Du québécois et du québécois

Je me balade peut-être du côté de Knowlton, mais je n’arrête pas de lire pour autant. Ces temps-ci, je la joue québécois (j’écris ça, mais en même temps, je débute le dernier Michael Connelly), disons plutôt que mes deux lectures précédentes venaient d’ici.

Je commence par la nouvelle collection noire des éditions Héliotrope. Pour l’instant, deux titres parus : Une église pour les oiseaux de Maureen Martineau et Excellence Poulet de Patrice Lessard. Premier constat, j’aime le format et le design, ils attirent le regard juste dans le bon sens.

Excellence pouletLa 4e de couverture d’Excellence Poulet m’a plu, en particulier la description de l’enquêteur : « Gil Papillon, notre héros, fréquente la rôtisserie Excellence Poulet, à un jet de pierre de la garderie. Il n’a rien à voir dans cette histoire, mais il est curieux et, depuis son retour forcé du Portugal, s’ennuie. C’est comme ça qu’il finira par s’en mêler. »

Se mêler de quoi ? De l’assassinat de Luc Touchette, propriétaire d’une garderie. On a retrouvé son corps derrière son lieu de travail. Qui a fait le coup ? Peut-être quelqu’un de la rôtisserie voisine, parce que tout le monde sait qu’il y a plus ou moins des liens entre ces gars-là et les Hells. Ou cela vient du salon de massage érotique qui donne aussi sur la ruelle. De toute façon, la police s’en fout un peu, elle a des suspects potentiels à volonté. Alors quand un des cuistots du resto est inquiété, le patron demande à Gil de jeter un coup d’œil. Il doit s’y connaître, non, puisqu’il a été détective privé au Portugal ? Et puis, en plus, il s’ennuie dans sa job un peu plate dans un pawnshop. Le voilà donc qui se met à arpenter les rues de Montréal, à la recherche d’il ne sait trop quoi.

Puisque je reviens d’une fin de semaine à parler polar et distinction du genre, je pense qu’il faut spécifier tout de suite que cela n’est pas du tout un roman à énigme. La question de connaître l’assassin de Luc Touchette finit par être oubliée dans cette description d’une atmosphère et dirons-nous, d’une faune particulière. Pas qu’on s’en moque, mais pas loin, c’est le reste qui nous intéresse, les personnalités du resto Excellence Poulet, les éducatrices de la garderie ou encore les masseuses du Salon Spa Afrodite.

Et Patrice Lessard les installe très bien, souvent en quelques phrases seulement, principalement dans des dialogues. Il laisse d’ailleurs ces derniers dans le texte, ce qui surprend au début, mais donne un certain rythme par la suite. Je me suis également dit que 10 ans au Québec avaient changé mon vocabulaire, j’aurai été bien perdue à mon arrivée.

L’auteur s’amuse à faire des retours dans le temps, autour de ce moment-clé de l’assassinat de Luc Touchette, là encore en nous faisant confiance pour nous y retrouver.

Finalement, c’est un texte ancré dans son époque et son quartier puisque j’y ai reconnu les rues pas très loin de chez moi et des allusions à la politique et au Québec actuel, qui ne pourront que faire sourire les lecteurs.

Un très chouette début pour cette collection chez Héliotrope.

Deuxième étape, le nouveau roman de Florence Meney, L’encre mauve.

Il y a d’un côté la découverte horrible d’un crime familial, une mère et ses jumelles assassinées. Le père, un policier, est retrouvé dans les environs. Qu’est-ce que qui l’a poussé à l’acte ? On le comprendra au fil des pages et du procès, si toutefois un geste pareil peut vraiment s’expliquer.

Encre mauveEn parallèle, on suit Laura, que l’on avait déjà rencontrée dans un roman précédent. Éditrice, elle vient de perdre son patron et ne sait plus où elle en est professionnellement. Elle est alors contactée par un juge qui lui propose un manuscrit plus que troublant, par lequel elle est à fois attirée et complètement dégoûtée. L’homme écrit-il vraiment de la fiction ou y-a-t-il beaucoup de lui dans ce texte ?

Nous ne sommes pas dans un roman à énigme classique, mais plutôt dans un thriller psychologique. Laura est entraînée contre son gré dans une direction qui pourrait être fatale à quelqu’un. Ce n’est pas mal amené, mais cela manque peut-être un peu de tension et de rapidité dans le récit.

Ce que j’ai trouvé plus intéressant, ce sont toutes les pistes de réflexion que Florence Meney pose dans son livre. Le sujet du drame familial est complexe et elle le traite comme tel. Celui qui commet un tel acte est-il seulement le mal absolu ? Elle montre cette ambiguïté à travers le personnage du flic enquêteur qui est tiraillé entre l’horreur de ce qu’il a vu, le besoin de déshumaniser le coupable et en même temps, une expérience qui lui a appris que tout le monde est capable du pire ou presque.

Et puis il y a l’autre intrigue, qui intéressera peut-être plus ceux qui connaissent l’édition ; celle autour du nouveau patron de Laura, le neveu de l’ancien propriétaire, qui, contrairement à son prédécesseur, ne pense qu’en terme de chiffres, de best-sellers et de résultats. Comment faire quand on aime son métier, mais qu’il faut bien vivre ? Et il nous vient en tête certains noms dans le domaine littéraire. Le livre comme produit ou exception culturelle ? Le camp de Florence Meney est choisi et il est le même que le mien. Elle avait d’ailleurs déjà touché à ce sujet dans sa nouvelle du recueil Crimes à la librairie, qui parlait d’un marchand de livres vendeur de bébelles et autres préfabriqués «culturels».

Cela a ajouté à mon plaisir de lire cette Encre mauve, dans laquelle l’histoire en elle-même ne suffisait pas tout à fait. Il manque peut-être un petit plus, une rapidité dans le récit et il y a un peu trop de personnages facultatifs, mais Florence Meney est de ces auteurs qui me donnent l’impression que si ce n’est pas tout à fait parfait, on est sur la bonne voie pour l’être la prochaine fois.

Patrice Lessard, Excellence Poulet, Héliotrope, 2015.

Florence Meney, L’encre mauve, Druide, 2015.

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