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Et à la radio?

24/03/2015

Et bien à la radio, on parle encore de Sam Millar, parce que quand on aime, on ne compte pas ! Donc, pour la carte blanche à Mission encre noire, je suis revenue sur ce Cannibale de Crumlin Road, que j’ai vraiment beaucoup apprécié. Et j’avais des choses à dire que je n’avais pas eu le temps d’écrire dans ma chronique précédente.

Éric, lui, a préféré le soleil de Cuba et le style de Leonardo Padura pour son impressionnant Hérétiques chez Métailié. Un roman qui l’a profondément marqué et qu’il nous conseille.

Alors, pour en savoir plus, à vos balados !

mission encre noire mini

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Saint-Pacôme, mais avant la Suède et l’Irlande

03/10/2014

Et voilà, j’ai été attaquée par le rhume terrible qui sévit partout sur Montréal et qui refuse de me lâcher la grappe depuis presque trois semaines.

Et puis il y a eu les conférences à la librairie où je travaille. Pas d’auteurs de polar, malheureusement, mais largement de quoi occuper quelques soirées.

Mais ce week-end, c’est polar et rien d’autre puisque c’est enfin Saint-Pacôme. Je pars donc dès demain matin vers le Bas-du-Fleuve admirer les couleurs de saison (pour les Français qui ne seraient jamais venus, le Québec à l’automne est absolument magnifique !) et parler roman policier avec des auteurs et des amateurs.

Pour ceux qui seraient dans le coin, ça commence à 13 h avec une lecture par un conteur et à 14 h, place à la table ronde traditionnelle. Le sujet du jour : Le polar, une question de style ? En plus, j’ai le grand plaisir d’y participer.

Et le soir, gala et dévoilement des prix. Bien sûr, je vous raconterai en direct de là-bas !

Mais en attendant, deux idées de lecture en vitesse rapide.

détroit du loupPour faire suite à une chronique passée où j’annonçais du polar suédois des grands espaces, voici Le détroit du Loup d’Olivier Truc. J’avais assez aimé Le dernier lapon qui présentait Klemet et Nina, enquêteurs de la police des rennes. Ils sont de retour dans ce nouveau roman où l’on se rapproche de la côte, à l’extrême nord de la Laponie. Il n’y a plus l’effet de surprise du premier, découverte d’un monde différent aux règles non écrites et aux conditions difficiles, mais le plaisir demeure. Cette fois-ci, Olivier Truc nous parle de transhumance et d’industrie pétrolière. La rencontre des traditions ancestrales et de l’appât du gain ne se fait jamais facilement. C’est la présentation d’une autre facette du peuple lapon, mais toujours en nous montrant que les lois qui régissent leurs vies se transmettent de génération en génération.

Et en parallèle, on apprend à mieux connaître nos deux héros, en particulier Nina qui devra vivre avec son passé et un père qu’elle redécouvre.

Olivier Truc est non seulement un excellent conteur, mais il arrive également à nous faire réfléchir sur les enjeux là-bas. Et en plus, cela nous prépare à l’hiver qui s’en vient.

Chiens de BelfastDans un tout autre style, direction l’Irlande du Nord avec Les chiens de Belfast de Sam Millar. Karl Kane est détective privé à Belfast et cela n’a rien de glamour. Il va se retrouver entraîné dans une enquête bizarre dont la police n’a rien à faire. L’histoire est tordue à souhait, entre des mains découvertes dans un sanglier et des hommes assassinés alors qu’ils pensaient passer du bon temps en galante compagnie. Au-delà du récit, c’est le ton de Sam Millar que j’apprécie énormément : sordide et violent si nécessaire, mais en conservant toujours cette distance et l’humour noir propre aux écrivains irlandais. La vie est moche, mais ce n’est pas une raison pour ne pas garder le sourire ou du moins sa capacité à répliquer avec talent aux attaques diverses qui attendent Kane.

On finit à la fois dégoûté par le genre humain et enchanté de notre lecture. De l’irlandais, quoi !

Bon allez, direction Saint-Pacôme !

Olivier Truc, Le détroit du Loup, Métailié, 2014.

Sam Millar, Les chiens de Belfast, Seuil, 2014 (Bloodstorm, 2008) traduit de l’anglais par Patrick Raynal.

Trois auteurs à succès, trois légères déceptions

08/06/2014

Retour à la critique, parce que sans rire, c’est quand même pour ça que j’ai créé Carnets Noirs, il ne faudrait pas que je l’oublie. En même temps, j’aurai du mal à ne pas y penser quand je vois la pile des livres que j’ai envie de chroniquer qui menace de s’effondrer sur mon bureau. Alors comme d’habitude quand j’ai du retard, je vais faire un lot.

Le thème du jour est le gros, comprendre, le gros auteur, celui que tout le monde lit.

Au menu, trois romans et trois destinations : Dragon bleu, tigre blanc de Qiu Xiaolong, Le Duel d’Arnaldur Indridason et Deux veuves pour un testament de Donna Leon.

La Chine

dragon bleu, tigre blancOn commence par la Chine. On retrouve dans cette neuvième enquête un Chen en difficulté : alors qu’il est en train de travailler sur plusieurs affaires, on le démet tout simplement de ses fonctions. Pourquoi ? Allez savoir. Peut-être s’est-il trop approché d’un des pontes au pouvoir ou d’un monsieur gros-sous. Toujours est-il qu’on lui demande de s’éloigner en lui offrant une fausse promotion.

J’ai retrouvé ici tout ce que j’apprécie de Qiu Xiaolong : le portrait d’une Chine en mutation, partagée entre des traditions ancestrales, un passé communiste et un futur capitaliste, le tout dirigé par un état corrompu. Le but est atteint sans lourdeur, l’auteur veut transmettre son idée sans être trop didactique.

J’y ai vu aussi ce que j’aime moins : un style un peu lent, des descriptions de vie courante parfois inutiles au récit et une propension à l’image un peu trop récurrente. Je sais que cela va avec la culture et le choix du personnage, mais il m’arrive d’être impatiente.

Dans l’ensemble, une lecture positive, même si mon caractère me porte vers des auteurs plus dans l’action et la rapidité. Il n’est toutefois pas désagréable de prendre son temps en écoutant un poème chinois et en mangeant une soupe réputée pour son bon goût, surtout quand cela permet tout de même de critiquer un pouvoir en place aux actes plus que douteux.

L’Islande

DuelDeuxième incursion dans les poids lourds du polar avec Le duel d’Arnaldur Indridason. L’auteur islandais abandonne une fois de plus son héros Erlendur, mais qui plus est, il repart dans le temps puisque nous nous retrouvons à Reykjavik durant l’été 1972. Le monde découvre ce petit pays où aura lieu la confrontation du siècle aux échecs : l’Américain Fischer contre le Russe Spassky. La guerre froide se joue aussi sur un échiquier. Pendant que tous les regards sont tournés vers cet affrontement exceptionnel, un jeune homme est assassiné dans une salle de cinéma. Rien ne le menaçait, il était gentil, un peu spécial et son seul plaisir était d’enregistrer le son des films avec un magnétophone pour pouvoir les réécouter chez lui. Alors pourquoi a-t-il été tué ? À Marion Briem de le découvrir, même si tout le monde se moque bien de savoir ce qui est arrivé au garçon. À travers ce personnage de commissaire, Indridason raconte l’épidémie de tuberculose qui a marqué l’Islande. Il nous montre la peur de la maladie, la violence des traitements, la solitude des sanatoriums ressentis par Marion pendant son enfance.

Ce sont les passages que j’ai apprécié parce qu’ils reviennent sur un passé pas si loin, mais difficile. L’enquête m’a accroché au début, pour finalement me laisser plus froide alors qu’elle se rapprochait de l’espionnage, dont je ne suis pas une adepte. C’est peut-être aussi le personnage de Marion qui a fini par me lasser par son obstination à trouver le coupable et à se cantonner à une idée préconçue sans la remettre en question. Malgré ces quelques réserves, je n’ai pas détesté ce duel, même si c’est loin d’être selon moi le meilleur roman de l’auteur islandais.

L’Italie

deux veuves pour un testamentEt finalement, direction l’Italie, ce qui est de bon augure, car si je me décide enfin à prendre mes billets d’avion, ce sera ma destination estivale. Le titre du jour est une valeur sûre puisqu’il s’agit de la vingtième enquête de l’inspecteur Brunetti. Lorsqu’on l’appelle pour le décès d’une vieille dame, l’affaire paraît simple, son cœur a lâché et elle s’est assommée en tombant. Histoire triste, mais très classique. Mais Brunetti aime fouiller et quand on fouille à Venise, on trouve toujours quelque chose d’un peu louche. Là encore, petite déception en lisant ce nouveau Donna Leon. Toutes les qualités auxquelles on est habitué sont là : l’attitude de Brunetti qui peut passer pour de l’indolence, mais qui n’en est pas, sa vie de famille avec Paola, ses relations avec son supérieur Patta, le Venise de l’auteur tel qu’on l’apprécie. Mais l’histoire ne m’a cette fois-ci pas assez attirée, je suis en tout cas restée sur ma faim, comme s’il n’y en avait justement pas, de fin.

Conclusion globale, trois romans d’écrivains que j’aime toujours lire, mais qui ne m’ont pas tout à fait convaincue. Peut-être que c’est la lassitude, peut-être que j’ai besoin de vacances ou que je veux simplement faire du mauvais esprit en trouvant des faiblesses à trois auteurs reconnus, je vous laisse décider. En attendant, je retourne à mes Québécois pour un petit marathon de lecture en préparation du coup de cœur Saint-Pacôme.

Qiu Xiaolong, Dragon bleu, tigre blanc, Éditions Liana Lévi, 2014 (Shanghai redemption, 2013) traduit de l’anglais par Adélaïde Pralon.

Arnaldur Indridason, Le duel, Éditions Métailié, coll. « Noir » , 2014 (Einvigid, 2011), traduit de l’islandais par Éric Boury.

Donna Leon, Deux veuves pour un testament, Calmann-Lévy, 2014 (Drawing conclusions, 2011) traduit de l’anglais par William Olivier Desmond.

Une bonne année!

03/01/2014

It’s been a while! Eh oui, je ne suis pas vraiment présente ces dernières semaines. Mais vous savez ce que c’est: beaucoup de travail en librairie à Noël, les différents réveillons, le froid qui paralyse, le canapé traître qui nous tient dans ses coussins. D’accord, paroles, paroles.

J’admets, la notion clé ici est procrastination! Je l’aime bien ce mot-là, je ne le connaissais pas avant d’arriver au Québec. J’ai finalement adopté le vocabulaire et l’attitude. D’ailleurs, il faudrait que j’aille faire ma vaisselle, moi! Et peut-être que je devrais reclasser ma bibliothèque par ordre alphabétique inversé. Ne bougez pas, je reviens…

Ça suffit maintenant. 2014 sera Carnets Noirs ou ne sera pas, non mais! Parce que je dois bien l’admettre, même si je fais tout pour ne pas le faire, chroniquer des livres me manque. Le cerveau humain est un mystère sans fin, en particulier le mien.

J’écris donc partout sur les murs de mon appartement les conseils d’un ami sage: en 2014, retour au clavier, lecture et correspondance avec les amis. Je commence ici! Bonne année à tous, avec lectures noires, ou pas, rencontres littéraires enrichissantes et surtout beaucoup de plaisir!

Mais avant de se lancer à corps perdu dans l’année qui débute, il faut d’abord clore définitivement la précédente. Voilà enfin mon top 5 pour 2013 dans le désordre:

Dark Horse, Craig Johnson, Gallmeister. Longmire, je ne m’en lasse pas!

Fantôme, Jo Nesbo, Gallimard. Un top 5, un Nesbo, comme chaque année.

Coyote Crossing, Victor Gischler, Denoël. Pour la découverte et l’humour noir.

The Main, Trevanian, Gallmeister. Une évidence.

Pomme S, Éric Plamondon, Le Quartanier. Comme Nesbo, un Plamondon par liste annuelle! La fin de la trilogie 1984. Qu’y aura-t-il en 2014?

Et le numéro complémentaire: Le dernier Lapon, Olivier Truc, Métailié. Le titre 2012 oublié et rattrapé en 2013.

Bon, ce n’est pas tout ça, mais il faudrait commencer à lire pour préparer le prochain palmarès. Ça ne devrait pas être difficile de s’y mettre, le -23° de l’extérieur m’incite à rester dedans. Quoique, c’est beau une ville blanche dans le froid!

Bonne année à tous et on se retrouve plus souvent, ici, à la radio ou ailleurs!

Des disparitions qui marquent

22/03/2013

Erlendur est de retour. Enfin pas tout à fait, puisqu’il est encore en vacances, mais au moins, il est avec nous. Parce qu’il faut dire que les enquêtes présentées par Indridason quand il n’était pas là, ce n’était pas tout à fait la même chose. La rivière noire ne m’avait pas déplu, mais il n’atteignait pas la qualité des précédents; quant au suivant, La muraille de lave, Sigurdir Oli, l’adjoint d’Erlendur, m’énervait beaucoup trop pour que j’apprécie la lecture.

Étranges rivagesCette fois-ci donc, retour du commissaire. Il s’est réfugié dans les fjords de l’est pour faire le point ou pour s’échapper, lui-même ne le sait pas vraiment. Il campe dans la maison de son enfance laissée à l’abandon et fait de longues marches dans les montagnes. Lors d’une de ses promenades, il croise un chasseur qui lui parle d’une vieille affaire qu’Erlendur avait déjà entendue de sa mère. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, une troupe anglaise a dû affronter le climat violent islandais; malgré l’aide des villageois, tous ne s’en sont pas sorti. Pendant cette tempête, une jeune femme aurait emprunté le même passage que les soldats en sens inverse, son corps n’a jamais été retrouvé.

Erlendur ne peut s’empêcher de s’intéresser à cette vieille affaire. Il va partir à la rencontre de ceux qui ont connu Matthildur et qui sont encore vivants. Alors que tous ont déjà fait leur deuil et ne veulent plus rien savoir, il s’accroche et continue de creuser. C’est bien sûr sa manière de gérer la disparition qui a touché sa propre famille, celle de son petit frère, pendant une tempête identique. Son corps aussi n’a jamais été récupéré. Alors Erlendur s’entête et malgré les résistances des survivants, en découvre toujours plus sur Matthildur.

On retrouve comme toujours les paysages et cette vision de la société islandaise. Cette fois-ci, il s’agit surtout de personnes âgées, ce qui nous permet d’apprendre comment on vivait il y a soixante ans sur l’île et comment on y vieillit. On se rend compte que les changements ont été radicaux, plus encore que chez nous.

L’enquête pose en plus cette question intéressante: jusqu’où faut-il aller pour avoir la vérité? Erlendur semble vouloir nous dire jusqu’au bout ou presque, mais est-elle toujours bonne à trouver? Et le fait-il par esprit de justice ou simplement pour savoir? Il se le demande lui-même.

Cela lui permet en tout cas de mieux nous décrire la disparition de son frère dans des moments assez forts. J’ai par contre moins aimé les passages plus fantomatiques, mais il s’agit d’un léger bémol. Indridason est particulièrement bon quand il nous parle de drames familiaux, intimes. On ressent chaque émotion des personnages, aussi contradictoires soient-elles. Il arrive à me faire apprécier ce commissaire déprimé et cette écriture assez lente qui le caractérise.

DSCN0485Petit plus personnel, ayant eu la chance d’aller visiter ce pays si particulier, j’ai eu le plaisir de retrouver les noms de villes traversées et de me rendre compte que j’avais expérimenté dans cette région, non pas une tempête heureusement, mais cette tombée si rapide du brouillard sur une route étroite menant à un fjord. J’en garde un souvenir assez effrayé (je suis peut-être un peu peureuse) et je me suis dit après coup que je comprenais maintenant ce qu’écrivait Indridason.

Arnaldur Indridason, Étranges rivages, Métailié, 2013 (furðustrandir, 2010) traduit de l’islandais par Éric Boury.