Le polar s’installe à Québec avec QuébeCrime

Pas encore de critiques. Elles s’en viennent bientôt, dont Pike, de Benjamin Whitmer, qui m’a laissé un goût amer dans la bouche. Ce qui est un énorme compliment vu le genre du roman.

Cette fois-ci, j’avais plutôt envie de vous raconter rapidement ma fin de semaine du 26 et 27 octobre. Vous vous en foutez de mes week-ends? Vous n’avez pas tort. Sauf que là, c’est très polar, alors pour ceux que ça intéresse…

Du 25 au 27 octobre se tenait la deuxième édition de QuébeCrime, festival d’auteurs de crime & mystère de Québec. J’en avais parlé dans mon dernier article et j’y suis allée, of course. Ce n’est quand même pas 3 heures de bus qui pouvaient m’arrêter.

Les rencontres se déroulaient au Morrin Centre dans le Vieux-Québec. C’était un lieu idéal puisque le bâtiment a abrité la prison commune de Québec au 19e siècle. J’aurai dû prendre quelques photos des cellules au sous-sol que j’ai eu la chance de visiter. Pas sûre que j’y aurai survécu à l’hiver, moi! À l’étage se trouve une bibliothèque en anglais. On pouvait difficilement faire mieux pour un évènement polar principalement anglophone.

L’accueil du festival était chaleureux, l’ambiance plutôt sympathique puisque les auteurs se promenaient librement dans la salle où se tenaient les rencontres, avec une longue table pour acheter les livres au fond.

Je n’ai malheureusement pas pu assister à toutes les animations, il faut bien manger et dormir parfois. J’ai privilégié les tables rondes aux lectures pour en apprendre plus sur les écrivains présents. Les sujets de la fin de semaine: « The drama of everyday life: small lives, bigger fears? », « Books to die for: What do readers read? », « Living the double life: to work and to write » et enfin pour la discussion en français: « Le polar québécois: un monde à part? ». Je ne me risquerai pas à tout raconter, ce serait probablement très ennuyeux et je ne suis pas sûre d’arriver à déchiffrer mon petit carnet noir. Je me demande d’ailleurs pourquoi je m’escrime à prendre des notes à chaque fois. Quoique, ça me permet de fixer mes idées et me donne un look journaliste. En résumé, j’ai une préférence pour deux évènements. La table ronde en français puisque j’y connaissais les auteurs et que j’ai trouvé la discussion intéressante avec la participation du public. La rencontre sur les lectures des écrivains m’a fourni une liste de livres à découvrir un peu trop longue pour ma tranquillité d’esprit.

Mes impressions générales. Les auteurs invités venaient principalement du Canada et des États-Unis avec deux Anglais (John Connolly et Mark Billingham) et un Suédois (Mons Kallentoft). Quand on les écoute parler, on a le sentiment que le métier se vit très différemment d’une langue à l’autre. Alors que d’un côté, la première tâche est de se trouver un agent, de l’autre, c’est d’éditeur dont on discute. Une constante par contre, il est partout difficile d’en vivre. Ça, c’est la partie administrative, disons. Pour le reste, j’ai entendu les mêmes préoccupations dans les deux langues, le besoin de travailler les personnages, de créer une intrigue qui se tient, de se réinventer parfois pour ne pas tomber dans la routine. Un écrivain reste un écrivain en anglais comme en français.

Ce qui m’amène à ma déception de la fin de semaine, ne pas avoir vu les auteurs des deux langues échanger, puisque les tables rondes étaient séparées. J’aurais beaucoup aimé les écouter débattre de leur différence et trouver leur point commun; en particulier pour ceux qui parlent d’une même ville, comme Montréal par exemple. Et je pense que cela pourrait être la force de QuébeCrime, faire le pont entre ses deux solitudes littéraires que j’ai pu observer. Ce qui me réconforte, c’est que j’ai l’impression que ni les organisateurs, ni les auteurs ne sont fermés à l’idée. C’est plutôt que cela demande une coordination plus complexe ainsi que des appuis, comme les médias par exemple, qui viendront sûrement avec le temps. Nous n’en sommes qu’à la deuxième édition après tout.

Et j’espère vraiment que cela se fera. Parce que QuébeCrime a tout pour devenir le 3e moment fort de l’année polar au Québec avec les printemps meurtriers de Knowlton et le prix Saint-Pacôme. Ils l’ont prouvé cette fin de semaine, les auteurs sont au rendez-vous et ont des choses à dire. Cela permettrait de promouvoir encore plus le genre en offrant des rencontres différentes. Les amateurs y prendront plaisir comme l’ont déjà clairement fait ceux qui étaient présents dans la salle.

Et la groupie qui se cache parfois en moi? Elle a discuté pubs dublinois avec John Connolly (The Long Hall, sur Georges Street!), elle a pu glisser à Mons Kallentoft qu’elle aimait bien ses livres (il m’a d’ailleurs répondu que son prochain sortirait au printemps au Seuil) et pris un verre avec des auteurs québécois qu’elle apprécie. Pas mécontente de sa fin de semaine, la fille!

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Et si ça vous tente que je vous raconte à nouveau, mais en audio, j’ai participé mardi dernier à Mission encre noire sur Choq.fm. À écouter en podcast ou sur le site. Dans les deux émissions précédentes, je parlais des éditions Gallmeister et du roman de Gillian Flynn, Les apparences. Ma parenthèse radiophonique est terminée, je laisse le micro à Hélène qui revient de vacances. Par contre, je suis certaine qu’il y aura d’autres collaborations Mission encre noire et Carnets Noirs. Les deux sont faits pour s’entendre.

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Je vais quand même présenter un livre puisque je n’ai pas pu m’empêcher d’en acheter un au festival. Il s’agit en fait d’un livre des livres. Cela s’intitule Books to die for et John Connolly et Declan Burke y ont recueilli des textes d’auteurs de polars reconnus qui parlent de leur polar favori. David Peace écrit sur La clé de verre de Dashiell Hammett, Deon Meyer sur Ed McBain ou encore Jo Nesbo sur Jim Thompson. Vous avez l’idée. Je n’ai pas eu le temps de me lancer, mais ça promet d’augmenter ma liste mentale de tout ce que je n’ai pas encore lu.

« From the first page of 3 to kill, from virtually any page of Manchette, you know right away that you’re in the hands of a master, that the safe, predictable carnival ride for which you’ve paid has become more like plunging headlong and helpless down rapids. »

C’est James Sallis qui parle du Petit bleu de la côte ouest de Jean-Patrick Manchette. Comme quoi, les ponts ne sont pas difficiles à franchir parfois.

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4 commentaires sur “Le polar s’installe à Québec avec QuébeCrime”

  1. Richard Says:

    Bonjour Morgane,
    Merci pour ce reportage !! C’était comme j’y étais … Et bien sûrement que l’an prochain, nous pourrons y assister ensemble !
    Au plaisir !
    Amitiés

    P. S. J’ai hâte de lire ta chronique sur « Pike » !!

  2. norbert spehner Says:

    Excellent compte rendu. Voilà qui me fait encore regretter davantage de ne pas y avoir assisté ! Les organisateurs m’avaient demandé d’animer la journée francophone, mais pour moi, 2012 a été l’année des rendez-vous manqués. On se reprendra certainement l’année prochaine, si le grand WalaWala nous prête vie !
    L’idée d’activités mixes entre les auteurs des deux cultures est fort intéressante et mérite certainement d’être creusée, mais dans la vraie vie, dans la majorité des cas, à quelques rares exceptions près, ce sont les les auteurs francophones qui sont bilingues…Et au bout de quelques minutes tout le monde baragouine la langue de Shakespeare ! Spehner qui speak english, c’est mieux qu’un sketch des Marx Brothers ! Catastrophe ! Bref, c’est pas gagné…

    Pas rapport: mais John Rebus (Ian Rankin) revient au début de 2013 ! Halléluija ! le WalaWala est grand !

  3. Éliane Vincent Says:

    Merci Morgane pour ce chouette topo, je me dis que j’aurais pu me forcer un peu pour aménager l’horaire et trouver du temps pour t’y rejoindre. Faudrait qu’on en fasse un rendez-vous officiel pour l’an prochain, un genre de délégation franco!

    Ton idée de mêler les langues (!!!) est séduisante, il y a si peu d’occasions de combler le fossé des origines. Une conversation entre John Connoly en français et Norbert en anglais, ça serait un événement mémorable!

    On va en parler au grand WalaWala (dont j’apprends ici l’existence, il n’est jamais trop tard pour s’instruire!).

    • Morgane Says:

      L’année prochaine, on y va tous! On peut même commencer des sacrifices pour le WalaWala si nécessaire.
      C’est certain que les auteurs anglophones parlent rarement français, mais il y a des traducteurs pour cela🙂
      Et pour John Rebus, ça c’est une nouvelle qu’elle est bonne!


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