Des magouilles politiques et un dalmatien porté sur l’alcool

Il y a peu, j’ai eu une discussion sur le polar français, les auteurs qui marquaient ou pas. Et je me rends compte dans ces cas-là que des auteurs français, j’en ai beaucoup à citer, et dernièrement en plus. Il y a eu bien sûr Marcus Malte et son impeccable Les Harmoniques. Et puis il y a Dominique Sylvain avec son dernier roman, Guerre Sale, titre que j’aime beaucoup en passant et qui sonne comme un pléonasme.

On y retrouve, pour le plus grand plaisir de ceux qui aiment les héros récurrents, le duo d’enquêtrices hors normes: Lola Jost, l’ex-commissaire, et Ingrid Diesel, la masseuse-effeuilleuse américaine.

Cette fois-ci l’enquête commence sans elles. Un avocat spécialisé dans les affaires franco-africaines est retrouvé assassiné. Le supplice du père Lebrun, un pneu autour du cou qu’on enflamme, est une manière particulièrement horrible de mourir et plus courante en Afrique et en Haïti qu’en région parisienne. Le seul cas connu du commandant Sacha Duguin est celui de Toussaint Kadjo cinq ans plus tôt, un flic. Il était sous les ordres de Lola et c’est parce qu’on l’empêchait de continuer d’enquêter sur sa mort qu’elle a finalement pris sa retraite anticipée. Inutile de préciser qu’elle va bien sûr se dépêcher de repartir de son côté et se rendre compte qu’il existe des pouvoirs auxquels il est dangereux de se frotter.

Dominique Sylvain a réussi un polar où elle mêle parfaitement humour et noirceur, complexité et suspense. J’aime l’originalité du duo que forment Lola et Ingrid, à la fois trop gros pour être vrai et parfaitement crédible. Lola Jost représente le flic comme on les aime, tête de mule et fonceuse et pourtant capable de s’incliner et de collaborer quand cela est nécessaire. Cette enquête montre en elle un côté très humain car elle la touche personnellement, elle se doit de découvrir ce qui est arrivé à son lieutenant. Ingrid est du coup obligée de jouer les sages et de calmer les ardeurs de Lola lorsque celle-ci va trop loin.

Mais c’est aussi une enquête politique et Dominique Sylvain dresse un tableau sans concession de la corruption et des magouilles qui existent entre la France et l’Afrique. Elle fait cela à traits légers mais efficaces, sans appuyer trop fort, et cela donne un récit passionnant à lire.

Je regrette peut-être juste quelques récits parallèles un peu moins utiles au texte mais il s’agit vraiment d’un détail sans importance et de mon besoin de toujours trouver une critique à un polar sinon presque parfait.

Car Dominique Sylvain arrive à faire ce que j’aime dans le polar français quand c’est réussi. Présenter une enquête qui se tient dans un univers ordinaire et réaliste avec à premier abord de l’humour et une certaine légèreté que l’on retrouve souvent à travers la vie quotidienne et pourtant en créant une profondeur beaucoup plus cynique et sombre. Elle équilibre très bien son roman entre des moments durs, d’autres presque lyriques et des échanges très humoristiques en particulier sur la langue française entre Ingrid et Lola ou avec le dalmatien Sigmund, futur chien alcoolique. Son écriture s’adapte à chaque fois au propos et cela donne des passages magnifiques comme celui du début, description d’un enterrement en Afrique ou celui de la fin d’ailleurs. En passant d’un ton à l’autre, elle permet au lecteur de respirer et de repartir de plus belle dans son récit; on alterne entre violence et sourire sans accroc, tout en douceur. On ressort de là enchanté de la lecture et en s’y attardant accablé par le manque d’humanité du monde. Parfaitement réaliste, quoi.

Et la fin, la fin!!! Totalement surprenante, à la fois frustrante et parfaitement réussie.

Dominique Sylvain, Guerre Sale, Éditions Viviane Hamy, 2011.

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2 commentaires sur “Des magouilles politiques et un dalmatien porté sur l’alcool”

  1. Richard Says:

    Bonjour Morgane,
    Presqu’une lecture simultanée …
    J’ai beaucoup aimé moi aussi. Dominique mérite vraiment d’être reconnue, ici, au Québec.
    Bonne fin de semaine!

    • Morgane Says:

      Mais je vais au moins essayer d’y remédier en librairie. Voyons si je peux faire grimper les ventes 🙂


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