Posted tagged ‘Denoel’

Une bonne année!

03/01/2014

It’s been a while! Eh oui, je ne suis pas vraiment présente ces dernières semaines. Mais vous savez ce que c’est: beaucoup de travail en librairie à Noël, les différents réveillons, le froid qui paralyse, le canapé traître qui nous tient dans ses coussins. D’accord, paroles, paroles.

J’admets, la notion clé ici est procrastination! Je l’aime bien ce mot-là, je ne le connaissais pas avant d’arriver au Québec. J’ai finalement adopté le vocabulaire et l’attitude. D’ailleurs, il faudrait que j’aille faire ma vaisselle, moi! Et peut-être que je devrais reclasser ma bibliothèque par ordre alphabétique inversé. Ne bougez pas, je reviens…

Ça suffit maintenant. 2014 sera Carnets Noirs ou ne sera pas, non mais! Parce que je dois bien l’admettre, même si je fais tout pour ne pas le faire, chroniquer des livres me manque. Le cerveau humain est un mystère sans fin, en particulier le mien.

J’écris donc partout sur les murs de mon appartement les conseils d’un ami sage: en 2014, retour au clavier, lecture et correspondance avec les amis. Je commence ici! Bonne année à tous, avec lectures noires, ou pas, rencontres littéraires enrichissantes et surtout beaucoup de plaisir!

Mais avant de se lancer à corps perdu dans l’année qui débute, il faut d’abord clore définitivement la précédente. Voilà enfin mon top 5 pour 2013 dans le désordre:

Dark Horse, Craig Johnson, Gallmeister. Longmire, je ne m’en lasse pas!

Fantôme, Jo Nesbo, Gallimard. Un top 5, un Nesbo, comme chaque année.

Coyote Crossing, Victor Gischler, Denoël. Pour la découverte et l’humour noir.

The Main, Trevanian, Gallmeister. Une évidence.

Pomme S, Éric Plamondon, Le Quartanier. Comme Nesbo, un Plamondon par liste annuelle! La fin de la trilogie 1984. Qu’y aura-t-il en 2014?

Et le numéro complémentaire: Le dernier Lapon, Olivier Truc, Métailié. Le titre 2012 oublié et rattrapé en 2013.

Bon, ce n’est pas tout ça, mais il faudrait commencer à lire pour préparer le prochain palmarès. Ça ne devrait pas être difficile de s’y mettre, le -23° de l’extérieur m’incite à rester dedans. Quoique, c’est beau une ville blanche dans le froid!

Bonne année à tous et on se retrouve plus souvent, ici, à la radio ou ailleurs!

Publicités

Shérif, fais-moi peur!

18/07/2013

J’avais repéré une ou deux critiques sur Coyote Crossing de Victor Gischler, mais sans vraiment y prêter attention, j’étais trop occupée par ma liste de lecture. Le représentant me l’a apporté à la librairie en me disant, « il faut vraiment que tu lises ça ». J’écoute quand on me parle, alors je l’ai fait. Et on fait bien parfois de suivre les conseils des représentants.

Coyote CrossingCoyote Crossing est un trou perdu de l’Oklahoma. Tellement tranquille que Toby Sawyer a essayé de fuir à l’âge adulte. Il a vadrouillé un peu partout avec un groupe de musique, mais a dû rentrer pour l’enterrement de sa mère; il n’a jamais pu repartir. Avant qu’il s’en rende vraiment compte, il était marié, père d’un petit garçon et adjoint à mi-temps du shérif.

Une nuit, il est appelé pour son premier vrai crime. Luke Jordan, un caïd local, a été assassiné dans sa voiture. La tâche de Toby est simple, il lui suffit de garder le corps. Il s’ennuie rapidement et se dit qu’une visite à sa maîtresse ne lui causera pas trop de tort. Grosse erreur, puisqu’à son retour, le macchabée a disparu; et ce n’est que la première catastrophe d’une nuit qui va être très très longue pour le shérif adjoint.

Il ne sait bientôt plus qui sont ses alliés et ses ennemis, où se situe la loi et qui il doit aider. Coyote Crossing est beaucoup moins tranquille qu’il ne paraît, on y trouve des Mexicains en cavale, des frères rednecks armés jusqu’aux dents qui se prennent pour les rois du coin et même une voiture qui semble en vouloir à Toby. Son fils sur les bras, celui-ci n’aura pas le choix de se défendre et pourrait devenir un shérif adjoint plus qu’honorable pistolet au poing!

Je ne suis probablement pas la première à penser à Jim Thompson en lisant Coyote Crossing. Ce n’est pas tout à fait pareil, mais il y a tout de même un air de famille dans ce noir qui flirte avec l’humour. La quatrième de couverture parle aussi de Tarantino, et pourquoi pas si on compte aux cadavres qui s’accumulent. Victor Gischler parvient à créer un roman noir sur une petite ville perdue des États-Unis tout en gardant un ton léger. À la manière de Toby qui ne voit pas vraiment les emmerdes lui tomber dessus, le lecteur est envahi par l’atmosphère sans y prendre garde. On finit par hésiter entre le rire et l’effroi. Cela tient tout autant au propos qu’à l’écriture. Simple, efficace, elle ressemble à ce qu’elle raconte, elle n’a l’air de rien à première vue, mais c’est là toute sa qualité puisqu’on se laisse surprendre par son effet.

La description d’une ville qui se meurt lentement, de sa vie qui est paisible sans l’être tout à fait, n’est pas lourde, elle se fait par touches, jusqu’à ce qu’on ait la totalité du tableau. Même chose pour Toby, sur lequel notre regard change au fil de la lecture: loser absolu ou héros potentiel? Quant aux autres personnages, on ne sait plus qui est du bon côté de la barrière.

Rien n’est aussi simple qu’il paraît à Coyote Crossing et on ne ressort pas indemne d’une nuit comme celle-là.

« J’étais parti avec une guitare et six cents dollars en poche, que j’avais économisés en tondant des pelouses et en plantant du gazon. J’étais revenu pour enterrer ma mère, et puis j’étais resté coincé là. La ville ne s’était pas agrandie d’un pouce depuis mon départ. Bordel, on était tellement loin de tout qu’on ne pouvait même pas se servir des téléphones portables. Les satellites ne passaient pas au-dessus de nous. On aurait aussi bien pu se trouver dans une putain d’autre dimension. J’étais étonné qu’ils se soient même donné la peine d’indiquer ce bled sur les cartes routières. »

Victor Gischler, Coyote Crossing, Éditions Denoël, 2013 (The Deputy, 2010) traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Brument.

Attention, duo explosif

08/07/2013

Moi quand Lansdale écrit, j’aime; comme sur Facebook, je clique automatiquement sur Like. Après, c’est sûr, il faut nuancer. Il y a le Lansdale plus sombre de Sur la ligne noire et Les marécages, absolument géniaux, et il y a ses romans sur Hap Collins et Leonard Pine, jouissifs!

Parce qu’accrochez-vous, comme d’habitude, ça dépote.

Diable rougeCette fois-ci, les deux compères sont engagés par Marvin, leur ami détective privé, pour enquêter sur la mort d’un jeune couple. La mère du garçon est persuadée qu’il est possible de trouver les coupables. En fouillant un peu, Hap et Leonard découvrent que les victimes étaient proches d’une bande de wannabe-vampires et qu’un gros paquet d’argent arrivait sous peu. Détail supplémentaire, une tête de diable rouge a été retrouvée dessinée sur la scène de crime et il y a d’autres cas. Tueur en série diabolique en liberté? Peut-être. Ajoutez à ça que Vanilla Ride, la tueuse à gages du précédent roman, est dans le décor et que nos deux héros n’ont pas que des amis et vous pouvez imaginer que ça va encore tirer dans tous les coins. Comme en outre, ils sont têtus, ils ne lâcheront pas l’affaire avant de l’avoir résolue. Surtout quand ça devient personnel!

Un Collins et Pine, ça se prend comme un cocktail coloré, c’est drôle, plus fort qu’on ne le pense, ça a un goût de vacances et en plus c’est bon. Rien de mieux pour redonner le sourire à une lectrice blasée.

Bien sûr, tout est un peu gros, c’est pour ça que c’est si chouette. Et Diable rouge ne fait pas exception à la règle. Ce que j’aime par-dessus tout dans cette série, c’est le décalage entre la violence de ses deux hommes et leur côté profondément humain. Avouez qu’ils sont attachants: Pine, le grand noir homosexuel qui tape avant de parler, mais ne peut pas vivre sans son lait et ses biscuits à la vanille; Collins, armé jusqu’aux dents, mais incapable de dormir parce qu’un chat mort n’a pas été enterré, et que ça, non, ce n’est vraiment pas correct. L’un ne se pose pas de questions, l’autre doute de ses actes à chaque instant. Deux frères inséparables, même s’ils ne sont pas d’une couleur de peau identique. En plus, Leonard m’a permis de découvrir le mot tapabord. Vous voyez le chapeau de Sherlock Holmes? Imaginez-le sur la tête d’un grand noir et vous avez le tableau. Savoureux!

Lansdale est aussi génial dans ses dialogues et ses descriptions. C’est décalé, complètement farfelu et parfait à lire! Seule petite critique et je n’aime pas jouer les râleuses de la traduction, mais c’est quelquefois nécessaire, le traducteur est tombé à quelques endroits dans le piège du trop français. Collins et Pine qui vont dans un troquet et finissent dans un bistrot, ça ne marche tout simplement pas, je soupçonne qu’il s’agit d’un diner et d’un bar. Mais ce n’est là qu’un détail qui n’enlève rien à notre équipe de choc!

« – Okay. Et le type auquel Leonard a écrasé la main? C’était un mec bien?

Je voyais ou elle voulait en venir, mais je jouai le jeu.

– C’est le connard qui a blessé la vieille dame et lui a piqué son fric.

– Eh bien voilà. Si c’est le méchant, alors toi, tu dois être le gentil. »

Joe R. Lansdale, Diable rouge, Éditions Denoël, 2013 (Devil Red, 2011) traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Blanc.