Il faut se souvenir

Je suis en retard dans mes critiques! Je sais, comme d’habitude. Ce n’est tout de même pas de ma faute si je lis plus vite que j’écris et que j’essaye quand même de conserver un minimum de vie sociale. L’hibernation, ça commence juste à la première neige. Je sors encore un peu et je me permets une parenthèse pas rapport comme on dit: si vous avez l’occasion d’assister au spectacle Raoul de James Thierrée, allez-y, c’est beau, on sourit, on est ému et on fait «ouah» en même temps.

Parenthèse terminée et retour dans le sujet.

Donc, je lis. Dans le métro, dans des cafés, à la maison, parfois en rentrant tard le soir aussi, et même pendant toute une matinée de jour de congé. Ce n’était pas mon plan de départ, mais je n’avais pas le choix, je devais finir Je me souviens de Martin Michaud, il fallait que je sache la fin. Je ne dis pas merci à l’auteur, il faisait beau, j’aurai pu déjeuner dehors, moi! Mais, bon, après réflexion, je n’ai pas perdu au change. Tout cela pour montrer que je me suis laissée happer par l’histoire et que ma lecture du pavé de 500 pages fut plus que rapide.

On retrouve à des endroits différents de Montréal un homme et une femme assassinés de la même manière, à l’aide d’un instrument mystérieux. Victor Lessard est sur le coup avec sa partenaire Jacinthe Taillon. Un sans-abri se suicide en se jetant d’un immeuble, il veut se souvenir, dit-il à la policière qui tente de l’aider. Dans ses poches, les deux portefeuilles des victimes de Lessard. Victor et Jacinthe devront trouver le lien entre les trois morts et il leur faudra fouiller dans le passé pour cela.

En ce qui concerne sa vie privée, ce n’est pas simple non plus pour le sergent-détective, son fils a de gros ennuis et sa relation avec sa conjointe Nadja, flic elle aussi, en souffre. Cela risque d’être un Noël difficile!

Je me souviens est la troisième enquête de Victor Lessard, le héros créé par Martin Michaud, après Il ne faut pas parler dans l’ascenseur (Les âmes traquées en France) et La chorale du diable. Je n’ai pas lu le premier, mais j’avais déjà aimé le deuxième, l’auteur place définitivement sa voix avec ce dernier sorti.

Le style est classique: enquête, vie personnelle du policier qui influe sur son humeur, suspense qui monte, mais on ne va surtout pas bouder son plaisir quand c’est bien fait. Martin Michaud tient son intrigue d’une main de maître, il assure bien l’équilibre entre le métier de flic et la vie privée de Victor, pour nous en donner juste assez, mais pas trop. Il place son récit à Montréal, mais arrive à lui insuffler une dimension internationale de façon tout à fait crédible. On suit l’équipe d’indices en preuves vers la résolution de l’enquête qui mènera Victor plus loin qu’il ne le pense.

Un des points forts de Martin Michaud est le rythme qu’il imprime au texte donnant envie au lecteur de ne pas s’arrêter. J’aime le ton qu’il emploie, en particulier dans les dialogues, alternant naturellement français neutre et québécois plus marqué. Cela aide à donner plus de couleurs aux personnages.

Ces derniers sont eux aussi assez classiques, flic ancien alcoolique, partenaire portée sur l’agression autant verbale que physique, relations familiales pas toujours simples. Il n’est pas le premier auteur à jouer là-dedans, mais comme d’autres avant lui, il le fait très bien. Victor Lessard prend en profondeur, il se complexifie, j’aime son combat contre cette violence qu’il sent ancrée en lui. Jacinthe Taillon apparaît comme plus sympathique, même si elle dérape. Et puis il y a les autres policiers avec eux qui étoffent le roman.

Voilà un Montréal bien différent de celui présenté par Emily St.John Mandel dans ma chronique précédente et surtout beaucoup plus réaliste même si la ville montre ses côtés sombres, ses sans-abris et le froid.

Norbert Spehner écrivait dans la Presse: « La chorale du diable est un polar « complet » : une intrigue très bien menée, des personnages captivants et crédibles, un suspense impeccable. » Rien à ajouter de plus, même constat pour celui-ci.

Et puis, je ne peux pas taire le petit plaisir final, celui de retrouver mon nom dans les remerciements. Ce n’est pas rien d’être nommée dans un roman qu’on a aimé. Mais promis, cela ne change rien à ma critique, elle était écrite dans ma tête et j’avais déjà passé une matinée couchée à dévorer la deuxième moitié du livre. C’est ça la véritable preuve que j’ai apprécié ma lecture, le reste n’est que cerise sur le sunday!

Martin Michaud, Je me souviens, Éditions Goélette, 2012.

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2 commentaires sur “Il faut se souvenir”

  1. Éliane Vincent Says:

    J’ai presque hâte que le gala soit passé pour pouvoir me mettre à jour dans mes lectures… je n’en peux plus de vous lire, tous! Ce Martin m’aura tenue sur les charbons ardents avec ce troisième bouquin.

    Mais bon, on le lui dira dans le blanc des yeux samedi prochain et toi, tu pourras faire dédicacer ta copie, dans la page des remerciements, bien sûr!


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