Les noirs d’Héliotrope

J’avais déjà parlé l’an dernier de la collection Héliotrope Noir avec leur premier titre Excellence poulet de Patrice Lessard qui a failli faire parti de mon top 5 de l’année. J’avais aimé le format, presque poche et roman court, mais surtout, c’est leur projet qui m’avait intrigué : « Pour tracer, livre après livre, une carte inédite du territoire québécois dans laquelle le crime se fait arpenteur-géomètre. » Patrice Lessard nous promenait à Montréal, où allaient donc nous amener les autres ?

Une église pour les oiseauxIl y a d’abord eu Maureen Martineau, que l’on connaissait pour son héroïne Judith Allison (le dernier volume, L’activiste chez VLB est d’ailleurs plutôt bon). Avec Une église pour les oiseaux, elle s’éloigne du polar plus classique pour se tourner vers une atmosphère noire et mystérieuse. Au centre de ce court roman, des martinets ramoneurs qui attendent le meilleur moment pour descendre dans le Sud. Du haut de leur clocher à Ham-Sud en Estrie, ils surplombent les hommes : Roxanne Pépin qui essaye de diriger le village et d’aider son fils ; Hermann Fiesch qui rêve d’installer un zoo dans sa vieille église et Jessica qui voudrait bien d’une vie meilleure que celle d’escorte dans une petite ville. Leur destin à tous sera tragique et on suit le déroulement des faits sans pouvoir rien arrêter.

C’est d’ailleurs une des forces de Maureen Martineau ici, elle place chacun des personnages dans leur histoire propre et on se demande si elles se rencontreront en se doutant que oui, mais sans savoir comment. Et c’est l’atmosphère qui l’emporte, avec ces oiseaux dignes d’Hitchcock, qui amènent une touche de mystère à tout le texte.

L’autre force se trouve dans les personnages. En quelques mots, puisque le roman ne fait pas 200 pages, l’auteure arrive tout de même à leur donner une complexité et à les étoffer. On comprend leur choix, leur parcours et ce qui les mènera jusqu’au bout. Le polar québécois n’est pour l’instant pas très porté vers le roman noir, mais Maureen Martineau montre qu’il faudra compter avec elle.

Du sang sur ses lèvresMa deuxième découverte est plus récente puisque j’ai lu Du sang sur ses lèvres pendant mon séjour à Paris, il y a quelques jours, lors du Salon du livre. J’ai eu la chance d’y travailler en tant que libraire sur le stand du Québec, me faisant, je l’espère, ambassadrice de la littérature québécoise avec mon curieux accent, mélange de Sud-Ouest de la France et d’intonations attrapées à Montréal. Isabelle Gagnon était en signature pour l’occasion et j’avais envie de la découvrir. Comme Maureen Martineau, elle s’éloigne de la métropole.

Alix est une jeune Française. Par l’intermédiaire d’un détective privé, elle retrouve la trace de son jumeau au Québec. Il s’est réfugié dans un chalet à Pohénégamook, dans le Témiscouata. Elle prend un avion pour le rejoindre, car elle se doute qu’il a des projets funestes. La forêt nous entoure et pourtant, nous sommes presque dans un huis clos : Alix, Paul et ce désir de vengeance qui les ronge. Touche par touche, l’auteure installe le récit et ses personnages. Elle nous raconte peu à peu ce drame qui a marqué leur enfance et détruit leur vie d’adulte et on se dit que tout cela ne peut pas bien se terminer. Là encore, nous sommes dans un roman très court puisqu’il ne fait que 130 pages, que j’aurai presque préféré plus bref pour en faire un récit plus fort encore. Cela reste toutefois une belle excursion dans ce noir qu’Héliotrope met à l’honneur. On dit que la vérité rend libre, mais peut-être pas toujours.

Les prochaines parutions dans la collection promettent tout autant, que ce soit La piscine de Jonathan Gaudet ou bien encore le texte d’André Marois, Bienvenue à Meurtreville. À suivre donc.

Maureen Martineau, Une église pour les oiseaux, Héliotrope Noir, 2015.

Isabelle Gagnon, Du sang sur ses lèvres, Héliotrope Noir, 2015.

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2 commentaires sur “Les noirs d’Héliotrope”

  1. Éliane Vincent Says:

    Bonjour très chère amiedeloin

    Les oiseaux ésotériques de Mme Martineau m’avaient laissée de marbre, mais je viens de terminer Du sang sur les lèvres et j’ai été très impressionnée par la puissance de ce court récit. En quelques mots, on saisit l’âme des personnages, leurs motivations sont amenées petit à petit, sans étirer la sauce et sans omettre ces détails triviaux mais importants, qui font la personnalité des humains.

    Isabelle Gagnon réussit aussi le tour de force de ne pas transformer son «polar régional» en polar touristique. On est ici chez le vrai monde, avec un vrai ancrage au pays, mais sans ostentation. Juste un mode de vie dans lequel s’inscrit une histoire tragique.

    Bravo Mme Gagnon, et bravo à Héliotrope pour cette fascinante collection noire.

    • Morgane Says:

      Et nous qui aimons tellement le roman noir!🙂
      C’est vrai que c’est régional, sans jamais être touristique typique. Et cela fonctionne pour les précédents aussi. Je viens de recevoir dans ma boite aux lettres le André Marois, on va poursuivre la collection avec plaisir j’en suis sûre🙂


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