Posted tagged ‘Maxime Houde’

Mets ta belle robe, j’t’amène aux vues !

06/09/2017

Maxime Houde abandonne le temps d’un roman son héros Stan Coveleski, même si on le croise au détour d’un chapitre, en forme de clin d’œil. Et des clins d’œil, La vie rêvée de Frank Bélair en regorge. Car c’est le but de l’auteur, rendre hommage au film noir, par sa thématique, mais aussi par sa construction, et y compris sa couverture ! C’est réussi, autant que ma maigre connaissance du genre me permet de le dire. L’atmosphère, les personnages, les lieux, on a tout ce qu’il faut pour qu’Humphrey Bogart débarque (je sais, c’est classique, mais après tout, c’est la première image qui nous vient souvent !).

Vie rêvée de Frank BélairOn rencontre donc François, dit Frank, Bélair. 1942, les affaires sont bonnes pour le propriétaire du Blue Dahlia, un des cabarets à la mode de Montréal. Après tout, les soldats qui vont se battre en Europe ont bien besoin de s’amuser. Frank règne en maître sur ses danseuses et ses clients, mais tout n’est peut-être pas simple quand on doit payer la cut à celui à qui on doit son bar. Et on n’est jamais trop loin des embrouilles dans ce métier.

On va suivre le quotidien de Frank, dans un récit qui avance et qui revient dans le temps, entre 1933 et 1948 : sa famille, sa femme, son fils, mais aussi ses maîtresses et ses liens avec les Rourke, représentants de la mafia locale.

La vie rêvée de Frank Bélair est finalement bien plus le portrait d’un homme et d’une époque dans un certain milieu qu’une intrigue complexe ou une histoire d’un crime. Des méfaits, il y en aura à foison, vous pourrez lire de la corruption, de la violence et même quelques meurtres. Après tout, difficile de garder les mains propres ou de ne pas se trouver confronté à ce genre de choses quand on bosse dans le monde de la nuit. C’est tout cela qu’a voulu montrer Maxime Houde ; et tous les stéréotypes sont là, volontairement : de la femme fatale au gangster, en passant par le bras droit amateur de coups, pour finir avec le héros, le paumé loser qui essaye de faire progresser sa vie en prenant quelques raccourcis, sans se soucier vraiment de ceux qui l’entourent. L’exercice est réussi et Maxime Houde va même jusqu’à nous expliquer ses références dans le mot de la fin.

L’intrigue est plutôt classique, mais la structure ne manque pas d’originalité, puisqu’on saute d’une année à l’autre, retournant dans la jeunesse de Frank pour repartir plus loin, nous permettant de mieux comprendre son parcours. Il s’agit là encore, selon l’auteur, de reproduire ses modèles aux récits non linéaires. C’est en tout cas une belle manière de balader le lecteur pour qu’il ne se laisse pas trop porter.

Les amateurs de films noirs y reconnaîtront sûrement les références, j’ai de mon côté profité de l’ambiance, écouté la musique, regardé les floor shows et senti le parfum des années 30 et 40 à Montréal.

Je ne sais pas si tout cela fait de cette Vie rêvée de Frank Bélair un grand roman noir, je dirais qu’il manque un peu de substance et d’intrigue pour cela. C’est en tout cas un bel hommage au cinéma et on ressort avec des envies de replonger dans nos classiques et nos moins classiques. Éteignez la lumière et amenez le pop-corn, le film va commencer !

Maxime Houde, La vie rêvée de Frank Bélair, Alire, 2017.

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Saint-Pacôme, saveur polar

24/09/2012

À cette période, ce n’est pas seulement l’arrivée de l’automne, c’est aussi le temps de prendre l’A20 direction le Bas-Du-Fleuve pour une fin de semaine très polar!

On remettait samedi le prix de Saint-Pacôme, petit village devenu depuis 11 ans la capitale du roman policier. Allez j’avoue, j’ai une énorme tendresse pour l’évènement. Le lieu est magnifique, les gens plus que charmants et les discussions passionnantes. Et en plus, il faisait soleil! Récit d’un week-end polardeux.

To flic or not to flic

Les choses sérieuses commencent dès l’après-midi par la table ronde. Cette année, le thème en était « To flic or not to flic? ». Pour parler du sujet: deux des auteurs finalistes au prix, Richard Ste-Marie et François Gravel, Jean Pettigrew, éditeur chez Alire, un ancien policier, Réjean Joncas et le président d’honneur de cette année, Michel Dumont. À Éliane Vincent, qui animait la discussion de canaliser ces cinq bavards qui avaient tous leur mot à dire. Il semblerait donc que l’auteur de polar se doit d’être cohérent, mais surtout il ne doit pas oublier qu’il fait de la littérature. S’il relatait vraiment le quotidien d’un flic, le roman pourrait vite être d’un ennui… mortel. L’important est que le lecteur doit croire aux personnages.

François Gravel a fait la remarque que tous racontent plus ou moins la même histoire: un ou plusieurs meurtres. Ce qui fait la différence, c’est la voix de l’écrivain. Richard Ste-Marie de son côté nous explique vouloir montrer l’humanité des policiers à travers son héros. Conclusion, le flic actuel n’est pas alcoolique, divorcé et complètement cynique, même si cela reste très présent dans l’imaginaire. Personnellement, je les préfère buveurs de bourbon à buveur d’eau, au moins dans la fiction.

À table!

En soirée avait lieu le gala en lui-même. Passons sur les détails (qui ont leur importance), la salle était très agréable, la déco lui donnant un cachet polar, et le repas était excellent. Il faut bien nourrir le corps en même temps que l’esprit. Nous avons eu droit à une présentation des trois finalistes à travers la voix de Michel Dumont (pour les Français, c’est un acteur québécois bien connu), cela mettait immédiatement dans l’ambiance.

À la fin de la soirée, les résultats tant attendus: le prix Saint-Pacôme récompense Maxime Houde pour son roman L’infortune des bien nantis aux éditions Alire. Il lui faudra faire son discours par Skype puisqu’il n’était pas sur place. Vive la technologie! Richard Ste-Marie a pu, lui, nous annoncer en direct qu’il serait de retour l’an prochain en recevant le prix Coup de coeur pour L’inaveu chez Alire également. Je suis persuadée que l’on reverra aussi François Gravel qui écrivait avec À deux pas de chez elle (chez Québec-Amérique) son premier polar. Son héroïne Chloé Perreault n’a pas dit son dernier mot.

30 romans, ça fait du monde

Côté technique. Le prix Saint-Pacôme est décerné par un jury de trois personnes, dont le gagnant de l’année précédente (il s’agissait de Martin Michaud pour cette édition). Le « coup de coeur » est le résultat des délibérations du cercle de lecture de la bibliothèque de St-Pacôme dont j’ai l’immense plaisir de faire partie. Là encore, vive la vidéoconférence!

Pour en arriver là, il nous aura fallu lire les 30 romans en lice et j’en profite pour faire un retour rapide sur la cuvée 2012. Premier constat, peut-être un peu négatif, pas de grande claque ou de découverte bouleversante. Par contre, pendant positif, beaucoup moins de textes catastrophiques! Il y a bien sûr quelques livres que je n’ai pas finis (par décision entièrement assumée), mais dans l’ensemble, le polar québécois a maintenant ses auteurs, avec leur style et leur ton propre. Le flic québécois n’est plus seulement de Montréal, il s’installe à Québec, mais également en région avec des passages par l’étranger. Les genres aussi se diversifient; enquêtes, thriller, historique, les lecteurs écolos qui veulent lire des locaux n’ont qu’à faire leur choix, il y en a pour tous les goûts!

Selon moi, le roman policier québécois peut tenir sa place fièrement sur les tablettes à côté de ses collègues étrangers. La production se multiplie et le niveau ne cesse de s’améliorer. Cela promet de belles années de lecture à venir.

Et je ne peux tout de même pas finir de parler de St-Pacôme sans quelques remerciements (c’est de voir autant de discours, ça déteint). Alors merci à Éliane pour tout, à Claudette pour l’accueil absolument parfait et au reste du cercle de lecture pour le plaisir de la discussion, on se retrouve l’an prochain!