Les dangers d’internet

Il y a des auteurs que j’aime bien retrouver, que je conseille même, et pourtant, quand vient le temps d’écrire un texte, les points négatifs l’emportent sur les positifs. Alors, quoi? Goûts douteux ou plaisirs coupables? Ni l’un ni l’autre, je pense. Juste la capacité de me laisser embarquer dans une histoire pas trop mal foutue dont j’ai envie de savoir la fin. Critique donc d’un polar avec ses hauts et ses bas.

Le sang des autres est en fait du troisième livre de la série de Rick Mofina. On y retrouve ses deux enquêteurs, l’inspecteur Walt Sydowski et le journaliste Tom Reed, auxquels se rajoutera un troisième, le policier Ben Wyatt. La première image est forte: une jeune femme est enlevée et son corps torturé mis en scène dans la devanture d’une boutique de robes de mariée. En fouillant dans le quotidien de la victime, la police se rend compte qu’elle menait une vie effacée, sortant peu et passant plus de temps sur des sites de rencontres qu’avec des amis inexistants. Est-ce pour cela que le tueur l’a choisie?

Sang des autresWalt n’y connaît rien en informatique et cela lui importe peu. Pour lui, une enquête, ça se fait en marchant, en questionnant et en réfléchissant. En plus, il est particulièrement mécontent qu’on lui ait mis Wyatt dans les pattes. Le jeune policier est un paria dans le métier depuis qu’on a tiré sur son partenaire alors qu’ils étaient dans la rue; on l’accuse de n’avoir rien fait pour protéger l’autre. Wyatt n’a qu’une envie: prouver qu’il est innocent et qu’il est encore capable de faire son travail. De son côté, Tom Reed flaire la bonne histoire et se lance à fond dans les recherches, quitte à délaisser pour cela sa femme et son fils. En pistant ce fantôme se baladant sur les réseaux, les trois hommes vont se rendre compte qu’il y a peut-être plus de victimes qu’ils ne le croient. Il ne fait pas bon traîner sur les sites de rencontres!

Je relis mes notes sur le précédent et je constate que mes critiques sont exactement les mêmes. Comme quoi, Mofina et moi sommes cohérents, ce qui est plutôt dommage dans son cas. Son scénario est intéressant, l’esprit tortueux du tueur nous intrigue et on se demande bien ce qu’il cherche auprès de ses jeunes femmes. Bien sûr, le livre fait un peu daté, c’est le danger de parler informatique. Il a été écrit en 2002 et Internet et les sites ont beaucoup changé depuis. Mofina ne peut pas lutter contre la technologie et on l’excuse, il suffit en le lisant de se rappeler que le roman n’est pas récent.

Par contre, il y a encore trop de personnages en action. Cela pourrait bien sûr être comme certains polars procéduraux où l’on suit tous les protagonistes de l’enquête sans s’attarder sur aucun. Mais ce n’est pas le cas ici, on s’intéresse à chacun d’eux assez longtemps pour avoir envie d’en savoir plus et c’est à ce moment-là qu’on saute au prochain. Cela oblige parfois Mofina à faire des raccourcis et à accélérer un peu trop l’action. En outre, ces hommes sont un peu trop caricaturaux pour être crédibles, trop buté pour Walt, passionné à en oublier les siens pour Tom. C’est bien dommage, car ils sont sur d’autres points très bien construits.

Alors, pourquoi le lire quand même malgré ces critiques? Parce que je vous l’ai dit, il arrive à bien raconter une histoire et je suis bon public dans ce cas-là, et parce qu’en dépit de mes reproches, il installe par moments une atmosphère intéressante. Il y a peut-être aussi que la fille célibataire que je suis a été touchée par la manière dont il décrit la solitude de ces jeunes femmes, et je me suis même surprise à craindre les malades des sites de rencontres. Trop influençable, dites-vous?

Finalement, conseil de lecture ou pas? Oui, avec mes bémols, parce qu’étant prévenus, si vous y allez, vous risquez quand même d’apprécier Sydowski et Reed dans leur obsession à résoudre les crimes.

Rick Mofina, Le sang des autres, Alire, 2013 (Blood of Others, 2003) traduit de l’anglais par Luc Baranger.

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4 commentaires sur “Les dangers d’internet”

  1. Richard Says:

    Merci Morgane,

    J’aime tes chroniques toutes en nuances, en bémols et en plaisirs.
    Bonne journée
    Amitiés

  2. Éliane Says:

    Je me demandais pourquoi ce titre m’était familier… Je réalise que ça me sonnait la cloche du Bien des autres, de ce cher Jean-Jacques Pelletier. Rien à voir du tout. Je lirai donc, ou pas, selon que Mofina me passe devant un de ces jours! Des fois, un petit bémol, ça met de la couleur dans la chanson…

    • Morgane Says:

      Le sang des autres, c’est aussi le titre d’un livre de Simone de Beauvoir qui a été adapté pour le cinéma par Chabrol. Mais ça doit être assez différent🙂 Pour la lecture, tu verras quand tu y seras!


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