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Ce n’était pas mieux avant!

30/01/2017

Soyons honnêtes, le monde actuel est assez moche. Alors, pourquoi ne pas aller faire un tour dans le passé pour voir si tout était mieux avant ?

D’accord, vu que c’est du polar, ce ne sera probablement pas beaucoup plus joyeux, mais bon, au moins, ça fait changement !

trois-fois-la-be%cc%82tePremière étape : Trois fois la bête de Zhanie Roy que j’ai lu il y a quelques semaines. C’est l’été 1935 dans un petit village du Québec; les journées sont chaudes, les familles nombreuses, le travail des champs rude. Un premier enfant est retrouvé assassiné, éventré ; puis un deuxième. Où est la bête qui les attaque ? En plus de la peur, la discorde s’installe ; le curé veut créer un nouveau cimetière, un hommage à Dieu ou peut-être plus un témoignage de son passage à lui, humble curé, sur cette terre. Mais tous ne sont pas d’accord sur son choix de lieu et un des hommes, fraîchement revenu des États-Unis, mène la fronde.

Zhanie Roy écrit bien cette idée de peur, on voit la suspicion s’installer dans la tête des villageois. Et si la bête n’était pas un loup affamé par l’été ? Et si le coupable était l’un d’entre eux ? Elle montre aussi très bien les débuts de la rébellion contre l’église. Tout d’un coup, le curé n’est plus l’unique pouvoir, des hommes osent se lever et répondre, avoir un avis différent.

Trois fois la bête est un roman noir. Ici, pas d’enquête, le but n’est pas de démasquer le coupable, homme ou animal, mais bien de montrer la crainte et comment réagit une communauté lorsque le drame frappe. Et tout cela, Zhanie Roy le fait très bien. J’ai été déçue par la résolution, à mes yeux un peu facile, et des motifs de meurtres légers, mais la qualité du roman demeure.

Et puis, au-delà du noir, je trouve que sa description de l’époque forte : la dureté du travail, les enfants qui aident, les familles nombreuses et surtout le courage de ces mères, toujours à l’ouvrage, malgré les grossesses et la fatigue.

adieu-mignonneRemontons encore un peu dans le temps et revenons vers la grande ville avec Marie-Ève Bourassa qui nous amène dans le Red Light de Montréal. Eugène Duchamp vit à deux pas, dans le quartier chinois, avec sa femme. Ancien policier, il a fui en s’enrôlant dans l’armée et en allant combattre en Europe. Il est de retour, infirme et opiomane. Pourtant, certains croient encore en lui puisqu’une jeune prostituée vient lui demander son aide. On a enlevé son enfant dans la maison de passe où elle vit. Elle veut le retrouver et la police ne bougera pas pour une fille comme elle. Eugène se défend, après tout, il n’est pas détective privé ! malgré tout, il sait qu’il est le seul qui pourra aider la jeune femme. Il va donc repartir dans ses quartiers d’autrefois, retrouver ses quelques anciens amis, ses douloureux amours passés ainsi que ses très nombreux ennemis. Son enquête le mènera bien plus loin qu’il ne le pensait, des bas-fonds sordides aux beaux quartiers de Montréal.

Marie-Ève Bourassa nous plonge dans une époque de la ville, qui, de façon surprenante, a été peu utilisée dans les polars jusqu’à maintenant. Pourtant tout est là pour créer l’ambiance parfaite : les mafieux, la corruption dans la police et les hautes-sphères, l’alcool de contrebande, les maisons de passe et la musique des cabarets. Il ne manque plus qu’un privé, et le nôtre est plutôt abîmé. Mais malgré son état de santé et l’abus d’opium, il garde une certaine morale et ne peut s’empêcher de venir en aide à celles qui en ont besoin, surtout quand il sait qu’elles sont seules.

Là encore, la description des lieux et de l’époque fait la force du roman. On voit la ville, les différents quartiers qui correspondent aux différentes classes sociales. La vie est rude pour les plus pauvres et la prostitution souvent la seule solution pour certaines femmes. Marie-Ève Bourassa les montre telles qu’elles sont, trop jeunes, perdues et en même temps pouvant être cruelles entre elles, tout en sachant se défendre. Quant à son héros, à l’image des certains privés classiques du roman noir, il décide par lui-même comment justice doit être rendue… ce qui n’est pas pour me déplaire.

Ce premier volume de la série, Adieu Mignonne, a été pour moi une belle découverte, même si tardive. Le deuxième, Frères d’infortune, est également sorti il y a quelques mois, ce qui me donne envie de savoir ce qu’il advient d’Eugène Duchamp !

Zhanie Roy, Trois fois la bête, À l’étage, 2015.

Marie-Ève Bourassa, Red Light, Adieu Mignonne, VLB éditeur, 2016.

Lectures de vacances

28/07/2015

Nous sommes fin juillet, je sais, et peut-être que beaucoup ont déjà pris leurs vacances. Comme moi pas encore, je ne suis donc pas trop en retard pour mes conseils d’été.

Conseils qui, avouons-le, sont simplement mes dernières lectures accumulées sur mon bureau, mais que j’ai, au demeurant, beaucoup aimé pour certaines.

La PieuvreLe premier livre est là depuis trop longtemps ! Parce que je voulais vraiment écrire une chronique dessus et que j’ai été passablement absente. Il s’agit de La pieuvre de Jacques Saussey. L’auteur était venu nous rendre visite à Knowlton il y a quelques années et j’avais apprécié et les textes et l’homme, il fait donc partie de ceux que je lis toujours avec plaisir quand ils reviennent. Surtout que j’aime beaucoup les personnages qu’il a créés et qu’on retrouve dans son sixième roman !

Cette fois-ci, ils seront d’ailleurs touchés de plein fouet par l’enquête qui va les occuper. Lisa Heslin et Daniel Magne sont flics à Paris. On les avait observés se rapprocher dans les précédentes livres et ils vivent maintenant ensemble, même s’ils ont parfois du mal à communiquer. Lisa doit se rendre dans le Sud, au chevet de sa mère mourante qu’elle n’a pas vue depuis des années. Pendant ce temps, Magne est chargé du meurtre d’un coursier. Le crime semble simple, mais l’enquête s’emballe lorsque l’arme ayant servi est identifiée. C’est la même qui, des années plus tôt, a été utilisée pour assassiner un juge, le père de Lisa, alors qu’elle n’était qu’une enfant. Daniel, connaissant sa compagne, décide de ne rien lui dire. Il est certain qu’elle partira en guerre, sans se soucier des règles. Mais il ne pourra probablement pas la protéger aussi longtemps qu’il le pense.

Jacques Saussey sait être efficace. Il construit son intrigue avec soin, nous perdant volontairement dans la chronologie, jusqu’à ce qu’on ne soit plus sûr de rien et on ne lui en veut pas un instant. J’ai retrouvé avec plaisir les flics qu’il a créés, que ce soit Daniel et Lisa, mais également l’équipe constituée autour d’eux. On sent la toile se tisser et on comprend que tout finira par s’expliquer. On s’inquiète de la tournure de l’enquête, car le groupe s’est attaqué à un adversaire qui n’a peur de rien et dont le pouvoir s’étend partout. Arriveront-ils à s’en sortir indemnes ? Je vous laisse aller le lire.

Un excellent thriller à consommer au jardin ou sur la place !

Sur ses gardesDeuxième conseil de lecture d’été, un autre Français, mais vivant au Québec cette fois-ci. Stéphane Ledien publie Sur ses gardes aux éditions À l’étage. Il s’agit du premier tome d’une trilogie, Les phalanges d’Eddy Barcot. Direction la France encore une fois, mais celle de la fin des années 90. Eddy Barcot est un ancien boxeur, il aurait pu être un bon, mais la vie ne fait pas toujours de cadeau. Aujourd’hui, il est agent de sécurité dans un grand magasin. Son plaisir, il le prend le soir, en entraînant des jeunes dans un gymnase et en offrant un ciné-club de façon bénévole. Jusqu’au jour où sa meilleure amie l’appelle. Son petit frère, Jalil, a disparu. Elle sait qu’il n’est pas parfait, que c’est un voyou, mais il est la seule famille qu’il lui reste. Barcot ne demande qu’à aider et il va chercher Jalil dans la cité. Il trouve rapidement une piste, sous la forme d’un cadavre inconnu ayant les papiers du garçon dans ses poches. Dans quels ennuis celui-ci s’est-il mis ? L’ancien boxeur continue sa quête, même lorsqu’il comprend que cela pourrait devenir dangereux pour lui aussi.

Je découvrais ici Stéphane Ledien et c’est une bonne surprise. D’ailleurs, ne vous fiez pas à la couverture, qui n’est pas représentative du livre, ce n’est pas un polar de boxe. On connaît mon amour pour le sport, je ne me serai pas rendue au bout. Il s’agit par contre d’un excellent roman sur la radicalisation, l’état des banlieues en France, le désespoir de ses jeunes qui tombent dans la délinquance de plus en plus tôt, car ils n’imaginent rien au bout du chemin. Et ne pensez pas que cela en fait un polar trop français, ce qui se dit là pourrait se passer partout. Pour raconter cela, l’auteur a créé des personnages assez intéressants, comme cet Eddy Barcot magané, mais qui n’a pas encore perdu l’espoir de voir son monde devenir meilleur.

J’ai bien quelques réticences, mais elle concerne plutôt l’édition, puisque j’ai constaté quelques incohérences chronologiques et des notes de bas de page à mon avis inutiles. Rien par contre qui ne gâche la lecture (je suis une râleuse patentée, on le sait) et il s’agit des premiers titres de cette nouvelle maison, je vais donc leur donner une chance.

On se laisse prendre au jeu du complot que Barcot démonte petit à petit, et qu’on soupçonne malheureusement beaucoup plus proche de la vérité qu’on le souhaiterait. Je suis sortie de ce roman très curieuse de voir ce que m’offrira le deuxième volume de cette trilogie.

Du sang sur la glaceEt finalement, un habitué de ce blogue, mais pour un livre que je considère vraiment comme une lecture d’été. On connaît mon amour pour Jo Nesbø et en particulier son héros d’Harry Hole. Je suis donc un peu craintive quand il arrive avec un autre personnage comme cela avait été le cas dans Chasseurs de têtes. Il remet cela avec Du sang sur la glace. Pas un polar, plutôt un roman noir, mais avec toujours l’efficacité Nesbø en marche.

Olav est expéditeur. Cela veut dire qu’il expédie ad patres ceux qui dérangent son patron, un mafieux installé à Oslo. Il n’a en général aucun scrupule à faire son travail, pourtant lorsqu’il voit sa prochaine victime, il ne peut s’empêcher de tomber sous son charme. Ne pas respecter son contrat pourrait le mettre dans un gros pétrin, surtout quand il s’agit de buter l’épouse (pas très fidèle) du boss. Il ne lui reste donc qu’à réfléchir vite pour trouver une solution, et Olav n’est peut-être pas le plus rapide des hommes, mentalement parlant.

C’est efficace, je l’ai dit, monté comme un excellent film d’action. De la même manière que dans Chasseurs de têtes, Nesbø nous manipule et nous cache une partie de la vérité sans avoir l’air d’y toucher. On se laisse entraîner sans discuter pour comprendre qui est Olav et voir si le tueur, auquel on s’attache peu à peu, va pouvoir s’en sortir et si finalement les histoires d’amour peuvent bien finir (parce que oui, il y a de l’amour en plus).

Ce n’est pas mon Nesbø préféré (je retournerai toujours à Harry, sans hésitation), et je le trouve un peu cher pour le petit format (à peine 150 pages), mais cela suffit amplement à raconter une histoire bien noire. La quatrième parle d’un hommage au roman noir américain et je suis bien d’accord avec la comparaison. Et puis un Nesbø, c’est bon, d’abord !

Voilà pour les trois premiers conseils, je vous reviens bientôt pour plus de chroniques, ma pile sur le bureau n’a pas encore disparu, avant de m’envoler vers mes vacances de l’autre côté de l’Atlantique.

Jacques Saussey, La pieuvre, Toucan noir, 2015.

Stéphane Ledien, Sur ses gardes, À l’étage, 2015.

Jo Nesbø, Du sang sur la glace, Gallimard, 2015 (Blood On Snow, 2015) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.