Des disparitions qui marquent

Erlendur est de retour. Enfin pas tout à fait, puisqu’il est encore en vacances, mais au moins, il est avec nous. Parce qu’il faut dire que les enquêtes présentées par Indridason quand il n’était pas là, ce n’était pas tout à fait la même chose. La rivière noire ne m’avait pas déplu, mais il n’atteignait pas la qualité des précédents; quant au suivant, La muraille de lave, Sigurdir Oli, l’adjoint d’Erlendur, m’énervait beaucoup trop pour que j’apprécie la lecture.

Étranges rivagesCette fois-ci donc, retour du commissaire. Il s’est réfugié dans les fjords de l’est pour faire le point ou pour s’échapper, lui-même ne le sait pas vraiment. Il campe dans la maison de son enfance laissée à l’abandon et fait de longues marches dans les montagnes. Lors d’une de ses promenades, il croise un chasseur qui lui parle d’une vieille affaire qu’Erlendur avait déjà entendue de sa mère. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, une troupe anglaise a dû affronter le climat violent islandais; malgré l’aide des villageois, tous ne s’en sont pas sorti. Pendant cette tempête, une jeune femme aurait emprunté le même passage que les soldats en sens inverse, son corps n’a jamais été retrouvé.

Erlendur ne peut s’empêcher de s’intéresser à cette vieille affaire. Il va partir à la rencontre de ceux qui ont connu Matthildur et qui sont encore vivants. Alors que tous ont déjà fait leur deuil et ne veulent plus rien savoir, il s’accroche et continue de creuser. C’est bien sûr sa manière de gérer la disparition qui a touché sa propre famille, celle de son petit frère, pendant une tempête identique. Son corps aussi n’a jamais été récupéré. Alors Erlendur s’entête et malgré les résistances des survivants, en découvre toujours plus sur Matthildur.

On retrouve comme toujours les paysages et cette vision de la société islandaise. Cette fois-ci, il s’agit surtout de personnes âgées, ce qui nous permet d’apprendre comment on vivait il y a soixante ans sur l’île et comment on y vieillit. On se rend compte que les changements ont été radicaux, plus encore que chez nous.

L’enquête pose en plus cette question intéressante: jusqu’où faut-il aller pour avoir la vérité? Erlendur semble vouloir nous dire jusqu’au bout ou presque, mais est-elle toujours bonne à trouver? Et le fait-il par esprit de justice ou simplement pour savoir? Il se le demande lui-même.

Cela lui permet en tout cas de mieux nous décrire la disparition de son frère dans des moments assez forts. J’ai par contre moins aimé les passages plus fantomatiques, mais il s’agit d’un léger bémol. Indridason est particulièrement bon quand il nous parle de drames familiaux, intimes. On ressent chaque émotion des personnages, aussi contradictoires soient-elles. Il arrive à me faire apprécier ce commissaire déprimé et cette écriture assez lente qui le caractérise.

DSCN0485Petit plus personnel, ayant eu la chance d’aller visiter ce pays si particulier, j’ai eu le plaisir de retrouver les noms de villes traversées et de me rendre compte que j’avais expérimenté dans cette région, non pas une tempête heureusement, mais cette tombée si rapide du brouillard sur une route étroite menant à un fjord. J’en garde un souvenir assez effrayé (je suis peut-être un peu peureuse) et je me suis dit après coup que je comprenais maintenant ce qu’écrivait Indridason.

Arnaldur Indridason, Étranges rivages, Métailié, 2013 (furðustrandir, 2010) traduit de l’islandais par Éric Boury.

Explore posts in the same categories: Polar

Étiquettes : , ,

You can comment below, or link to this permanent URL from your own site.

4 commentaires sur “Des disparitions qui marquent”

  1. Richard Says:

    J’ai délaissé un peu Indridason qui avait mis Erlendur en congé… Après la lecture de ta chronique, je crois que je vais y revenir !
    Merci !

  2. Éliane Vincent Says:

    Quand la fiction rejoint la réalité, on mesure tout le talent de l’auteur. Moi qui ne suis pas une grande fan du spleen islandais, tu me donnes presque envie de m’y remettre!

    • Morgane Says:

      Le spleen est toujours là, par exemple, plus que jamais. En même temps, un pays où la lumière se cache pendant des mois, cela ne peut que rendre mélancolique au bout d’un moment🙂

  3. dasola Says:

    Rebonjour Morgane, qu’est ce que j’ai aimé cette histoire et de retrouver Erlendur. J’en redemande. Bonne après-midi.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :