Trois auteurs à succès, trois légères déceptions

Retour à la critique, parce que sans rire, c’est quand même pour ça que j’ai créé Carnets Noirs, il ne faudrait pas que je l’oublie. En même temps, j’aurai du mal à ne pas y penser quand je vois la pile des livres que j’ai envie de chroniquer qui menace de s’effondrer sur mon bureau. Alors comme d’habitude quand j’ai du retard, je vais faire un lot.

Le thème du jour est le gros, comprendre, le gros auteur, celui que tout le monde lit.

Au menu, trois romans et trois destinations : Dragon bleu, tigre blanc de Qiu Xiaolong, Le Duel d’Arnaldur Indridason et Deux veuves pour un testament de Donna Leon.

La Chine

dragon bleu, tigre blancOn commence par la Chine. On retrouve dans cette neuvième enquête un Chen en difficulté : alors qu’il est en train de travailler sur plusieurs affaires, on le démet tout simplement de ses fonctions. Pourquoi ? Allez savoir. Peut-être s’est-il trop approché d’un des pontes au pouvoir ou d’un monsieur gros-sous. Toujours est-il qu’on lui demande de s’éloigner en lui offrant une fausse promotion.

J’ai retrouvé ici tout ce que j’apprécie de Qiu Xiaolong : le portrait d’une Chine en mutation, partagée entre des traditions ancestrales, un passé communiste et un futur capitaliste, le tout dirigé par un état corrompu. Le but est atteint sans lourdeur, l’auteur veut transmettre son idée sans être trop didactique.

J’y ai vu aussi ce que j’aime moins : un style un peu lent, des descriptions de vie courante parfois inutiles au récit et une propension à l’image un peu trop récurrente. Je sais que cela va avec la culture et le choix du personnage, mais il m’arrive d’être impatiente.

Dans l’ensemble, une lecture positive, même si mon caractère me porte vers des auteurs plus dans l’action et la rapidité. Il n’est toutefois pas désagréable de prendre son temps en écoutant un poème chinois et en mangeant une soupe réputée pour son bon goût, surtout quand cela permet tout de même de critiquer un pouvoir en place aux actes plus que douteux.

L’Islande

DuelDeuxième incursion dans les poids lourds du polar avec Le duel d’Arnaldur Indridason. L’auteur islandais abandonne une fois de plus son héros Erlendur, mais qui plus est, il repart dans le temps puisque nous nous retrouvons à Reykjavik durant l’été 1972. Le monde découvre ce petit pays où aura lieu la confrontation du siècle aux échecs : l’Américain Fischer contre le Russe Spassky. La guerre froide se joue aussi sur un échiquier. Pendant que tous les regards sont tournés vers cet affrontement exceptionnel, un jeune homme est assassiné dans une salle de cinéma. Rien ne le menaçait, il était gentil, un peu spécial et son seul plaisir était d’enregistrer le son des films avec un magnétophone pour pouvoir les réécouter chez lui. Alors pourquoi a-t-il été tué ? À Marion Briem de le découvrir, même si tout le monde se moque bien de savoir ce qui est arrivé au garçon. À travers ce personnage de commissaire, Indridason raconte l’épidémie de tuberculose qui a marqué l’Islande. Il nous montre la peur de la maladie, la violence des traitements, la solitude des sanatoriums ressentis par Marion pendant son enfance.

Ce sont les passages que j’ai apprécié parce qu’ils reviennent sur un passé pas si loin, mais difficile. L’enquête m’a accroché au début, pour finalement me laisser plus froide alors qu’elle se rapprochait de l’espionnage, dont je ne suis pas une adepte. C’est peut-être aussi le personnage de Marion qui a fini par me lasser par son obstination à trouver le coupable et à se cantonner à une idée préconçue sans la remettre en question. Malgré ces quelques réserves, je n’ai pas détesté ce duel, même si c’est loin d’être selon moi le meilleur roman de l’auteur islandais.

L’Italie

deux veuves pour un testamentEt finalement, direction l’Italie, ce qui est de bon augure, car si je me décide enfin à prendre mes billets d’avion, ce sera ma destination estivale. Le titre du jour est une valeur sûre puisqu’il s’agit de la vingtième enquête de l’inspecteur Brunetti. Lorsqu’on l’appelle pour le décès d’une vieille dame, l’affaire paraît simple, son cœur a lâché et elle s’est assommée en tombant. Histoire triste, mais très classique. Mais Brunetti aime fouiller et quand on fouille à Venise, on trouve toujours quelque chose d’un peu louche. Là encore, petite déception en lisant ce nouveau Donna Leon. Toutes les qualités auxquelles on est habitué sont là : l’attitude de Brunetti qui peut passer pour de l’indolence, mais qui n’en est pas, sa vie de famille avec Paola, ses relations avec son supérieur Patta, le Venise de l’auteur tel qu’on l’apprécie. Mais l’histoire ne m’a cette fois-ci pas assez attirée, je suis en tout cas restée sur ma faim, comme s’il n’y en avait justement pas, de fin.

Conclusion globale, trois romans d’écrivains que j’aime toujours lire, mais qui ne m’ont pas tout à fait convaincue. Peut-être que c’est la lassitude, peut-être que j’ai besoin de vacances ou que je veux simplement faire du mauvais esprit en trouvant des faiblesses à trois auteurs reconnus, je vous laisse décider. En attendant, je retourne à mes Québécois pour un petit marathon de lecture en préparation du coup de cœur Saint-Pacôme.

Qiu Xiaolong, Dragon bleu, tigre blanc, Éditions Liana Lévi, 2014 (Shanghai redemption, 2013) traduit de l’anglais par Adélaïde Pralon.

Arnaldur Indridason, Le duel, Éditions Métailié, coll. « Noir » , 2014 (Einvigid, 2011), traduit de l’islandais par Éric Boury.

Donna Leon, Deux veuves pour un testament, Calmann-Lévy, 2014 (Drawing conclusions, 2011) traduit de l’anglais par William Olivier Desmond.

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One Comment sur “Trois auteurs à succès, trois légères déceptions”

  1. Éliane Says:

    Il y a toujours un risque à être un auteur à succès, condamné à l’excellence pour cause d’attentes élevées. Peut-être que ce n’est pas vrai qu’on peut pondre des chefs-d’œuvreà répétition…

    Quant aux Québécois, il y en a au moins deux dans le lot qui m’ont vraiment imprennionnée… bonne lecture!


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