Un Écossais plus que l’autre

Publié 17/01/2017 par Morgane
Catégories : Polar

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Voici un texte qui traînait depuis des semaines dans mes dossiers. Il est temps de le publier pour mieux passer à la nouvelle année ! Donc, deux de mes dernières lectures 2016, une moins plaisante que l’autre, mais pourquoi ne pas en parler aussi !

Je commencerais par la moins heureuse. Comme préambule, il serait peut-être juste de spécifier que je ne suis pas une fan de sports, en particulier de foot (le soccer des Nord-Américains !). Je ne m’étais donc pas précipitée vers la nouvelle série de Philip Kerr, alors même que j’avais lu tous les Bernie Gunther.

main-de-dieuÀ la sortie de La main de Dieu, je me suis dit qu’il fallait laisser la chance au coureur et qu’après tout, l’auteur étant excellent, j’allais peut-être me mettre à aimer le ballon rond. En plus, je ne suis pas complètement néophyte et je le savais bien que la main de Dieu, ça avait un lien avec Maradona! Verdict ? Pas pantoute ! Le foot ne passe pas, même en polar. J’y ai mis du cœur pourtant, je l’ai lu jusqu’au bout, mais on doit attendre la moitié du roman pour voir un mort (enfin, de l’action autre qu’un penalty !) et le tout est mêlé de récit de matchs. Promis, si je me faisais présenter encore une fois un changement de joueur, j’allais sur le terrain casser la gueule à l’arbitre !

Allez, j’exagère peut-être un peu pour le plaisir de la critique. L’enquête autour de la mort d’une vedette de l’équipe de London City, lorsqu’elle arrive, est plutôt bien menée. En outre, cela permet à Philip Kerr de parler de la crise financière grecque et des dessous corrompus du milieu footballistique. En prime, les sorties de son héros Scott Manson contre la coupe du monde sont plutôt jouissives. Tout cela n’est donc pas entièrement désagréable. N’empêche que, si vous n’aimez pas voir 22 joueurs courir après un ballon sur un terrain, je vous dirai bien de lire autre chose !

tels-des-loups-affamesUn autre écossais, par exemple ? Parce que, Rankin ne m’a jamais déçu. J’avoue avoir une préférence pour John Rebus, son héros entêté et so Édimbourg, mais je ne déteste pas non plus Malcolm Fox, même s’il est un peu trop clean à mon goût. Mettez les deux ensemble et je prends, sans discuter. C’est le cas dans Tels des loups affamés. Siobhan Clarke se retrouve avec une grosse enquête à gérer, la mort d’un juge. Elle se demande très vite s’il s’agit d’une affaire isolée ou d’un projet plus grand. Mais qu’est-ce qui relie les différentes victimes ? Car l’une des cibles potentielles n’est autre que l’ennemi juré de Rebus, Big Ger Cafferty. Elle aura donc besoin de l’aide de son ancien mentor pour en savoir plus. Et cela fait le bonheur de Rebus, qui ne veut pas l’admettre. En même temps, la retraite ne lui convient pas particulièrement. Il a beau faire de l’humour noir, les journées sont longues à remplir quand on n’a pas de carte de bibliothèque et qu’on ne joue pas au golf. Quant à Malcom Fox, il se retrouve à enquêter sur une famille de criminels de Glasgow en voyage un peu trop souvent dans la capitale. Tout cela pourrait-il être lié ? Le monde interlope est-il en mutation complète ? Siobhan et ses collègues ne laisseront pas les règles du jeu changer et cela nous amène dans une enquête complexe et dangereuse.

Peut-être est-ce que c’est simplement parce que Rebus n’aime pas non plus le sport que je lui suis fidèle. Mais je dirai plutôt que c’est une ambiance, des dialogues pleins d’humour, des liens d’amitié qui se créent, même parfois entre ennemis. Et puis Rankin raconte bien ces hommes d’un certain âge qui ne veulent pas lâcher, pas se coucher, que ce soit Rebus ou Big Ger Cafferty. Alors j’embarque avec eux, je les suis au pub, et contrairement à Malcom Fox, moi, je prends une pinte.

Voilà, la page 2016 est tournée. Je vous souhaite une bonne année livresque et je reviens bientôt avec mes lectures 2017 !

Philip Kerr, La main de dieu, Éditions du masque, 2016 (The Hand of God, 2015) traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel-Guedj.

Ian Rankin, Tels des loups affamés, Éditions du masque, 2016 (Even Dogs in the Wild, 2015) traduit de l’anglais par Freddy Michalski.

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Décorations, cadeaux et Top de l’année

Publié 11/12/2016 par Morgane
Catégories : News, Réflechissons un peu

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Décorations, check ! Musique de Noël dans les commerces, check ! Manteau de neige sur Montréal, recheck !

Ça y est, on y est, on est prêt ! C’est définitivement la période des fêtes. Alors avant de perdre le contrôle et de courir partout au boulot comme un poulet pas de tête (j’adore cette expression), je me dis qu’il est temps de vous annoncer le traditionnel top 5 de l’année puisque je me suis prêtée à l’exercice pour la librairie. Et puis, ça pourrait donner des idées de cadeaux pour ceux qui n’ont pas encore commencé leurs achats.

Comme d’habitude, le choix fut difficile (eh oui, j’ai du mal à me souvenir ce que j’ai lu dans l’année) et déchirant (il y a toujours un sixième qui aurait pu/dû être présent), mais bon, puisqu’il faut se lancer. Voilà, sans ordre particulier, mon top 5 de mes lectures parues cette année :

Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi, Actes Sud. Pour la langue poétique, la réflexion sur l’immigration et l’intégration, le rapport au langage et l’accent de Toulouse. Et non, ce n’est pas du polar!

Le fils, Jo Nesbø, Gallimard. Parce que Nesbø, bien sûr ! Et puis parce qu’il réussit à faire changer notre regard sur les personnages au fil du récit d’une manière parfaite.

Sans terre, Marie-Ève Sévigny, Héliotrope noir. On manque terriblement de roman noir engagé au Québec, mais heureusement, de nouvelles voix arrivent. C’est le cas ici avec une histoire sur l’écologie et la corruption.

Cartel, Don Winslow, Seuil. J’avais adoré La griffe du chien, Cartel est définitivement une suite à la hauteur ! C’est noir et probablement très représentatif de l’hyper violence qui règne sur les territoires des cartels mexicains.

La loterie, Miles Hyman et Shirley Jackson, Casterman. Parce que la nouvelle de Shirley Jackson parue en 1948 n’a pas pris une ride et que l’adaptation en bande dessinée réalisée par son neveu est géniale.

Et puis, bon, puisque je suis chez moi et que je fais ce que je veux, je rajoute :

Viens avec moi, Castle Freeman, Sonatine. Pour l’humour noir et la situation absurde et pourtant complètement crédible.

Dodgers, Bill Beverly, Seuil. Un road trip américain avec des ados de gangs qui ne sont jamais sortis de chez eux.

Si, avec ça, vous ne savez pas quoi offrir ou que votre public est difficile, pensez référence et optez pour Le détectionnaire de Norbert Spehner chez Alire.

Allez hop, je repars dans ma course des fêtes. Joyeux Noël!!

Daniel et Lisa de retour !

Publié 27/11/2016 par Morgane
Catégories : Polar

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Jacques Saussey nous a fait un cadeau spécial Québec. Son petit dernier, Ne prononcez jamais leur nom, était normalement prévu pour début 2017. Sauf que l’auteur, qui visite régulièrement la Belle Province, avait très envie de participer au Salon du livre de Montréal. Il a donc organisé avec son éditeur la sortie en avance de son roman juste pour nous. Ce qui a permis aux lecteurs d’ici de retrouver Lisa Heslin et Daniel Magne plus vite que prévu.

ne-prononcez-jamais-leurs-nomsDans La pieuvre, leur relation de couple en avait pris un coup et Lisa était partie se mettre au vert très loin de Paris. Au début de ce nouvel opus, elle est toujours dans le chalet légué par son père en Suisse, essayant de faire le vide. Daniel a lui aussi quitté la capitale, il a préféré s’exiler à Hendaye, au Pays basque. Il noie ses remords et sa culpabilité dans l’alcool, se mettant à dos son nouveau chef.

Un jour, alors qu’il est à la terrasse d’un café, une énorme explosion survient de la gare toute proche. Ses réflexes policiers reprennent le dessus et il est le premier sur les lieux. Il se retrouvera face à un danger plus périlleux qu’il ne le pensait.

Je n’en dirai pas plus, je ne veux pas gâcher des surprises. Mais laissez-moi vous assurer qu’il y a du suspense, que Daniel a quelques soucis et que bien sûr Lisa ne pourra pas rester très longtemps éloignée de l’homme qu’elle aime et d’un métier dans lequel elle excelle!

Dans Ne prononcez jamais leur nom, Jacques Saussey s’attaque à un sujet difficile, celui du terrorisme. Il faut dire que quelques semaines après qu’il a commencé à écrire, la France a été traumatisée par les attentats de novembre. Je trouve que c’est un thème qui peut être périlleux. Après tout, facile de tomber dans le manichéisme et de ne montrer que des gentils policiers qui jamais ne franchissent la ligne entre le bien et le mal. Écueil que réussit à éviter l’auteur, tout en choisissant un motif d’attentat qui empêche également de trop grandes discussions. On n’est pas dans du roman noir ou politique, mais bien dans un polar d’action et c’est là le plaisir. Cela permet toutefois d’envisager notre propre réaction à ces événements qui peuvent être marquants.

Jacques Saussey est un des auteurs français de thriller qui montent et je comprends pourquoi. L’intrigue prenante tient le lecteur en haleine, on retrouve des personnages qu’on connaît et qu’on a envie de suivre, même si je leur souhaiterais plutôt un peu de paix bienvenue.

Vous voulez de l’efficace ? N’hésitez pas, Daniel Heslin et Lisa Magne sont au rendez-vous !

Jacques Saussey, Ne prononcez jamais leur nom, Éditions du Toucan, 2016

Deux îles, deux S

Publié 16/11/2016 par Morgane
Catégories : C'est du noir

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Un peu moins d’enquête, un peu plus de noir pour une fois ! Au programme, deux îles, celle du Japon et celle d’Orléans. Pas tout à fait le même gabarit, me direz-vous, pas le même sujet non plus, mais ce sont deux romancières et leur nom commence par un S, ça servira de lien !

Marie-Ève Sévigny est la petite dernière invitée de la collection Héliotrope noir que j’aime toujours autant. Dans Sans terre, elle se frotte à l’écologie et à la corruption des grandes pétrolières, avec un détour par la syndicalisation des travailleurs agricoles étrangers. Le tout dans un court roman d’à peine plus de 250 pages. L’auteure est ambitieuse et elle s’en tire remarquablement bien !

sans-terreGabrielle Rochefort est une militante écologiste bien connue des services de police, comme on dit. Elle sort de prison pour avoir déversé une marée d’oies couvertes de pétrole sur la pelouse d’un ministre. Pas froid aux yeux, quoi ! Elle se réfugie chez sa cousine sur l’île d’Orléans pour se refaire. Mais comme elle est incapable de ne pas agir, elle en profite pour essayer d’organiser la défense des travailleurs étrangers de la ferme familiale.

Une nuit, en son absence, son chalet est incendié, un ouvrier agricole est peut-être la victime. Les soupçons se portent bien sûr sur la principale locataire, qui, de son côté, crie au coup monté par les plus hautes instances du gouvernement.

Chef est retraité de la SQ, il reste celui vers qui tous se tournent sur l’île, et il connaît bien Gabrielle, elle a été sa maîtresse. Il a du mal à l’imaginer dans le rôle de l’incendiaire.

Difficile de résoudre une affaire quand tout le monde préférerait un silence bien plus pratique. Pourtant le rythme s’accélère et le lecteur avale les pages plus vite.

Sans terre est une dénonciation de la corruption. Une fiction un peu trop proche de notre réalité pour être confortable et c’est tant mieux comme ça. Et puis, Marie-Ève Sévigny ne tombe pas dans la facilité du méchant politique contre le gentil écologiste, elle montre aussi que le militantisme peut être excessif et laisser des traces sur les proches. Même si on l’avoue, on se sent bien plus en lien avec celle qui défend les côtes du St-Laurent qu’avec ceux qui voudraient les détruire pour gagner quelques dollars de plus. Quitte à voler dans les plumes de certains au passage.

Il y en avait peut-être déjà quelques-uns, mais Sans terre marque pour moi l’arrivée du roman noir engagé dans un paysage polar québécois qui en manquait et cela fait du bien !

En plus, on ne peut qu’aimer une auteure qui présente les libraires comme des thérapeutes !

Notre deuxième S est celui de Sylvain, pour Dominique Sylvain et son dernier roman, Kabukicho aux éditions Viviane Hamy. Le dépaysement est beaucoup plus grand qu’avec le précédent. Ici, choc des cultures garanti ! Kabukicho, c’est le quartier sulfureux de Tokyo, celui qui, la nuit, brille de néons colorés. Un monde de l’illusion où rien n’est ce qu’il paraît vraiment, même pas les relations humaines et l’art de la séduction. C’est là qu’on trouve les hôtes et les hôtesses, œuvrant dans des bars. Pour le bon prix, ils vous écouteront, vous feront sentir que vous êtes le centre du monde le temps d’une soirée. Parfois la solitude n’est pas seulement physique, elle peut être émotionnelle et c’est là que les meilleures hôtesses sauront agir !

kabukichoC’est le cas de l’Anglaise Kate Sanders, devenue la star du Club Gaïa, jusqu’à sa disparition soudaine. Quelques heures plus tard, son père reçoit une photo d’elle, semblant dormir, suivie des mots « elle dort ici. » Il prend alors contact avec sa locataire, elle aussi hôtesse, la Française Marie et essaye de comprendre qui était sa fille et ce qui lui est arrivé. Du côté officiel, la police tokyoïte mène l’enquête en la personne du capitaine Yamada. Ses soupçons se portent sur Yudai, l’hôte le plus recherché de Kabukicho, ami proche de Kate, mais qui nie avoir été son amant.

À l’image du quartier et de ses habitants, l’histoire que nous raconte Dominique Sylvain est tout en faux-semblants. Qui était vraiment Kate ? Et que venait-elle chercher à Tokyo dans ce quartier quasiment impossible à saisir pour un Occidental ? Difficile pour les enquêteurs officiels ou officieux de le comprendre quand ceux qu’ils interrogent passent leur temps à raconter des demi-vérités comme seuls peuvent le faire les hôtes.

Kabukicho permet de découvrir une facette du monde japonais qu’on connaît peut-être un peu moins. Une plongée pour le lecteur dans une réalité qui lui est inconnue et difficilement compréhensible et c’est un point fort du roman.

Ma réserve vient plutôt de la retenue des personnages, pas assez vivants à mon goût. Mais j’ai eu l’impression, en lisant, que c’était justement volontaire de la part de l’auteure, pour mieux s’accorder au lieu, à l’importance des apparences qui y règne, et augmenter cette ambiance d’image, loin de la réalité des sentiments. Une critique qui se transformerait presque en force donc, mais qui m’a peut-être empêché d’être touchée autant que je l’aurai pu.

Une chose est sûre, Dominique Sylvain réussit à créer des personnages complexes dont on se plaît à découvrir les couches l’une après l’autre en visitant une facette du Japon faite de nuit noire et de néons colorés qui cachent l’âme humaine ou la dévoilent au contraire.

Marie-Ève Sévigny, Sans terre, Héliotrope noir, 2016.

Dominique Sylvain, Kabukicho, Viviane Hamy, 2016.

Le polar aussi a ses références !

Publié 27/10/2016 par Morgane
Catégories : Réflechissons un peu

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Difficile de reprendre le fil quand on a été silencieuse si longtemps. Que voulez-vous, la vie court, court…

Mais revenons à nos polars. Et pour un retour, pourquoi ne pas commencer par un incontournable tout juste sorti, un ouvrage de référence qui a très vite trouvé sa place dans ma bibliothèque à côté du Dictionnaire des littératures policières chez Joseph K et qui devrait arriver dans la vôtre.

detectionnaireJe l’ai dit ici, j’ai une mémoire de poisson rouge. Pas simple quand on est libraire et critique amateur. Mais comment s’appelle donc le personnage de Paco Ignacio Taibo II ? Et l’auteur qui a créé Joe Gunther ? C’était qui Fantômas déjà ? Et il faisait quoi le Robert Langdon de Dan Brown ? (ok, peut-être que la dernière, je m’en moque un peu) Toutes ses réponses sont dans le Détectionnaire de Norbert Spehner paru aux éditions Alire.

Qu’es aquò, comme on dit chez moi ? Mais tout simplement, comme son nom l’indique, un dictionnaire de détectives, ou plus précisément des personnages principaux de la littérature policière et d’espionnage. Vaste programme ! Entrepris il y a plus de 20 ans par une employée de bibliothèque, ce travail de moine avait été continué par un passionné du polar, Yvon Allard. À son décès en 2011, c’est Norbert Spehner, un de ses amis et un spécialiste reconnu lui aussi, qui reprend le projet et le met à sa main pour finalement aboutir à ce pavé qui fera rêver les amateurs.

Vous trouverez dans Le détectionnaire les personnages centraux présents dans au moins deux romans et certains secondaires, mais primordiaux (pensez au docteur Watson, comment faire sans lui ?). Pour chacun, une fiche comprenant une description, le nom de l’auteur, une bibliographie et les apparitions dudit personnage à la télé et au cinéma. Enfin se trouvent des informations diverses qui, au-delà d’être instructives, rendent le ton de l’ouvrage plus ludique puisque Norbert Spehner, et les références qu’il cite, ne se gênent pas pour faire des commentaires sur les personnages, la qualité des romans ou bien des adaptations cinéma. Au début, un texte présente les différents types de personnages récurrents, et pour mieux mener votre recherche, deux index ont été ajoutés à la fin pour les auteurs et les personnages.

Le tout est agrémenté d’illustrations, de photos et de couvertures de romans pour rendre l’ouvrage plus agréable à feuilleter. Un beau cadeau à se faire ou à se faire offrir !

Le genre de livre qu’on attrape sur l’étagère pour une recherche rapide et dans lequel on est plongé pendant longtemps en se baladant d’entrée en entrée. Depuis 15 minutes, je me rafraîchis la mémoire sur Duca Lamberti et Charlie Parker. Saviez-vous que le héros de Westlake, Dormunder, tenait son nom d’une marque de bière ? Allez j’y retourne !

Norbert Spehner, Le détectionnaire, Alire, 2016.

Direction le Wyoming

Publié 15/07/2016 par Morgane
Catégories : Polar

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Cette fin de semaine, j’avais décidé de m’isoler dans le bois ! Bon, pas totalement sauvage non plus, quoique… j’ai passé quelques heures avec les tamias pour seuls compagnons dans ma marche solitaire.

Et bien sûr, il me fallait de la lecture pour la soirée. Comme d’habitude, avant chaque départ, question suprême : quel livre se prêtera le mieux à l’humeur du voyage ?

Réponse facile dans ce cas-là, je venais de recevoir le dernier Craig Johnson ! Des étendues du Wyoming aux arbres du Parc national de la Mauricie, il n’y a qu’un pas, enfin presque.

À vol d'oiseauWalt Longmire n’est pas au travail. Et il préférerait probablement y être ! Parce que trouver un lieu idéal dans la réserve pour le mariage de sa fille Cady n’est pas chose aisée. Alors qu’il cherche l’endroit parfait avec son meilleur ami Henry Standing Bear, il assiste à un étrange suicide d’une mère portant son bébé. L’affaire dépend de la police tribale, mais la nouvelle chef est très jeune et pourrait bénéficier de l’expérience de Walt. Le voilà donc embarqué dans une enquête, qui, comme d’habitude, le dépasse, mais qu’il sera assez buté pour mener jusqu’au bout.

À vol d’oiseau n’est peut-être pas le meilleur de la série Longmire. Mais quand on aime, on pardonne tout ou presque ! Les faiblesses d’abord, comme une intrigue un peu légère peut-être avec cette jeune femme à l’apparent suicide, qui se révèle bien sûr un meurtre déguisé. Les enquêteurs se promènent de suspect en suspect, mais leur avancée ne m’a pas convaincue. Et puis il y a tous ces personnages absents et qui m’ont manqué : Vic (partie suivre un séminaire de relations publiques !), Ruby, les adjoints, Cady et tous les autres. Mais bon, c’est de la fidélité à outrance.

J’ai retrouvé quand même dans cet opus ce que j’apprécie de Craig Johnson. En premier lieu, l’humour, à la fois noir et décalé, surtout dans les dialogues, qui fait qu’on sourit, même en étant seule dans un bistrot de Mauricie, en se retenant un peu pour ne pas avoir l’air bizarre.

J’aime aussi toujours autant cette manière qu’il a d’alterner légèreté et moments plus dramatiques ou presque poétiques ; sa description de la vision de Walt après qu’il a consommé du peyotl par exemple ou encore la vigie de Chien auprès du bébé blessé. Enfin, ses romans font chaque fois un portrait très humain d’une population, d’une manière de vivre, marquée par les éléments et la nature du Wyoming. On se retrouve entre traditions et modernité, où le diable bat sa femme lorsqu’il va pleuvoir, où certaines voitures n’ont ni clés ni marche avant, mais où la famille passe avant tout, surtout quand on marie sa fille.

Donc en résumé, pas le meilleur Craig Johnson, mais on prend toujours plaisir à retrouver Walt Longmire et sa bande et, avec eux, les grands espaces américains.

Craig Johnson, À vol d’oiseau, Gallmeister, 2016 (As the Crow Flies, 2012) traduit de l’anglais par Sophie Aslanides.

Une traversée des États-Unis

Publié 20/06/2016 par Morgane
Catégories : C'est du noir

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Il y a des livres qu’on lit un peu par hasard, parce que quelqu’un nous en a parlé, mais en termes plutôt vagues. C’est ce qui s’est passé avec Dodgers de Bill Beverly publié au Seuil. Le titre ne me disait rien (désolée, je ne suis pas une amatrice de baseball !), je n’aurai donc pas pris la peine d’ouvrir le livre. Ce qui aurait été dommage pour moi.

DodgersOn y découvre East, 15 ans. On est loin de l’adolescence habituelle, pas d’école, de filles, de problème avec les parents. East n’a que sa mère, avec qui il ne vit plus de toute façon. Il bosse pour son oncle, et il a une équipe à ses ordres. Leur boulot ? Surveiller une maison où on vend de la drogue, s’assurer que les flics sont loin, faire le guet. Ils sont bons, mais pas assez ; descente de police, arrestations ; East sait qu’il doit se racheter.

Sa prochaine mission est claire : avec trois autres jeunes, ils doivent rouler jusque dans le Wisconsin pour tuer un juge, témoin gênant dans une affaire contre Fin, leur boss.

La situation aurait de quoi faire rire : trois gamins noirs et un étudiant blanc habillés de t-shirts des Dodgers pour passer inaperçus, conduisant un monospace familial pour un road trip à travers les États-Unis. Mais le sourire est crispé, car les personnalités pourraient être conflictuelles et le voyage va être long.

On suit donc ce jeune, dans sa volonté de bien faire son travail, de gérer cette équipe de bric et de broc ; entre un blanc dealer à l’université, un petit gros plus futé qu’il ne le paraît et le frère d’East, Ty, treize ans et passablement tordu. East sait qu’il ne peut pas lui faire confiance, que tout peut déraper en quelques secondes. Leurs papiers sont faux et ils ne sont même pas armés. Chaque étape les rapproche d’un but qu’ils ne comprennent pas vraiment.

Et les occasions de dérapages seront nombreuses entre Los Angeles et les Grands Lacs. Surtout quand on pense que ces jeunes ne sont jamais vraiment sortis de leur ghetto. Première neige, première campagne, premier désert, première fois qu’ils sont les seuls noirs du coin. Dans l’avancée du voyage, East se rend compte que les autres en savent plus que lui et que le but de l’équipée n’est peut-être pas ce qu’on a bien voulu lui dire.

C’est aussi l’occasion pour lui de mûrir, de devenir adulte en quelque sorte, même si on se dit que ses quinze ans l’ont plus fait grandir que n’importe lequel d’entre nous.

Ce roman est donc un voyage : à travers les États-Unis, d’État en État ; dans la mécanique d’un gang quand ses membres les plus influents sont arrêtés ; dans une famille dysfonctionnelle avec la relation entre Ty et son frère ; et surtout dans la vie de ce jeune, East, dans son parcours vers, peut-être, une certaine liberté.

Et ce qui est particulièrement intéressant dans le roman de Bill Beverly, c’est justement le manque de réponses à toutes ses questions. Il nous montre le trajet sans vraiment nous donner ni le départ, ni l’arrivée, ni les détours d’ailleurs. Cela pourrait être frustrant et c’est en fait bien mieux comme ça, tout est ouvert, même si on a tous les éléments pour trouver les solutions. À nous de voir.

Tout cela en ferait un roman noir parfait, si ce n’était de la traduction, décidément trop française. J’essaye d’être tolérante et en général de me laisser porter par l’histoire, mais sur ce livre-là, cela m’a souvent heurtée, surtout quand il était évident que le texte en français n’avait aucun rapport avec l’original.

Dommage, donc, car il s’agit au-delà de cela d’un roman noir particulièrement chouette et on se laisse embarquer dans les rebondissements et les arrêts dans ce road trip aux allures de dernier voyage !

Bill Beverly, Dodgers, Seuil, 2016 (Dodgers, 2016) traduit de l’anglais par Samuel Todd.