Rattrapages et radio

Je suis tellement en retard dans mes chroniques/lectures/autres que je ne sais plus si je dois lire pour écrire, écrire pour lire ou faire table rase, prendre un grand respire (Français, avouez qu’elle est jolie cette expression-là) et repartir à zéro.

Je vais plutôt regarder les petits oiseaux dehors, les nombreux bourgeons, respirer avec le ventre et me botter les fesses virtuellement pour me remettre au travail. Si ça ne marche pas, j’essaierai la menace: si tu ne finis pas ton texte aujourd’hui, pas de crème glacée demain, non mais!

J’avais envie de parler de trois romans que j’ai lus, il y a quelque temps déjà pour les deux premiers, mais que je voulais tout de même souligner.

Montevideo hotelLe premier m’a été envoyé par l’auteure elle-même puisque son livre n’est pas distribué au Québec. Elle crée dans Montevideo Hotel le personnage de Thelma Vermont, détective privée dans le New York des années cinquante. La jeune femme revient d’Europe où elle a participé à la guerre. Elle n’a pas pu se résoudre à prendre un travail de secrétaire et a décidé d’ouvrir son agence. La mission qu’on lui confie semble simple, un musicien est mort dans une ruelle proche du club où il jouait, la police a conclu à un suicide, mais un des amis du saxophoniste engage l’enquêtrice pour prouver qu’il s’agit d’un meurtre. Celle-ci va alors se plonger dans le milieu de la victime, des petits restos aux boites de jazz sombres. La vérité sera bien sûre beaucoup plus dure qu’on ne le pensait au départ; la Deuxième Guerre mondiale a aussi laissé des traces aux États-Unis. Pour Thelma, ce sera l’occasion de rencontres, d’amitié et peut-être même d’amour. On ne sort pas indemne non plus de Greenwich Village.

Avec Montevideo Hotel, Muriel Mourgue a voulu rendre hommage aux classiques du genre noir. Tout est là: la vie un peu bohème de l’époque, les bars sombres, la bouteille cachée dans le tiroir, et le jazz en fond sonore. On était alors plus habitué à un privé homme, mais Thelma ne se laisse pas faire. Les femmes ont bien été capables de participer à l’effort de guerre, pourquoi ne seraient-elles pas détectives? L’auteur ne réinvente pas le style, elle l’utilise de façon simple et efficace et j’entends cela comme un compliment. J’ai aimé le fait qu’elle crée un personnage principal féminin, fort, mais qui s’effondre de temps en temps, ainsi que tous les autres qu’elle a construits, représentants d’une époque à la fois familière et lointaine. L’atmosphère est bien là, cela sent la cigarette et il fait nuit souvent. Montevideo Hotel se lit avec grand plaisir et donne envie de whisky et d’accompagnement musical. Je m’arrêterai à Kind of blue de Miles Davis, il est trop tôt pour le verre, même pour une privée New-Yorkaise des années 50.

Un ménage rougeLe deuxième roman nous rapproche de chez nous (à Montréal quoi, chez nous, c’est chez moi). Un ménage rouge avait été publié en 2008 aux éditions Stanké. Richard Ste-Marie a décidé de retravailler son texte, de réécrire et voilà donc le nouvel objet aux éditions Alire. Il s’agit de la première enquête de Francis Pagliaro, que l’on trouvait déjà dans L‘inaveu, roman coup de coeur Saint-Pacôme 2012. Le livre commence fort. Vincent Morin rentre d’un voyage d’affaires, il est un jour en avance. Chez lui, sa femme ne l’attend pas, elle est trop occupée en compagnie de deux autres hommes. Le mari voit rouge, perd les pédales et tue les trois amants. Il fera tout par la suite pour cacher son crime: se débarrasser des corps, nettoyer la maison, enlever toutes traces de ses actions. Est-il toutefois possible de tout effacer de sa mémoire aussi? Et s’il restait quelque chose à découvrir.

Pendant ce temps, Pagliaro est chargé de retrouver un Américain qui n’est jamais revenu d’un congrès à Montréal. Il est prévenu quelques mois plus tard qu’un Norvégien a disparu dans les mêmes jours. De chapitre en chapitre, on alterne entre la paranoïa grimpante de Vincent Morin et l’enquête tranquille de Pagliaro qui ne cesse de se rapprocher du coupable. Pourra-t-il toutefois le découvrir alors que ce dernier a eu le temps de faire le ménage et de se préparer?

Richard Ste-Marie installe le personnage de Pagliaro qu’on apprendra à mieux connaître dans L’inaveu. Il est ici important, mais on ne sait encore rien de sa vie privée et bien peu de sa personnalité. C’est un flic parmi tant d’autres qui n’a pas peur de rester accroché à une affaire des mois s’il le faut. Comme dans L’inaveu, Ste-Marie ne développe pas une histoire à sensations, avec courses-poursuites et coups de feu. Là n’est pas le but. Le crime a eu lieu il y a longtemps déjà (des années dans L’inaveu, des mois dans ce cas-ci), aux policiers de trouver la vérité, de dénicher les indices. Dans Un ménage rouge, il y a un questionnement sur la culpabilité. Un coupable peut s’en sortir au regard de la loi, le crime parfait est bien possible, mais peut-il vraiment vivre comme avant? Comment continuer normalement quand on a commis un geste irréparable? C’est cela que développe Richard Ste-Marie: le déni, la folie, l’acceptation, par quoi passe-t-on? Voilà l’originalité de ce roman: nous mettre en partie dans la tête d’un homme qui n’est pas un psychopathe et qui pourtant a trois meurtres à son actif et fait tout ce qu’il peut pour ne pas se faire arrêter. Un très bon départ pour cette série qui, je l’espère, comptera bien d’autres enquêtes.

Il ne faut pas parler dans l'ascenceurEt finalement, mon troisième est aussi québécois et c’est également vers les débuts de son personnage que je me suis tournée. Ma lecture est beaucoup plus récente, c’est la sortie qui date de 2010. Mais comme j’allais me retrouver face à l’auteur, j’avais envie d’avoir une vue d’ensemble de son œuvre. Il faut bien avouer que j’avais adoré La chorale du diable et Je me souviens. Si je n’avais pas encore lu Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, c’était plus une question de temps. Il s’agit de la première enquête de Victor Lessard, même s’il ne fait que s’esquisser pour l’instant. Une jeune femme cherche un homme qu’elle a rencontré après avoir été renversée par une voiture et qui semble ne pas vraiment exister. Deux autres hommes sont assassinés, Victor Lessard et son équipe traquent le coupable. Quel est le lien entre les deux histoires? Martin Michaud nous offre un polar efficace, avec une pincée de mystère et de fantastique (pincée, j’ai dit!). Il commence à dessiner des personnages qu’on apprendra à mieux connaître et à apprécier dans les deux romans suivants. L’alternance entre le récit au « je » de la jeune femme et à un « il » plus classique avec Lessard donne un dynamisme intéressant. Un très chouette départ pour ce héros qui a maintenant ses adeptes. D’ailleurs, Je me souviens est finaliste aux prix Tenebris et Arthur Ellis, rien de moins!

Et pour ceux qui auraient envie d’entendre Martin Michaud s’exprimer sur sa créature Lessard, son écriture et ses inspirations, vous pouvez écouter Mission encre noire de la semaine dernière. Éric et Hélène l’avaient invité pour une émission d’une heure et j’ai eu le grand plaisir de les accompagner. Vous la trouverez en ligne ou en baladodiffusion. Ça se passe ici.

Muriel Mourgue, Montevideo Hotel, Ex-Aequo, 2011.

Richard Ste-Marie, Un ménage rouge, Alire, 2013.

Martin Michaud, Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, Goélette, 2010.

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2 commentaires sur “Rattrapages et radio”

  1. Éliane Vincent Says:

    Il y a aussi une chouette entrevue avec Martin Michaud dans le dernier opus d’Alibis. Serait-il la saveur du mois du polar québécois? D’ailleurs, tu collectionnes les coups de cœur, chère Morgane, puisque Il ne faut pas parler dans l’ascenseur avait été celui du Club du polar de Saint-Pacôme en 2010!

    • Morgane Says:

      C’est vrai, ça! J’avais oublié l’entrevue d’Alibis que pourtant j’ai lu juste avant l’émission. Et le club du polar de Saint-Pacôme a du nez, on le sait🙂


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