Les brumes de l’alcool

Posted 18/11/2009 by Morgane
Categories: Défi littérature policière sur les 5 continents, Polar

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Le Queensland en Australie, Brisbane sa capitale, ou comment des hommes avides de pouvoir peuvent pourrir un état et une ville. Cela, George ne le sait que trop bien pour l’avoir vu des années plus tôt et avoir été au centre de cela ou plutôt il s’en souvient vaguement car il a tout vécu à travers les brumes de l’alcool et les soûleries. Le scandale date de dix ans auparavant, au moment de la Grande Enquête. Elle a changé la face du Queensland, du moins en apparence. Elle a fait tombée des politiciens pourris, des flics corrompus, des patrons de bars et de bordels. Parmi tous ceux-là, les proches de George, ses partenaires de beuveries, son meilleur ami Charlie et sa femme May qui était aussi sa maîtresse.

Il s’est alors réfugié dans la montagne. Il a arrêté de boire et il essaye de vivre une vie tranquille avec un petit boulot de journaliste. Et pourtant, c’est le genre de passé qui vous rattrape toujours. Une nuit, un corps est découvert près du village. Il s’agit de Charlie, son associé d’autrefois, et il a été assassiné. En retournant à Brisbane pour organiser les funérailles, George va devoir affronter ses vieux démons et essayer de comprendre ce qui est arrivé.

Comme le titre l’indique l’alcool est au centre de ce polar, comment il façonne ceux qui succombent, comment on s’en sort ou pas. C’est l’alcool qui réunit pour la première fois les deux amis, c’est lui qui accroche May et c’est lui qui les entraîne vers l’illégalité. Le dernier verre de l’alcoolique n’est pas toujours vraiment son dernier, la tentation est là toujours très puissante et elle n’attend qu’un incident de parcours. Cela donne des passages très forts de débauches, de déchéances ou encore des combats internes qui peuvent se livrer pour lutter. Derniers verres, c’est le parcours d’un homme, ni héros, ni lâche tout à fait non plus. George oscille entre la fuite perpétuelle et l’affrontement. Il a vécu des années d’excès sans se poser de questions, en prenant ce qu’il voulait au passage. Pas un gros joueur, non, juste bien entouré, sans grande moralité ni loyauté même pour son meilleur ami. Le récit alterne entre le retour de George à Brisbane, son enquête et ses souvenirs de sa vie d’autrefois, comment ils en sont arrivés là.

Andrew McGahan écrit avec beaucoup de talent la déchéance de l’homme, les jeux de pouvoir et les interrogations personnelles. La tension est présente tout au long du roman, le suspense s’installe au fil de la lecture. C’est un roman très noir, il n’y a pas un personnage meilleur que l’autre, tous succombent à un moment donné et dans la majorité des cas, l’alcool est leur poison.

Même s’il s’agit d’un roman, McGahan s’est inspiré d’un fait authentique, l’enquête Fitzgerald, il nous transporte dans une région très éloignée de notre réalité et pourtant, la corruption peut être partout la même.

Une lecture très forte qui nous laisse l’impression d’une sale gueule de bois.

Derniers verres aura été mon étape pour l’Océanie dans le défi Littérature policière sur les 5 continents.

Andrew McGahan, Derniers verres, Actes Sud, 2007 (Last Drinks, 2000) traduit de l’anglais (Australie) par Pierre Furlan.

Virée à Hootie Hoot

Posted 13/11/2009 by Morgane
Categories: Polar

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Hap Collins déprime et se pose des questions existentielles? A-t-il raté sa vie? Doit-il aménager avec sa copine, Brett ? Et de là, quand partira-t-il de chez son ami Leonard? Pendant ce temps-là, caleçons et chaussettes sales s’accumulent sous le canapé et l’ami en question est proche de péter un plomb, ce qui n’est jamais bon signe chez lui.
Heureusement, une diversion arrive. Brett reçoit des nouvelles de sa fille et elles ne sont pas bonnes. Tillie est prostituée et il semblerait que pour une fois elle essaye de s’en sortir, sans grand succès. Lorsque Brett demande à Hap de l’aider, il embarque Leonard qui ne demande pas mieux, quelques armes pour l’amusement et les voilà partis tous les trois pour un road trip qui les amènera jusqu’au Mexique.
Tape-culComme toujours avec Lansdale, on va croiser des personnages plus bizarres les uns que les autres. En vrac, un nain en costume de cow-boy, une bande de motards complètement timbrés, les Banditos Supremes et Bob le tatou qui va adopter Leonard.
Ça va se finir en guerre généralisée et il va falloir sortir les armes. Tout ne peut pas toujours se résoudre pacifiquement, surtout avec ses deux-là. Hap a bien quelques problèmes de conscience mais Leonard est là pour lui remettre les idées en place.
Et le plaisir est au rendez-vous. C’est violent et drôle à la fois, tellement gros que ça en devient loufoque. Tout le monde est un loser en puissance, et la moralité a des limites bien particulières. En gros, le monde tel qu’on le connaît mais juste la partie Texas profond, armes à gogo et psychopathes pas très sympas. Le politiquement correct en prend un coup et la vulgarité est de sortie.
Ça ne vous donne pas envie de le lire? Non, parce que vous devriez vraiment. C’est une lecture jubilatoire. Et ça finit bien sûr en apothéose. Et toute cette violence pour arriver à quel résultat? Finalement, est-ce que ça compte tant que ça défoule Hap et Leonard. Et puis le monde en est sûrement un peu meilleur. Quoique, peut-être pas… Mais Bob le tatou a au moins trouvé une maison.

« Qui a dit que j’étais en colère? répliqua Leonard. J’aime juste regarder un nain prendre une branlée. »

Joe R. Lansdale, Tape-cul, Gallimard, 2004 (Rumble Tumble, 1998) traduit de l’anglais par Bernard Blanc.

Meurtres à Bradfield

Posted 10/11/2009 by Morgane
Categories: Polar

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Carol Jordan la flic et Tony Hill le profileur sont de retour et c’est tant mieux.
Tony se retrouve hospitalisé après une attaque particulièrement violente d’un patient de l’hôpital psychiatrique où il travaille. Une jambe en morceaux l’immobilise et le tient à la merci de sa mère par particulièrement aimante. Pourtant, cela ne l’empêchera pas d’aider Carol, parfois même contre son grès, lorsque celle-ci se retrouve confrontée à plusieurs meurtres et à un attentat. Mais quel est le lien entre les victimes d’empoisonnement et une bombe dans un stade? La forêt cache-t-elle l’arbre?
Sous les mains sanglantesOn retrouve tous les membres de l’équipe de Carol Jordan avec beaucoup de plaisir: Paula qui essaye de garder son équilibre après l’épreuve de sa dernière mission, Sam qui continue de la jouer solo ou encore Stacey qui observe. Mais surtout, on en apprend encore un peu plus sur Tony et son passé, assez pour mieux saisir ce qui l’a conduit à être psychiatre et ce qui le rapproche de ses patient. Et on avance dans la relation confuse qu’il entretient avec Carol, le tout sans jamais tomber dans un romantisme facile ou une analyse trop simple qui gâcherait l’atmosphère définitivement polar.
Dans cette cinquième enquête, Val McDermid touche aussi au terrorisme mais elle le fait de façon originale en contournant la question car toute attaque publique n’est pas forcément du terrorisme musulman et les médias ont parfois tendance à l’oublier. Ses personnages essayent d’attendre d’avoir tous les éléments en main pour juger même s’ils se fient parfois à leur instinct. Elle montre une société anglaise soudée qui peut se retourner contre certains des siens en quelques instants et c’est une vision qui me semble très réaliste. La peur engendre parfois des réactions de violence sans réflexion.
Le suspense est comme toujours bien présent et on se lance dans l’enquête aux côtés de l’équipe de Carol avec toujours autant de plaisir. Polar et auteurs écossais? Les deux vont encore une fois bien ensemble.

Val McDermid, Sous les mains sanglantes, Éditions le Masque, 2009 (Beneath the Bleeding, 2007) traduit de l’anglais par Philippe Bonnet et Arthur Greenspan.

Touche pas à mon Tintin (enfin, à celui de Nick Rodwell)

Posted 05/11/2009 by Morgane
Categories: News, Réflechissons un peu

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Attention méfiez-vous de ce que vous dites ou ce que vous écrivez. Avez-vous vraiment le droit de dire cela? Parce que d’après certains événements récents on pourrait en douter.  Ça en serait comique si ce n’était pas si sérieux. Et comme ça me met passablement en rogne, je fais circuler ce qu’on trouve déjà partout sur la blogosphère et dans les médias.

« Dégustation », oups, ai-je le droit de prononcer ce mot. Ah oui, c’est « dégustation littéraire » qu’il ne faut pas utiliser parce que, croyez-le ou non, l’expression a été déposée. Christophe Dupuis de la librairie Entre-deux-noirs l’a appris à ses dépens et il le raconte sur Livres échange. Et-ce que dépôt ridicule et abus de droit, on peut utiliser?

Mais là on était encore dans le risible. Ce qui arrive à Bob Garcia ne l’est plus du tout. Il est auteur et il a entres autres publié des ouvrages sur Tintin. Il a été poursuivi par Moulinsart pour avoir inséré des courtes vignettes de Tintin pour illustrer ses essais et a été condamné. Comme auteur, ça ne rend pas riche sauf quand on est Marc Levy, il ne peut pas payer et ils le menacent aujourd’hui de saisir sa maison. Il nous explique cela lui-même sur le blog de Pierre Assouline. Non mais sérieusement, jusqu’où va-t-on aller?
Faire une adaptation particulièrement mauvaise de Tintin en québécois (ça vient de sortir), oui. Mais utiliser une ou deux vignettes dans un livre qui ne rapportera un centime à personne, non! et écrasons l’auteur par dessus le marché. J’avais entendu parler des méthodes de Moulinsart et de son administrateur Nick Rodwell mais là on dépasse les limites. Arrêtez, ça ne fait plus rire!

Bob Garcia a créé un blog pour expliquer ses déboires, c’est Le spectre du tocard. Et ça fait plaisir de voir que les soutiens se succèdent un peu partout sur le net. Moi aussi, je vous soutiens Monsieur Garcia, alors je vais sur facebook: Comité de soutien à l’écrivain Bob Garcia contre Moulinsart. Parce qu’il faut être nombreux contre la connerie et la cupidité.

Washington, mai 72

Posted 03/11/2009 by Morgane
Categories: Polar

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Après quelques lectures ordinaires ou encore déroutantes comme la dernière, il me tardait de lire un polar pour lequel je n’hésiterais pas. J’avais lu d’excellentes critiques sur Moisson noire et l’Actu du noir et j’ai eu envie de me lancer dans Un jour en mai. On ressent tout de suite l’écriture, le style mais surtout l’ambiance que George Pelecanos arrive à installer. Pour un lecteur, c’est un trop rare plaisir.
Printemps 1972. Alex Pappas et deux de ses amis, trois jeunes blancs en mal d’émotions fortes, décident d’aller provoquer des noirs dans leur quartier. Trois jeunes noirs répliquent. Résultat de l’affrontement, un mort, un défiguré, Alex, un des noirs, James Monroe, en prison, et tous marqués à vie.
Un jour en maiTrente cinq ans plus tard, ils essayent de réussir leur vie, plus ou moins bien selon les cas. L’incident est ancré en eux. Leurs chemins vont se croiser à nouveau et ils n’auront pas le choix d’affronter leur passé pour pouvoir continuer à vivre.
Encore une fois, Pelecanos nous amène à Washington, il arrive parfaitement à dépeindre les années 70, la jeunesse qui se forme avec alcool et joints, la ségrégation en train d’évoluer et pourtant encore forte. La force de ce roman est dans la description des personnages. Ils sont à la fois originaux et pourtant tellement ordinaires, dans leur volonté de simplement s’en sortir, en travaillant fort ou en tombant dans la délinquance, en essayant d’oublier le passé ou en l’affrontant. Le portrait du père d’Alex Pappas, immigré grec qui fonde son entreprise pour pouvoir transmettre quelque chose à ces fils et comment Alex va reprendre ce rôle sont des passages forts. Ce sont des hommes normaux qui pour différentes raisons se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment et qui en paient le prix. Ils luttent toute leur vie pour racheter leurs erreurs dans la société mais également avec eux-mêmes. Pelecanos décrit ces batailles intérieures avec beaucoup de talent.
Évidemment, l’intrigue nous entraîne: quelle sera le point de rencontre entre ces hommes et comment vont-ils s’en sortir? Mais c’est l’atmosphère qui nous tient et les hasards que peut provoquer la vie ne nous étonnent plus.
Quelques points me font placer ce polar dans les bons et non les très bons. Le patriotisme d’Alex (qui a perdu son fils en Irak) et de Raymond Monroe (dont le fils est en Afghanistan) face aux jeunes soldats blessés m’a gêné. La description en est certainement très juste et très américaine mais j’aurai bien fait sans.
La fin, sans que je vous la donne, est peut-être un peu trop improbable, ou comment un drame peut donner quelque chose de très bien. En même temps, j’ai apprécié dans ma lecture de pouvoir finir sur une touche positive, donc un  moindre mal peut-être.
L’âme humaine décrite par Pelecanos nous touche profondément car elle est complexe et proche de nous et c’est une des grandes qualités de ce roman.

George Pelecanos, Un jour en mai, Seuil, 2009 (The Turnaround, 2008) traduit de l’anglais par Étienne Menanteau.

Des visages … flous

Posted 27/10/2009 by Morgane
Categories: Polar

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Depuis quelques jours sur ce blog, la tempête fait rage dans les commentaires sur Le Tailleur de pierre (j’exagère un peu mais ça fait plus animé). Cela m’a amené à réfléchir sur l’analyse d’un livre, quels sont nos critères pour décider si c’est bon ou mauvais, les miens sont-ils corrects ou dois-je en changer? Vaut-il mieux être très difficile et ne pas toucher tout le monde ou plus positif et lire aussi du moins bon? Jusqu’où peut-on aller dans notre amour des polars pas parfaits (parce que je persiste, on a le droit de temps en temps à une série Z version polar)? Beaucoup de questions et pas de réponses définitives.
Le roman que je viens de terminer n’a pas vraiment aidé à répondre à mes interrogations, au contraire. J’ai fermé la dernière page et je suis restée dubitative, incapable de dire si j’avais aimé ou pas, si c’était bon ou pas, sans aucune certitude. Cela ne me ressemble pas vraiment, je suis en général assez tranchée dans mes avis même si parfois généreuse selon certains. Mais là, le trou noir de l’inconnu. Cette indécision n’est d’ailleurs pas très positive pour le texte, cela signifie clairement que ce n’est pas le polar du siècle ni même de l’année; cela signifie aussi qu’il ne rejoint pas les navets. Donc entre les deux. On se rapproche d’un avis.Les Visages
Les Visages de Jesse Kellerman a été élu meilleur thriller de l’année par le New York Times. À la fin de ma lecture, je n’ai toujours pas vu que c’était un thriller. Ça part mal.
Ethan Muller, propriétaire d’une galerie d’art à New York, découvre dans un appartement déserté des milliers de dessins absolument captivants. Il monte une exposition sans vraiment chercher à savoir où est passé Victor Crack, leur auteur, qui vivait reclus depuis des années. Un policier à la retraite le contacte alors pour lui dire que les enfants qui apparaissent sur un des dessins ont tous été victimes d’un tueur en série dans les années 70.
On va suivre à la fois Ethan dans ses tentatives de retrouver Crack et l’histoire de l’arrivée de la famille Muller aux États-Unis. Évidemment, les deux récits vont se rencontrer et Kellerman nous donne toutes les clés pour que l’on comprenne ce qui arrive.
Ce n’est pas parfait, loin de là. Le narrateur qui me parle à moi lecteur et me dit que c’est un polar, j’ai du mal à supporter. Les relations amoureuses d’Ethan Muller et le monde de l’art m’ont laissé assez froide (même si je dois admettre que j’étais contente de moi quand je reconnaissais un nom). Il y a des longueurs, des facilités de l’auteur à plusieurs endroits, des descriptions inutiles et la résolution des meurtres est tirée par les cheveux.
Et pourtant, il y a une originalité dans l’intrigue, un bon tissage entre passé et présent qui nous embarque. La personnalité de Victor Crack intrigue. Qui est-il? Génie ou attardé?
Finalement, est-ce que c’est un bon polar ou un mauvais? Cette fois-ci je ne débattrai avec personne sur la question, le conflit est intérieur. Mais si quelqu’un a la réponse, n’hésitez pas.
Je vous l’ai dit… dubitative.

Je viens de me plonger dans le dernier Pelecanos, ça devrait être plus facile d’avoir un avis tranché.

Jesse Kellerman, Les Visages, Sonatine, 2009 (The Genius, 2008) traduit de l’anglais par Julie Sibony.

De retour à Fjällbacka

Posted 23/10/2009 by Morgane
Categories: Polar

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La déferlante suédoise continue et on y trouve des auteurs prolifiques. C’est le cas de Camilla Läckberg puisque vient de sortir un troisième titre de sa série mettant en scène Erica Falck. J’avais déjà fait une critique mi-figue mi-raisin du Prédicateur il y a quelques mois; celui-ci à mon avis augmente encore un peu le niveau. Comme de nombreux auteurs, on sent que Läckberg maîtrise de mieux en mieux son écriture et la construction de ses romans pour nous tenir en haleine.
Tailleur de pierreUn pêcheur trouve le corps d’une petite fille noyée et Patrick Hedström, le conjoint d’Erica, est envoyé sur place. Lorsque le médecin légiste découvre de l’eau douce dans ses poumons, le meurtre ne fait plus de doute. L’enquête prend un tour très personnel puisqu’il s’agit de Sara, la fille d’une amie d’Erica. Le meurtrier se trouve-t-il au sein de la famille même ou venait-il de l’extérieur?
Il y a clairement une formule Läckberg. L’alternance entre le passé et le présent se trouvait déjà dans le précédent, on suit les deux temps sans savoir où ils vont se rencontrer. Le drame qui touche des proches apparaissait dans La princesse des glaces. Et bien sûr, la vie personnelle d’Erica et Patrick continue de rythmer le récit. On peut d’ailleurs se demander pourquoi celle-ci est souvent présentée comme l’héroïne des romans puisqu’enceinte dans le précédent, elle élève maintenant leur fille en luttant contre une dépression post-natale sans jamais participer à l’enquête.
D’ailleurs mes critiques sont relativement les mêmes que pour le précédent: trop de place donnée à la vie personnelle, quelques éléments inutiles et surtout le sort d’Anna, la sœur d’Erica, en arrière-plan, qui ne sert qu’à nous tenir en haleine jusqu’au tome suivant (sans grand succès dans mon cas). L’auteur s’approche de sujets graves comme les conflits de voisinage tournant au drame, la maladie mentale et la pédophilie mais sans oser les traiter jusqu’au bout. Et il y a une intrigue parallèle qui aurait pu être enlevée.
Et pourtant, malgré toutes ses critiques, je ne peux pas m’empêcher d’avoir envie de lire les livres quand ils sortent et d’en sortir plutôt contente. Le ton se fait plus sûr, il y a encore des maladresses mais moins présentes, on se resserre autour de l’intrigue. Les collègues de Patrick apportent une part humaine au récit et un réalisme policier. La force de Camilla Läckberg réside dans la description des sentiments de ses personnages. Qu’il s’agisse de la difficulté de l’amour maternel, du déni face à sa famille, du besoin de se sentir indispensable, tout est décrit avec habileté et c’est sûrement cela qui lui attire autant de lecteurs.
Je ne suis de mon côté pas encore assez comblée pour la classer dans les bons auteurs mais on y trouve tout de même quelque chose qui permet de retenir son nom en attendant le suivant en se disant que peut-être…

Camilla Läckberg, Le Tailleur de pierre, Actes Sud, 2009 (Stenhuggaren, 2005) traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.

Mort dans les îles

Posted 21/10/2009 by Morgane
Categories: Polar

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Ça y est, j’arrête de dire que le roman policier québécois de qualité est rare, tous ceux que j’ai lu dernièrement sont plus qu’honorables. Le genre grimpe en flèche, les éditeurs sont de plus en plus nombreux à créer leur collection polar et c’est tant mieux.
Mort du chemin des ArsèneJean Lemieux écrit également pour la jeunesse et il avait déjà quelques polars à son actif que je n’ai pas encore lu. Je devrais peut-être.
À une semaine de sa mutation à Québec, le sergent-détective André Surprenant est appelé pour une mort suspecte. Portes et fenêtres fermées, fusil posé au côté du corps, cela ressemble à un suicide. Mais pourquoi Romain Leblanc, musicien reconnu par tous, amateur de femmes, ayant juste fait un héritage et selon tous passablement égoïste se serait-il suicidé?
Surprenant n’y croit pas et est prêt à tout, y compris à se confronter à ses supérieurs pour enquêter.
Nous sommes aux Îles de la Madeleine, dans le nord du Québec, avec des tempêtes imprévisibles et des vents violents. La vie y semble dure et cela forge ses habitants. Pour comprendre la victime, il faudra que le policier creuse dans les vieilles querelles du passé et établisse les liens qui unissent les madelinots.
Jean Lemieux arrive parfaitement à nous transmettre cette atmosphère propre aux lieux isolés. Le climat y est rude et les habitants sont soudés, il est difficile de se faire une place lorsqu’on vient de l’extérieur. Les rancunes sont tenaces et les secrets lourds. On sent parfaitement le rapport de la population avec les gens de l’extérieur, ceux qui ne peuvent pas comprendre leur vie. J’ai aimé la langue aussi, certains mots et appellations propres aux îles que l’auteur nous glisse en douceur sans nous faire crouler sous les régionalismes, juste de quoi nous mettre dans l’ambiance. On aime le personnage d’André Surprenant. Il est classique bien sûr, un policier vivant mal son divorce et que la fuite de son père lorsqu’il était enfant empêche d’avancer, mais on s’y attache. Et on se laisse porter par sa ténacité à vouloir comprendre et à ne pas se laisser influencer.
Un voyage aux Îles de la Madeleine et en même temps un voyage dans l’âme humaine pour voir jusqu’où la rancune peut mener un homme.

Jean Lemieux a un site où il tient son blog pour ceux qui voudraient le connaître un peu plus.

Jean Lemieux, Le mort du chemin des Arsène, La courte échelle, 2009.

Trophées 813

Posted 18/10/2009 by Morgane
Categories: News

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Ils ont déjà été annoncés sur de nombreux blogs mais je m’en fais le relais quand même car il faut diffuser les bonnes nouvelles. Cette année, les prix 813 ont été décernés à:

Pour le roman français: Tranchecaille de Patrick Pécherot.

Pour le roman étranger: Un pays à l’aube de Dennis Lehane.

Le prix Maurice Renault (pour l’essai) est allé à Une brève histoire du roman noir de Jean-Bernard Pouy. Vous pouvez d’ailleurs voir son discours de remerciements sur le blog de Tata rapporteuse.

Et le prix de la meilleure traductrice à Isabelle Maillet (pour Un pays à l’aube).

Élémentaire!

Posted 16/10/2009 by Morgane
Categories: Presque du polar

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J’ai dû me déconnecter quelque temps de mes lectures habituelles pour mes devoirs mensuels. En effet, une fois par mois, j’anime avec une collègue un cercle de lecture au sein de la librairie où je travaille. Cela me change de genres, ouvre mon horizon littéraire et me fait souvent découvrir des auteurs que je n’aurais pas forcément lu sinon. Cette fois-ci, nous parlions d’un livre que j’avais déjà lu l’année dernière et finalement on n’était vraiment pas si éloigné du roman policier, au contraire.
Arthur & GeorgeIl s’agissait de Arthur & George de Julian Barnes. Deux prénoms seuls formant un titre pour nous attirer. Arthur? Mais c’est élémentaire mon cher Watson, il s’agit d’Arthur Conan Doyle. Et George? George Edalji, un jeune écossais qui fut condamné au début du siècle pour le meurtre d’un cheval. Le lien entre les deux, c’est qu’Arthur Conan Doyle prit la défense de ce jeune avoué et mena un véritable combat judiciaire pour le réhabiliter. Julian Barnes, sous la forme d’un roman, nous raconte ce qui fut connu comme The George Edalji Case à l’instar de l’affaire Dreyfus en France.
Le récit est ponctué de lettres et de documents tous authentiques autour desquels Barnes construit son histoire. Et ça marche parfaitement, je peux vous l’assurer après en avoir débattu pendant une heure et demi avec une dizaine de personnes.
Ce sont deux enfances qui se répondent et qui n’ont rien à voir. Puis ces deux personnes que rien ne relie vont se rencontrer et travailler ensemble dans un but commun pour enfin continuer chacune leur vie. Comment Sir Arthur Conan Doyle, gentleman, médecin, créateur acclamé de Sherlock Holmes et proche des grands d’Angleterre, va défendre un jeune avoué écossais d’origine parsie timide et réservé.
Le cours habituel des choses s’inverse, il est courant de voir des policiers, des juges, des journalistes se mettre à écrire des romans pour transmettre leurs expériences mais beaucoup plus atypique que le père d’un détective se transforme par la suite en la créature qu’il a imaginée.
Le récit nous promène avec beaucoup de talent d’une vie à l’autre jusqu’à leur rencontre, nous fait part de leurs pensées de façon discrète tout en nuance. On découvre la vie d’un auteur reconnu, son rapport à sa famille, à ses femmes (il en aura deux), et sa vision du monde et de l’Angleterre. Barnes nous parsherlock-holmesle du lien ambigu que Doyle entretient avec son célèbre héros, celui-ci lui ayant donné gloire et reconnaissance et en même temps l’empêchant d’écrire autre chose puisque ces lecteurs le pressent de ne pas s’arrêter. C’est aussi la découverte du spiritisme dont il sera jusqu’à la fin un ardent défenseur.
Au niveau policier, il est particulièrement intéressant de voir comment les forces de l’ordre ont mené l’enquête, les préjugés qu’elles entretenaient sur George à cause de la couleur de sa peau, leurs méthodes plutôt arbitraires et comment se déroulait un procès. Ce jugement et son retournement furent en partie responsables de la création d’une cour d’appel, moment important dans l’histoire de la justice anglaise.
C’est un roman dense, touffu, où les sujets de réflexions sont nombreux, passionnant à discuter en groupe pour multiplier les hypothèses, un portrait de l’Angleterre du début du XXème siècle aussi. L’écriture est excellente, ingénieuse, présente mais en retrait pour nous laisser savourer le récit.
L’histoire d’un crime réel comme il en est publié tant mais écrite par un grand auteur avec beaucoup de talent.

Julian Barnes, Arthur & George, Mercure de France, 2007 (Arthur & George, 2005) traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin.