Critiques express Part 1

Quel est l’imbécile qui a inventé le mois de février? On pourrait le supprimer et on ne s’en porterait pas plus mal. Il nous dit que l’hiver n’est vraiment pas fini et me donne envie d’hiberner. Je deviens alors la marmotte qui voit son ombre et repart se cacher pour six semaines de plus. On pourrait me demander ce que fout une fille du soleil sous ce climat tordu, mais bon, que voulez-vous, j’aime Montréal malgré sa période de grand froid à rallonge et c’est quand même beau quand c’est blanc.

Heureusement, il y a internet dans mon terrier, et si je me botte les fesses assez fort, j’arriverai peut-être à me concentrer assez longtemps pour écrire. En m’arrêtant de temps en temps pour regarder tomber la neige bien sûr!

Je vais faire dans la critique express, les titres se sont accumulés et certaines lectures commencent à se faire lointaines dans mon esprit (oui, parce que février en plus, ça ramollit le cerveau!). Première partie aujourd’hui, la deuxième dans quelques jours.

Gokan

Débutons par l’anecdotique. Quand le traducteur du Livre sans nom se met à l’écriture, cela donne malheureusement un sous-produit, avec autant d’actions et d’hémoglobine que ce roman qui se voulait lui-même une parodie de littérature de genre et où il n’y a même pas de zombies, ni Elvis. On soupçonnait Tarantino d’être l’auteur Anonyme, il devient référence dans Gokan. Prenez un assassin américain qui a décidé de faire le ménage et de buter des Japonais, une jeune garagiste essayant de sauver sa peau et un professeur de la Sorbonne chargé de voler une bouteille de saké portant le nom du célèbre cinéaste. Saupoudrez de yakuzas tatoués et rajoutez une valise diplomatique remplie d’euros. Vous imaginez le tableau? Ça donne un bon moment de plaisir si on apprécie le genre bourré d’action et hyper référencé, ce qui est mon cas; ça donne aussi un roman qui ne restera pas dans les annales. Diniz Galhos n’est probablement pas un mauvais auteur, il lui faudra par contre s’émanciper de l’Anonyme pour nous le prouver.

Peur au corpsDeuxième arrêt, ma dernière lecture, La peur au corps de Rick Mofina chez Alire. J’avais bien aimé La dérive des anges et je dois avouer que celui-ci m’a laissé sur ma faim. L’histoire nous amène cette fois-ci dans les montagnes du Montana. Une famille a décidé d’y camper et la petite fille s’éloigne après une énième dispute entre ses parents. C’est une course contre la montre qui commence pour trouver Paige dans ce coin des Rocheuses isolé et inhospitalier, surtout pour une enfant de dix ans. Le FBI est sur le coup et l’enquêteur responsable sent que les Baker lui cachent certains aspects de leur vie. Sydowski, le flic de San Francisco, est envoyé sur place puisque la famille vient de là-bas. Reed, le journaliste, cherche le scoop avec tous les autres médias du pays.

Point positif, Rick Mofina arrive à nous surprendre. Il laisse planer jusqu’au bout le doute sur la culpabilité de chacun et on finit par ne plus savoir où se trouve la vérité. Cela peut par contre se transformer en défaut quand les hasards malheureux se font trop nombreux comme c’est le cas à la fin. Une de ses forces, c’est la complexité de ses personnages, il les fait à la fois attachants, mais aussi capables de se tromper et de ne pas reconnaitre leurs erreurs. On les comprend et on leur en veut de ne pas parler ou de ne pas faire les bons choix. Ce qui nous fait regretter qu’ils ne soient pas mieux définis parce qu’étant trop nombreux. Sydowski et Reed ne sont que des figurants, laissant la place à d’autres, ce qui est bien dommage, car j’aurais préféré qu’ils prennent de la matière après leur première enquête. Je ne renie pas ma lecture et j’attends le troisième pour voir si ce sera le cas cette fois-ci.

la vie comme avec toiFinalement, une excellente surprise du côté de chez nous. Je n’avais pas encore lu Geneviève Lefebvre et dans La vie comme avec toi, j’ai découvert une auteure intelligente et très fine dans la construction de ses personnages. Antoine Gravel, scénariste déjà rencontré dans Je compte les morts, accompagne son ami policier Martin Desmarais dans l’Ouest canadien pour une affaire personnelle. Une femme avec qui ce dernier avait eu une aventure vient d’être assassinée et il apprend qu’il a un fils adolescent. Après le moment de surprise, il sait qu’il doit aller là-bas pour faire la connaissance de ce garçon. Sur cette île de Colombie-Britannique, les deux hommes essaieront de comprendre la vie de cette femme. Il ne s’agit pas d’une enquête à proprement parler, puisque les indices sont trouvés un peu par hasard et que la résolution se fera sans réelles recherches de la part d’Antoine Gravel. Ce n’est d’ailleurs pas le propos de Geneviève Lefebvre qui se penche plutôt sur les personnalités des habitants de cette île, la force des mensonges qui façonnent des existences et la difficulté d’être père ou de le devenir. Elle arrive à mener ces réflexions sans lourdeur, en nous racontant son histoire. Son écriture, qui est clairement travaillée, reste très fluide et ajoute à la qualité de ce roman. Une belle découverte.

Vous pouvez retrouver l’auteure dans un tout autre style et en beaucoup plus drôle sur son blog Chroniques blondes.

Diniz Galhos, Gokan, Cherche midi, 2012.

Rick Mofina, La peur au corps, Alire, 2013 (Cold fear, 2001) traduit de l’anglais par Luc Baranger.

Geneviève Lefebvre, La vie comme avec toi, Libre Expression, 2012.

Explore posts in the same categories: Polar

Étiquettes : , , , , , , , ,

You can comment below, or link to this permanent URL from your own site.

4 commentaires sur “Critiques express Part 1”

  1. Éric Forbes Says:

    Accumulations de clichés, dialogues cucul la praline, situations convenues… Ce qui explique peut-être pourquoi Mofina sera publié en France aux éditions Mosaic, une division des éditions Harlequins. Et puis l’horrible couverture, qui nous fait croire que nous sommes dans un roman jeunesse… Je ne me rendrai pas au 3e !

    • Morgane Says:

      Je te trouve un peu dur. Et même si j’ai aussi des réserves, je trouve dommage qu’il se retrouve chez Mosaic. Tu admettras qu’il y a quand même des romans bien pires publiés chez des éditeurs renommés, non? Ben moi, j’attendrai le troisième, na🙂

  2. Éliane Vincent Says:

    On m’avait dit du bien de La peur au corps, ta critique express va vraiment m’obliger à le lire, ne serait-ce que pour me faire ma propre tête.

    Quant à Geneviève Levebfre, j’ai tout aimé d’elle. Son écriture me touche droit au plexus, elle me fait du bien!

    • Morgane Says:

      On n’est jamais mieux servi que par soi-même, Éliane🙂 Fais-toi ton avis et dis-nous ce que tu en penses!


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :