Des flics pour cible

Le début de l’été marque, depuis trois ans, le moment où je me dis que je suis en retard sur mes lectures pour le prix Saint-Pacôme et où je rattrape mon retard en polar québécois. Je me permets tout de même quelques détours étrangers, il ne faut pas être sectaire. Je m’éloigne même beaucoup puisque Deon Meyer me transporte vers les terres d’Afrique du Sud avec 7 jours.

Il y avait eu précédemment 13 heures, l’enquête sera cette fois-ci plus longue, mais tout aussi captivante.

La police du Cap est visée. Un sniper vient de tirer sur un des leurs et menace par courriel de recommencer chaque jour. Il accuse les forces de l’ordre de ne pas vouloir arrêter l’assassin d’une jeune avocate, Hanneke Sloet. Ses supérieurs demandent alors à Benny Griessel de reprendre l’affaire qui en est au point mort: pas d’indices, pas de pistes, rien qui lui permette d’avancer. La pression qu’ils subissent tous est importante, aucun ne souhaite une nouvelle victime parmi eux et ils jouent contre la montre.

7 joursBenny Griessel est encore sobre. Cela fait maintenant 226 jours et chacun est une lutte. Sa vie privée n’est toujours pas simple, il est définitivement séparé, s’est rapproché d’Alexa Barnard qu’il avait rencontré dans 13 heures. Il doute de lui-même, de sa capacité à communiquer avec les autres, de ses qualités de père, et même de ses compétences professionnelles. Il lui semble que tout lui échappe. Qu’on lui confie une affaire aussi importante ne le rassure pas, il se demande ce qu’il a fait pour le mériter, si on le manipule. Pas simple de vivre dans la tête de Benny.

L’enquête qu’il mène ne l’est pas non plus. Hanneke Sloet évoluait dans un monde de finances et de politique, les contrats compliqués cachent parfois les véritables concernés et le pouvoir n’est pas très loin.

Deon Meyer multiplie les fausses pistes vers un meurtrier qui ne laisse pas découvrir. La police cherche dans toutes les directions, se plante et recommence, attendant le hasard qui lui offrira un indice. Cela donne une tournure intéressante, peut-être plus réaliste, montrant le métier comme une investigation incessante. Cela permet en même temps à l’auteur de développer ses autres personnages, comme Mbali Kaleni, la flic qui ne jure pas et se promet de faire ses preuves à sa manière, honnête et juste ou encore Cupido, le policier plus vieille école. Benny Griessel ne fait pas partie de ses enquêteurs super héros, il ne réussit pas tout et dans 7 jours, il lui faudra apprendre à travailler en équipe. Sa relation avec sa famille et sa volonté de bien faire le rendent attachant, même si sa propension à l’autodénigrement peut finir par lasser.

Mais ce que j’aime surtout dans les polars de Deon Meyer, c’est ce dépaysement et tout ce que l’Afrique du Sud implique. Parce qu’il y a des noirs, des blancs et des métis et que tout cela joue un rôle dans les évènements, toujours. Cela se voit même dans la langue puisque chacun se sent plus à l’aise en afrikaans, en anglais, en xhosa ou en zoulou, ce qui change les rapports entre les personnes. Et cette impression est bien rendue par certains termes que nous traduit un lexique à la fin.

Tous ses éléments réunis font de 7 jours un bon polar bien ficelé. Deon Meyer utilise le temps qui passe pour faire monter la pression, nous baladant de mauvaises pistes en cul-de-sac avant la résolution, surprenante bien sûr. Je n’affirmerai pas qu’il s’agit d’un grand roman, mais il est efficace et l’auteur connaît assez ses gammes pour en jouer sans fausse note. On dévore donc les presque 500 pages sans voir les heures filées et on ne s’en plaint pas. Je l’avais déjà dit pour 13 heures et je le répète pour 7 jours, un bon polar à mettre sur la liste des vacances.

Deon Meyer, 7 jours, Seuil, 2013 (Seven days, 2012) traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

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2 commentaires sur “Des flics pour cible”

  1. norbert spehner Says:

    Excellent commentaire ! Pas un « grand » roman, c’est vrai, mais un bon polar, avec un personnage intéressant quoique un peu chialeur (c’est la dernière tendance). Et puisque (comme moi) le polar sud-africain te sied (c’est bien dit, hein ?), je te recommande La Dette, de Mike Nicol (Ombres noires) et Le Sable était brûlant, de Roger Smith, récemment parus.


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