Vacances romaines (même si je ne suis pas Audrey Hepburn !)

Long time no see ! Je sais, je sais, je m’absente beaucoup. Que voulez-vous, le temps passe si vite, mon bon monsieur et ma bonne dame. Je me retourne et voilà que deux mois viennent de s’écouler.

Et puis, c’est l’été, il fait chaud, il fait beau aussi et c’est le moment d’aller voir ailleurs si on y est.

C’est ce que j’ai fait pendant trois semaines fin juillet. J’ai traversé l’océan, direction la vieille Europe. Ma première étape a été l’habituelle, le sud-ouest de la France, mes origines. Il faut bien que j’entretienne l’accent et que je fasse une cure gastronomique, sinon, j’ai peur que ma mère ne me reconnaisse pas. Après ça, je me suis dit que l’Italie, ce n’était pas une mauvaise idée. C’est vrai quoi, la Française du sud n’avait jamais mis les pieds chez les voisins, il était temps d’y remédier. Donc me voilà partie pour Florence d’abord et Rome ensuite.

Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas en train de transformer Carnets Noirs en blog de récits de voyage et promis, vous n’y verrez pas de vidéo de mes visites, mais vous savez ce que c’est, en vacances, moi, je lis !

Il faut aussi dire que sang et Italie, ça marche assez bien, il me suffisait de feuilleter mon guide touristique pour avoir des histoires de meurtres, de trahisons et d’assassinats multiples. Je pouvais bien y rajouter de la fiction et j’ai accompagné mon gelato de giallo !

J’aurai bien fait du florentin et du romain, mais je n’ai pas trouvé (pas cherché longtemps non plus, je l’admets), donc il n’y avait pas la ville, mais il y avait la saveur.

Raisons du douteJ’ai débuté par le sud, Bari et Guido Guerrieri, le héros de Gianrico Carofiglio. Dans Les raisons du doute, l’avocat se retrouve confronté à une question difficile. Son client potentiel a été le cauchemar de son adolescence, même si l’homme ne s’en souvient plus, et il est bien décidé à refuser l’affaire. Mais il y a la femme ! Belle, sûre d’elle, elle va le convaincre de pousser ses recherches et, se faisant, il commence à penser que les années ont passé et que le Fabio Ray-Ban de son enfance est peut-être moins coupable que ne le croient les juges.

J’ai aimé ce héros désabusé, toujours à se dire qu’il est temps de changer de métier, mais qui, pourtant, repart de plus belle quand il est persuadé que la justice comme il l’imagine n’est pas rendue. Et il y a ce romantisme presque contre nature, cet homme qui se voit comme un raté, un solitaire, qui ne rêve que de trouver quelqu’un, mais restera honnête jusqu’au bout, même si cela signifie être seul.

Et puis, j’ai apprécié l’écriture efficace, au je, qui nous met d’autant plus dans la peau de Guido Guerrieri. On passe du dialogue aux réflexions personnelles, le tout ponctué de questions et d’exclamations qui s’adressent presque au lecteur. Cela ajoute à donner un ton très intéressant au récit.

Finalement, j’aime l’équilibre que Carofiglio trouve avec l’idée de justice. Ce n’est pas simpliste, Guerrieri n’est pas un blanc chevalier, il ne croit plus beaucoup dans le fonctionnement judiciaire de son pays et lui aussi utilise les rouages du système pour libérer des clients qu’il sait pertinemment coupables. Pourtant, on sent que, presque à son insu, il est mené par cette recherche de justice et d’équité et que lorsqu’il le peut, il va faire le nécessaire pour ajuster la situation.

Un chouette moment de lecture sur les places de Florence après ma visite aux Offices et avoir monté toutes les marches du Duomo (et il y en a !)

Pour l’étape de Rome, j’ai eu envie de remonter dans le temps et les années 60. Il faut dire qu’une visite chez Gibert à Paris m’avait permis de mettre la main sur un vieux Scerbanenco en 10-18.

Enfants du massacreJ’ai donc pu découvrir son héros Duca Lamberti, ancien médecin, radié de l’ordre pour euthanasie, qui depuis collabore avec la Questure de Milan et mène des enquêtes à sa manière. Dans Les enfants du massacre, il se consacre au meurtre d’une institutrice de cours de soir. L’affaire paraît simple, elle a été attaquée par ses élèves, tous des garçons difficiles et ivres au moment des faits, qui se murent dans un silence commun, aucun n’a vu qui a fait, mais ce n’est pas lui.

Lamberti pourrait en rester là, mais il est sûr que ces jeunes hommes n’ont pas agi seuls. Il n’a pas de preuves, juste une intuition, qu’il entend bien poursuivre jusqu’au bout.

C’est un portrait sombre de Milan, l’Italie n’y est pas ensoleillée ni heureuse. On sent la pauvreté, l’inculture, la méchanceté bien ancrée de ces garçons. Lamberti ne participe pas à alléger le tableau, lui qui néglige ses proches quand ils ont besoin de lui parce qu’il a une sensation, une certitude. Il faut dire aussi qu’il est le seul à vouloir parler pour l’institutrice qui mérite bien qu’on se batte pour elle. C’est un personnage complexe, qu’on ne cerne pas et qui nous échappe.

J’ai aimé l’écriture, très factuelle, un peu datée, même si je me demande s’il s’agit d’une traduction fidèle de l’originale. J’irai voir un jour la nouvelle édition chez Rivages pour comparer le ton. Elle correspondait en tout cas à ce que j’avais envie dans mes périples romains. Et puis c’était un nom que j’avais envie de lire depuis longtemps et je me promets bien d’y revenir à un moment.

CarlottoJ’avais aussi amené dans mes bagages L’immense obscurité de la mort de Massimo Carlotto. Un homme ayant perdu sa femme et son fils dans un braquage est contacté des années plus tard par un des condamnés, malade, qui lui demande de l’aider à sortir. L’homme envisage de le faire pour mieux se venger. Je ne le critiquerai pas, je ne l’ai pas fini. J’étais pourtant accrochée, mais c’était trop sombre pour mon atmosphère de vacances au moment où je l’ai commencé. Je le laisse donc là en attendant une meilleure occasion. Mais pour ne pas l’oublier et pour le souvenir, je me suis fait un cadeau dans une librairie romaine en achetant la version originale. Bon, je ne parle pas italien, d’accord, mais ce n’est qu’un détail.

Giancarlo Carofiglio, Les raisons du doute, Points, 2010 (Ragionevoli dubbi, 2006) traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

Giorgio Scerbanenco, Les enfants du massacre, 10-18, 1984 (I ragazzi del massacro, 1968) traduit de l’italien par Roland Stragliatti.

Massimo Carlotto, L’immense obscurité de la mort, Éditions Métailié, 2006 (L’oscura immensita della morte, 2004) traduit de l’italien par Laurent Lombard.

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8 commentaires sur “Vacances romaines (même si je ne suis pas Audrey Hepburn !)”

  1. Éric Says:

    Tes passions italiennes….!

  2. Christiane CARRASSET Says:

    pour un retour au boulot, c’est bien reparti ! je vais bien trouvé un Serbanesco dans ma bibliothèque pour voir ce qu’il en est.

    • Morgane Says:

      Il y en a un que j’ai probablement lu ado, sans me souvenir lequel. Je pense qu’il est dans la bibliothèque de la mezzanine. Je dis ça comme ça🙂

  3. actudunoir Says:

    Carlotto, c’est sûr, c’est pas drôle, mais que c’est fort ! Et que dire de Rien, plus rien au monde, même format, encore plus dérangeant. mais pas pour les vacances donc …

  4. belette2911 Says:

    Quelle passion !

  5. le maguet Says:

    super ton blog


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