La violence des souvenirs d’enfance

J’étais partie pour faire deux critiques et la première s’est tellement étendue que je vais lui donner toute la place. Le livre le mérite en plus.

Le sujet du soir ? Un petit polar d’ici (petit, parce qu’en format poche) : Une maison de fumée de François Lévesque. Autant l’avouer tout de suite, je n’avais vraiment pas aimé son précédent. Je ne l’avais pas trouvé mauvais, mais le genre, plus proche du fantastique, était un peu trop éloigné de mes goûts personnels. Je n’avais donc pas d’a priori négatif sur l’auteur en ouvrant celui-là, je n’étais simplement pas sûre qu’il joue dans ma cour.

Eh bien oui, François Lévesque est tout à fait capable de changer de style, et ce polar beaucoup plus traditionnel devrait plaire aux amateurs.

Au centre de l’histoire, il y a Dominic Chartier. Alors qu’il avait 8 ans, deux fillettes ont disparu du village où il vivait sans qu’on les retrouve jamais. Dans la nuit, sa maison a été la cible d’un incendie criminel. Sa mère n’y a pas survécu.

Une maison de fumeeAujourd’hui dans la trentaine, il est policier à Montréal. Lorsqu’une petite fille manque à l’appel dans le même patelin, il se dit que tout cela doit être lié. Il repart donc sur les traces de son enfance pour trouver la vérité sur ce qui est arrivé.

Il fera équipe avec Vincent Parent, l’enquêteur de la Sûreté du Québec chargé de l’affaire, qui préfère le garder près de lui parce qu’il a du mal à s’expliquer ce que Dominic vient faire là.

Comme je l’ai dit, on est ici dans du polar plus classique, mais pas tout à fait quand même, car Dominic ne s’éloigne jamais tout à fait des cauchemars de sa jeunesse et on comprend très vite qu’il est hanté par un souvenir enfoui qu’il ne saisit pas lui-même.

J’ai aimé le duo énergique qu’il forme avec Vincent Parent, leur dialogue en va-et-vient, dignes d’un film policier (c’est un compliment). J’ai aussi beaucoup apprécié le personnage de Berthe, cette vieille femme forte qui surveille son village d’un regard acéré.

L’histoire avance et on espère qu’ils retrouveront la petite fille vivante et que Dominic éclaircira son passé. La fin est à la hauteur, horrible et salvatrice à la fois.

J’ai bien quelques bémols, on me connaît, je ne suis jamais satisfaite. Le premier qui rejoint d’ailleurs ma précédente critique, est l’abus de scènes de cul ou du moins de passages y faisant référence. Il me semble que l’urgence de la situation et la nécessité de repenser à des évènements traumatiques n’appelaient pas à cela. N’empêche que, soit les filles sont très faciles dans les villages, soit Dominic a un charme fou. Mais j’arrête où on va me prendre pour une bonne sœur qui se serait éloignée de son couvent.

Autre léger bémol, l’intrigue entourant Dominic m’en a presque fait oublier l’histoire principale. Quant à la résolution, elle est peut-être un peu grosse, mais lancés dans notre lecture, nous l’acceptons sans broncher.

Mais là où l’auteur se déploie, c’est particulièrement dans les dialogues, très vivants, qui ont mis à rude épreuve ma réputation de néo-Québécoise. Mon honneur était en jeu, il me fallait tout comprendre. François Lévesque est un spécialiste du cinéma et cela se sent dans son attention à rendre l’oralité des situations, qui installe d’autant mieux le roman. De quoi amuser en plus les lecteurs français !

Dans l’ensemble, une belle surprise, donc. De quoi donner envie de suivre l’auteur s’il reste dans ma zone de confort et même peut-être le suivre quand même s’il s’en éloigne.

François Lévesque, Une maison de fumée, Éditions Alire, 2013.

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6 commentaires sur “La violence des souvenirs d’enfance”

  1. belette2911 Says:

    Je note toujours, pas dit que je l’achèterai mais sait-on jamais ?;)

  2. norbert spehner Says:

    Je joins ma voix à celle de Morgane pour vous inciter à lire ce polar de Lévesque qui est une des bonnes surprises de la défunte année 2013 (le diable ait son âme…2013, pas Lévesque). L’univers de sa trilogie de Francis ne m’avait pas vraiment branché et j’avais très vite renoncé, mais là, j’ai beaucoup aimé et j’espère que les deux comparses (il y a des dialogues savoureux et colorés) reviendront dans une autre épisode.

  3. Éliane Says:

    Les dialogues sont le grand plus de ce roman à mon avis, de même que la maîtrise de l’écriture. Le talent de l’auteur permet de faire passer agréablement le scénario somme toute assez classique de l’amnésie lancinante et finalement résolue. Je manque un peu d’enthousiasme, on le voit, mais je reconnais que la finale nous «shake le canayen», tu la comprends, celle-là, j’espère, chère Morgane!

    • Morgane Says:

      @ Éliane: Tout à fait. Un polar classique en somme, mais qu’on aurait envie de lire à voix haute pour les dialogues. Bon, peut-être pas par moi🙂 Parce que non, je ne la comprends pas!

      @ Norbert: J’avoue que j’ai assez envie de voir les deux revenir aussi.


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