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Décorations, cadeaux et Top de l’année

11/12/2016

Décorations, check ! Musique de Noël dans les commerces, check ! Manteau de neige sur Montréal, recheck !

Ça y est, on y est, on est prêt ! C’est définitivement la période des fêtes. Alors avant de perdre le contrôle et de courir partout au boulot comme un poulet pas de tête (j’adore cette expression), je me dis qu’il est temps de vous annoncer le traditionnel top 5 de l’année puisque je me suis prêtée à l’exercice pour la librairie. Et puis, ça pourrait donner des idées de cadeaux pour ceux qui n’ont pas encore commencé leurs achats.

Comme d’habitude, le choix fut difficile (eh oui, j’ai du mal à me souvenir ce que j’ai lu dans l’année) et déchirant (il y a toujours un sixième qui aurait pu/dû être présent), mais bon, puisqu’il faut se lancer. Voilà, sans ordre particulier, mon top 5 de mes lectures parues cette année :

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud. Pour la langue poétique, la réflexion sur l’immigration et l’intégration, le rapport au langage et l’accent de Toulouse. Et non, ce n’est pas du polar!

Le fils, Jo Nesbø, Gallimard. Parce que Nesbø, bien sûr ! Et puis parce qu’il réussit à faire changer notre regard sur les personnages au fil du récit d’une manière parfaite.

Sans terre, Marie-Ève Sévigny, Héliotrope noir. On manque terriblement de roman noir engagé au Québec, mais heureusement, de nouvelles voix arrivent. C’est le cas ici avec une histoire sur l’écologie et la corruption.

Cartel, Don Winslow, Seuil. J’avais adoré La griffe du chien, Cartel est définitivement une suite à la hauteur ! C’est noir et probablement très représentatif de l’hyper violence qui règne sur les territoires des cartels mexicains.

La loterie, Miles Hyman et Shirley Jackson, Casterman. Parce que la nouvelle de Shirley Jackson parue en 1948 n’a pas pris une ride et que l’adaptation en bande dessinée réalisée par son neveu est géniale.

Et puis, bon, puisque je suis chez moi et que je fais ce que je veux, je rajoute :

Viens avec moi, Castle Freeman, Sonatine. Pour l’humour noir et la situation absurde et pourtant complètement crédible.

Dodgers, Bill Beverly, Seuil. Un road trip américain avec des ados de gangs qui ne sont jamais sortis de chez eux.

Si, avec ça, vous ne savez pas quoi offrir ou que votre public est difficile, pensez référence et optez pour Le détectionnaire de Norbert Spehner chez Alire.

Allez hop, je repars dans ma course des fêtes. Joyeux Noël!!

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Et à la radio?

24/03/2015

Et bien à la radio, on parle encore de Sam Millar, parce que quand on aime, on ne compte pas ! Donc, pour la carte blanche à Mission encre noire, je suis revenue sur ce Cannibale de Crumlin Road, que j’ai vraiment beaucoup apprécié. Et j’avais des choses à dire que je n’avais pas eu le temps d’écrire dans ma chronique précédente.

Éric, lui, a préféré le soleil de Cuba et le style de Leonardo Padura pour son impressionnant Hérétiques chez Métailié. Un roman qui l’a profondément marqué et qu’il nous conseille.

Alors, pour en savoir plus, à vos balados !

mission encre noire mini

Carnets Noirs est de retour en force!

16/03/2015

Ouf, ça fait longtemps ! Je ne sais même pas par où recommencer. Peut-être par expliquer mon absence ? J’avais accepté de donner une formation à des libraires : 2 sessions de 2 heures sur le roman policier. Pas si terrible, me direz-vous. Exact, mais quand on est une stressée chronique, angoissée patentée, cela signifie des heures de lectures-procrastination-Facebook, quelques grosses remises en question et un emploi du temps presque exclusivement consacré à faire semblant de ne pas y penser et à ne rien faire. Pathologique, vous croyez ? Mais voilà, ça y est, c’est terminé depuis trois semaines. A suivi une visite familiale pour montrer à des Français que quand je dis qu’il fait froid à Montréal, ce n’est pas une exagération et un séjour à New York pour aller voir les voisins américains.

Maintenant, je me pose, je respire et je repars. D’accord, mais dans quel sens ? Peut-être par un récapitulatif rapide de mes livres des derniers mois ; parce que bien évidemment, je lisais moins, mais je lisais encore. Une dizaine de romans se sont donc accumulés sur mon bureau, attendant des jours meilleurs et un retour au clavier. Donc, je me lance, critique en quelques phrases.

Dans Repentir(s)les noms que j’ai revu avec toujours autant de plaisir, il y a Richard Ste-Marie et son Repentir(s) aux éditions Alire, une lecture que j’ai faite il y a un moment déjà, mais dont je voulais vraiment vous parler. On y retrouve son détective Francis Pagliaro confronté cette fois-ci au monde de l’art. Une belle manière de découvrir un milieu que Ste-Marie connaît bien. C’est aussi le roman le plus noir de la série et cela convient parfaitement à l’auteur et à son écriture. Pour en savoir plus, j’avais réalisé pendant l’été une entrevue pour Les libraires.

Ver à soiePlus sombre également que le précédent, mais toujours bon, il y a eu le titre de Robert Galbraith, J.K. Rowling quand elle se met au polar, Le ver à soie. Retour là encore de Cormoran Strike, le privé ancien militaire. Son enquête le mène dans l’univers de l’édition lorsqu’un auteur aussi doué que détestable disparaît. J’ai une nouvelle fois embarqué à la suite de ce détective peut-être classique, mais qui possède tous les atouts qu’on apprécie. Et puis il y a la description de ce monde littéraire impitoyable où les mots coûtent cher et la critique peut tuer. Cela ne pouvait que me plaire.

Cannibale de Crumlin RoadJe suis restée chez les Anglo-saxons avec Le cannibale de Crumlin Road de Sam Millar. J’avais beaucoup aimé Les chiens de Belfast et je renouvelle le plaisir avec celui-ci. Karl Kane est toujours bourru et il ne choisit jamais le chemin conventionnel pour mener une enquête à bien. Cette fois-ci, il se lance à la recherche de la sœur de sa cliente, ce qui prendra un tour beaucoup plus personnel que le détective ne l’avait prévu. C’est à la fois noir, violent et pourtant plein d’humour dans les dialogues, un mélange très irish ! En cette période de Saint-Patrick, cela semble tout à fait conseillé.

YeruldelggerMieux vaut tard que jamais, j’ai enfin lu le polar dont tout le monde parlait l’an dernier, Yeruldelgger de Ian Manook et je n’ai pas été déçue. Le flic Yeruldelgger est du genre qu’on aime : méthode très particulière, vie personnelle compliquée et en conflit avec sa hiérarchie. En plus, pour ceux qui veulent du roman anthropologique, on s’offre un voyage en Mongolie. Deux affaires au programme, les meurtres de trois Chinois et la découverte du corps d’une petite fille dans la steppe. Mais cela ne restera pas impuni, parole de commissaire ! L’histoire est prenante, les personnages attachants et le dépaysement garanti. J’ai hâte de voir de deuxième.

Incorrigible monsieur BuanUn autre commissaire, Lucien Workan, le flic d’Hugo Buan avec L’incorrigible monsieur William. Des assassinats en série, des menhirs, y a-t-il un druide dans la salle ? Workan n’y croit pas et il va prouver qu’il a raison. J’avais déjà lu deux enquêtes du flic rennais et j’aime assez l’atmosphère installée par Hugo Buan. Les dialogues sont savoureux et la situation aussi improbable que bizarre, mais bon, on s’en fout, ça marche !

Celle qui a tous les donsEt puis une découverte personnelle : j’ai dévoré un livre de zombie. Si, si, c’est vrai, je vous jure. Pourtant, je ne l’aurai jamais cru. Mélanie va à l’école, elle aime sa maîtresse et apprend bien ses leçons. Mais Mélanie est une petite fille particulière dans un monde d’apocalypse. Elle est Celle qui a tous les dons. L’écriture parvient à installer l’univers créé par M.R. Carey, j’ai apprécié ses personnages, jamais caricaturaux, et sa réflexion sur une société qui se détruit de l’intérieur et qui cherche le remède à sa disparition. Merci à l’Atalante de m’avoir envoyé ce roman que je n’aurai pas choisi, mais qui m’a ouvert une porte vers autre chose.

Enfin, finissons par les corrects sans plus et les déceptions, juste en quelques mots. L’inconnu du grand canal n’est pas un mauvais Donna Leon, pas un excellent non plus selon moi, ou alors, c’est simplement que je me suis lassée de son Brunetti. Je reconnais la qualité et les bonnes intentions, mais cela ne fonctionne plus aussi bien qu’au début. Ce qui est toujours mieux que ce que j’ai pensé du Marchand de sable de Lars Kepler. Je m’étais peut-être levée du pied gauche lorsque j’ai lu cette enquête de Joona Linna, mais je n’ai pas réussi à embarquer dans cette histoire de tueur en série enfermé qui continue à terroriser ses victimes et la fin m’a paru décevante en me laissant un léger goût de tricherie. Mais je dois admettre que je ne suis pas une fan de thriller et c’est probablement là que le bât blesse.

Huit titres en chronique éclair qui me permettent en même temps de fêter les 6 ans de ce blog, qui après une passe difficile, reprendra, je l’espère, une vitesse de croisière régulière. À très bientôt, donc !

Richard Ste-Marie, Repentir(s), Alire, 2014.

Robert Galbraith, Le ver à soie, Grasset, 2014 (The Silkworm, 2014) traduit de l’anglais par Florianne Vidal.

Sam Millar, Le cannibale de Crumlin Road, Seuil, 2015 (The Dark Place, 2010) traduit de l’anglais par Patrick Raynal.

Ian Manook, Yeruldelgger, Albin Michel, 2013.

Hugo Buan, L’incorrigible monsieur William, Éditions du Palémon, 2014.

M.R. Carey, Celle qui a tous les dons, L’Atalante, 2014 (The Girl With All The Gifts, 2012) traduit de l’anglais par Nathalie Mège.

Donna Leon, L’inconnu du Grand Canal, Calmann-Lévy, 2014 (Beastly Things, 2012) traduit de l’anglais par Gabriella Zimmermann.

Lars Kepler, Le marchand de sable, Actes Sud, 2014 (Sandmannen, 2012) traduit du suédois par Lena Grumbach.

Saint-Pacôme, mais avant la Suède et l’Irlande

03/10/2014

Et voilà, j’ai été attaquée par le rhume terrible qui sévit partout sur Montréal et qui refuse de me lâcher la grappe depuis presque trois semaines.

Et puis il y a eu les conférences à la librairie où je travaille. Pas d’auteurs de polar, malheureusement, mais largement de quoi occuper quelques soirées.

Mais ce week-end, c’est polar et rien d’autre puisque c’est enfin Saint-Pacôme. Je pars donc dès demain matin vers le Bas-du-Fleuve admirer les couleurs de saison (pour les Français qui ne seraient jamais venus, le Québec à l’automne est absolument magnifique !) et parler roman policier avec des auteurs et des amateurs.

Pour ceux qui seraient dans le coin, ça commence à 13 h avec une lecture par un conteur et à 14 h, place à la table ronde traditionnelle. Le sujet du jour : Le polar, une question de style ? En plus, j’ai le grand plaisir d’y participer.

Et le soir, gala et dévoilement des prix. Bien sûr, je vous raconterai en direct de là-bas !

Mais en attendant, deux idées de lecture en vitesse rapide.

détroit du loupPour faire suite à une chronique passée où j’annonçais du polar suédois des grands espaces, voici Le détroit du Loup d’Olivier Truc. J’avais assez aimé Le dernier lapon qui présentait Klemet et Nina, enquêteurs de la police des rennes. Ils sont de retour dans ce nouveau roman où l’on se rapproche de la côte, à l’extrême nord de la Laponie. Il n’y a plus l’effet de surprise du premier, découverte d’un monde différent aux règles non écrites et aux conditions difficiles, mais le plaisir demeure. Cette fois-ci, Olivier Truc nous parle de transhumance et d’industrie pétrolière. La rencontre des traditions ancestrales et de l’appât du gain ne se fait jamais facilement. C’est la présentation d’une autre facette du peuple lapon, mais toujours en nous montrant que les lois qui régissent leurs vies se transmettent de génération en génération.

Et en parallèle, on apprend à mieux connaître nos deux héros, en particulier Nina qui devra vivre avec son passé et un père qu’elle redécouvre.

Olivier Truc est non seulement un excellent conteur, mais il arrive également à nous faire réfléchir sur les enjeux là-bas. Et en plus, cela nous prépare à l’hiver qui s’en vient.

Chiens de BelfastDans un tout autre style, direction l’Irlande du Nord avec Les chiens de Belfast de Sam Millar. Karl Kane est détective privé à Belfast et cela n’a rien de glamour. Il va se retrouver entraîné dans une enquête bizarre dont la police n’a rien à faire. L’histoire est tordue à souhait, entre des mains découvertes dans un sanglier et des hommes assassinés alors qu’ils pensaient passer du bon temps en galante compagnie. Au-delà du récit, c’est le ton de Sam Millar que j’apprécie énormément : sordide et violent si nécessaire, mais en conservant toujours cette distance et l’humour noir propre aux écrivains irlandais. La vie est moche, mais ce n’est pas une raison pour ne pas garder le sourire ou du moins sa capacité à répliquer avec talent aux attaques diverses qui attendent Kane.

On finit à la fois dégoûté par le genre humain et enchanté de notre lecture. De l’irlandais, quoi !

Bon allez, direction Saint-Pacôme !

Olivier Truc, Le détroit du Loup, Métailié, 2014.

Sam Millar, Les chiens de Belfast, Seuil, 2014 (Bloodstorm, 2008) traduit de l’anglais par Patrick Raynal.

Encore en Italie

28/08/2014

J’avais envie de rester en vacances et donc, avant d’amorcer la rentrée littéraire, j’ai continué mon aventure italienne avec Carofiglio et une nouvelle enquête de son avocat, Guido Guerrieri.

Dans Le silence pour preuve, un de ses collègues vient le consulter avec des clients. Leur fille a disparu six mois plus tôt et le procureur s’apprête à classer l’affaire puisqu’il n’y a ni piste ni indice. Ils demandent alors à Guerrieri de trouver quelque chose dans les dossiers pour relancer l’instruction.

Silence pour preuveCelui-ci cherche un moyen de refuser ; il est avocat, pas détective privé après tout. Mais on connaît l’homme : en étudiant les documents, il se rend compte que certains n’ont pas dit tout ce qu’ils savaient et il se laisse entraîner dans sa quête de Manuela.

Bien entendu, plus il avance et plus l’image de la jeune fille modèle décrite par les parents évolue. Une chose est sûre, elle n’aurait pas abandonné sa famille sans un mot.

Petit à petit, il va découvrir les traces d’une vie secrète un peu plus dangereuse que celle d’une simple étudiante.

Comme dans le précédent, ce n’est pas tant l’intrigue en elle-même qui m’a plu. Elle est bien construite, évidemment, sinon, cela ne marcherait pas, mais elle est relativement classique. Ce qui fait le grand plaisir des romans de Carofiglio, c’est cette plongée dans le quotidien de Guido Guerrieri et dans ses pensées. C’est un homme attachant, Guido, dans sa complexité! Il a une relation compliquée à son métier, qu’il exerce un peu par hasard parce qu’il ne savait pas vraiment quoi faire, mais qui, pourtant, lui va comme un gant. Il est seul et pas par choix, incapable de voir les avances qui lui sont faites, partageant son temps entre un sac de boxe surnommé Mister Sac et la fréquentation du bar d’une ancienne cliente.

En fait, il fait penser à un cow-boy solitaire, dans sa manière de ne pas comprendre pourquoi et comment il a des amis qui s’intéressent à lui.

Et je répéterai ce que j’ai déjà écrit dans ma chronique précédente, j’aime le ton, la façon qu’a Carofiglio de nous mettre dans la tête de son avocat tout en maintenant une distance ironique avec ses dialogues internes.

Et puis, le petit plus qui ne pouvait que plaire à la lectrice, c’est sa relation aux livres et à la culture, sa fréquentation d’une librairie de nuit, sa passion pour les films, jusqu’à connaître des passages par cœur. Ce petit plus qui fait qu’on a devant nous un personnage complexe, puisque comme il le dit à sa collègue :

« “Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, Consuelo. Tu n’as qu’à demander à Maria Teresa. Je donne parfois l’impression d’avoir perdu la tête. Mais je suis inoffensif.”

Plus ou moins. »

Giancarlo Carofiglio, Le silence pour preuve, Seuil, 2011 (Le Perfezioni provvisorie, 2009) traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

Des flics pour cible

03/06/2013

Le début de l’été marque, depuis trois ans, le moment où je me dis que je suis en retard sur mes lectures pour le prix Saint-Pacôme et où je rattrape mon retard en polar québécois. Je me permets tout de même quelques détours étrangers, il ne faut pas être sectaire. Je m’éloigne même beaucoup puisque Deon Meyer me transporte vers les terres d’Afrique du Sud avec 7 jours.

Il y avait eu précédemment 13 heures, l’enquête sera cette fois-ci plus longue, mais tout aussi captivante.

La police du Cap est visée. Un sniper vient de tirer sur un des leurs et menace par courriel de recommencer chaque jour. Il accuse les forces de l’ordre de ne pas vouloir arrêter l’assassin d’une jeune avocate, Hanneke Sloet. Ses supérieurs demandent alors à Benny Griessel de reprendre l’affaire qui en est au point mort: pas d’indices, pas de pistes, rien qui lui permette d’avancer. La pression qu’ils subissent tous est importante, aucun ne souhaite une nouvelle victime parmi eux et ils jouent contre la montre.

7 joursBenny Griessel est encore sobre. Cela fait maintenant 226 jours et chacun est une lutte. Sa vie privée n’est toujours pas simple, il est définitivement séparé, s’est rapproché d’Alexa Barnard qu’il avait rencontré dans 13 heures. Il doute de lui-même, de sa capacité à communiquer avec les autres, de ses qualités de père, et même de ses compétences professionnelles. Il lui semble que tout lui échappe. Qu’on lui confie une affaire aussi importante ne le rassure pas, il se demande ce qu’il a fait pour le mériter, si on le manipule. Pas simple de vivre dans la tête de Benny.

L’enquête qu’il mène ne l’est pas non plus. Hanneke Sloet évoluait dans un monde de finances et de politique, les contrats compliqués cachent parfois les véritables concernés et le pouvoir n’est pas très loin.

Deon Meyer multiplie les fausses pistes vers un meurtrier qui ne laisse pas découvrir. La police cherche dans toutes les directions, se plante et recommence, attendant le hasard qui lui offrira un indice. Cela donne une tournure intéressante, peut-être plus réaliste, montrant le métier comme une investigation incessante. Cela permet en même temps à l’auteur de développer ses autres personnages, comme Mbali Kaleni, la flic qui ne jure pas et se promet de faire ses preuves à sa manière, honnête et juste ou encore Cupido, le policier plus vieille école. Benny Griessel ne fait pas partie de ses enquêteurs super héros, il ne réussit pas tout et dans 7 jours, il lui faudra apprendre à travailler en équipe. Sa relation avec sa famille et sa volonté de bien faire le rendent attachant, même si sa propension à l’autodénigrement peut finir par lasser.

Mais ce que j’aime surtout dans les polars de Deon Meyer, c’est ce dépaysement et tout ce que l’Afrique du Sud implique. Parce qu’il y a des noirs, des blancs et des métis et que tout cela joue un rôle dans les évènements, toujours. Cela se voit même dans la langue puisque chacun se sent plus à l’aise en afrikaans, en anglais, en xhosa ou en zoulou, ce qui change les rapports entre les personnes. Et cette impression est bien rendue par certains termes que nous traduit un lexique à la fin.

Tous ses éléments réunis font de 7 jours un bon polar bien ficelé. Deon Meyer utilise le temps qui passe pour faire monter la pression, nous baladant de mauvaises pistes en cul-de-sac avant la résolution, surprenante bien sûr. Je n’affirmerai pas qu’il s’agit d’un grand roman, mais il est efficace et l’auteur connaît assez ses gammes pour en jouer sans fausse note. On dévore donc les presque 500 pages sans voir les heures filées et on ne s’en plaint pas. Je l’avais déjà dit pour 13 heures et je le répète pour 7 jours, un bon polar à mettre sur la liste des vacances.

Deon Meyer, 7 jours, Seuil, 2013 (Seven days, 2012) traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

Critiques express Part 2

01/03/2013

Nous voilà finalement en mars, mais le blues de février demeure fermement accroché. Il fait comme un temps à écouter du Miles Davis et à essayer de sortir quelque chose de positif de cette mélancolie généralisée.

Je me lance donc dans la deuxième partie de mes critiques express débutées la semaine dernière.

Il est parfois bon de repartir vers de vieilles connaissances et c’est ce que je fais dans les librairies usagées près de chez moi. L’occasion de récupérer quelques classiques pas encore lus et, pourquoi pas, un Donna Leon qui m’aurait échappé, Dressed for death.

Dressed for deathIl fait terriblement chaud à Venise et les habitants quittent la ville pour des destinations plus agréables. Sauf bien sûr Guido Brunetti qui se retrouve coincé avec une enquête sur les bras dont personne ne veut. Le corps d’un homme a été trouvé dans un champ près de Marghera. Il était habillé en femme et son visage a été rendu méconnaissable par les coups. Cela pourrait être une limpide affaire de prostitution ayant mal tournée, mais au bout de quelques jours, le mort est identifié comme étant un directeur de banque respecté.

Alors que Paola, sa femme, et les enfants partent en vacances, Brunetti découvre le monde des travestis qui lui était jusqu’alors inconnu. Il comprend aussi que l’évidence n’est pas toujours la meilleure solution.

J’aime bien Donna Leon. Je trouve que sous une première lecture très classique, elle cache beaucoup plus qu’une simple enquête. Bien sûr, il y a Venise, la cuisine italienne, le côté sympathique de la famille Brunetti et l’apparente bonhommie de Guido. Mais il y a également la complexité de la société italienne, les magouilles des puissants, Venise qui coule et que ses habitants ne parviennent pas à sauver.

Elle arrive en quelques mots à nous présenter un Brunetti qui en théorie n’a aucun problème avec les travestis, mais qui ne sait pas vraiment comment réagir, empêtré dans une éducation de macho à l’italienne. De la même manière, il est pour la présence des femmes dans la police et ne peut pourtant pas s’empêcher de vouloir les protéger de ce travail dangereux. Brunetti, ou la difficulté d’être un homme moderne!

Comme d’habitude, la résolution ne sera pas entièrement satisfaisante pour les amoureux de justice parfaite, mais tellement plus prés de la réalité. Un bon cru de Donna Leon!

Rapprochons-nous des parutions plus récentes avec L’étrange destin de Katherine Carr de Thomas H. Cook. Autant que je l’avoue tout de suite, même s’il y a déjà deux semaines que j’ai terminé ma lecture, je ne suis toujours pas fixée sur mon sentiment à l’égard de ce livre. J’abandonne donc mon analyse et vous livre simplement mon ambivalence.

Étrange destin de Katherine CarrGeorge Gates est journaliste. Il a perdu sa femme de maladie et son fils a été assassiné. Depuis, il se traine de petits articles en portraits de personnalités locales pour le quotidien du coin. Un jour, un flic à la retraite lui parle de Katherine Carr, jeune poétesse de la ville, disparue vingt ans plus tôt et dont on n’a jamais retrouvé la trace. Il lui remet aussi le journal qu’elle a laissé. George est intrigué et il va se lancer dans la lecture du document avec Alice, une enfant très malade, sur qui il doit écrire et qui semble prendre plaisir à l’enquête. Nous découvrons avec eux le journal de Katherine et suivons les pérégrinations de George.

Il s’agit en fait d’un récit dans le récit (le journal de la poétesse dans la narration), lui-même dans un autre récit puisque dès le début, on sait que George est en train de raconter cette histoire à un homme sur un bateau. Le roman commence lentement, peut-être trop, ce qui peut décourager les impatients. Et rien ne semble certain, jamais. Quelle est la vérité? Que s’est-il réellement passé? Le lecteur ne le découvrira pas et je suis restée un peu surprise à la fin.

Pourtant, Cook installe une ambiance qu’on ne peut que trouver parfaite pour son livre. Sombre et mystérieuse, elle nous met dans un état particulier. Cela lui permet de parler du Mal, quelle que soit sa forme, de l’idée de vengeance et de justice, ou encore de la mort.

Tout cela m’a laissée indécise, entre fascination pour un auteur qui pose toute une atmosphère et un récit que j’ai terminé avec plus de questions que de réponses. Ce qui était peut-être le but de Cook d’ailleurs…

Et je finis plus près de chez nous. La fonction d’André Marois est inclassable et c’est très bien comme ça. Entre science-fiction et roman noir, l’auteur nous offre une histoire avec son lot de réflexions.

FonctionIl nous installe dans un monde très proche du nôtre auquel il rajoute la Fonction. Cette particularité permet à chacun, une fois dans sa vie, de retourner en arrière d’une simple petite minute. Et c’est fou ce qu’une minute peut être importante dans l’existence d’un homme.

Franck et son ex-femme se sont promis de réserver leurs Fonctions pour leurs enfants et pourtant, Franck a perdu la sienne et refuse de dire comment. Il se retrouve un peu par hasard au club des Fonctionnalistes où chacun peut venir sur scène raconter l’utilisation de sa Fonction. Il y croisera Rosa qui rêve d’employer la sienne de façon totalement désintéressée, pour créer de la beauté. Mais comment y parvenir? Ces deux personnes n’ont absolument rien en commun, c’est peut-être cela qui les rapprochera, mais cela suffira-t-il à changer les choses?

Le thème évoqué par André Marois n’est pas nouveau, ce n’est pas pour cela qu’il ne mérite pas qu’on y réfléchisse encore. Que ferions-nous si on pouvait effacer un seul de nos actes? Et en même temps, la pression d’avoir cette possibilité et de bien l’utiliser ne serait-elle pas énorme? Et puis finalement, est-ce si éloigné de ce que nous vivons au quotidien où chacun de nos choix trace la suite de notre vie?

On termine La Fonction avec des pistes de réflexion et des envies de discussions. J’en aurai même pris un peu plus dans le livre. Rien n’est résolu et c’est tant mieux, parce que toutes ces questions continueront de se poser. André Marois nous prouve que les pires actions viennent parfois des meilleures volontés et vice-versa. Avec une écriture simple, mais travaillée et qui convient parfaitement à son récit, il nous montre que nous ne sommes qu’humains et que rien n’est facile.

Un peu sombre, comme mon état d’âme, mais tellement juste.

Donna Leon, Dressed for death, Penguin, 1994. (publié en français sous le titre Un Vénitien anonyme)

Thomas H. Cook, L’étrange destin de Katherine Carr, Seuil, 2013 (The fate of Katherine Carr, 2009) traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc.

André Marois, La Fonction, La courte échelle, 2013.