Mets ta belle robe, j’t’amène aux vues !

Maxime Houde abandonne le temps d’un roman son héros Stan Coveleski, même si on le croise au détour d’un chapitre, en forme de clin d’œil. Et des clins d’œil, La vie rêvée de Frank Bélair en regorge. Car c’est le but de l’auteur, rendre hommage au film noir, par sa thématique, mais aussi par sa construction, et y compris sa couverture ! C’est réussi, autant que ma maigre connaissance du genre me permet de le dire. L’atmosphère, les personnages, les lieux, on a tout ce qu’il faut pour qu’Humphrey Bogart débarque (je sais, c’est classique, mais après tout, c’est la première image qui nous vient souvent !).

Vie rêvée de Frank BélairOn rencontre donc François, dit Frank, Bélair. 1942, les affaires sont bonnes pour le propriétaire du Blue Dahlia, un des cabarets à la mode de Montréal. Après tout, les soldats qui vont se battre en Europe ont bien besoin de s’amuser. Frank règne en maître sur ses danseuses et ses clients, mais tout n’est peut-être pas simple quand on doit payer la cut à celui à qui on doit son bar. Et on n’est jamais trop loin des embrouilles dans ce métier.

On va suivre le quotidien de Frank, dans un récit qui avance et qui revient dans le temps, entre 1933 et 1948 : sa famille, sa femme, son fils, mais aussi ses maîtresses et ses liens avec les Rourke, représentants de la mafia locale.

La vie rêvée de Frank Bélair est finalement bien plus le portrait d’un homme et d’une époque dans un certain milieu qu’une intrigue complexe ou une histoire d’un crime. Des méfaits, il y en aura à foison, vous pourrez lire de la corruption, de la violence et même quelques meurtres. Après tout, difficile de garder les mains propres ou de ne pas se trouver confronté à ce genre de choses quand on bosse dans le monde de la nuit. C’est tout cela qu’a voulu montrer Maxime Houde ; et tous les stéréotypes sont là, volontairement : de la femme fatale au gangster, en passant par le bras droit amateur de coups, pour finir avec le héros, le paumé loser qui essaye de faire progresser sa vie en prenant quelques raccourcis, sans se soucier vraiment de ceux qui l’entourent. L’exercice est réussi et Maxime Houde va même jusqu’à nous expliquer ses références dans le mot de la fin.

L’intrigue est plutôt classique, mais la structure ne manque pas d’originalité, puisqu’on saute d’une année à l’autre, retournant dans la jeunesse de Frank pour repartir plus loin, nous permettant de mieux comprendre son parcours. Il s’agit là encore, selon l’auteur, de reproduire ses modèles aux récits non linéaires. C’est en tout cas une belle manière de balader le lecteur pour qu’il ne se laisse pas trop porter.

Les amateurs de films noirs y reconnaîtront sûrement les références, j’ai de mon côté profité de l’ambiance, écouté la musique, regardé les floor shows et senti le parfum des années 30 et 40 à Montréal.

Je ne sais pas si tout cela fait de cette Vie rêvée de Frank Bélair un grand roman noir, je dirais qu’il manque un peu de substance et d’intrigue pour cela. C’est en tout cas un bel hommage au cinéma et on ressort avec des envies de replonger dans nos classiques et nos moins classiques. Éteignez la lumière et amenez le pop-corn, le film va commencer !

Maxime Houde, La vie rêvée de Frank Bélair, Alire, 2017.

Publicités
Explore posts in the same categories: C'est du noir

Étiquettes : , ,

You can skip to the end and leave a response. Pinging is currently not allowed.

3 commentaires sur “Mets ta belle robe, j’t’amène aux vues !”

  1. Lionel Noël Says:

    Je vais me le procurer au prochain salon du livre de Montréal et le faire signer par mon collègue auteur.

    • Morgane Says:

      Quelle bonne idée 🙂

      • Lionel Noël Says:

        Maxime est un puriste, grand amateur du polar américain des années d’or. Sa passion pour l’histoire de la seconde guerre mondiale est moins connue de ses lecteurs bien qu’elle transparaisse au travers de son célèbre détective Stan C…Bon succès, Maxime. Un de nos grands ambassadeurs du genre au Québec.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :