Diamonds are forever

Décidément, le polar québécois se la joue rentrée littéraire, il y a autant de sorties qu’en édition française, enfin presque. Alire, Goélette, Libre expression, Courte échelle et d’autres, tous ont leurs nouveautés.

Et puis, on découvre des maisons d’édition, comme Druide qui a lancé ses livres en septembre et dont le premier roman policier est arrivé en librairie il y a peu. L’équipe n’est pas débutante dans le milieu et ils travaillent avec certains auteurs que l’on connaissait.

André Jacques avait déjà publié les trois premières enquêtes de son héros Alexandre Jobin aux éditions Québec Amérique. On change l’emballage, mais on garde l’essence.

Jobin est un ancien militaire reconverti en antiquaire sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. Il a toutefois du mal à se tenir loin des ennuis, ils semblent le trouver sans problèmes.

De pierres et de sang débute par un braquage foiré, dans le Grand Nord. Il y a des morts, mais une femme fuit avec un lot de diamants bruts. À son arrivée à Montréal, Julie Dorval, qui a servi en Bosnie avec Alexandre, le retrouve. Elle a besoin qu’il lui prête un peu d’argent pour quitter le pays. Police canadienne, services secrets français et la mafia la pourchassent, les pierres qu’elle a volées n’en étant pas à leurs premières victimes. Julie lui a un jour sauvé la vie, Jobin se doit de l’aider. Il partira jusqu’à Anvers en suivant la piste de ces diamants meurtriers.

Le personnage d’André Jacques ne change pas. Ex-militaire retourné au civil, Alexandre Jobin reste un homme d’action, se fiant à son instinct plus qu’aux informations qu’on lui donne. Son réflexe premier est de protéger ceux qui lui sont proche en s’appuyant sur un sens de l’honneur très développé. Il ne fait confiance à personne ou presque et surtout pas aux forces de l’ordre. Même s’il ne prend pas toujours les bonnes décisions, il essaye toutefois de faire au mieux.

Le lecteur avait découvert sa copine, Chrysanthy, dans un des tomes précédents. D’une jalousie un peu obsessive, elle demande à le suivre autant pour le surveiller que pour l’aider. Souvent dans l’excès, elle a fini par me taper sur le système alors que je m’attachais à Alexandre, mais j’ai l’impression que c’était exactement ce que voulait obtenir André Jacques. Elle n’est, en plus, pas dénuée de qualités, capable d’être courageuse et forte quand la situation l’exige.

Finalement, on peut parler de Julie Dorval que je trouve très réussie. Elle n’est pas seulement une victime, elle a fait le choix de préparer un vol en connaissant les risques. Pourtant, il y a des actes qu’elle se refuse à commettre et des injustices qu’elle a envie de réparer. Une représentante du genre humain, contradictoire et en nuances.

Dans ce volume, André Jacques s’attaque au sujet des diamants de conflits, aussi appelés « diamants de sang », ces pierres que l’on extrait des mines africaines et qui servent à financer les groupes armés. Illégalement vendus, ils arrivent à se frayer un chemin jusqu’au marché mondial en passant par certaines mines à l’extérieur des zones de guerre. Les diamants sont peut-être éternels, mais ils font des victimes. Le milieu diamantaire a beau être petit et relativement fermé, tous n’y sont pas forcément honnêtes et qu’importe le prix humain s’il y a un profit monétaire.

Étant lui-même un grand amateur de polars, l’auteur s’offre quelques clins d’œil à ces prédécesseurs et collègues qui font sourire lorsqu’on les trouve et crée une complicité avec le lecteur.

Comme d’autres ces dernières années, De pierre et de sang est un roman policier qui se permet de sortir des frontières de la province tout en restant très québécois dans le langage, ce qui ajoute beaucoup de crédibilité au récit. André Jacques en profite également pour faire une légère, mais belle allusion au peuple inuit sans tomber dans le sentimentalisme.

Tout cela donne un roman qui se lit avec plaisir, que l’on connaisse déjà Alexandre Jobin ou pas. La rentrée littéraire en polar québécois paraît vraiment bonne cette année.

Et un point positif aux éditions Druides pour la couverture qui est beaucoup plus proche du roman que l’étaient les précédentes. Sobre, mais efficace.

André Jacques, De pierres et de sang, Éditions Druide, 2012.

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5 commentaires sur “Diamonds are forever”

  1. Éliane Vincent Says:

    OUF! 2013 s’annonce comme une année à marquer d’une pierre (blanche, pas sanglante!) pour le polar québécois. Je me sens tellement en retard déjà dans mes lectures, faut que j’m’ mette!

  2. André Jacques Says:

    Merci à l’auteur de cette fort belle critique. Serait-ce toi, Morgane?

    • Morgane Says:

      Bien sûr que c’est moi🙂 et c’est une critique méritée! À quand la cinquième enquête d’Alexandre Jobin?


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