à la bibliothèque, rattrapant quelques envies (Tobie Lolness de Timothée de Fombelle, génial, pas déçue un instant !), retombant dans mes classiques (je ne me lasse pas du juge Ti de Van Gulik). J’avais besoin d’une récréation.

Mais voilà, l’envie est revenue, intacte, et avec elle, l’envie de partager mes lectures, que ce soit ici ou sur Facebook.

Fête des lumièresEt je voulais commencer mon année critique par une découverte; merci d’ailleurs à la libraire (qui est aussi la traductrice) qui me l’a offert. Je ne me serai pas aventurée sans elle dans l’univers du polar suisse et je n’aurai pas rencontré Vijay Kumar. Je m’excuse d’avance auprès des lecteurs québécois, vous ne trouverez pas ce livre près de chez vous. Mais rien n’empêche de le commander en Suisse !

Donc, Vijay Kumar ! Ce jeune détective privé a ouvert son agence, mais pour l’instant, le succès n’est pas au rendez-vous. Il partage donc son temps entre son bureau et sa bouteille d’amrut, un whisky indien, et ses soirées avec ses deux amis, José, un journaliste, et Miranda, fille de joie pour faire dans l’euphémisme. Lors d’une de ses sorties arrosées, le trio s’embarque dans une bagarre de rue à défendre un jeune qui se fait tabasser. Rien de bien extraordinaire, à Zurich aussi, les nuits peuvent être chaudes, pourtant Vijay flaire l’affaire louche.

Lorsqu’un magnat de la presse locale l’embauche pour retrouver sa femme de ménage en lui offrant un montant exorbitant, il se dit que, vraiment, quelque chose de tourne pas rond. Et il n’a peut-être pas tort. Et quand la politique s’en mêle, il n’y a qu’à bien se tenir!

Belle découverte donc, que ce Fête des lumières de Sunil Mann publié dans la maison suisse Éditions des sauvages. Alors qu’on part d’une intrigue qui semble un peu facile, tout se complexifie rapidement et nous mène jusqu’à un dénouement surprenant. Mais au-delà de l’histoire, c’est le contexte qui m’a particulièrement plu. Peut-être parce que j’ai toujours aimé le polar politique et que l’auteur se plaît à nous montrer comment les villes et les quartiers se font et se défont au gré des spéculateurs immobiliers. À cela s’ajoute la dimension de l’immigration, car on voit très vite que les populations qui habitent ces immeubles appelés à être rénovés ne sont pas toutes nées en Suisse. Cela permet à Sunil Mann de faire réfléchir son héros sur sa condition de citoyen de deuxième génération, alors qu’il est tiraillé entre deux cultures, qui sont pourtant les deux siennes.

Finalement, c’est l’humour omniprésent qui m’a séduite. Que ce soit par ses personnages extrêmes (Miranda et ses talons hauts !), ses dialogues ironiques ou bien ses situations saugrenues, Fête des lumières a souvent réussi à me faire sourire, même si on espère que Zurich ne cédera pas aux spéculateurs !

Sunil Mann, Fête des lumières, Éditions des sauvages, 2013 (Lichterfest, 2011) traduit de l’allemand par Anne Dürr.

La culture peut être dangereuse

25/09/2017

Je commence toujours les recueils de la série Crimes à… avec une légère appréhension, doublée d’une excitation évidente : est-ce que je vais tout aimer? Qui vais-je découvrir ? Est-ce que je vais être déçue par un auteur que j’appréciais tant ? Ah, les troubles de lectrice !

Mais remettons dans le contexte pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le concept. Un jour, Richard Migneault a eu l’idée de réunir des auteurs de polar québécois pour les faire plancher sur un même thème, cela a donné Crimes à la librairie. Le succès fut évident, les auteurs qui n’avaient pas pu participer écrivaient au directeur : et moi ? Et moi ? Donc, rebelote, cette fois-ci pour Crimes à la bibliothèque. Le lecteur était ravi, ayant eu l’occasion à ce moment-là de découvrir ou redécouvrir plus d’une trentaine d’auteurs d’ici ; mais il se demandait comment le concept allait pouvoir continuer tout en ne se répétant pas.

Crimes au muséeOn peut faire confiance à Richard pour avoir toujours un nouveau projet qui l’enthousiasme et nous surprend et voilà, tout juste sorti des presses québécoises, Crimes au musée. Je spécifie québécois, parce que la version française est, elle, parue au printemps chez Belfond. Eh oui, ce nouveau-né de la série est allé chercher des plumes des deux côtés de l’Atlantique, avec une coédition à la clé.
La deuxième particularité du recueil est qu’il ne réunit que des femmes. On peut donc aller vérifier s’il existe une écriture féminine dans le polar. Ma réponse après lecture ? Pas sûre, genre distinct, thématiques diverses et degré d’hémoglobine variable, il y en a pour tous les goûts ! Cela n’en reste pas moins intéressant de voir ces femmes si différentes dans leur vie, leurs carrières et leurs écrits faire face à la même contrainte. 18 auteures qui nous offrent leur vision du crime au musée ! Je pourrais faire la liste des lieux visités : le Japon avec Dominique Sylvain et Claire Cooke, le Rwanda avec Geneviève Lefebvre, la Turquie avec Florence Meney ou bien encore Venise avec Stéphanie de Mecquenem. Je pourrais parler de la diversité des moyens du crime : poison, machette made in China, arme à feu ; quand le crime est un meurtre d’ailleurs, même s’il l’est souvent dans le livre. J’ai aussi constaté que la thématique de la vengeance est très présente, et en général perçue comme tout à fait excusable. Aurais-je trouvé là une particularité de l’écriture féminine ? Peut-être.

Comme dans tout recueil, il y a des préférences pour certains textes. Après tout, les lecteurs ne se ressemblent pas. Et comme dans les deux livres précédents, certains auteurs trichent un peu avec le thème, forçant l’idée du musée plutôt que l’utilisant comme une part entière de leur histoire. Mais j’ai envie de vous parler de celles que j’ai préférées.

Dans le léger, j’ai bien aimé l’hommage de Stéphanie de Mecquenem au roman à énigme et j’irai sûrement découvrir son duo d’enquêteurs. Les amateurs d’Agatha Christie apprécieront. De la même manière Andrée A. Michaud rend, de son côté, hommage au roman noir. Il faut faire attention à bien choisir la dame avec qui on danse ! Il y a aussi le revirement de la fin écrite par Ingrid Desjours, voilà une nouvelle à chute ! Ou encore les personnages de Dominique Sylvain qui nous amène dans le Japon où elle a passé quelques années. J’espérais d’Ariane Gélinas une atmosphère troublante et j’ai été comblée, l’auteure sait semer le doute. D’ailleurs, Claudia Larochelle m’a surprise en allant jouer elle aussi dans une ambiance dérangeante qui rend son texte assez fort.

Enfin, si l’on parle d’écriture, il semblerait que je devienne chauvine, puisque sans que je le veuille, ce sont trois Québécoises qui emportent mon vote. Florence Meney, Geneviève Lefebvre et Martine Latulippe ont des styles propres, différents, mais qui ne laisse pas indifférent. À la fois poétiques et efficaces, ils amènent tous vers des fins qui ne peuvent qu’être funèbres ; après tout, c’est un recueil de polar !

Crime au musée est donc le digne petit frère des deux titres précédents. On peut espérer qu’en outre, ils permettront aux Français de découvrir les plumes d’ici. Pour moi, c’est l’occasion de retrouver celles que j’apprécie déjà, d’en lire de nouvelles et de me dire que je ne sais toujours pas s’il y a vraiment une écriture féminine de polar, mais qu’il y a quand même de sacrées auteures !

Sous la direction de Richard Migneault, Crimes au musée, Druide, 2017 (publié chez Belfond en France)

Ce n’était pas mieux avant!

30/01/2017

Soyons honnêtes, le monde actuel est assez moche. Alors, pourquoi ne pas aller faire un tour dans le passé pour voir si tout était mieux avant ?

D’accord, vu que c’est du polar, ce ne sera probablement pas beaucoup plus joyeux, mais bon, au moins, ça fait changement !

trois-fois-la-be%cc%82tePremière étape : Trois fois la bête de Zhanie Roy que j’ai lu il y a quelques semaines. C’est l’été 1935 dans un petit village du Québec; les journées sont chaudes, les familles nombreuses, le travail des champs rude. Un premier enfant est retrouvé assassiné, éventré ; puis un deuxième. Où est la bête qui les attaque ? En plus de la peur, la discorde s’installe ; le curé veut créer un nouveau cimetière, un hommage à Dieu ou peut-être plus un témoignage de son passage à lui, humble curé, sur cette terre. Mais tous ne sont pas d’accord sur son choix de lieu et un des hommes, fraîchement revenu des États-Unis, mène la fronde.

Zhanie Roy écrit bien cette idée de peur, on voit la suspicion s’installer dans la tête des villageois. Et si la bête n’était pas un loup affamé par l’été ? Et si le coupable était l’un d’entre eux ? Elle montre aussi très bien les débuts de la rébellion contre l’église. Tout d’un coup, le curé n’est plus l’unique pouvoir, des hommes osent se lever et répondre, avoir un avis différent.

Trois fois la bête est un roman noir. Ici, pas d’enquête, le but n’est pas de démasquer le coupable, homme ou animal, mais bien de montrer la crainte et comment réagit une communauté lorsque le drame frappe. Et tout cela, Zhanie Roy le fait très bien. J’ai été déçue par la résolution, à mes yeux un peu facile, et des motifs de meurtres légers, mais la qualité du roman demeure.

Et puis, au-delà du noir, je trouve que sa description de l’époque forte : la dureté du travail, les enfants qui aident, les familles nombreuses et surtout le courage de ces mères, toujours à l’ouvrage, malgré les grossesses et la fatigue.

adieu-mignonneRemontons encore un peu dans le temps et revenons vers la grande ville avec Marie-Ève Bourassa qui nous amène dans le Red Light de Montréal. Eugène Duchamp vit à deux pas, dans le quartier chinois, avec sa femme. Ancien policier, il a fui en s’enrôlant dans l’armée et en allant combattre en Europe. Il est de retour, infirme et opiomane. Pourtant, certains croient encore en lui puisqu’une jeune prostituée vient lui demander son aide. On a enlevé son enfant dans la maison de passe où elle vit. Elle veut le retrouver et la police ne bougera pas pour une fille comme elle. Eugène se défend, après tout, il n’est pas détective privé ! malgré tout, il sait qu’il est le seul qui pourra aider la jeune femme. Il va donc repartir dans ses quartiers d’autrefois, retrouver ses quelques anciens amis, ses douloureux amours passés ainsi que ses très nombreux ennemis. Son enquête le mènera bien plus loin qu’il ne le pensait, des bas-fonds sordides aux beaux quartiers de Montréal.

Marie-Ève Bourassa nous plonge dans une époque de la ville, qui, de façon surprenante, a été peu utilisée dans les polars jusqu’à maintenant. Pourtant tout est là pour créer l’ambiance parfaite : les mafieux, la corruption dans la police et les hautes-sphères, l’alcool de contrebande, les maisons de passe et la musique des cabarets. Il ne manque plus qu’un privé, et le nôtre est plutôt abîmé. Mais malgré son état de santé et l’abus d’opium, il garde une certaine morale et ne peut s’empêcher de venir en aide à celles qui en ont besoin, surtout quand il sait qu’elles sont seules.

Là encore, la description des lieux et de l’époque fait la force du roman. On voit la ville, les différents quartiers qui correspondent aux différentes classes sociales. La vie est rude pour les plus pauvres et la prostitution souvent la seule solution pour certaines femmes. Marie-Ève Bourassa les montre telles qu’elles sont, trop jeunes, perdues et en même temps pouvant être cruelles entre elles, tout en sachant se défendre. Quant à son héros, à l’image des certains privés classiques du roman noir, il décide par lui-même comment justice doit être rendue… ce qui n’est pas pour me déplaire.

Ce premier volume de la série, Adieu Mignonne, a été pour moi une belle découverte, même si tardive. Le deuxième, Frères d’infortune, est également sorti il y a quelques mois, ce qui me donne envie de savoir ce qu’il advient d’Eugène Duchamp !

Zhanie Roy, Trois fois la bête, À l’étage, 2015.

Marie-Ève Bourassa, Red Light, Adieu Mignonne, VLB éditeur, 2016.

Un Écossais plus que l’autre

17/01/2017

Voici un texte qui traînait depuis des semaines dans mes dossiers. Il est temps de le publier pour mieux passer à la nouvelle année ! Donc, deux de mes dernières lectures 2016, une moins plaisante que l’autre, mais pourquoi ne pas en parler aussi !

Je commencerais par la moins heureuse. Comme préambule, il serait peut-être juste de spécifier que je ne suis pas une fan de sports, en particulier de foot (le soccer des Nord-Américains !). Je ne m’étais donc pas précipitée vers la nouvelle série de Philip Kerr, alors même que j’avais lu tous les Bernie Gunther.

main-de-dieuÀ la sortie de La main de Dieu, je me suis dit qu’il fallait laisser la chance au coureur et qu’après tout, l’auteur étant excellent, j’allais peut-être me mettre à aimer le ballon rond. En plus, je ne suis pas complètement néophyte et je le savais bien que la main de Dieu, ça avait un lien avec Maradona! Verdict ? Pas pantoute ! Le foot ne passe pas, même en polar. J’y ai mis du cœur pourtant, je l’ai lu jusqu’au bout, mais on doit attendre la moitié du roman pour voir un mort (enfin, de l’action autre qu’un penalty !) et le tout est mêlé de récit de matchs. Promis, si je me faisais présenter encore une fois un changement de joueur, j’allais sur le terrain casser la gueule à l’arbitre !

Allez, j’exagère peut-être un peu pour le plaisir de la critique. L’enquête autour de la mort d’une vedette de l’équipe de London City, lorsqu’elle arrive, est plutôt bien menée. En outre, cela permet à Philip Kerr de parler de la crise financière grecque et des dessous corrompus du milieu footballistique. En prime, les sorties de son héros Scott Manson contre la coupe du monde sont plutôt jouissives. Tout cela n’est donc pas entièrement désagréable. N’empêche que, si vous n’aimez pas voir 22 joueurs courir après un ballon sur un terrain, je vous dirai bien de lire autre chose !

tels-des-loups-affamesUn autre écossais, par exemple ? Parce que, Rankin ne m’a jamais déçu. J’avoue avoir une préférence pour John Rebus, son héros entêté et so Édimbourg, mais je ne déteste pas non plus Malcolm Fox, même s’il est un peu trop clean à mon goût. Mettez les deux ensemble et je prends, sans discuter. C’est le cas dans Tels des loups affamés. Siobhan Clarke se retrouve avec une grosse enquête à gérer, la mort d’un juge. Elle se demande très vite s’il s’agit d’une affaire isolée ou d’un projet plus grand. Mais qu’est-ce qui relie les différentes victimes ? Car l’une des cibles potentielles n’est autre que l’ennemi juré de Rebus, Big Ger Cafferty. Elle aura donc besoin de l’aide de son ancien mentor pour en savoir plus. Et cela fait le bonheur de Rebus, qui ne veut pas l’admettre. En même temps, la retraite ne lui convient pas particulièrement. Il a beau faire de l’humour noir, les journées sont longues à remplir quand on n’a pas de carte de bibliothèque et qu’on ne joue pas au golf. Quant à Malcom Fox, il se retrouve à enquêter sur une famille de criminels de Glasgow en voyage un peu trop souvent dans la capitale. Tout cela pourrait-il être lié ? Le monde interlope est-il en mutation complète ? Siobhan et ses collègues ne laisseront pas les règles du jeu changer et cela nous amène dans une enquête complexe et dangereuse.

Peut-être est-ce que c’est simplement parce que Rebus n’aime pas non plus le sport que je lui suis fidèle. Mais je dirai plutôt que c’est une ambiance, des dialogues pleins d’humour, des liens d’amitié qui se créent, même parfois entre ennemis. Et puis Rankin raconte bien ces hommes d’un certain âge qui ne veulent pas lâcher, pas se coucher, que ce soit Rebus ou Big Ger Cafferty. Alors j’embarque avec eux, je les suis au pub, et contrairement à Malcom Fox, moi, je prends une pinte.

Voilà, la page 2016 est tournée. Je vous souhaite une bonne année livresque et je reviens bientôt avec mes lectures 2017 !

Philip Kerr, La main de dieu, Éditions du masque, 2016 (The Hand of God, 2015) traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel-Guedj.

Ian Rankin, Tels des loups affamés, Éditions du masque, 2016 (Even Dogs in the Wild, 2015) traduit de l’anglais par Freddy Michalski.

Daniel et Lisa de retour !

27/11/2016

Jacques Saussey nous a fait un cadeau spécial Québec. Son petit dernier, Ne prononcez jamais leur nom, était normalement prévu pour début 2017. Sauf que l’auteur, qui visite régulièrement la Belle Province, avait très envie de participer au Salon du livre de Montréal. Il a donc organisé avec son éditeur la sortie en avance de son roman juste pour nous. Ce qui a permis aux lecteurs d’ici de retrouver Lisa Heslin et Daniel Magne plus vite que prévu.

ne-prononcez-jamais-leurs-nomsDans La pieuvre, leur relation de couple en avait pris un coup et Lisa était partie se mettre au vert très loin de Paris. Au début de ce nouvel opus, elle est toujours dans le chalet légué par son père en Suisse, essayant de faire le vide. Daniel a lui aussi quitté la capitale, il a préféré s’exiler à Hendaye, au Pays basque. Il noie ses remords et sa culpabilité dans l’alcool, se mettant à dos son nouveau chef.

Un jour, alors qu’il est à la terrasse d’un café, une énorme explosion survient de la gare toute proche. Ses réflexes policiers reprennent le dessus et il est le premier sur les lieux. Il se retrouvera face à un danger plus périlleux qu’il ne le pensait.

Je n’en dirai pas plus, je ne veux pas gâcher des surprises. Mais laissez-moi vous assurer qu’il y a du suspense, que Daniel a quelques soucis et que bien sûr Lisa ne pourra pas rester très longtemps éloignée de l’homme qu’elle aime et d’un métier dans lequel elle excelle!

Dans Ne prononcez jamais leur nom, Jacques Saussey s’attaque à un sujet difficile, celui du terrorisme. Il faut dire que quelques semaines après qu’il a commencé à écrire, la France a été traumatisée par les attentats de novembre. Je trouve que c’est un thème qui peut être périlleux. Après tout, facile de tomber dans le manichéisme et de ne montrer que des gentils policiers qui jamais ne franchissent la ligne entre le bien et le mal. Écueil que réussit à éviter l’auteur, tout en choisissant un motif d’attentat qui empêche également de trop grandes discussions. On n’est pas dans du roman noir ou politique, mais bien dans un polar d’action et c’est là le plaisir. Cela permet toutefois d’envisager notre propre réaction à ces événements qui peuvent être marquants.

Jacques Saussey est un des auteurs français de thriller qui montent et je comprends pourquoi. L’intrigue prenante tient le lecteur en haleine, on retrouve des personnages qu’on connaît et qu’on a envie de suivre, même si je leur souhaiterais plutôt un peu de paix bienvenue.

Vous voulez de l’efficace ? N’hésitez pas, Daniel Heslin et Lisa Magne sont au rendez-vous !

Jacques Saussey, Ne prononcez jamais leur nom, Éditions du Toucan, 2016

Direction le Wyoming

15/07/2016

Cette fin de semaine, j’avais décidé de m’isoler dans le bois ! Bon, pas totalement sauvage non plus, quoique… j’ai passé quelques heures avec les tamias pour seuls compagnons dans ma marche solitaire.

Et bien sûr, il me fallait de la lecture pour la soirée. Comme d’habitude, avant chaque départ, question suprême : quel livre se prêtera le mieux à l’humeur du voyage ?

Réponse facile dans ce cas-là, je venais de recevoir le dernier Craig Johnson ! Des étendues du Wyoming aux arbres du Parc national de la Mauricie, il n’y a qu’un pas, enfin presque.

À vol d'oiseauWalt Longmire n’est pas au travail. Et il préférerait probablement y être ! Parce que trouver un lieu idéal dans la réserve pour le mariage de sa fille Cady n’est pas chose aisée. Alors qu’il cherche l’endroit parfait avec son meilleur ami Henry Standing Bear, il assiste à un étrange suicide d’une mère portant son bébé. L’affaire dépend de la police tribale, mais la nouvelle chef est très jeune et pourrait bénéficier de l’expérience de Walt. Le voilà donc embarqué dans une enquête, qui, comme d’habitude, le dépasse, mais qu’il sera assez buté pour mener jusqu’au bout.

À vol d’oiseau n’est peut-être pas le meilleur de la série Longmire. Mais quand on aime, on pardonne tout ou presque ! Les faiblesses d’abord, comme une intrigue un peu légère peut-être avec cette jeune femme à l’apparent suicide, qui se révèle bien sûr un meurtre déguisé. Les enquêteurs se promènent de suspect en suspect, mais leur avancée ne m’a pas convaincue. Et puis il y a tous ces personnages absents et qui m’ont manqué : Vic (partie suivre un séminaire de relations publiques !), Ruby, les adjoints, Cady et tous les autres. Mais bon, c’est de la fidélité à outrance.

J’ai retrouvé quand même dans cet opus ce que j’apprécie de Craig Johnson. En premier lieu, l’humour, à la fois noir et décalé, surtout dans les dialogues, qui fait qu’on sourit, même en étant seule dans un bistrot de Mauricie, en se retenant un peu pour ne pas avoir l’air bizarre.

J’aime aussi toujours autant cette manière qu’il a d’alterner légèreté et moments plus dramatiques ou presque poétiques ; sa description de la vision de Walt après qu’il a consommé du peyotl par exemple ou encore la vigie de Chien auprès du bébé blessé. Enfin, ses romans font chaque fois un portrait très humain d’une population, d’une manière de vivre, marquée par les éléments et la nature du Wyoming. On se retrouve entre traditions et modernité, où le diable bat sa femme lorsqu’il va pleuvoir, où certaines voitures n’ont ni clés ni marche avant, mais où la famille passe avant tout, surtout quand on marie sa fille.

Donc en résumé, pas le meilleur Craig Johnson, mais on prend toujours plaisir à retrouver Walt Longmire et sa bande et, avec eux, les grands espaces américains.

Craig Johnson, À vol d’oiseau, Gallmeister, 2016 (As the Crow Flies, 2012) traduit de l’anglais par Sophie Aslanides.