Braquage en direct

Quand la lecture traîne, qu’on ne sait plus ce dont on a envie, un petit Dortmunder est toujours bon à prendre. En tout cas, dans mon cas. Et comme le dernier Westlake paru en français, Top Réalité, se trouvait dans mon panier à lire (oui, j’ai un panier maintenant, ça évite que mon félin ne mange mes futures critiques), je me suis dit qu’un peu de télé-poubelle pourrait me faire du bien. Parce que dans celui-ci, nos cambrioleurs peu-gentlemen se frottent au petit écran.

Top réalitéDortmunder et sa bande aiment normalement rester dans l’ombre, la reconnaissance publique est plutôt contre-indiquée pour des voleurs professionnels. Quand un producteur de télé-réalité leur propose de participer à une émission basée sur leur vie, le premier réflexe est la fuite. Et puis, après un temps de réflexion, ils acceptent.
C’est donc parti pour le tournage du Gang est au complet (titre temporaire). Le concept est simple, suivre la bande de Dortmunder lors de la préparation et le déroulement d’un casse. Bien sûr, il y a quelques subtilités juridiques, les gars n’ayant aucune envie de se retrouver en prison cinq minutes après le passage à l’antenne. Mais tout peut s’arranger, surtout quand ils comprennent que la compagnie Top réalité a peut-être des choses à cacher et que la porte de l’étage sous les studios est un peu trop protégée pour être celle d’un entrepôt. Le producteur n’a aucune idée de qui il vient d’engager. Quoique, embaucher des cambrioleurs et penser qu’ils vont être honnêtes est quand même très très naïf.

Une aventure de Dormunder arrive toujours à me faire sourire, et celle-là ne fait pas exception. J’apprécie l’efficacité de l’intrigue, les méandres de l’histoire. On a l’impression que Westlake s’éparpille, que les plans concoctés par Dortmunder, Kelp et Andy sont foireux, mais tout finit par se mettre en place.
J’aime les dialogues aussi. Parce qu’eux, justement, n’ont pas l’air d’être efficaces et ils en sont d’autant plus drôles. Le ton détaché, les remarques en apparence sans importance, le sang-froid clairement affiché, ce que j’arrive à retrouver parfois dans les films de voleurs à l’américaine, quoi!
Et ça marche avec moi, je ressors plus légère avec l’envie de sourire.
Il y a surtout la critique humoristique de la télé-réalité et de ses producteurs prêts à tout pour offrir au public une authenticité entièrement écrite. Les téléspectateurs sont-ils crédules à ce point-là? Sûrement. C’est cette ironie, cette description probablement pas si exagérée d’une industrie cynique et sans morale qui m’a plu autant.
Ce n’est pas le meilleur Dortmunder que j’ai lu et la fin m’a laissé sur ma faim, justement. Cela manque un peu de substance peut-être, mais le contrat est rempli. On se demande jusqu’au bout comment Dortmunder et ses potes vont fignoler leur plan pour que ça marche et de quoi va avoir l’air Le braquage (titre provisoire) au montage.
Et puis, j’aime bien les personnages qui gravitent autour de Dortmunder, parce qu’ils arrivent à être ordinaires et quand même bizarres. Ce qui est en soit un tour de force.

Dommage de penser que cette arnaque est aussi leur dernière puisque Westlake est décédé. Je pourrai toujours retourner voir les premiers quand je ne saurai plus quoi lire.

Donald Westlake, Top Réalité, Éditions Rivages, 2014 (Get real, 2009) traduit de l’anglais par Pierre Bondil.

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5 commentaires sur “Braquage en direct”

  1. belette2911 Says:

    Westlake, une valeur sûre ! Dormunter, un type à ne pas faire entrer dans sa maison autrement qu’en version papier… et encore, je pense qu’il serait capable de cambrioler la maison une fois le livre posé…😉

    Dommage que tout ceci soit terminé😦

    • Morgane Says:

      Heureusement, certains d’entre nous n’ont pas encore lu tous les premiers🙂

      • belette2911 Says:

        Il nous reste encore de belles découvertes à faire ! Les nouveaux auteurs d’aujourd’hui et ceux d’hier et d’avant-hier, une belle brochette, je trouve😉

  2. norbert spehner Says:

    Le début est prometteur, l’humour est présent, les dialogues toujours aussi réjouissants, mais ça se met à patiner au centre, ça manque de punch, de nerf, bref, un polar distrayant mais pas le meilleur de la série. Pour un satiriste comme Westlake, la téléréalité aurait dû être une cible de choix, mais on reste un peu sur sa faim quand même. A lire un soir de blues ou de morosité…


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