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Mes entrevues aux Printemps meurtriers, tome 6

25/07/2013

Et voilà ma dernière entrevue des Printemps meurtriers 2013! J’espère pouvoir vous en offrir de nouvelles l’an prochain. Poser des questions à des écrivains que j’ai pendant quelques instants juste pour moi est très agréable; et au-delà de transmettre leurs mots, je prends beaucoup de plaisir à les écouter moi-même.

En attendant 2014, voici l’occasion pour ceux qui ne le connaissent pas encore de découvrir Jean Lemieux. Cet auteur n’a pas peur de changer de style puisqu’il écrit autant pour les enfants que pour les adultes. En polar, il nous a offert plusieurs enquêtes mettant en scène son héros André Surprenant, toutes publiées à La Courte Échelle. Dans les premiers romans, il nous embarquait dans les Îles-de-la-Madeleine, en créant une atmosphère dans laquelle on sentait les odeurs d’embruns; j’avais beaucoup aimé On finit toujours par payer et Le mort du chemin des Arsène. Son dernier, L’homme du jeudi, voyait le policier déménager à Québec. Vous pourrez en savoir un peu plus sur son site internet.

J’ai profité de sa présence à Knowlton pour l’interroger sur son lien avec les îles et ses projets d’écriture. Comme les autres, il m’a donné beaucoup plus que je n’aurais osé demander. Ils sont donc généreux ces auteurs de polar!

Comme je le mentionne à chaque fois, j’ai fait ces entrevues en collaboration avec mes collègues d’Airelibre.tv, une web télé culturelle. N’hésitez pas à aller voir sur leur site, vous y trouverez les entretiens que j’avais faits l’an dernier aux Printemps ainsi que de nombreuses autres émissions!

Knowlton, son festival!

16/06/2012

Ça y est, les vacances, c’est comme Capri, c’est fini. La belle saison débute à peine et pour moi, c’est le retour au travail. Mais je m’en moque, il y a bien pire qu’un été à Montréal et je me promets de nombreux après-midi à bronzer dans les parcs avec un roman. Si ça tente quelqu’un, on peut faire un pique-nique après! Et puis j’ai profité à fond, bien mangé (le foie gras, ce n’est pas toujours léger, mais qu’est-ce que c’est bon!), arpenté Barcelone et Paris. Côté polar, j’ai visité quelques librairies spécialisées et mes trajets se sont faits en lectures bien sûr, j’en parlerai bientôt.

Avant ça, petit retour sur les Printemps meurtriers de Knowlton avec photos à l’appui. Je l’ai déjà dit, mais cela mérite la répétition, le festival a été une réussite. Pendant deux jours, les tables rondes et conférences se sont suivies, tout aussi intéressantes. Carnets noirs en reportage.

Samedi

Les tables rondes étaient animées par Sylvie Lauzon, qui a fait cela très bien. J’aurai peut-être apprécié des questions parfois plus pointues et précises, mais elle avait manifestement lu tous les auteurs et elle a démontré un énorme travail tout en donnant ce ton très amical qui rendait les rencontres sympathiques.

André Jacques et Martin Michaud

André Jacques et Martin Michaud ont ouvert le bal le samedi matin, comparant leur manière d’écrire et leur vision du polar. Martin Michaud parle d’un « polaroid de la société » et j’aime assez l’image. Petite pause dîner un peu rapide dans mon cas pour cause d’entrevues et on revenait pour l’invité qui avait traversé l’Atlantique pour venir nous voir, Roger Jon Ellory. Pendant plus d’une heure, seul face à la salle, Ellory nous a fait son show, racontant son enfance, son rapport à ses livres, les hasards qui lui ont permis d’être publié. Sa vie n’a pas été ordinaire et à l’entendre parler de son père inconnu, de son abandon à 18 mois pendant deux jours ou de son arrestation pour vol de poulets dans une communauté religieuse, on se demande si tout est vrai, car l’homme lui-même le dit: « as a writer, we lie for a living ». Mais finalement, fiction ou non, quelle importance? On écoute béat et on profite.

R.J. Ellory

Il a pu échanger dans la table ronde suivante avec les deux autres invités d’honneur, Martin Winckler et Chrystine Brouillet. Là encore, on a pu voir comment les méthodes de travail diffèrent selon l’auteur; l’absence complète de plan d’Ellory rendant presque folle Chrystine Brouillet qui, elle, construit très systématiquement.

L’après-midi s’est poursuivi à l’extérieur pour une activité conviviale, plus agréable encore avec un Killer Martini. Geneviève Lefebvre animait le Quiz de la blonde en béton, préparé avec talent par Richard de Polar, noir et blanc. Ah, le petit plaisir de répondre à une question portant sur un écrivain quand on l’a à côté! Je ne suis pas mécontente de mes connaissances, mais je triche, si je ne savais pas tout ça, je ferais bien mal mon boulot de libraire.

La soirée s’est terminée par une rencontre plus médicale puisque les deux médecins invités, Martin Winckler et Jean Lemieux, parlaient du lien entre leurs livres et leur profession. Je n’ai malheureusement pas noté lequel des deux a fait la remarque suivante: « le polar, c’est le jazz de la littérature », mais je garde en mémoire.

Le Quiz de la blonde en béton

L’ambiance générale étant très sympathique, je me suis retrouvée à manger une pizza en agréable compagnie puisqu’on comptait à la table trois auteurs et peut-être une en devenir.

Il était ensuite temps de rejoindre la chambre de mon couette et café pour essayer de dormir malgré l’excitation de la journée. Le cerveau était de toute façon fatigué.

Dimanche

La matinée a débuté tôt par un cours magistral donné par André Jacques sur le roman policier québécois dans une salle du Vieux Palais de justice. C’était passionnant et ma seule frustration est de ne pas avoir pu échanger plus longtemps. Je me suis promise d’aller jeter un coup d’œil sur les polars publiés en feuilleton dans les années 50. Le constat est là encore le même, le genre au Québec a peut-être commencé tard par rapport à d’autres pays, mais il est en pleine expansion et la multiplication des événements est une excellente manière d’en parler. Pendant une heure, mon carnet s’est rempli de notes.

Alors qu’une partie du public restait dans la salle pour une classe d’écriture avec Jacques Côté sur le thème du plan, je suis repartie vers le théâtre Lac-Brome écouter Chrystine Brouillet et Sylvain Meunier.

Martin Winckler, Chrystine Brouillet, Sylvie Lauzon et R.J. Ellory

Une coupure de quelques heures m’a permis de me balader dans la (petite) charmante ville de Knowlton et de profiter du soleil qui tapait fort.

Puis retour au théâtre pour deux rencontres. La première réunissait Laurent Chabin et Geneviève Lefebvre. Le premier y a parlé de son rapport au polar puisqu’il ne se limite pas au genre. La deuxième a comparé son expérience de scénariste à celle d’auteur qui est à la fois un apport et complètement différente. Mon petit calepin se remplissait rapidement. Laurent Chabin nous a annoncé qu’il était « passionné dans la détestation ». Je ne l’ai pas lu, mais il me plait déjà!

La dernière conférence réunissait deux auteurs des éditions Alire, Jacques Côté et François Lévesque. Encore un que je ne connaissais pas et que j’ai l’intention de découvrir.

La réflexion était terminée, on pouvait maintenant passer à la fête.

Cela se déroulait à l’auberge West-Brome. Ma chambre de couette et café était charmante et l’accueil parfait, mais soyons honnête, elle ne tient pas la comparaison. Les auteurs sont vraiment bien reçus aux Printemps meurtriers!

R.J. Ellory répond à mes questions

La soirée a été à l’image du week-end, très agréable. Elle a débuté par un petit moment de bonheur personnel puisque j’y ai fait une courte entrevue avec R.J. Ellory, et je crois que cela restera un temps fort pour moi pendant longtemps. Après le champagne, on a annoncé le prix Tenebris et c’est un Québécois qui l’a obtenu: Sylvain Meunier pour Les mémoires d’un oeuf. L’auteur étant présent, il a pu faire son discours de remerciement. Louise Laparé, la porte-parole, a animé la soirée avec beaucoup de talent et de gentillesse. Elle était d’ailleurs plus qu’une porte-parole puisqu’elle était aussi membre du jury et qu’elle a participé à tous les événements pendant les deux jours. On sentait qu’elle était là parce qu’elle appréciait ça et je trouve ça génial. Le repas était excellent, les discussions avec les auteurs et les éditeurs passionnantes. Et tout cela n’en restera pas là, les auteurs ayant tellement aimé leur expérience qu’ils ont décidé de se réunir pour soutenir le projet et en faire parler. Il s’est réellement passé quelque chose de plus grand lors des Printemps meurtriers.

Ce qui en a fait une réussite, c’est bien sûr l’accueil de Johanne Seymour, la présidente du festival et ses bénévoles tous charmants. Et de mon côté, le week-end n’aurait pas été aussi parfait sans Richard qui sait pourquoi et la présence de France, sa moitié. Plus généralement, ce qui me restera comme impressions de cette fin de semaine consacrée au polar, c’est tout d’abord la complicité qui s’est liée très vite entre les auteurs. On ne sentait aucune tension, ils étaient juste heureux de pouvoir échanger sur leur passion et découvrir de nouvelles écritures. C’est cela, je crois, qui a donné cette saveur particulière au festival. Ils assistaient aux tables rondes des autres intervenants, se posaient des questions, citaient leurs collègues à la rencontre suivante. Il y avait une bonne humeur dans l’air qui ne mentait pas. Le constat que nous avons tous fait, c’est la gentillesse et l’accessibilité de R.J. Ellory. J’adorais déjà l’auteur et j’apprécie encore plus l’homme. Attentif à reconnaître tout le monde, toujours disponible pour répondre aux participants, il était l’invité parfait pour ces premiers Printemps meurtriers.

La nuit était tombée et il était temps pour moi de remettre le cap sur Montréal. Petite note personnelle à moi-même, le pont Champlain, ce n’est pas le pont Jacques-Cartier, cela ne va pas dans la même direction. Mais j’étais tellement sur un petit nuage que le détour ne m’a même pas fâchée.

Après le jeudi…

21/04/2012

Mon silence commençait à se faire long. Pourtant mes lectures sont nombreuses, mais pour certaines, mes commentaires sont réservés ailleurs (vous pourrez les lire bientôt) et pour d’autres, je me suis fixée pour règle de ne pas tirer sur une ambulance ou un jeune auteur et de ne pas perdre votre temps avec un livre qui n’en vaut pas la peine. Des critiques, oui, de la déprime littéraire, non!

Tout cela pour dire qu’il y a peu de romans enthousiasmants (voire lisibles) qui sont passés par mes mains dernièrement. Pourvu que ça change!

L’homme du jeudi de Jean Lemieux n’est peut-être pas un polar qui m’aura transporté, mais on est tout de même bien au-dessus de ceux dont je parlais plus haut.

On y retrouve le sergent André Surprenant. Il a quitté les Îles-de-la-Madeleine depuis un an déjà et a été muté à Québec où il vit avec Geneviève, son ancienne collègue qui a démissionné depuis et les deux enfants de celle-ci. Lorsqu’un jeune garçon disparait avec son vélo, les flics découvrent rapidement les lieux d’un accident, mais pas de traces du chauffard ou de la victime. Son corps est retrouvé quelques jours après dans la rivière. La police est bloquée, l’enquête piétine et le dossier est clos.

Surprenant pourtant s’accroche. Il rend visite à la mère régulièrement pour lui dire qu’il n’abandonne pas. Deux ans plus tard, elle lui annonce qu’elle a tourné la page et qu’elle va se remarier. Le sergent est étonné, il s’intéresse au fiancé et son instinct lui souffle que la rencontre est louche et que le cardiologue dont s’est éprise Diane a quelque chose à voir avec l’accident.

Contre l’avis de sa hiérarchie et les conseils de Geneviève, il continue de fouiner dans le passé du médecin. Un jour, Diane et ce dernier disparaissent. L’enquête devient une course contre la montre et le flair de Surprenant ne l’avait peut-être pas trompé.

Je connaissais déjà le héros de Jean Lemieux puisque j’avais lu On finit toujours par payer (qui a d’ailleurs donné un film plutôt moyen) et Le mort du chemin des Arsène et j’avais envie de le retrouver. Pour commencer par le négatif, sa nouvelle vie à Québec me laisse un peu sur ma faim. C’est l’atmosphère des îles que Lemieux arrivait à insuffler à ses romans qui m’avait particulièrement plu. On y sentait bien la solitude et la dureté du climat, une existence en vase clos étant loin du reste du monde. Bien sûr, ici, il s’agit de Québec et donc l’ambiance n’est pas du tout la même. Pour mieux situer son récit, l’auteur nous décrit les pérégrinations de Surprenant, nous donnant noms de rues et de villages. Cela plaira peut-être à un lecteur de la région, mais je me suis vite lassée pour ma part, car cela participait plus à me perdre dans la géographie québécoise qu’à autre chose.

L’enquête en elle-même est parfois bancale également. Cette obstination de Surprenant à trouver le coupable, même si elle nous fait aimer l’homme, le rend un peu moins crédible comme flic. Il s’accroche à des brindilles de preuves et saute à des conclusions qui sont un peu prématurées. Je serai aussi curieuse de savoir si on laissera vraiment un policier interroger des gens (dont les patrons) d’un homme pour un crime vieux de deux ans pour lequel il avait déjà été écarté et alors qu’il n’y a aucun nouvel indice. C’est peut-être un détail, mais cela m’a donné l’impression que Surprenant se moquait de gâcher la vie de ce médecin s’il avait tort.

Malgré ces critiques, je me suis tout de même embarquée dans l’histoire avec l’envie de découvrir si le sergent voyait juste ou non. Et je pense que la force de Lemieux, ce sont ses personnages, souvent secondaires, qui se construisent et réagissent de façon très humaine: jalousie, rancune, envie, espoir, amour; toutes les émotions sont là, dites de manière assez subtile. Et c’est cela qui, je crois, m’a fait reposer L’homme du jeudi en étant contente de l’avoir lu.

Jean Lemieux, L’homme du jeudi, Éditions de la Courte Échelle, 2012.

France/Québec mais pas en train

03/12/2011

En ce samedi soir (mon dimanche à moi puisque je commence ma semaine demain), c’est le moment de quelques critiques express, car les livres s’accumulent sur mon bureau. Eh oui, le mois des fêtes signifie pour les libraires moins de temps pour lire et plus de travail. C’est la période la plus occupée de l’année et pas la plus évidente pour les conseils puisqu’on doit souvent servir des clients qui n’ont absolument aucune idée de ce qu’aime celui pour qui ils cherchent un cadeau, même lorsque celui-ci s’est donné la peine de faire une liste. C’est comme cela qu’on m’a demandé la semaine dernière Les souliers écossais, traduction libre et originale des Chaussures italiennes de Mankell. Ce sont les mêmes, elles ont juste mis un kilt. Décembre va être long!

Heureusement, il y a toujours Jean-Bernard Pouy pour nous aider à avoir le sourire. Son dernier roman, Samedi 14, est le premier livre de la nouvelle collection des éditions La Branche, Vendredi 13, qui regroupera 13 auteurs avec comme impératif dans le texte, le vendredi 13, date fatidique. Pouy, égal à lui-même, ouvre donc cet exercice de style le samedi qui suit. Adrien a pris sa retraite; fini les conneries, aujourd’hui, il cultive ses carottes en soignant son lumbago. C’est là que les CRS débarquent sous prétexte de protéger ses vieux voisins, dont le fiston vient de devenir ministre de l’Intérieur. Pour retrouver sa tranquillité et emmerder le gouvernement et les flics, Adrien reprend du service. Pas une bonne idée de déranger un ancien terroriste.

C’est drôle et comme d’habitude écrit dans une langue qui s’amuse. Ça se lirait presque à voix haute juste pour se faire plaisir, avec Queneau cité de temps à autre pour rajouter au rythme des mots. Adrien nous balade à travers la France de TER en TER (la SNCF fait bien les choses) tout en foutant le souk chez les pandores. Souriez, c’est fait pour ça et surtout, n’y voyez aucune ressemblance avec des politiciens actuellement au pouvoir, il s’agit probablement d’une coïncidence, Pouy ne ferait jamais ça!

« Je revenais, tranquille mimile, dans les parages de ma vieille cagna, avec un tapis rouge mental déroulé devant la grosse porte de bois. Pour reboire du guignolet avec mes vieux voisins. Pour ressemer mes petites graines magiques. Pour relire tout Queneau, une énième fois. Pour leur montrer que j’étais de bonne composition. Non, mais! »

On reste dans le ferroviaire avec Mortelle hôtesse, le roman de Bernard Pasobrola paru dans la collection Rail Noir. Il s’en passe des choses dans le TGV Paris-Londres, dont des morts suspectes. Richard Meyer travaille pour une entreprise de renseignement privée, il est chargé de retrouver Humbert Katz, un patient qui aurait disparu durant son séjour à l’hôpital. Son enquête va le mener de Londres à la France, en passant par la Suisse et Anvers où une épidémie de cécité frappe les diamantaires. À qui cela profite-t-il? Les grandes compagnies pharmaceutiques ont-elles quelque chose à y voir et comment Richard doit-il se conduire avec Nora Katz, elle aussi à la recherche de son père?

Entre espionnage et polar, Bernard Pasobrola nous présente une intrigue tout à fait crédible. Les puissants de ce monde pourraient bien monter de tels complots et cela ne rassure personne. Malgré quelques passages plus techniques qui m’ont un peu perdue en route (la libraire n’est pas portée science), le récit tient un bon rythme et Pasobrola dévoile petit à petit les liens qui unissent les industries et les gouvernements de différents continents. L’argent n’a pas d’odeur, mais les diamants pourraient bien ne pas être les meilleurs amis de la femme.

On quitte la France pour un retour vers le Québec, mais loin de la métropole. André Surprenant est policier aux Îles-de-la-Madeleine. La veille de son départ en vacances, une jeune fille disparaît. Lorsqu’on retrouve son corps quelques heures plus tard, plus question de retour à Montréal, Surprenant doit mener l’enquête. Et cela même si on lui envoie un flic de Rimouski pour le faire à sa place. Il connait mieux les gens des îles et est sûr de savoir s’y prendre. Il lui faudra toutefois faire preuve de discrétion, car sa hiérarchie risque de ne pas apprécier. On finit toujours par payer précède Le mort du chemin des Arsène que j’avais déjà chroniqué.

Encore une fois, Jean Lemieux arrive à nous communiquer l’ambiance particulière qui règne aux Îles-de-la-Madeleine. Comment mener une enquête dans un lieu où tous se connaissent et personne ne peut croire en la culpabilité de son voisin? Qu’on soit en Islande avec Indridason ou au Québec avec Lemieux, la question reste la même. Les insulaires ont le caractère rude façonné par une météo difficile. Jean Lemieux installe son roman avec de belles descriptions et le vocabulaire propre aux îles aide à y mettre de la couleur. Il se passe des choses pas jolies du côté de Cap-aux-Meules, mais on est content d’y être venu. Le livre vient d’être adapté pour le cinéma sous le titre La peur de l’eau qui devrait être sur les écrans au Québec début 2012.

Jean-Bernard Pouy, Samedi 14, Éditions La Branche, 2011.

Bernard Pasobrola, Mortelle hôtesse, La vie du Rail, Coll. Rail Noir, 2008.

Jean Lemieux, On finit toujours par payer, Courte Échelle, 2003.

Et pour ceux qui voudraient une idée de l’atmosphère du film, on peut visionner la bande-annonce.

Le crime est à la page!

23/11/2010

Mon mois de décembre va définitivement être placé sous le signe du polar. Côté blog, bien sûr car il y a quelques commentaires de lectures qui devraient arriver bientôt, promis. Mais côté boulot aussi, j’y travaille depuis quelques temps déjà mais là ça devient réel.

À partir du 22 novembre et jusqu’à début janvier, vous trouverez à la librairie Monet (où je passe quarante heures de ma semaine!), une salle exclusivement réservée au roman policier. Vous pouvez bien imaginer que je me suis fait plaisir en faisant mes commandes. Vous y retrouverez donc bien sûr les classiques et gros vendeurs (il faut bien et de toute façon il y en a des très bons dans le lot) mais aussi des éditeurs moins présents en librairie d’habitude pour cause de manque de place. Et puis comme on leur réserve une salle, ce sera bien plus facile de les mettre en avant. C’est logique, plus de place, plus de livres! Mes collègues en jeunesse et en bande-dessinée sont aussi de la partie, ce sera donc du polar sous toutes les formes et pour tous les âges.

Pour ceux qui sont dans les environs et qui auraient envie d’écouter parler polar, il y aura trois évènements.

Jeudi 2 décembre à 19h. Une table ronde réunira quatre auteurs québécois: Luc Baranger (Au pas des raquettes), Jean Lemieux (Le mort du chemin des Arsène), André Marois (Sa propre mort) et Jacques Savoie (Cinq secondes). C’est Tristan Malavoy-Racine qui animera le débat. J’ai hâte d’entendre ce qu’ils ont à dire.

Dimanche 5 décembre.

À 14h, une conférence de Norbert Spehner sur l’état du roman policier au Québec. On a souvent l’occasion de le lire dans La Presse ou dans Alibis mais moins souvent de l’entendre et j’ai très envie de savoir ce qu’il pourra dire du sujet.

Et à 15h, une table ronde sur le rôle des différents médias dans la promotion de la littérature policière. Vous me voyez venir, là? Et oui, on parle aussi de blog. Je serai donc de la partie, avec Richard de Polar, noir et blanc pour les blogueurs, Norbert Spehner sera la voix des journalistes et Michel Vezina parlera en tant qu’auteur et éditeur. Je commence déjà à stresser, ce sera ma première expérience du genre.

Pour plus d’information et pour réserver votre place, vous pouvez aller voir sur le site de la librairie Monet.

J’espère aussi que je pourrai croiser quelques lecteurs de ce blog pour faire plus ample connaissance et que ceux qui viendront apprécieront l’expérience!

Mort dans les îles

21/10/2009

Ça y est, j’arrête de dire que le roman policier québécois de qualité est rare, tous ceux que j’ai lu dernièrement sont plus qu’honorables. Le genre grimpe en flèche, les éditeurs sont de plus en plus nombreux à créer leur collection polar et c’est tant mieux.
Mort du chemin des ArsèneJean Lemieux écrit également pour la jeunesse et il avait déjà quelques polars à son actif que je n’ai pas encore lu. Je devrais peut-être.
À une semaine de sa mutation à Québec, le sergent-détective André Surprenant est appelé pour une mort suspecte. Portes et fenêtres fermées, fusil posé au côté du corps, cela ressemble à un suicide. Mais pourquoi Romain Leblanc, musicien reconnu par tous, amateur de femmes, ayant juste fait un héritage et selon tous passablement égoïste se serait-il suicidé?
Surprenant n’y croit pas et est prêt à tout, y compris à se confronter à ses supérieurs pour enquêter.
Nous sommes aux Îles de la Madeleine, dans le nord du Québec, avec des tempêtes imprévisibles et des vents violents. La vie y semble dure et cela forge ses habitants. Pour comprendre la victime, il faudra que le policier creuse dans les vieilles querelles du passé et établisse les liens qui unissent les madelinots.
Jean Lemieux arrive parfaitement à nous transmettre cette atmosphère propre aux lieux isolés. Le climat y est rude et les habitants sont soudés, il est difficile de se faire une place lorsqu’on vient de l’extérieur. Les rancunes sont tenaces et les secrets lourds. On sent parfaitement le rapport de la population avec les gens de l’extérieur, ceux qui ne peuvent pas comprendre leur vie. J’ai aimé la langue aussi, certains mots et appellations propres aux îles que l’auteur nous glisse en douceur sans nous faire crouler sous les régionalismes, juste de quoi nous mettre dans l’ambiance. On aime le personnage d’André Surprenant. Il est classique bien sûr, un policier vivant mal son divorce et que la fuite de son père lorsqu’il était enfant empêche d’avancer, mais on s’y attache. Et on se laisse porter par sa ténacité à vouloir comprendre et à ne pas se laisser influencer.
Un voyage aux Îles de la Madeleine et en même temps un voyage dans l’âme humaine pour voir jusqu’où la rancune peut mener un homme.

Jean Lemieux a un site où il tient son blog pour ceux qui voudraient le connaître un peu plus.

Jean Lemieux, Le mort du chemin des Arsène, La courte échelle, 2009.