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Mets ta belle robe, j’t’amène aux vues !

06/09/2017

Maxime Houde abandonne le temps d’un roman son héros Stan Coveleski, même si on le croise au détour d’un chapitre, en forme de clin d’œil. Et des clins d’œil, La vie rêvée de Frank Bélair en regorge. Car c’est le but de l’auteur, rendre hommage au film noir, par sa thématique, mais aussi par sa construction, et y compris sa couverture ! C’est réussi, autant que ma maigre connaissance du genre me permet de le dire. L’atmosphère, les personnages, les lieux, on a tout ce qu’il faut pour qu’Humphrey Bogart débarque (je sais, c’est classique, mais après tout, c’est la première image qui nous vient souvent !).

Vie rêvée de Frank BélairOn rencontre donc François, dit Frank, Bélair. 1942, les affaires sont bonnes pour le propriétaire du Blue Dahlia, un des cabarets à la mode de Montréal. Après tout, les soldats qui vont se battre en Europe ont bien besoin de s’amuser. Frank règne en maître sur ses danseuses et ses clients, mais tout n’est peut-être pas simple quand on doit payer la cut à celui à qui on doit son bar. Et on n’est jamais trop loin des embrouilles dans ce métier.

On va suivre le quotidien de Frank, dans un récit qui avance et qui revient dans le temps, entre 1933 et 1948 : sa famille, sa femme, son fils, mais aussi ses maîtresses et ses liens avec les Rourke, représentants de la mafia locale.

La vie rêvée de Frank Bélair est finalement bien plus le portrait d’un homme et d’une époque dans un certain milieu qu’une intrigue complexe ou une histoire d’un crime. Des méfaits, il y en aura à foison, vous pourrez lire de la corruption, de la violence et même quelques meurtres. Après tout, difficile de garder les mains propres ou de ne pas se trouver confronté à ce genre de choses quand on bosse dans le monde de la nuit. C’est tout cela qu’a voulu montrer Maxime Houde ; et tous les stéréotypes sont là, volontairement : de la femme fatale au gangster, en passant par le bras droit amateur de coups, pour finir avec le héros, le paumé loser qui essaye de faire progresser sa vie en prenant quelques raccourcis, sans se soucier vraiment de ceux qui l’entourent. L’exercice est réussi et Maxime Houde va même jusqu’à nous expliquer ses références dans le mot de la fin.

L’intrigue est plutôt classique, mais la structure ne manque pas d’originalité, puisqu’on saute d’une année à l’autre, retournant dans la jeunesse de Frank pour repartir plus loin, nous permettant de mieux comprendre son parcours. Il s’agit là encore, selon l’auteur, de reproduire ses modèles aux récits non linéaires. C’est en tout cas une belle manière de balader le lecteur pour qu’il ne se laisse pas trop porter.

Les amateurs de films noirs y reconnaîtront sûrement les références, j’ai de mon côté profité de l’ambiance, écouté la musique, regardé les floor shows et senti le parfum des années 30 et 40 à Montréal.

Je ne sais pas si tout cela fait de cette Vie rêvée de Frank Bélair un grand roman noir, je dirais qu’il manque un peu de substance et d’intrigue pour cela. C’est en tout cas un bel hommage au cinéma et on ressort avec des envies de replonger dans nos classiques et nos moins classiques. Éteignez la lumière et amenez le pop-corn, le film va commencer !

Maxime Houde, La vie rêvée de Frank Bélair, Alire, 2017.

Décorations, cadeaux et Top de l’année

11/12/2016

Décorations, check ! Musique de Noël dans les commerces, check ! Manteau de neige sur Montréal, recheck !

Ça y est, on y est, on est prêt ! C’est définitivement la période des fêtes. Alors avant de perdre le contrôle et de courir partout au boulot comme un poulet pas de tête (j’adore cette expression), je me dis qu’il est temps de vous annoncer le traditionnel top 5 de l’année puisque je me suis prêtée à l’exercice pour la librairie. Et puis, ça pourrait donner des idées de cadeaux pour ceux qui n’ont pas encore commencé leurs achats.

Comme d’habitude, le choix fut difficile (eh oui, j’ai du mal à me souvenir ce que j’ai lu dans l’année) et déchirant (il y a toujours un sixième qui aurait pu/dû être présent), mais bon, puisqu’il faut se lancer. Voilà, sans ordre particulier, mon top 5 de mes lectures parues cette année :

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud. Pour la langue poétique, la réflexion sur l’immigration et l’intégration, le rapport au langage et l’accent de Toulouse. Et non, ce n’est pas du polar!

Le fils, Jo Nesbø, Gallimard. Parce que Nesbø, bien sûr ! Et puis parce qu’il réussit à faire changer notre regard sur les personnages au fil du récit d’une manière parfaite.

Sans terre, Marie-Ève Sévigny, Héliotrope noir. On manque terriblement de roman noir engagé au Québec, mais heureusement, de nouvelles voix arrivent. C’est le cas ici avec une histoire sur l’écologie et la corruption.

Cartel, Don Winslow, Seuil. J’avais adoré La griffe du chien, Cartel est définitivement une suite à la hauteur ! C’est noir et probablement très représentatif de l’hyper violence qui règne sur les territoires des cartels mexicains.

La loterie, Miles Hyman et Shirley Jackson, Casterman. Parce que la nouvelle de Shirley Jackson parue en 1948 n’a pas pris une ride et que l’adaptation en bande dessinée réalisée par son neveu est géniale.

Et puis, bon, puisque je suis chez moi et que je fais ce que je veux, je rajoute :

Viens avec moi, Castle Freeman, Sonatine. Pour l’humour noir et la situation absurde et pourtant complètement crédible.

Dodgers, Bill Beverly, Seuil. Un road trip américain avec des ados de gangs qui ne sont jamais sortis de chez eux.

Si, avec ça, vous ne savez pas quoi offrir ou que votre public est difficile, pensez référence et optez pour Le détectionnaire de Norbert Spehner chez Alire.

Allez hop, je repars dans ma course des fêtes. Joyeux Noël!!

Le polar aussi a ses références !

27/10/2016

Difficile de reprendre le fil quand on a été silencieuse si longtemps. Que voulez-vous, la vie court, court…

Mais revenons à nos polars. Et pour un retour, pourquoi ne pas commencer par un incontournable tout juste sorti, un ouvrage de référence qui a très vite trouvé sa place dans ma bibliothèque à côté du Dictionnaire des littératures policières chez Joseph K et qui devrait arriver dans la vôtre.

detectionnaireJe l’ai dit ici, j’ai une mémoire de poisson rouge. Pas simple quand on est libraire et critique amateur. Mais comment s’appelle donc le personnage de Paco Ignacio Taibo II ? Et l’auteur qui a créé Joe Gunther ? C’était qui Fantômas déjà ? Et il faisait quoi le Robert Langdon de Dan Brown ? (ok, peut-être que la dernière, je m’en moque un peu) Toutes ses réponses sont dans le Détectionnaire de Norbert Spehner paru aux éditions Alire.

Qu’es aquò, comme on dit chez moi ? Mais tout simplement, comme son nom l’indique, un dictionnaire de détectives, ou plus précisément des personnages principaux de la littérature policière et d’espionnage. Vaste programme ! Entrepris il y a plus de 20 ans par une employée de bibliothèque, ce travail de moine avait été continué par un passionné du polar, Yvon Allard. À son décès en 2011, c’est Norbert Spehner, un de ses amis et un spécialiste reconnu lui aussi, qui reprend le projet et le met à sa main pour finalement aboutir à ce pavé qui fera rêver les amateurs.

Vous trouverez dans Le détectionnaire les personnages centraux présents dans au moins deux romans et certains secondaires, mais primordiaux (pensez au docteur Watson, comment faire sans lui ?). Pour chacun, une fiche comprenant une description, le nom de l’auteur, une bibliographie et les apparitions dudit personnage à la télé et au cinéma. Enfin se trouvent des informations diverses qui, au-delà d’être instructives, rendent le ton de l’ouvrage plus ludique puisque Norbert Spehner, et les références qu’il cite, ne se gênent pas pour faire des commentaires sur les personnages, la qualité des romans ou bien des adaptations cinéma. Au début, un texte présente les différents types de personnages récurrents, et pour mieux mener votre recherche, deux index ont été ajoutés à la fin pour les auteurs et les personnages.

Le tout est agrémenté d’illustrations, de photos et de couvertures de romans pour rendre l’ouvrage plus agréable à feuilleter. Un beau cadeau à se faire ou à se faire offrir !

Le genre de livre qu’on attrape sur l’étagère pour une recherche rapide et dans lequel on est plongé pendant longtemps en se baladant d’entrée en entrée. Depuis 15 minutes, je me rafraîchis la mémoire sur Duca Lamberti et Charlie Parker. Saviez-vous que le héros de Westlake, Dormunder, tenait son nom d’une marque de bière ? Allez j’y retourne !

Norbert Spehner, Le détectionnaire, Alire, 2016.

Carnets Noirs est de retour en force!

16/03/2015

Ouf, ça fait longtemps ! Je ne sais même pas par où recommencer. Peut-être par expliquer mon absence ? J’avais accepté de donner une formation à des libraires : 2 sessions de 2 heures sur le roman policier. Pas si terrible, me direz-vous. Exact, mais quand on est une stressée chronique, angoissée patentée, cela signifie des heures de lectures-procrastination-Facebook, quelques grosses remises en question et un emploi du temps presque exclusivement consacré à faire semblant de ne pas y penser et à ne rien faire. Pathologique, vous croyez ? Mais voilà, ça y est, c’est terminé depuis trois semaines. A suivi une visite familiale pour montrer à des Français que quand je dis qu’il fait froid à Montréal, ce n’est pas une exagération et un séjour à New York pour aller voir les voisins américains.

Maintenant, je me pose, je respire et je repars. D’accord, mais dans quel sens ? Peut-être par un récapitulatif rapide de mes livres des derniers mois ; parce que bien évidemment, je lisais moins, mais je lisais encore. Une dizaine de romans se sont donc accumulés sur mon bureau, attendant des jours meilleurs et un retour au clavier. Donc, je me lance, critique en quelques phrases.

Dans Repentir(s)les noms que j’ai revu avec toujours autant de plaisir, il y a Richard Ste-Marie et son Repentir(s) aux éditions Alire, une lecture que j’ai faite il y a un moment déjà, mais dont je voulais vraiment vous parler. On y retrouve son détective Francis Pagliaro confronté cette fois-ci au monde de l’art. Une belle manière de découvrir un milieu que Ste-Marie connaît bien. C’est aussi le roman le plus noir de la série et cela convient parfaitement à l’auteur et à son écriture. Pour en savoir plus, j’avais réalisé pendant l’été une entrevue pour Les libraires.

Ver à soiePlus sombre également que le précédent, mais toujours bon, il y a eu le titre de Robert Galbraith, J.K. Rowling quand elle se met au polar, Le ver à soie. Retour là encore de Cormoran Strike, le privé ancien militaire. Son enquête le mène dans l’univers de l’édition lorsqu’un auteur aussi doué que détestable disparaît. J’ai une nouvelle fois embarqué à la suite de ce détective peut-être classique, mais qui possède tous les atouts qu’on apprécie. Et puis il y a la description de ce monde littéraire impitoyable où les mots coûtent cher et la critique peut tuer. Cela ne pouvait que me plaire.

Cannibale de Crumlin RoadJe suis restée chez les Anglo-saxons avec Le cannibale de Crumlin Road de Sam Millar. J’avais beaucoup aimé Les chiens de Belfast et je renouvelle le plaisir avec celui-ci. Karl Kane est toujours bourru et il ne choisit jamais le chemin conventionnel pour mener une enquête à bien. Cette fois-ci, il se lance à la recherche de la sœur de sa cliente, ce qui prendra un tour beaucoup plus personnel que le détective ne l’avait prévu. C’est à la fois noir, violent et pourtant plein d’humour dans les dialogues, un mélange très irish ! En cette période de Saint-Patrick, cela semble tout à fait conseillé.

YeruldelggerMieux vaut tard que jamais, j’ai enfin lu le polar dont tout le monde parlait l’an dernier, Yeruldelgger de Ian Manook et je n’ai pas été déçue. Le flic Yeruldelgger est du genre qu’on aime : méthode très particulière, vie personnelle compliquée et en conflit avec sa hiérarchie. En plus, pour ceux qui veulent du roman anthropologique, on s’offre un voyage en Mongolie. Deux affaires au programme, les meurtres de trois Chinois et la découverte du corps d’une petite fille dans la steppe. Mais cela ne restera pas impuni, parole de commissaire ! L’histoire est prenante, les personnages attachants et le dépaysement garanti. J’ai hâte de voir de deuxième.

Incorrigible monsieur BuanUn autre commissaire, Lucien Workan, le flic d’Hugo Buan avec L’incorrigible monsieur William. Des assassinats en série, des menhirs, y a-t-il un druide dans la salle ? Workan n’y croit pas et il va prouver qu’il a raison. J’avais déjà lu deux enquêtes du flic rennais et j’aime assez l’atmosphère installée par Hugo Buan. Les dialogues sont savoureux et la situation aussi improbable que bizarre, mais bon, on s’en fout, ça marche !

Celle qui a tous les donsEt puis une découverte personnelle : j’ai dévoré un livre de zombie. Si, si, c’est vrai, je vous jure. Pourtant, je ne l’aurai jamais cru. Mélanie va à l’école, elle aime sa maîtresse et apprend bien ses leçons. Mais Mélanie est une petite fille particulière dans un monde d’apocalypse. Elle est Celle qui a tous les dons. L’écriture parvient à installer l’univers créé par M.R. Carey, j’ai apprécié ses personnages, jamais caricaturaux, et sa réflexion sur une société qui se détruit de l’intérieur et qui cherche le remède à sa disparition. Merci à l’Atalante de m’avoir envoyé ce roman que je n’aurai pas choisi, mais qui m’a ouvert une porte vers autre chose.

Enfin, finissons par les corrects sans plus et les déceptions, juste en quelques mots. L’inconnu du grand canal n’est pas un mauvais Donna Leon, pas un excellent non plus selon moi, ou alors, c’est simplement que je me suis lassée de son Brunetti. Je reconnais la qualité et les bonnes intentions, mais cela ne fonctionne plus aussi bien qu’au début. Ce qui est toujours mieux que ce que j’ai pensé du Marchand de sable de Lars Kepler. Je m’étais peut-être levée du pied gauche lorsque j’ai lu cette enquête de Joona Linna, mais je n’ai pas réussi à embarquer dans cette histoire de tueur en série enfermé qui continue à terroriser ses victimes et la fin m’a paru décevante en me laissant un léger goût de tricherie. Mais je dois admettre que je ne suis pas une fan de thriller et c’est probablement là que le bât blesse.

Huit titres en chronique éclair qui me permettent en même temps de fêter les 6 ans de ce blog, qui après une passe difficile, reprendra, je l’espère, une vitesse de croisière régulière. À très bientôt, donc !

Richard Ste-Marie, Repentir(s), Alire, 2014.

Robert Galbraith, Le ver à soie, Grasset, 2014 (The Silkworm, 2014) traduit de l’anglais par Florianne Vidal.

Sam Millar, Le cannibale de Crumlin Road, Seuil, 2015 (The Dark Place, 2010) traduit de l’anglais par Patrick Raynal.

Ian Manook, Yeruldelgger, Albin Michel, 2013.

Hugo Buan, L’incorrigible monsieur William, Éditions du Palémon, 2014.

M.R. Carey, Celle qui a tous les dons, L’Atalante, 2014 (The Girl With All The Gifts, 2012) traduit de l’anglais par Nathalie Mège.

Donna Leon, L’inconnu du Grand Canal, Calmann-Lévy, 2014 (Beastly Things, 2012) traduit de l’anglais par Gabriella Zimmermann.

Lars Kepler, Le marchand de sable, Actes Sud, 2014 (Sandmannen, 2012) traduit du suédois par Lena Grumbach.

On y retourne ou pas ?

18/04/2014

J’étais partie pour me lancer sur deux livres, mais finalement le premier a pris toute la place, je garde donc l’autre pour plus tard.

Le mot-clé de ma critique sera « mitigé ». Ce qui est dommage, car j’utilise cet adjectif ou un de ses synonymes chaque fois que je parle d’un roman de Rick Mofina; j’ai vérifié dans les textes des précédents. Mais je m’explique plus en détail.

Sans retourTout commence par un braquage dans une bijouterie. Le casse tourne mal et les voleurs partent avec une cliente. Tom Reed est envoyé sur l’affaire et il découvre que l’otage n’est autre que sa femme. La suite sera une longue course-poursuite où les flics (et Reed) vont essayer de comprendre qui sont les braqueurs et pourquoi ils gardent Ann avec eux. Sans retour est la quatrième enquête mettant en scène le journaliste Tom Reed et le policier Walter Sydowski et je continue à le lire malgré des doutes récurrents, peu sûre moi-même de mon avis final.

Tout d’abord le positif, j’ai trouvé que celui-ci était meilleur que le précédent, peut-être parce qu’il prend moins en compte les technologies qui ont vieilli depuis l’écriture des romans. Encore une fois, Rick Mofina parvient à m’embarquer dans son histoire et je deviens bon public pour suivre ce qui va arriver. Il a cette aptitude à me faire oublier mes critiques le temps de la lecture, ce qui, avouons-le, est déjà plutôt bien.

Sauf que, une fois le livre terminé, je me souviens des reproches et des doutes. Et je crois que si je continue à lire Mofina quand même, c’est que je suis sûre qu’il a la capacité de se surpasser. La base est solide, il suffit de l’améliorer. Mais ma foi vacille un peu plus à chaque fois.

Ses deux héros sont bien foutus, que ce soit Sydowski dans son rôle de flic d’un certain âge en train de repenser sa vie ou bien Tom Reed, accroc à l’information, incapable de profiter de sa famille comme il le devrait. Les personnages secondaires qui les entourent sont attachants aussi.

Par contre, on pourrait une fois de plus faire sans d’autres personnages mis en avant la durée d’un roman. Mofina n’a pas le temps de les travailler et on en oublie les principaux, ou alors on se dit qu’ils ont du potentiel et ils ne sont plus là à l’épisode suivant. Cela lui permet toutefois dans Sans retour de faire la critique d’une télévision sensationnaliste qui a perdu le sens de la déontologie journalistique.

Il arrive à instaurer un suspense rapide puisqu’on sait que la vie d’Ann est en jeu, mais sans comprendre réellement pourquoi. La tension disparaît un peu quand l’auteur se balade d’une situation à l’autre et c’est dommage. Les interrogations profondes de Reed sur sa carrière et sa famille commencent également à être un peu redondantes.

On le sent, j’ai un avis partagé sur ce roman, tellement que ma critique en est tout aussi bancale, la fille est déstabilisée. Ma première lecture a été rapide et s’est faite avec plaisir. En travaillant sur ce texte, je relis des extraits et je ne sais plus. Le conseiller ou pas ? That is the question. Disons que si vous êtes comme moi, capable de vous lancer dans une histoire en oubliant le reste, allez-y. Si par contre, vous êtes du genre à analyser au fur et à mesure, vous risquez d’être déçu.

Rick Mofina, Sans retour, Éditions Alire, 2014 (No Way Back, 2003) traduit de l’anglais par Luc Baranger.

La violence des souvenirs d’enfance

26/01/2014

J’étais partie pour faire deux critiques et la première s’est tellement étendue que je vais lui donner toute la place. Le livre le mérite en plus.

Le sujet du soir ? Un petit polar d’ici (petit, parce qu’en format poche) : Une maison de fumée de François Lévesque. Autant l’avouer tout de suite, je n’avais vraiment pas aimé son précédent. Je ne l’avais pas trouvé mauvais, mais le genre, plus proche du fantastique, était un peu trop éloigné de mes goûts personnels. Je n’avais donc pas d’a priori négatif sur l’auteur en ouvrant celui-là, je n’étais simplement pas sûre qu’il joue dans ma cour.

Eh bien oui, François Lévesque est tout à fait capable de changer de style, et ce polar beaucoup plus traditionnel devrait plaire aux amateurs.

Au centre de l’histoire, il y a Dominic Chartier. Alors qu’il avait 8 ans, deux fillettes ont disparu du village où il vivait sans qu’on les retrouve jamais. Dans la nuit, sa maison a été la cible d’un incendie criminel. Sa mère n’y a pas survécu.

Une maison de fumeeAujourd’hui dans la trentaine, il est policier à Montréal. Lorsqu’une petite fille manque à l’appel dans le même patelin, il se dit que tout cela doit être lié. Il repart donc sur les traces de son enfance pour trouver la vérité sur ce qui est arrivé.

Il fera équipe avec Vincent Parent, l’enquêteur de la Sûreté du Québec chargé de l’affaire, qui préfère le garder près de lui parce qu’il a du mal à s’expliquer ce que Dominic vient faire là.

Comme je l’ai dit, on est ici dans du polar plus classique, mais pas tout à fait quand même, car Dominic ne s’éloigne jamais tout à fait des cauchemars de sa jeunesse et on comprend très vite qu’il est hanté par un souvenir enfoui qu’il ne saisit pas lui-même.

J’ai aimé le duo énergique qu’il forme avec Vincent Parent, leur dialogue en va-et-vient, dignes d’un film policier (c’est un compliment). J’ai aussi beaucoup apprécié le personnage de Berthe, cette vieille femme forte qui surveille son village d’un regard acéré.

L’histoire avance et on espère qu’ils retrouveront la petite fille vivante et que Dominic éclaircira son passé. La fin est à la hauteur, horrible et salvatrice à la fois.

J’ai bien quelques bémols, on me connaît, je ne suis jamais satisfaite. Le premier qui rejoint d’ailleurs ma précédente critique, est l’abus de scènes de cul ou du moins de passages y faisant référence. Il me semble que l’urgence de la situation et la nécessité de repenser à des évènements traumatiques n’appelaient pas à cela. N’empêche que, soit les filles sont très faciles dans les villages, soit Dominic a un charme fou. Mais j’arrête où on va me prendre pour une bonne sœur qui se serait éloignée de son couvent.

Autre léger bémol, l’intrigue entourant Dominic m’en a presque fait oublier l’histoire principale. Quant à la résolution, elle est peut-être un peu grosse, mais lancés dans notre lecture, nous l’acceptons sans broncher.

Mais là où l’auteur se déploie, c’est particulièrement dans les dialogues, très vivants, qui ont mis à rude épreuve ma réputation de néo-Québécoise. Mon honneur était en jeu, il me fallait tout comprendre. François Lévesque est un spécialiste du cinéma et cela se sent dans son attention à rendre l’oralité des situations, qui installe d’autant mieux le roman. De quoi amuser en plus les lecteurs français !

Dans l’ensemble, une belle surprise, donc. De quoi donner envie de suivre l’auteur s’il reste dans ma zone de confort et même peut-être le suivre quand même s’il s’en éloigne.

François Lévesque, Une maison de fumée, Éditions Alire, 2013.

Les dangers d’internet

04/11/2013

Il y a des auteurs que j’aime bien retrouver, que je conseille même, et pourtant, quand vient le temps d’écrire un texte, les points négatifs l’emportent sur les positifs. Alors, quoi? Goûts douteux ou plaisirs coupables? Ni l’un ni l’autre, je pense. Juste la capacité de me laisser embarquer dans une histoire pas trop mal foutue dont j’ai envie de savoir la fin. Critique donc d’un polar avec ses hauts et ses bas.

Le sang des autres est en fait du troisième livre de la série de Rick Mofina. On y retrouve ses deux enquêteurs, l’inspecteur Walt Sydowski et le journaliste Tom Reed, auxquels se rajoutera un troisième, le policier Ben Wyatt. La première image est forte: une jeune femme est enlevée et son corps torturé mis en scène dans la devanture d’une boutique de robes de mariée. En fouillant dans le quotidien de la victime, la police se rend compte qu’elle menait une vie effacée, sortant peu et passant plus de temps sur des sites de rencontres qu’avec des amis inexistants. Est-ce pour cela que le tueur l’a choisie?

Sang des autresWalt n’y connaît rien en informatique et cela lui importe peu. Pour lui, une enquête, ça se fait en marchant, en questionnant et en réfléchissant. En plus, il est particulièrement mécontent qu’on lui ait mis Wyatt dans les pattes. Le jeune policier est un paria dans le métier depuis qu’on a tiré sur son partenaire alors qu’ils étaient dans la rue; on l’accuse de n’avoir rien fait pour protéger l’autre. Wyatt n’a qu’une envie: prouver qu’il est innocent et qu’il est encore capable de faire son travail. De son côté, Tom Reed flaire la bonne histoire et se lance à fond dans les recherches, quitte à délaisser pour cela sa femme et son fils. En pistant ce fantôme se baladant sur les réseaux, les trois hommes vont se rendre compte qu’il y a peut-être plus de victimes qu’ils ne le croient. Il ne fait pas bon traîner sur les sites de rencontres!

Je relis mes notes sur le précédent et je constate que mes critiques sont exactement les mêmes. Comme quoi, Mofina et moi sommes cohérents, ce qui est plutôt dommage dans son cas. Son scénario est intéressant, l’esprit tortueux du tueur nous intrigue et on se demande bien ce qu’il cherche auprès de ses jeunes femmes. Bien sûr, le livre fait un peu daté, c’est le danger de parler informatique. Il a été écrit en 2002 et Internet et les sites ont beaucoup changé depuis. Mofina ne peut pas lutter contre la technologie et on l’excuse, il suffit en le lisant de se rappeler que le roman n’est pas récent.

Par contre, il y a encore trop de personnages en action. Cela pourrait bien sûr être comme certains polars procéduraux où l’on suit tous les protagonistes de l’enquête sans s’attarder sur aucun. Mais ce n’est pas le cas ici, on s’intéresse à chacun d’eux assez longtemps pour avoir envie d’en savoir plus et c’est à ce moment-là qu’on saute au prochain. Cela oblige parfois Mofina à faire des raccourcis et à accélérer un peu trop l’action. En outre, ces hommes sont un peu trop caricaturaux pour être crédibles, trop buté pour Walt, passionné à en oublier les siens pour Tom. C’est bien dommage, car ils sont sur d’autres points très bien construits.

Alors, pourquoi le lire quand même malgré ces critiques? Parce que je vous l’ai dit, il arrive à bien raconter une histoire et je suis bon public dans ce cas-là, et parce qu’en dépit de mes reproches, il installe par moments une atmosphère intéressante. Il y a peut-être aussi que la fille célibataire que je suis a été touchée par la manière dont il décrit la solitude de ces jeunes femmes, et je me suis même surprise à craindre les malades des sites de rencontres. Trop influençable, dites-vous?

Finalement, conseil de lecture ou pas? Oui, avec mes bémols, parce qu’étant prévenus, si vous y allez, vous risquez quand même d’apprécier Sydowski et Reed dans leur obsession à résoudre les crimes.

Rick Mofina, Le sang des autres, Alire, 2013 (Blood of Others, 2003) traduit de l’anglais par Luc Baranger.

Mes entrevues aux Printemps meurtriers, tome 4

09/07/2013

On reste chez les Québécois pour cette quatrième entrevue. Richard Ste-Marie s’est fait connaître avec son titre L’inaveu publié aux éditions Alire. Il a reçu pour ce roman le prix Coup de coeur de Saint-Pacôme l’an dernier et il était finaliste au prix Arthur-Ellis en 2013.

Son livre Un ménage rouge est paru il y a quelques mois, toujours chez Alire. Il s’agit en fait d’une réécriture d’un texte publié quelques années auparavant. J’en avais fait la critique ici. Vous pouvez également lire ses nouvelles dans la revue Alibis à laquelle il participe régulièrement.

Il nous dit cela et bien d’autres choses dans l’entretien qui suit. Merci à lui qui a accepté très gentiment d’être mon cobaye dans le maniement des micros-cravates et des divers branchements d’une machine qui m’intimidait encore un peu.

Comme je le mentionne à chaque fois, j’ai fait ses entrevues en collaboration avec mes collègues d’Airelibre.tv, une web télé culturelle. N’hésitez pas à aller voir sur leur site, vous y trouverez les entretiens que j’avais faits l’an dernier aux Printemps ainsi que de nombreuses autres émissions!

Rattrapages et radio

03/05/2013

Je suis tellement en retard dans mes chroniques/lectures/autres que je ne sais plus si je dois lire pour écrire, écrire pour lire ou faire table rase, prendre un grand respire (Français, avouez qu’elle est jolie cette expression-là) et repartir à zéro.

Je vais plutôt regarder les petits oiseaux dehors, les nombreux bourgeons, respirer avec le ventre et me botter les fesses virtuellement pour me remettre au travail. Si ça ne marche pas, j’essaierai la menace: si tu ne finis pas ton texte aujourd’hui, pas de crème glacée demain, non mais!

J’avais envie de parler de trois romans que j’ai lus, il y a quelque temps déjà pour les deux premiers, mais que je voulais tout de même souligner.

Montevideo hotelLe premier m’a été envoyé par l’auteure elle-même puisque son livre n’est pas distribué au Québec. Elle crée dans Montevideo Hotel le personnage de Thelma Vermont, détective privée dans le New York des années cinquante. La jeune femme revient d’Europe où elle a participé à la guerre. Elle n’a pas pu se résoudre à prendre un travail de secrétaire et a décidé d’ouvrir son agence. La mission qu’on lui confie semble simple, un musicien est mort dans une ruelle proche du club où il jouait, la police a conclu à un suicide, mais un des amis du saxophoniste engage l’enquêtrice pour prouver qu’il s’agit d’un meurtre. Celle-ci va alors se plonger dans le milieu de la victime, des petits restos aux boites de jazz sombres. La vérité sera bien sûre beaucoup plus dure qu’on ne le pensait au départ; la Deuxième Guerre mondiale a aussi laissé des traces aux États-Unis. Pour Thelma, ce sera l’occasion de rencontres, d’amitié et peut-être même d’amour. On ne sort pas indemne non plus de Greenwich Village.

Avec Montevideo Hotel, Muriel Mourgue a voulu rendre hommage aux classiques du genre noir. Tout est là: la vie un peu bohème de l’époque, les bars sombres, la bouteille cachée dans le tiroir, et le jazz en fond sonore. On était alors plus habitué à un privé homme, mais Thelma ne se laisse pas faire. Les femmes ont bien été capables de participer à l’effort de guerre, pourquoi ne seraient-elles pas détectives? L’auteur ne réinvente pas le style, elle l’utilise de façon simple et efficace et j’entends cela comme un compliment. J’ai aimé le fait qu’elle crée un personnage principal féminin, fort, mais qui s’effondre de temps en temps, ainsi que tous les autres qu’elle a construits, représentants d’une époque à la fois familière et lointaine. L’atmosphère est bien là, cela sent la cigarette et il fait nuit souvent. Montevideo Hotel se lit avec grand plaisir et donne envie de whisky et d’accompagnement musical. Je m’arrêterai à Kind of blue de Miles Davis, il est trop tôt pour le verre, même pour une privée New-Yorkaise des années 50.

Un ménage rougeLe deuxième roman nous rapproche de chez nous (à Montréal quoi, chez nous, c’est chez moi). Un ménage rouge avait été publié en 2008 aux éditions Stanké. Richard Ste-Marie a décidé de retravailler son texte, de réécrire et voilà donc le nouvel objet aux éditions Alire. Il s’agit de la première enquête de Francis Pagliaro, que l’on trouvait déjà dans L‘inaveu, roman coup de coeur Saint-Pacôme 2012. Le livre commence fort. Vincent Morin rentre d’un voyage d’affaires, il est un jour en avance. Chez lui, sa femme ne l’attend pas, elle est trop occupée en compagnie de deux autres hommes. Le mari voit rouge, perd les pédales et tue les trois amants. Il fera tout par la suite pour cacher son crime: se débarrasser des corps, nettoyer la maison, enlever toutes traces de ses actions. Est-il toutefois possible de tout effacer de sa mémoire aussi? Et s’il restait quelque chose à découvrir.

Pendant ce temps, Pagliaro est chargé de retrouver un Américain qui n’est jamais revenu d’un congrès à Montréal. Il est prévenu quelques mois plus tard qu’un Norvégien a disparu dans les mêmes jours. De chapitre en chapitre, on alterne entre la paranoïa grimpante de Vincent Morin et l’enquête tranquille de Pagliaro qui ne cesse de se rapprocher du coupable. Pourra-t-il toutefois le découvrir alors que ce dernier a eu le temps de faire le ménage et de se préparer?

Richard Ste-Marie installe le personnage de Pagliaro qu’on apprendra à mieux connaître dans L’inaveu. Il est ici important, mais on ne sait encore rien de sa vie privée et bien peu de sa personnalité. C’est un flic parmi tant d’autres qui n’a pas peur de rester accroché à une affaire des mois s’il le faut. Comme dans L’inaveu, Ste-Marie ne développe pas une histoire à sensations, avec courses-poursuites et coups de feu. Là n’est pas le but. Le crime a eu lieu il y a longtemps déjà (des années dans L’inaveu, des mois dans ce cas-ci), aux policiers de trouver la vérité, de dénicher les indices. Dans Un ménage rouge, il y a un questionnement sur la culpabilité. Un coupable peut s’en sortir au regard de la loi, le crime parfait est bien possible, mais peut-il vraiment vivre comme avant? Comment continuer normalement quand on a commis un geste irréparable? C’est cela que développe Richard Ste-Marie: le déni, la folie, l’acceptation, par quoi passe-t-on? Voilà l’originalité de ce roman: nous mettre en partie dans la tête d’un homme qui n’est pas un psychopathe et qui pourtant a trois meurtres à son actif et fait tout ce qu’il peut pour ne pas se faire arrêter. Un très bon départ pour cette série qui, je l’espère, comptera bien d’autres enquêtes.

Il ne faut pas parler dans l'ascenceurEt finalement, mon troisième est aussi québécois et c’est également vers les débuts de son personnage que je me suis tournée. Ma lecture est beaucoup plus récente, c’est la sortie qui date de 2010. Mais comme j’allais me retrouver face à l’auteur, j’avais envie d’avoir une vue d’ensemble de son œuvre. Il faut bien avouer que j’avais adoré La chorale du diable et Je me souviens. Si je n’avais pas encore lu Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, c’était plus une question de temps. Il s’agit de la première enquête de Victor Lessard, même s’il ne fait que s’esquisser pour l’instant. Une jeune femme cherche un homme qu’elle a rencontré après avoir été renversée par une voiture et qui semble ne pas vraiment exister. Deux autres hommes sont assassinés, Victor Lessard et son équipe traquent le coupable. Quel est le lien entre les deux histoires? Martin Michaud nous offre un polar efficace, avec une pincée de mystère et de fantastique (pincée, j’ai dit!). Il commence à dessiner des personnages qu’on apprendra à mieux connaître et à apprécier dans les deux romans suivants. L’alternance entre le récit au « je » de la jeune femme et à un « il » plus classique avec Lessard donne un dynamisme intéressant. Un très chouette départ pour ce héros qui a maintenant ses adeptes. D’ailleurs, Je me souviens est finaliste aux prix Tenebris et Arthur Ellis, rien de moins!

Et pour ceux qui auraient envie d’entendre Martin Michaud s’exprimer sur sa créature Lessard, son écriture et ses inspirations, vous pouvez écouter Mission encre noire de la semaine dernière. Éric et Hélène l’avaient invité pour une émission d’une heure et j’ai eu le grand plaisir de les accompagner. Vous la trouverez en ligne ou en baladodiffusion. Ça se passe ici.

Muriel Mourgue, Montevideo Hotel, Ex-Aequo, 2011.

Richard Ste-Marie, Un ménage rouge, Alire, 2013.

Martin Michaud, Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, Goélette, 2010.

Critiques express Part 1

23/02/2013

Quel est l’imbécile qui a inventé le mois de février? On pourrait le supprimer et on ne s’en porterait pas plus mal. Il nous dit que l’hiver n’est vraiment pas fini et me donne envie d’hiberner. Je deviens alors la marmotte qui voit son ombre et repart se cacher pour six semaines de plus. On pourrait me demander ce que fout une fille du soleil sous ce climat tordu, mais bon, que voulez-vous, j’aime Montréal malgré sa période de grand froid à rallonge et c’est quand même beau quand c’est blanc.

Heureusement, il y a internet dans mon terrier, et si je me botte les fesses assez fort, j’arriverai peut-être à me concentrer assez longtemps pour écrire. En m’arrêtant de temps en temps pour regarder tomber la neige bien sûr!

Je vais faire dans la critique express, les titres se sont accumulés et certaines lectures commencent à se faire lointaines dans mon esprit (oui, parce que février en plus, ça ramollit le cerveau!). Première partie aujourd’hui, la deuxième dans quelques jours.

Gokan

Débutons par l’anecdotique. Quand le traducteur du Livre sans nom se met à l’écriture, cela donne malheureusement un sous-produit, avec autant d’actions et d’hémoglobine que ce roman qui se voulait lui-même une parodie de littérature de genre et où il n’y a même pas de zombies, ni Elvis. On soupçonnait Tarantino d’être l’auteur Anonyme, il devient référence dans Gokan. Prenez un assassin américain qui a décidé de faire le ménage et de buter des Japonais, une jeune garagiste essayant de sauver sa peau et un professeur de la Sorbonne chargé de voler une bouteille de saké portant le nom du célèbre cinéaste. Saupoudrez de yakuzas tatoués et rajoutez une valise diplomatique remplie d’euros. Vous imaginez le tableau? Ça donne un bon moment de plaisir si on apprécie le genre bourré d’action et hyper référencé, ce qui est mon cas; ça donne aussi un roman qui ne restera pas dans les annales. Diniz Galhos n’est probablement pas un mauvais auteur, il lui faudra par contre s’émanciper de l’Anonyme pour nous le prouver.

Peur au corpsDeuxième arrêt, ma dernière lecture, La peur au corps de Rick Mofina chez Alire. J’avais bien aimé La dérive des anges et je dois avouer que celui-ci m’a laissé sur ma faim. L’histoire nous amène cette fois-ci dans les montagnes du Montana. Une famille a décidé d’y camper et la petite fille s’éloigne après une énième dispute entre ses parents. C’est une course contre la montre qui commence pour trouver Paige dans ce coin des Rocheuses isolé et inhospitalier, surtout pour une enfant de dix ans. Le FBI est sur le coup et l’enquêteur responsable sent que les Baker lui cachent certains aspects de leur vie. Sydowski, le flic de San Francisco, est envoyé sur place puisque la famille vient de là-bas. Reed, le journaliste, cherche le scoop avec tous les autres médias du pays.

Point positif, Rick Mofina arrive à nous surprendre. Il laisse planer jusqu’au bout le doute sur la culpabilité de chacun et on finit par ne plus savoir où se trouve la vérité. Cela peut par contre se transformer en défaut quand les hasards malheureux se font trop nombreux comme c’est le cas à la fin. Une de ses forces, c’est la complexité de ses personnages, il les fait à la fois attachants, mais aussi capables de se tromper et de ne pas reconnaitre leurs erreurs. On les comprend et on leur en veut de ne pas parler ou de ne pas faire les bons choix. Ce qui nous fait regretter qu’ils ne soient pas mieux définis parce qu’étant trop nombreux. Sydowski et Reed ne sont que des figurants, laissant la place à d’autres, ce qui est bien dommage, car j’aurais préféré qu’ils prennent de la matière après leur première enquête. Je ne renie pas ma lecture et j’attends le troisième pour voir si ce sera le cas cette fois-ci.

la vie comme avec toiFinalement, une excellente surprise du côté de chez nous. Je n’avais pas encore lu Geneviève Lefebvre et dans La vie comme avec toi, j’ai découvert une auteure intelligente et très fine dans la construction de ses personnages. Antoine Gravel, scénariste déjà rencontré dans Je compte les morts, accompagne son ami policier Martin Desmarais dans l’Ouest canadien pour une affaire personnelle. Une femme avec qui ce dernier avait eu une aventure vient d’être assassinée et il apprend qu’il a un fils adolescent. Après le moment de surprise, il sait qu’il doit aller là-bas pour faire la connaissance de ce garçon. Sur cette île de Colombie-Britannique, les deux hommes essaieront de comprendre la vie de cette femme. Il ne s’agit pas d’une enquête à proprement parler, puisque les indices sont trouvés un peu par hasard et que la résolution se fera sans réelles recherches de la part d’Antoine Gravel. Ce n’est d’ailleurs pas le propos de Geneviève Lefebvre qui se penche plutôt sur les personnalités des habitants de cette île, la force des mensonges qui façonnent des existences et la difficulté d’être père ou de le devenir. Elle arrive à mener ces réflexions sans lourdeur, en nous racontant son histoire. Son écriture, qui est clairement travaillée, reste très fluide et ajoute à la qualité de ce roman. Une belle découverte.

Vous pouvez retrouver l’auteure dans un tout autre style et en beaucoup plus drôle sur son blog Chroniques blondes.

Diniz Galhos, Gokan, Cherche midi, 2012.

Rick Mofina, La peur au corps, Alire, 2013 (Cold fear, 2001) traduit de l’anglais par Luc Baranger.

Geneviève Lefebvre, La vie comme avec toi, Libre Expression, 2012.