Critiques express Part 2

Nous voilà finalement en mars, mais le blues de février demeure fermement accroché. Il fait comme un temps à écouter du Miles Davis et à essayer de sortir quelque chose de positif de cette mélancolie généralisée.

Je me lance donc dans la deuxième partie de mes critiques express débutées la semaine dernière.

Il est parfois bon de repartir vers de vieilles connaissances et c’est ce que je fais dans les librairies usagées près de chez moi. L’occasion de récupérer quelques classiques pas encore lus et, pourquoi pas, un Donna Leon qui m’aurait échappé, Dressed for death.

Dressed for deathIl fait terriblement chaud à Venise et les habitants quittent la ville pour des destinations plus agréables. Sauf bien sûr Guido Brunetti qui se retrouve coincé avec une enquête sur les bras dont personne ne veut. Le corps d’un homme a été trouvé dans un champ près de Marghera. Il était habillé en femme et son visage a été rendu méconnaissable par les coups. Cela pourrait être une limpide affaire de prostitution ayant mal tournée, mais au bout de quelques jours, le mort est identifié comme étant un directeur de banque respecté.

Alors que Paola, sa femme, et les enfants partent en vacances, Brunetti découvre le monde des travestis qui lui était jusqu’alors inconnu. Il comprend aussi que l’évidence n’est pas toujours la meilleure solution.

J’aime bien Donna Leon. Je trouve que sous une première lecture très classique, elle cache beaucoup plus qu’une simple enquête. Bien sûr, il y a Venise, la cuisine italienne, le côté sympathique de la famille Brunetti et l’apparente bonhommie de Guido. Mais il y a également la complexité de la société italienne, les magouilles des puissants, Venise qui coule et que ses habitants ne parviennent pas à sauver.

Elle arrive en quelques mots à nous présenter un Brunetti qui en théorie n’a aucun problème avec les travestis, mais qui ne sait pas vraiment comment réagir, empêtré dans une éducation de macho à l’italienne. De la même manière, il est pour la présence des femmes dans la police et ne peut pourtant pas s’empêcher de vouloir les protéger de ce travail dangereux. Brunetti, ou la difficulté d’être un homme moderne!

Comme d’habitude, la résolution ne sera pas entièrement satisfaisante pour les amoureux de justice parfaite, mais tellement plus prés de la réalité. Un bon cru de Donna Leon!

Rapprochons-nous des parutions plus récentes avec L’étrange destin de Katherine Carr de Thomas H. Cook. Autant que je l’avoue tout de suite, même s’il y a déjà deux semaines que j’ai terminé ma lecture, je ne suis toujours pas fixée sur mon sentiment à l’égard de ce livre. J’abandonne donc mon analyse et vous livre simplement mon ambivalence.

Étrange destin de Katherine CarrGeorge Gates est journaliste. Il a perdu sa femme de maladie et son fils a été assassiné. Depuis, il se traine de petits articles en portraits de personnalités locales pour le quotidien du coin. Un jour, un flic à la retraite lui parle de Katherine Carr, jeune poétesse de la ville, disparue vingt ans plus tôt et dont on n’a jamais retrouvé la trace. Il lui remet aussi le journal qu’elle a laissé. George est intrigué et il va se lancer dans la lecture du document avec Alice, une enfant très malade, sur qui il doit écrire et qui semble prendre plaisir à l’enquête. Nous découvrons avec eux le journal de Katherine et suivons les pérégrinations de George.

Il s’agit en fait d’un récit dans le récit (le journal de la poétesse dans la narration), lui-même dans un autre récit puisque dès le début, on sait que George est en train de raconter cette histoire à un homme sur un bateau. Le roman commence lentement, peut-être trop, ce qui peut décourager les impatients. Et rien ne semble certain, jamais. Quelle est la vérité? Que s’est-il réellement passé? Le lecteur ne le découvrira pas et je suis restée un peu surprise à la fin.

Pourtant, Cook installe une ambiance qu’on ne peut que trouver parfaite pour son livre. Sombre et mystérieuse, elle nous met dans un état particulier. Cela lui permet de parler du Mal, quelle que soit sa forme, de l’idée de vengeance et de justice, ou encore de la mort.

Tout cela m’a laissée indécise, entre fascination pour un auteur qui pose toute une atmosphère et un récit que j’ai terminé avec plus de questions que de réponses. Ce qui était peut-être le but de Cook d’ailleurs…

Et je finis plus près de chez nous. La fonction d’André Marois est inclassable et c’est très bien comme ça. Entre science-fiction et roman noir, l’auteur nous offre une histoire avec son lot de réflexions.

FonctionIl nous installe dans un monde très proche du nôtre auquel il rajoute la Fonction. Cette particularité permet à chacun, une fois dans sa vie, de retourner en arrière d’une simple petite minute. Et c’est fou ce qu’une minute peut être importante dans l’existence d’un homme.

Franck et son ex-femme se sont promis de réserver leurs Fonctions pour leurs enfants et pourtant, Franck a perdu la sienne et refuse de dire comment. Il se retrouve un peu par hasard au club des Fonctionnalistes où chacun peut venir sur scène raconter l’utilisation de sa Fonction. Il y croisera Rosa qui rêve d’employer la sienne de façon totalement désintéressée, pour créer de la beauté. Mais comment y parvenir? Ces deux personnes n’ont absolument rien en commun, c’est peut-être cela qui les rapprochera, mais cela suffira-t-il à changer les choses?

Le thème évoqué par André Marois n’est pas nouveau, ce n’est pas pour cela qu’il ne mérite pas qu’on y réfléchisse encore. Que ferions-nous si on pouvait effacer un seul de nos actes? Et en même temps, la pression d’avoir cette possibilité et de bien l’utiliser ne serait-elle pas énorme? Et puis finalement, est-ce si éloigné de ce que nous vivons au quotidien où chacun de nos choix trace la suite de notre vie?

On termine La Fonction avec des pistes de réflexion et des envies de discussions. J’en aurai même pris un peu plus dans le livre. Rien n’est résolu et c’est tant mieux, parce que toutes ces questions continueront de se poser. André Marois nous prouve que les pires actions viennent parfois des meilleures volontés et vice-versa. Avec une écriture simple, mais travaillée et qui convient parfaitement à son récit, il nous montre que nous ne sommes qu’humains et que rien n’est facile.

Un peu sombre, comme mon état d’âme, mais tellement juste.

Donna Leon, Dressed for death, Penguin, 1994. (publié en français sous le titre Un Vénitien anonyme)

Thomas H. Cook, L’étrange destin de Katherine Carr, Seuil, 2013 (The fate of Katherine Carr, 2009) traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc.

André Marois, La Fonction, La courte échelle, 2013.

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One Comment sur “Critiques express Part 2”

  1. Éliane Vincent Says:

    Ah! l’ambivalence… Ça doit être la faute de cet hiver qui commence en même temps que mars et qui semble vouloir nous redonner toute la neige dont nous avons été privés en janvier alors qu’on voudrait plutôt penser aux semis et aux crocus.

    Tout ça pour dire que La Fonction m’a laissée perplexe. Trop ou pas assez? Je suis restée sur ma faim alors qu’André Marois ne fait qu’effleurer son sujet. Veut-il nous laisser le fardeau de la réflexion? A-t-il manqué d’inspiration? Avec un thème comme celui-là, qui a été traité maintes fois depuis le 18e siècle, il aurait eu besoin de petit surplus d’âme que je n’ai pas trouvé. Je suis pourtant une grand fan de Marois…


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