Cincinnati, en vraiment noir

Le temps passe et je n’ai toujours pas parlé de Pike. Et pourtant… Et pourtant j’aurai dû, parce que Pike est un de mes derniers coups de coeur, voire coups de poing. Parce que Benjamin Whitmer a écrit un magnifique roman noir. Parce que ses personnages sont forts et font un effet monstre. Parce que c’est un putain de bon roman, voilà!

Douglas Pike est le héros du livre. Truand redoutable dans sa jeunesse, il est revenu se ranger dans sa petite ville natale. Ce qui ne veut pas dire qu’il aime beaucoup plus ses concitoyens. Il vit de boulots de construction qu’il effectue avec Rory. Celui-ci est beaucoup plus jeune, il rêve de devenir boxeur. En attendant, il se bat dans des combats locaux sans grande envergure. Un jour, Pike apprend que sa fille Sarah qu’il n’a pas vue depuis des années vient de mourir d’une overdose. Il se retrouve avec sur les bras une petite-fille de 12 ans, Wendy.

Lorsque Derrick Krieger, un flic véreux et violent, commence à s’intéresser de trop près à elle, Pike et Rory se rendent à Cincinnati pour en savoir plus sur les liens que Sarah entretenait avec lui. Et la vérité n’est pas toujours facile à obtenir ni agréable à entendre.

Je cherchais, il n’y a pas longtemps, à expliquer le roman noir à quelqu’un et bien voilà, c’est ça! Whitmer nous y balance en pleine ville. Baraques pourries, putes et drogués, enfoirés de première, le décor est glauque et donne envie de fuir.

Chacun traine son passé comme un fardeau, pas d’espoir ou presque. Les héros n’en sont même pas. Pike n’a pas toujours été un tendre et lorsqu’il est poussé à bout, ses vieux démons ont tendance à reprendre le dessus. Rory voudrait bien garder un peu de son innocence, mais avec ce qu’il a déjà vécu et ce qui s’en vient, cela ne risque pas d’arriver.

Benjamin Whitmer a créé des personnages qui auraient pu n’être que des caricatures, truand cultivé, boxeur au grand coeur, adolescente qui en sait plus qu’elle devrait. Il réussit cependant à les faire exister, à leur donner une profondeur, du caractère, même à ceux qu’on ne voit que passer.

Et il y a l’écriture, sombre elle aussi, à la fois très simple et très travaillée, pleine de phrases qu’on se répète parce qu’elles sont exactement ce qu’elles devraient être.

Le voyage est terrifiant, la lecture complètement dérangeante et pourtant on ne peut que continuer pour savoir jusqu’où on peut tomber sans rien à quoi se rattraper.

Rien à ajouter. Lisez Pike, c’est tout!

« Je l’ai toujours aimé autant que j’étais capable. Mais je n’étais pas quelqu’un de très capable. »

Benjamin Whitmer, Pike, Gallmeister, 2012 (Pike, 2010) traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Mailhos.

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8 commentaires sur “Cincinnati, en vraiment noir”

  1. Richard Says:

    Tout à fait d’accord avec toi ! Quel roman !!
    Et cette phrase que tu cites est l’image même des personnages et du ton de ce roman.
    Et contrairement à toi, j’ajouterais quelque chose : vite le prochain roman de Benjamin Whitmer !

  2. Éric Forbes Says:

    Quitte à – encore – passer pour l’empêcheur de tourner en rond de service, je confesse que je n’ai pas vraiment aimé. Alors que tu écris, Morgane, que Whitmer aurait pu tomber dans la caricature, sans y tomber, j’ai eu l’impression, pour ma part, qu’il avait les deux pieds dedans ; pire, qu’il s’y vautrait littéralement. Comme s’il voulait trop en faire dans la démesure. Un autre blogueur, celui de À l’ombre du noir a écrit, assez justement je crois, et mieux que je ne le ferais:
    (ouvrez les guillemets) Bon. Et on retient quoi de la balade ? C’est bien là le problème : une fois les marques rouges de la baffe effacées, autant dire tout de même assez vite, il ne reste pas grand-chose. Whitmer torgnole donc pas assez fort ? Si, merci pour la dose. Sauf que ce n’est pas qu’une question de dosage, et qu’il faudrait peut-être que les auteurs comprennent qu’il ne suffit pas de tremper sa plume dans l’outre-noir pour garantir le voyage inoubliable. (fermez les guillemets)
    Pour expliquer le roman noir, je préfère encore Jim Thompson, dont je suis en train de relire les rééditions chez Rivages.
    Voilà.
    Sans rancune

  3. Éliane Vincent Says:

    2 pour, un contre, va falloir lire soi-même pour départager la ligne des eaux… glauques!

    C’est en plein le genre de débat qui me donne le goît le lire. Merci à vous tous!

  4. Morgane Says:

    Eliane comme arbitre? Ça me va!
    @ Éric: je m’interroge, t’as des origines françaises, non? Parce qu’il y a quelque chose dans cette manière de n’être jamais d’accord. J’ai la droit de la faire la blague, moi qui suis 100% d’origine contrôlée🙂
    Par contre, je n’ai jamais dit que c’était meilleur que Jim Thompson, on touche pas à Jim. Je me demande d’ailleurs si Rivages a prévu de retraduire 1275 âmes pour lui rendre ses 5 habitants.

  5. Éric Forbes Says:

    Forbes c’est écossais, le kilt en moins! Peut-être deviens-je tout simplement blasé? Ou vieux? Il se publie tellement de polars moyens, ces derniers temps, qu’au moindre signe de faiblesse, je les abandonne. Peut-être devrais-je être plus patient? Dure dure la vie de lecteur.

  6. Guillome Says:

    Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi noir. très belle écriture. mais envie d’une bouffée d’air pur juste après…

    • Morgane Says:

      C’est souvent à mon avis ce qui fait les grands romans noirs. On prend une méchante claque et on a envie d’un peu de légèreté ensuite pour faire passer la pilule🙂


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