La liberté du tueur en série

« Je suis le seul, l’unique, le tout premier véritable tueur en série. » C’est ainsi que commence la confession du héros des Effets pervers. Quoique, confession n’est pas le mot qui convient. Cela signifierait qu’il a envie de se repentir, ce qui n’est absolument pas le cas. Le terme aveu serait plus juste. L’homme nous explique ce qui a provoqué ses gestes et son parcours; tout est réfléchi, le tueur est philosophe. Il veut prouver sa liberté jusqu’au-boutiste, son détachement de tout et selon lui, cela passe par le meurtre. Pour cela, il lui faut nous dire ses morts, car il y en a plusieurs, dont certaines assez violentes. La police est après lui, les médias l’ont surnommé le Scorpion, les psychiatres l’analysent, on le définit partout. L’aboutissement de l’histoire lui semble inévitable, le cycle ne peut se terminer que par sa fin à lui. La question est: comment la réaliser en étant acteur et non victime? C’est vers cette réponse qu’il nous mène tout au long du récit.

Effets perversSentez-vous mon embarras à parler de ce livre? Je cherche mes mots. Ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé, bien au contraire, sauf qu’on est loin de mon territoire habituel. S’il faut jouer sur la classification, Les effets pervers n’est pas un polar, ni même un roman noir, c’est plutôt un roman philosophique. Et c’est là que je perds mon vocabulaire, car j’ai l’impression de ne pas avoir les références nécessaires et que j’ai besoin de parler mieux. Tout cela doit s’entendre comme un compliment. Martin Gagnon m’a déstabilisé et m’a entraîné sur un terrain méconnu tout en me faisant avancer et réfléchir. Et il y en aurait des choses à développer! Sur la liberté qui n’est qu’illusion, sur l’être humain, l’orgueil et la mort.

Au-delà du fond, il y a la forme. J’ai aimé le style, les trouvailles de vocabulaire et la poésie de nombreuses expressions. C’est un texte qui a été poli par l’auteur et qui donne autant de travail au lecteur. Impossible de l’avancer entre deux stations de métro, il faut se plonger dedans. Cela se mérite et en même temps, l’écriture facilite l’exercice. Équilibre difficile à obtenir, me semble-t-il. Seul bémol, la fin m’a paru un peu légère, trop abrupte; le reste du récit me faisait attendre une conclusion plus profonde et plus frappante. Dommage, car le tout tenait très bien la route jusque-là.

Ai-je réussi à transmettre ce que j’ai ressenti? Pas sûre. Mais j’ai essayé, et si vous ne me comprenez pas, lisez-le et on s’en reparle.

Martin Gagnon, Les effets pervers, Le Quartanier, 2013.

Explore posts in the same categories: C'est autre chose, Presque du polar, Réflechissons un peu

Étiquettes : , ,

You can comment below, or link to this permanent URL from your own site.

8 commentaires sur “La liberté du tueur en série”

  1. Éliane Vincent Says:

    Oh que tu me tentes…

  2. Andre Marois Says:

    Très intrigant. Ça me donne envie de le lire, c’est sûr.

    • Morgane Says:

      Et en plus, c’est chez un petit (plus si petit) éditeur très intéressant🙂 Aucune raison d’hésiter.

  3. norbert spehner Says:

    Chère Morgane: petite précision: il s’agit d’une réédition (Lanctôt, 2000). Pour le détail et les critiques de l’époque (mitigées) je te réfère au Roman policier en Amérique française (tome 1), page 158.

    J’en profite bassement pour signaler deux polars INCONTOURNABLES : La sable était brûlant, de RogerSmith et Fantôme, de Jo Nesbo dont la fin risque de faire hurler dans les chaumières.

    • Morgane Says:

      C’est vrai, j’avais oublié de mentionner qu’il s’agissait d’une réédition. Par contre, d’après ce que j’ai lu, ce serait même une réécriture puisque l’auteur a retravaillé le texte.
      Et profite et signale! Parce que je cautionne 100% pour le Nesbo et que je me garde le Roger Smith pour bientôt. Et en parlant de fin à hurler, je viens à l’instant de terminer le dernier James Lee Burke. Quelle fin! Mais j’en parlerai bientôt sur Carnets Noirs (pas de la fin bien sûr, du livre).

      • norbert spehner Says:

        Les grands esprits, etc…Je suis en train de lire le Burke.
        Jusqu’à présent, c’est pas mal. J’espère toutefois que la fin
        nest pas dans « l’esprit » de celle de Nesbo. Sinon, je déménage aux îles Moukmouk et je me convertis au roman Harlequin !

      • Morgane Says:

        Je ne dirai rien, même sous la torture. Pour du chocolat, par exemple, on peut discuter🙂


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :