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Les noirs d’Héliotrope

30/03/2016

J’avais déjà parlé l’an dernier de la collection Héliotrope Noir avec leur premier titre Excellence poulet de Patrice Lessard qui a failli faire parti de mon top 5 de l’année. J’avais aimé le format, presque poche et roman court, mais surtout, c’est leur projet qui m’avait intrigué : « Pour tracer, livre après livre, une carte inédite du territoire québécois dans laquelle le crime se fait arpenteur-géomètre. » Patrice Lessard nous promenait à Montréal, où allaient donc nous amener les autres ?

Une église pour les oiseauxIl y a d’abord eu Maureen Martineau, que l’on connaissait pour son héroïne Judith Allison (le dernier volume, L’activiste chez VLB est d’ailleurs plutôt bon). Avec Une église pour les oiseaux, elle s’éloigne du polar plus classique pour se tourner vers une atmosphère noire et mystérieuse. Au centre de ce court roman, des martinets ramoneurs qui attendent le meilleur moment pour descendre dans le Sud. Du haut de leur clocher à Ham-Sud en Estrie, ils surplombent les hommes : Roxanne Pépin qui essaye de diriger le village et d’aider son fils ; Hermann Fiesch qui rêve d’installer un zoo dans sa vieille église et Jessica qui voudrait bien d’une vie meilleure que celle d’escorte dans une petite ville. Leur destin à tous sera tragique et on suit le déroulement des faits sans pouvoir rien arrêter.

C’est d’ailleurs une des forces de Maureen Martineau ici, elle place chacun des personnages dans leur histoire propre et on se demande si elles se rencontreront en se doutant que oui, mais sans savoir comment. Et c’est l’atmosphère qui l’emporte, avec ces oiseaux dignes d’Hitchcock, qui amènent une touche de mystère à tout le texte.

L’autre force se trouve dans les personnages. En quelques mots, puisque le roman ne fait pas 200 pages, l’auteure arrive tout de même à leur donner une complexité et à les étoffer. On comprend leur choix, leur parcours et ce qui les mènera jusqu’au bout. Le polar québécois n’est pour l’instant pas très porté vers le roman noir, mais Maureen Martineau montre qu’il faudra compter avec elle.

Du sang sur ses lèvresMa deuxième découverte est plus récente puisque j’ai lu Du sang sur ses lèvres pendant mon séjour à Paris, il y a quelques jours, lors du Salon du livre. J’ai eu la chance d’y travailler en tant que libraire sur le stand du Québec, me faisant, je l’espère, ambassadrice de la littérature québécoise avec mon curieux accent, mélange de Sud-Ouest de la France et d’intonations attrapées à Montréal. Isabelle Gagnon était en signature pour l’occasion et j’avais envie de la découvrir. Comme Maureen Martineau, elle s’éloigne de la métropole.

Alix est une jeune Française. Par l’intermédiaire d’un détective privé, elle retrouve la trace de son jumeau au Québec. Il s’est réfugié dans un chalet à Pohénégamook, dans le Témiscouata. Elle prend un avion pour le rejoindre, car elle se doute qu’il a des projets funestes. La forêt nous entoure et pourtant, nous sommes presque dans un huis clos : Alix, Paul et ce désir de vengeance qui les ronge. Touche par touche, l’auteure installe le récit et ses personnages. Elle nous raconte peu à peu ce drame qui a marqué leur enfance et détruit leur vie d’adulte et on se dit que tout cela ne peut pas bien se terminer. Là encore, nous sommes dans un roman très court puisqu’il ne fait que 130 pages, que j’aurai presque préféré plus bref pour en faire un récit plus fort encore. Cela reste toutefois une belle excursion dans ce noir qu’Héliotrope met à l’honneur. On dit que la vérité rend libre, mais peut-être pas toujours.

Les prochaines parutions dans la collection promettent tout autant, que ce soit La piscine de Jonathan Gaudet ou bien encore le texte d’André Marois, Bienvenue à Meurtreville. À suivre donc.

Maureen Martineau, Une église pour les oiseaux, Héliotrope Noir, 2015.

Isabelle Gagnon, Du sang sur ses lèvres, Héliotrope Noir, 2015.

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D’Hollywood à Tingwick

19/01/2014

Carnets Noirs se reprend en main avec deux courtes critiques de polars qui n’ont absolument rien à voir, histoire de faire éclectique dès le début!

J’ai découvert Muriel Mourgue parce qu’elle a eu la gentillesse de m’envoyer son livre de mon côté de l’océan. J’avais d’ailleurs parlé de Montevideo Hôtel ici. Le sentiment étant positif, j’ai lu son nouveau lorsque je l’ai reçu et même si cela fait maintenant quelques semaines, j’avais envie d’en dire quelques mots.

Qui a suicidé Pamela Janis PetersenOn retrouve encore Thelma Vermont, la privée des années 50, dans Qui a suicidé Pamela Janis Patersen?. Par contre, bye bye New York et sa nuit brumeuse et pluvieuse, welcome Hollywood et son soleil toujours présent. Après les bars de jazz, Thelma rentre dans le monde en faux-semblant des stars de l’écran. À elle de découvrir si Pamela Patersen, une jeune actrice qui montait, s’est réellement suicidée ou si on l’a un peu aidée. Elle prend donc un vol direct pour Los Angeles et essaye de faire son travail au mieux malgré les mensonges et les cachotteries inhérentes au milieu dans lequel elle évolue.

J’ai retrouvé avec plaisir la Thelma de Muriel Mourgue. Comme dans Montevideo Hôtel, l’auteure se plaît à rendre hommage au genre du roman noir de l’époque avec ses starlettes, ses décapotables et la privée au code moral inébranlable. L’intrigue est peut-être parfois un peu grosse, mais certains personnages sont intéressants, car ils nous donnent en quelques détails la difficulté de vivre sous les feux de la rampe quand on ne convient pas à l’image publique, le tout sans tomber dans le pathos. Je me suis laissée porter par le charme de l’enquêtrice, moi qui ai, on le sait, une faiblesse pour les femmes en apparence fortes qui se débrouillent seules. Un voyage court, mais agréable, sous le soleil de Californie!

Et je reste dans les femmes que ce soient les auteurs ou les flics avec L’enfant promis de Maureen Martineau. J’avais lu la première enquête de la sergente-détective Judith Allison et j’en étais sortie avec un sentiment partagé. Le constat est un peu le même avec ce deuxième volet.

Enfant promisCette fois-ci, Judith Allison se retrouve sur deux affaires à la fois. Tout d’abord, on découvre les ossements d’une jeune femme dans une érablière. Malgré les recherches, personne ne vient réclamer le corps. Qui était-elle et qui l’a assassinée? Mais tout s’accélère pour la policière lorsqu’un enfant de cinq ans est porté disparu. Le temps devient primordial, il faut aller vite. L’équipe de Tingwick devra faire preuve de tout son professionnalisme pour mener jusqu’au bout ces deux enquêtes.

Maureen Martineau a créé là un personnage intéressant, car elle peut y parler de la situation des femmes dans la police au Québec. Comment s’imposer ici comme ailleurs dans un métier à forte tendance masculine, basé sur des rapports de pouvoirs ? Elle se permet même de légères prises de position féministes sans être lourde. Elle ose faire de Judith Allison quelqu’un qui n’est pas engagé et qui a peu d’avis sur le monde qui l’entoure, elle ne la transforme pas en superwoman. Cela a l’effet de m’énerver légèrement, mais au moins le pari est original. Du côté positif encore, j’ai embarquée dans l’enquête avec l’envie de savoir le fin mot de l’histoire, qui est d’ailleurs plutôt bien amené.

Pourquoi le malaise alors? Pour les scènes de sexe que je pense un peu gratuites. Pas qu’elles soient trop osées ou discutables, juste qu’elles sont trop nombreuses et peu utiles au récit. Mais certains me trouveront peut-être trop prude. Il y a aussi l’abondance d’intrigues qui se mêlent pour finir par prendre un sens. J’aurai fait avec quelques-unes en moins.

Enfin, un problème a malheureusement contribué à teinter mon avis, mais il n’a rien à voir avec l’écriture de Maureen Martineau. J’ai vu ici et là des coquilles et fautes un peu grosses qui auraient dû être relevées. Comme le corps de la jeune femme faisant par deux fois la taille « d’un mètre six » qui se transformera plus loin en un mètre soixante plus adéquat. Ce n’est pas catastrophique, c’est vrai, et ce n’est pas le seul éditeur à laisser des erreurs, tout aussi exact, cela en reste tout de même dommage.

Je m’en voudrais quand même de finir ma critique sur une note négative, parce que je pense que, malgré mon avis mitigé, Maureen Martineau est une auteure avec beaucoup de potentiel et qu’elle sera intéressante à suivre dans ses prochains romans.

Muriel Mourgue, Qui a suicidé Pamela Janis Patersen?, Éditions Ex-Aequo, 2013.

Maureen Martineau, L’enfant promis, La Courte Échelle, 2013.