Posted tagged ‘Marcus Malte’

Faisons le bilan

17/12/2011

Jingle bells, jingle bells, mon beau sapin, falalalala lalalala

La neige n’est peut-être pas tout à fait au rendez-vous, mais c’est déjà la période des fêtes. Cela veut effectivement dire qu’on entend les mêmes refrains dans tous les commerces (allez j’admets, j’ai une petite faiblesse pour les albums de Noël de Sufjan Stevens), mais pas que. Eh oui, Tops 10, 20 ou 100, faites votre choix, les palmarès de l’année sont partout.

Il n’y avait pas de raison que je n’ajoute pas le mien, surtout après qu’un de mes collègues m’ait obligé à me creuser la tête pour l’afficher en librairie, autant donc l’annoncer ici aussi pour ne pas avoir tant réfléchi pour rien.

L’exercice devait comprendre cinq titres, mais comme certains d’entre nous ont eu du mal à se décider, on s’est permis un sixième. Et puis six, ça sonne bien, c’est un multiple de deux et pourquoi pas, d’abord.

Ce top 6 est bien sûr accompagné des précautions d’usage: ceci est mon choix (copiez pas), il y a sûrement eu d’autres excellents polars dans l’année, seulement je ne les ai pas lus et c’était parfois difficile de trancher, et si vous n’êtes pas d’accord, on en discute, mais cela n’y changera rien! Non, mais!

Après tout ce suspense, voilà dans le désordre:

Les Harmoniques de Marcus Malte chez Gallimard

Le Léopard de Jo Nesbo chez Gallimard

L’Honorable société de Dominique Manotti et DOA chez Gallimard

Désolations de David Vann chez Gallmeister. Comme avec James Ellroy l’année dernière, le fait d’avoir rencontré l’auteur a largement ajouté au plaisir du livre.

Mélanges de sang de Roger Smith chez Calmann-Lévy

Voodoo Land de Nick Stone chez Gallimard

Joyeux Noël à tous et offrez des livres, ça fait toujours plaisir et ça aide les libraires à un peu moins détester les chants de Noël (un libraire Scrooge n’est pas vendeur!). We wish you a merry christmas, lalalala…

Publicités

La musique des mots

25/01/2011

J’avais été emballée par Garden of Love de Marcus Malte. On ne rencontre pas si souvent un auteur qui arrive à aussi bien manier la noirceur et la poésie, une histoire et une écriture. Je me demandais bien sûr s’il continuerait à réussir son effet avec son nouveau titre paru en Série Noire, Les Harmoniques. Je n’ai pas été déçue, pas une seule page, voire pas un seul mot qui sonne faux. C’est rare, ça, et c’est tellement bon.

Vera Nad a été assassinée, brulée vive à seulement 26 ans. Moche, ça. Le plus moche, c’est peut-être que tout le monde s’en fout. Un deal de plus qui a mal fini, des coupables arrêtés en deux jours, une étrangère que personne ne connaissait vraiment. Heureusement, il y a Mister. Lui ne s’en fout pas, il l’aimait bien Vera et peut-être plus. Alors il va mener sa petite enquête car les conclusions rapides de la police ne le convainquent pas. Bob, son meilleur ami, ancien prof de philosophie reconverti en chauffeur de taxi, va l’aider avec son vieux tacot. Le grand noir pianiste et le blanc polyglotte, drôle d’équipe! Mais efficace puisqu’ils vont découvrir des secrets pas jolis jolis sur des puissants au pouvoir et des mafieux d’ex-Yougoslavie. Le passé rattrape parfois le présent. Et quelqu’un doit parler pour les victimes, passées, présentes et à venir.

Marcus Malte a une voix qui lui est propre. Il arrive à créer une histoire sans fausse note en trouvant le rythme exact pour nous tenir sans se presser et sans nous lasser. C’est peut-être l’omniprésence du jazz dans le texte qui fait ça. Cela donne définitivement envie d’accompagner sa lecture d’un vieux Miles Davis ou de tous ces autres musiciens dont nous parle Bob et Mister, érudits du genre. La construction du roman nous promène entre le présent, l’enquête de Mister et Bob, et des retours en arrière qui nous plongent dans la vie de Vera Nad.

Mais ce qui est encore plus admirable, c’est l’accord qu’il fait encore une fois entre noir et poésie. Il nous parle de crimes de guerre, de la soif de pouvoir des hommes, des horreurs commises en ex-Yougoslavie, de manipulation politique et cela sans complaisance, en nous montrant la noirceur humaine. Et pourtant, il arrive à y mêler des envolées quasiment lyriques parfaitement à leur place. De la poésie noire, cela n’est pas facile à réaliser.

Les personnages aussi sont remarquables, à la fois originaux, tellement grands, et tout à fait humains. Qu’ils soit principaux comme Mister et Bob ou secondaires (d’ailleurs, y-a-t-il des personnages secondaires?) comme l’accordéoniste aveugle ou le peintre a qui il manque un bras, tous ont réellement une présence. Y compris et peut-être plus, Vera Nad, l’absente, qui est à la fois Vera et toutes les victimes possibles à travers le monde.

À la poésie et l’horreur, Marcus Malte ajoute l’humour. Parce qu’on se surprend à sourire et même à rire à certaines scènes. Imaginez un taxi jaune en planque au milieu d’un champ de patates, avec à son bord un chauffeur citant Voltaire et un grand black citadin. Pas très subtil comme cachette.

En fait, il s’agit d’un roman dont on a envie de citer pleins de passages pour vous montrer à quel point Marcus Malte est un virtuose des mots et du récit. Mais je préfère vous laisser découvrir après une petite phrase pour vous donner un avant-goût de la mélodie.

– Les harmoniques…

– Harmeûnique? C’est quoi harmeûniques?

– Les notes derrière les notes, dit Mister. Les notes secrètes. Les ondes fantômes qui se multiplient et se propagent à l’infini, ou presque. Comme des ronds dans l’eau. Comme un écho qui ne meurt jamais. »

Marcus Malte, Les Harmoniques, Gallimard, Série Noire, 2011.

Pour les québécois, ce n’est pas encore sorti mais cela s’en vient sous peu.