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Retour du département V

22/03/2015

Bon, fini le stakhanovisme de la critique, j’essaye de reprendre un rythme normal et de ne pas parler de huit livres en une fois. Le sujet du jour ? Jussi Adler-Olsen et son Effet papillon.

Je suis depuis le premier tome cette drôle d’équipe du Département V. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, il s’agit principalement de Carl Mørck, flic ayant vécu un évènement traumatisant, insupportable aux yeux de presque tout le monde et bien décidé à en faire le moins possible dans ses journées. On l’a déménagé dans le sous-sol du commissariat pour qu’il se fasse oublier avec une pile de dossiers concernant de vieilles affaires. Pour justifier une subvention plus que confortable utilisée par le reste des enquêteurs, on lui octroie deux assistants, Assad, un Syrien au passé mystérieux, et Rose, secrétaire légèrement disjonctée. Une équipe de choc, comme vous pouvez le voir.

Effet papillonOn commence cette fois-ci bien loin des préoccupations de Carl et de ses relations avec sa copine. Un employé d’un bureau gouvernemental responsable des aides humanitaires disparaît lors de son retour d’Afrique. Pourtant, il ne semblait pas avoir de problèmes particuliers et il adorait sa belle-fille. Sans indices, le dossier s’éteint de lui-même. C’est un jeune garçon qui va découvrir ce qui lui est arrivé. Mais Marco n’a pas de papiers, pas de statut et il est sous la coupe d’un réseau mafieux ; difficile pour lui de prévenir la police.

Une course-poursuite s’enclenche pour rattraper l’adolescent, alors que le département V tombe sur l’affaire un peu par hasard et que Carl décide de s’en occuper avec toute l’obstination dont il est capable quand il fait finalement quelque chose.

Si on a aimé les autres, on aimera probablement celui-là, ce qui a été mon cas. J’avoue que je commence peut-être à un peu me lasser des problèmes de Carl, du moins les personnels, parce que j’attends tout de même qu’on s’attaque aux professionnels dans les épisodes suivants. Mais cela ne m’a pas empêché d’embarquer lorsque Marco prenait le devant de la scène. Et on ne peut pas dire qu’Adler-Olsen ne maîtrise pas son thriller. En passant d’un personnage à l’autre, il nous maintient en alerte, alors que nous nous demandons si ce jeune garçon si débrouillard va vraiment pouvoir échapper à ses poursuivants.

Si je dois être honnête, j’ai préféré le précédent, Dossier 64 ; probablement à cause de l’histoire que je découvrais, celle des femmes qu’on stérilisait de force au Danemark pendant des années, et l’autre sujet, la montée d’un extrémisme, qui nous concerne partout. Mais celui-ci touche à des thèmes importants : l’immigration clandestine en Europe, le trafic humain ou encore la corruption dans l’aide humanitaire, le programme est vaste. Peut-être un peu trop, quand je m’arrête avec un regard plus critique. Ce qui ne m’a pas empêché de plonger dedans sans hésitation et de le lire pour ce qu’il est, un excellent suspense !

Jussi Adler-Olsen, L’effet papillon, Albin Michel, 2015 (Marco effekten, 2012) traduit du danois par Caroline Berg.

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Carnets Noirs est de retour en force!

16/03/2015

Ouf, ça fait longtemps ! Je ne sais même pas par où recommencer. Peut-être par expliquer mon absence ? J’avais accepté de donner une formation à des libraires : 2 sessions de 2 heures sur le roman policier. Pas si terrible, me direz-vous. Exact, mais quand on est une stressée chronique, angoissée patentée, cela signifie des heures de lectures-procrastination-Facebook, quelques grosses remises en question et un emploi du temps presque exclusivement consacré à faire semblant de ne pas y penser et à ne rien faire. Pathologique, vous croyez ? Mais voilà, ça y est, c’est terminé depuis trois semaines. A suivi une visite familiale pour montrer à des Français que quand je dis qu’il fait froid à Montréal, ce n’est pas une exagération et un séjour à New York pour aller voir les voisins américains.

Maintenant, je me pose, je respire et je repars. D’accord, mais dans quel sens ? Peut-être par un récapitulatif rapide de mes livres des derniers mois ; parce que bien évidemment, je lisais moins, mais je lisais encore. Une dizaine de romans se sont donc accumulés sur mon bureau, attendant des jours meilleurs et un retour au clavier. Donc, je me lance, critique en quelques phrases.

Dans Repentir(s)les noms que j’ai revu avec toujours autant de plaisir, il y a Richard Ste-Marie et son Repentir(s) aux éditions Alire, une lecture que j’ai faite il y a un moment déjà, mais dont je voulais vraiment vous parler. On y retrouve son détective Francis Pagliaro confronté cette fois-ci au monde de l’art. Une belle manière de découvrir un milieu que Ste-Marie connaît bien. C’est aussi le roman le plus noir de la série et cela convient parfaitement à l’auteur et à son écriture. Pour en savoir plus, j’avais réalisé pendant l’été une entrevue pour Les libraires.

Ver à soiePlus sombre également que le précédent, mais toujours bon, il y a eu le titre de Robert Galbraith, J.K. Rowling quand elle se met au polar, Le ver à soie. Retour là encore de Cormoran Strike, le privé ancien militaire. Son enquête le mène dans l’univers de l’édition lorsqu’un auteur aussi doué que détestable disparaît. J’ai une nouvelle fois embarqué à la suite de ce détective peut-être classique, mais qui possède tous les atouts qu’on apprécie. Et puis il y a la description de ce monde littéraire impitoyable où les mots coûtent cher et la critique peut tuer. Cela ne pouvait que me plaire.

Cannibale de Crumlin RoadJe suis restée chez les Anglo-saxons avec Le cannibale de Crumlin Road de Sam Millar. J’avais beaucoup aimé Les chiens de Belfast et je renouvelle le plaisir avec celui-ci. Karl Kane est toujours bourru et il ne choisit jamais le chemin conventionnel pour mener une enquête à bien. Cette fois-ci, il se lance à la recherche de la sœur de sa cliente, ce qui prendra un tour beaucoup plus personnel que le détective ne l’avait prévu. C’est à la fois noir, violent et pourtant plein d’humour dans les dialogues, un mélange très irish ! En cette période de Saint-Patrick, cela semble tout à fait conseillé.

YeruldelggerMieux vaut tard que jamais, j’ai enfin lu le polar dont tout le monde parlait l’an dernier, Yeruldelgger de Ian Manook et je n’ai pas été déçue. Le flic Yeruldelgger est du genre qu’on aime : méthode très particulière, vie personnelle compliquée et en conflit avec sa hiérarchie. En plus, pour ceux qui veulent du roman anthropologique, on s’offre un voyage en Mongolie. Deux affaires au programme, les meurtres de trois Chinois et la découverte du corps d’une petite fille dans la steppe. Mais cela ne restera pas impuni, parole de commissaire ! L’histoire est prenante, les personnages attachants et le dépaysement garanti. J’ai hâte de voir de deuxième.

Incorrigible monsieur BuanUn autre commissaire, Lucien Workan, le flic d’Hugo Buan avec L’incorrigible monsieur William. Des assassinats en série, des menhirs, y a-t-il un druide dans la salle ? Workan n’y croit pas et il va prouver qu’il a raison. J’avais déjà lu deux enquêtes du flic rennais et j’aime assez l’atmosphère installée par Hugo Buan. Les dialogues sont savoureux et la situation aussi improbable que bizarre, mais bon, on s’en fout, ça marche !

Celle qui a tous les donsEt puis une découverte personnelle : j’ai dévoré un livre de zombie. Si, si, c’est vrai, je vous jure. Pourtant, je ne l’aurai jamais cru. Mélanie va à l’école, elle aime sa maîtresse et apprend bien ses leçons. Mais Mélanie est une petite fille particulière dans un monde d’apocalypse. Elle est Celle qui a tous les dons. L’écriture parvient à installer l’univers créé par M.R. Carey, j’ai apprécié ses personnages, jamais caricaturaux, et sa réflexion sur une société qui se détruit de l’intérieur et qui cherche le remède à sa disparition. Merci à l’Atalante de m’avoir envoyé ce roman que je n’aurai pas choisi, mais qui m’a ouvert une porte vers autre chose.

Enfin, finissons par les corrects sans plus et les déceptions, juste en quelques mots. L’inconnu du grand canal n’est pas un mauvais Donna Leon, pas un excellent non plus selon moi, ou alors, c’est simplement que je me suis lassée de son Brunetti. Je reconnais la qualité et les bonnes intentions, mais cela ne fonctionne plus aussi bien qu’au début. Ce qui est toujours mieux que ce que j’ai pensé du Marchand de sable de Lars Kepler. Je m’étais peut-être levée du pied gauche lorsque j’ai lu cette enquête de Joona Linna, mais je n’ai pas réussi à embarquer dans cette histoire de tueur en série enfermé qui continue à terroriser ses victimes et la fin m’a paru décevante en me laissant un léger goût de tricherie. Mais je dois admettre que je ne suis pas une fan de thriller et c’est probablement là que le bât blesse.

Huit titres en chronique éclair qui me permettent en même temps de fêter les 6 ans de ce blog, qui après une passe difficile, reprendra, je l’espère, une vitesse de croisière régulière. À très bientôt, donc !

Richard Ste-Marie, Repentir(s), Alire, 2014.

Robert Galbraith, Le ver à soie, Grasset, 2014 (The Silkworm, 2014) traduit de l’anglais par Florianne Vidal.

Sam Millar, Le cannibale de Crumlin Road, Seuil, 2015 (The Dark Place, 2010) traduit de l’anglais par Patrick Raynal.

Ian Manook, Yeruldelgger, Albin Michel, 2013.

Hugo Buan, L’incorrigible monsieur William, Éditions du Palémon, 2014.

M.R. Carey, Celle qui a tous les dons, L’Atalante, 2014 (The Girl With All The Gifts, 2012) traduit de l’anglais par Nathalie Mège.

Donna Leon, L’inconnu du Grand Canal, Calmann-Lévy, 2014 (Beastly Things, 2012) traduit de l’anglais par Gabriella Zimmermann.

Lars Kepler, Le marchand de sable, Actes Sud, 2014 (Sandmannen, 2012) traduit du suédois par Lena Grumbach.

Message dans une bouteille

27/01/2013

Les sorties se bousculent, les lectures s’accumulent et je me rends compte que j’ai parfois loupé des épisodes. J’hésite, et puis je me dis que tant pis, je les lirai à la retraite ou lorsque je serai riche et que j’arrêterai de travailler (c’est ça, rêve ma fille, une libraire qui devient riche, haha!)

Toujours est-il que je n’ai pas eu le temps de lire Profanation de Jussi Adler Olsen que déjà la troisième enquête du département V sort en librairie. Comme j’avais beaucoup aimé Miséricorde, le premier volume, je m’y suis mise tout de suite avant de me laisser submerger par le reste des parutions. Tant pis pour la chronologie, je passe directement à la nouveauté.

DélivranceLe duo est devenu trio avec l’ajout de Rose, secrétaire tout à fait particulière. Carl Mørck est toujours aussi tourmenté. Son ex-femme, un peu trop intense, veut revenir à la maison et il a accepté que son meilleur ami, qui est paraplégique, s’installe chez lui, malgré le sentiment de culpabilité qui l’envahit à chaque fois qu’il le regarde. En plus, on essaye de le faire déménager de son bureau au sous-sol où il se cache pour être le plus inactif possible. Finalement, diriger le département V n’est pas si reposant, alors que les enquêtes non résolues lui semblaient plus tranquilles.

Cette fois-ci, l’affaire est encore plus bizarre. Une bouteille a été trouvée sur les côtes écossaises, elle a été oubliée pendant quelques années dans un commissariat local avant d’être envoyée au Danemark puisque le message qu’elle contient est formulé en danois. Le jeune qui l’a écrit lance un SOS. Canular ou vrai crime? À l’équipe du département V de le découvrir.

Jussi Adler Olsen utilise dans Délivrance un peu la même structure que dans son premier polar. On lit à la fois l’enquête et des éléments se déroulant à différents moments, mais qui, on le sent, prendront tous leurs sens avant la fin du livre.

J’ai trouvé que le roman était assez lent à se lancer, au risque de me perdre un peu, mais lorsque le rythme s’accélère, on est accroché et on suivra Mørck et l’assassin jusqu’au bout pour voir le dénouement.

Comme dans ma précédente lecture, ce sont les personnages qui évoluent autour de la figure centrale qui m’ont le plus intéressée. Mørck est en effet assez classique finalement dans son rôle de flic à problèmes. Par contre, Assad, son assistant, a pris de l’envergure, il est de plus en plus présent et c’est tant mieux. Une part de mystère demeure sur sa vie d’avant et la manière dont il s’est retrouvé au Danemark, mais il prouve qu’il peut être à sa façon un excellent policier, allant jusqu’à élucider une enquête pour ses collègues des étages supérieurs.

Le meurtrier aussi est intéressant, on le comprend peu à peu en le découvrant et en observant jusqu’où peut le pousser sa folie. Le mobile est peut-être un peu facile, on se laisse toutefois prendre par l’intrigue.

Adler Olsen crée un équilibre fragile entre affaire sérieuse et personnages hauts en couleur. Cela peut parfois paraître trop gros comme avec Rose et sa soeur Yrsa, mais on finit par accepter tel qu’il est l’univers de l’auteur, qui nous donne un peu d’air frais dans une enquête relativement noire.

Délivrance est peut-être moins un coup de coeur que Miséricorde, mais j’ai tout de même adopté Adler Olsen et j’essaierai cette fois-ci de ne pas rater le quatrième.

Jussi Adler Olsen, Délivrance, Albin Michel, 2013 (Flaskepost Fra P, 2009) traduit du danois par Caroline Berg.