Quand les dieux cubains nous emportent

Cela faisait longtemps qu’on attendait le nouveau roman de Benoît Bouthillette ; certains depuis la parution de son premier Benjamin Sioui, La trace de l’escargot, en 2005. Pour ma part, je l’avais découvert très en retard, avec sa nouvelle dans Crimes à la librairie l’an dernier. Le style m’avait scotché, le texte était mon préféré du recueil. Je m’étais alors emparé du livre précédent, rencontrant ce personnage tourmenté, cultivé et particulièrement compliqué. J’avais relu avec bonheur ce même style touffu, violent et poétique.

Je m’étais donc mis dans la file de ceux qui patientaient, avec cette petite crainte au cœur que cela ne soit pas tout à fait pareil après 10 ans.

Heure sans ombreEt voilà qu’est sorti L’heure sans ombre, première partie d’un diptyque intitulé La somme du cheval. Sautons directement au verdict final : aucune déception, juste le plaisir de retrouver l’auteur et l’univers qu’il sait si bien créer.

Ceci étant posé, passons aux détails. Benjamin Sioui est de retour ; l’inspecteur de la Sûreté du Québec est à Cuba où il est parti après l’enquête difficile de La trace de l’escargot. Il essaye de se reconnecter à la réalité en arpentant les chemins, en regardant la mer et en carburant au rhum. Jusqu’à ce que Yemayá, une orisha, une déesse cubaine, le choisisse pour être son messager. L’heure est grave, des enfants disparaissent et meurent, il faut faire quelque chose. Et qui mieux qu’un flic étranger, un shaman d’origine amérindienne, pour cela ? Benjamin se retrouve donc malgré lui, mais prêt à tout, responsable d’une quête qui le dépasse un peu. Heureusement, il a des contacts et on lui adjoint l’aide d’un capitaine de la police locale et d’une employée du ministère de l’Intérieur, Maeva, à laquelle, bien sûr, il ne pourra pas résister. Ils crapahuteront à travers tout Cuba pour trouver des indices leur permettant de savoir pourquoi ces enfants sont enlevés et par qui.

Voilà l’intrigue de ce nouvel opus. Elle est bien ficelée, recherchée, mais crédible, touchant à des complots internationaux, financiers, et à la folie des hommes. Mais les romans de Benoît Bouthillette, ce n’est jamais qu’une histoire, c’est aussi un univers, cette fois-ci largement spirituel, où Benjamin parle aux déités cubaines et à leurs représentants, qui le mettront sur la piste des kidnappés ou, du moins, d’une certaine vérité.

Et cela se sent également dans le style, encore une fois complexe et pourtant fait de phrases courtes, toujours poétique. Il y a les images, partout, dans le texte et dans les dialogues, le rythme, qui se scanderait presque parfois, les discours intérieurs de Benjamin, le jeu entre trois langues. Ce n’est pas une lecture facile, qui s’arrête et se reprend sans arrêt, on plonge dans l’histoire et on se retrouve bien loin du métro de Montréal ou de son salon, dans un Cuba décrit avec amour et une spiritualité présente à tous les niveaux.

Que dire encore ? Il y a les personnages, tous forts, à la limite de l’exagération, mais qui n’y tombent jamais, la musique électronique, l’art en général, l’importance de l’amitié, le besoin d’admirer et beaucoup plus.

Un roman de Benoît Bouthillette ne se résume pas en trois mots dans une critique, quoique, je pourrais n’en donner qu’un, envoûtée, encore une fois. 2017 paraît bien loin pour retrouver Benjamin Sioui.

Benoit Bouthillette, L’heure sans ombre, Druide, 2015.

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One Comment sur “Quand les dieux cubains nous emportent”

  1. Éliane Vincent Says:

    Il était temps! Ce cher Benoît nous aura fait languir, mais j’ai super hâte de le retrouver, sans rancune aucune pour son long détour!


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