Entrevue avec Jacqueline Landry

Je continue sur ma lancée des Printemps. Après les entrevues pour la radio, voici celles pour Carnets Noirs. Pourquoi ne pas commencer par l’auteure qui a fait le plus de chemin pour venir jusqu’à nous : Jacqueline Landry.

Cette journaliste québécoise, installée aujourd’hui à Vancouver, est chef d’antenne au Téléjournal Colombie-Britannique de Radio-Canada. En 2014, elle a publié son premier roman Terreur dans le Downtown Eastside aux éditions David. Elle est revenue dans l’est le temps du festival de Knowlton pour échanger avec ses collègues sur le polar. Une belle occasion pour nous de la rencontrer.

Terreur dans le Downtown EastsideTerreur dans le Downtown Eastside raconte des meurtres de prostituées dans ce qui est, me rappelle Jacqueline Landry, l’un des quartiers les plus pauvres et les plus dangereux du Canada. Quand je lui demande ce qui l’a poussée à se mettre à l’écriture, elle me répond que c’est justement tous ces faits divers qui s’accumulaient sur sa table des nouvelles en tant que journaliste. En arrivant en Colombie-Britannique, elle a découvert une grande détresse, mot qui reviendra souvent dans la discussion. Ce qu’elle a vu, au-delà de la violence évidente, ce sont aussi toutes ses victimes collatérales, comme les familles des membres de gang par exemple, qui lors des arrestations de leurs proches, perdent tout en un instant.

Dans sa vie professionnelle, elle ne pouvait que faire ce qu’elle appelle des « instantanés », des histoires très courtes, tout en restant le plus impartiale possible pour laisser le public se faire son opinion. Elle désire garder cette neutralité dans ses romans, mais au moins a-t-elle le temps de développer son récit et d’expliquer en détail pour que le lecteur ait plus d’informations en main. La journaliste n’est jamais bien loin de l’auteure et elle ne souhaite clairement pas distancer les deux.

Lorsqu’elle parle de cette empathie qui la pousse à s’exprimer pour les autres, elle raconte que cela fait partie d’elle. Elle a grandi à Saint-Jean-Vianney et a perdu des membres de sa famille dans le glissement de terrain qui a frappé le village. Selon elle, c’est d’avoir vécu cette tragédie qui fait qu’elle ne veut pas qu’on oublie les victimes de la société.

Cette volonté d’écrire sur ceux qui souffrent ne s’arrête pas aux crimes violents, puisqu’elle utilise aussi son expérience d’expatriée dans le roman. Une partie du récit raconte le voyage d’un policier et de sa famille après sa mutation à Vancouver. C’est surtout le regard de Rachel, sa femme, qui nous montre ce déracinement, que Jacqueline Landry a probablement ressenti lorsqu’elle-même a fait le déplacement vers l’ouest pour suivre son mari qui travaille à la GRC ; le tout sans aucun soutien du système, comme elle le souligne. La neutralité à laquelle elle tient tant semble mise à mal ici, mais cela ne peut rendre le roman que plus juste.

Elle admet d’ailleurs volontiers qu’elle utilise ce qu’elle voit pour l’injecter dans sa fiction. Comme elle n’a jamais renoncé à aller sur le terrain, cette réalité se retrouvera probablement dans ses prochains livres. En attendant, elle vient de terminer le tome 2 de cette trilogie qu’elle a appelé le Cri du West Coast Express et espère écrire le troisième volume cet été. Sa manière à elle de dénoncer ce qui se passe dans le Downtown Eastside, ce quartier toujours plus violent, et de donner un visage aux victimes.

Entrevue pendant les Printemps meurtriers. Photo: David Warriner

Entrevue pendant les Printemps meurtriers.
Photo: David Warriner

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