Allmen et surtout Mayonnaise!

Parfois les lectures se suivent et ne se ressemblent pas. C’est ça la magie de la littérature, nous balader d’un monde à l’autre sans avoir besoin de dire « Beam me up Scotty ». Cette pensée-là est peut-être tarte à la crème, mais elle n’en reste pas moins vraie.

Toujours est-il que je suis passée de l’univers de Martin Suter et de son dandy Allmen à celui très différent d’Éric Plamondon avec Mayonnaise. Je ne regrette aucun des deux voyages!

Dans Allmen et le diamant rose, la suite de Allmen et les libellules, notre dandy-cambrioleur devenu dandy-détective essaye de faire prendre son essor à Allmen International Inquiries. À défaut d’un bureau, il a au moins un slogan « The art of tracing art », mais pour l’instant ses succès restent mitigés. C’est là que la grosse affaire arrive: retrouver un diamant rose pour un commanditaire inconnu qui venait de l’acquérir et à qui on l’a subtilisé. Pour cela, on lui demande de partir à la recherche d’un homme, disparu lui aussi.

Allmen n’est peut-être pas le détective du siècle. Il est même très éloigné de Sam Spade et encore plus de Sherlock Holmes, mais avec un peu d’aide de son fidèle bras droit Carlos, il ne s’en tire pas trop mal. Et quand son enquête le mène dans un hôtel de luxe, il sait très bien comment se comporter.

On retrouve avec plaisir ces personnages particuliers créés par Martin Suter. Toujours ce ton un peu empesé, cette atmosphère surannée qui convient parfaitement à l’histoire. Les amateurs de polar carré et très crédible en seront pour leurs frais, là n’est pas le but de ces romans. Allmen est un dilettante et enquête avec luxe, même si dans cette aventure, il lui faudra se passer momentanément de son confort pour se cacher. Le plaisir de cette suite, c’est surtout le fait que Suter se permet d’y développer le personnage de Carlos qui était plus dans l’ombre dans le premier. C’est véritablement lui l’organisateur derrière la compagnie et on le sait, considérant les tendances dépensières de Allmen, lui qui gère les finances. Et pourtant, il reste le serviteur discret, ce qui donne un équilibre original à ce duo. S’y ajoutera même une jeune femme que l’on verra probablement dans les prochaines aventures. Je l’avais déjà dit pour ma première critique et je le répète, Allmen, c’est du bonbon.

Et Mayonnaise? Alors là c’est un autre monde. Il s’agit du deuxième volet de la trilogie 1984. Éric Plamondon nous y présente le 20e siècle à travers trois grands personnages américains. Hongrie-Hollywood Express, le premier volume, nous mettait sur les traces de Johnny Weissmuller, le célèbre interprète de Tarzan. Mayonnaise nous fait découvrir l’auteur Richard Brautigan et le 3e, qui devrait s’appeler Pomme S, traitera de Steve Jobs.

J’avais déjà aimé Hongrie Hollywood-Express et Mayonnaise lui ressemble beaucoup, en encore mieux.

Impossible de raconter l’histoire, cela ne fonctionne pas comme ça. Ici, rien de linéaire. On oscille entre la vie d’un personnage nommé Gabriel Rivages et celle de l’écrivain dont les romans ont changé sa manière de penser, Richard Brautigan. Ce sont des faits, des récits, des listes, des poèmes et même une recette de mayonnaise.

Difficile pour la critique de polar que je suis de m’exprimer correctement sur cet objet littéraire à la forme originale, je n’ai pas le vocabulaire.

C’est un petit bijou, fait de phrases que l’on relit pour le plaisir et qu’on voudrait noter dans un carnet jusqu’à ce qu’on se rende compte que c’est le livre au complet que l’on recopierait. Éric Plamondon pose ses mots exactement dans le bon ordre, rien à redire, rien à changer. J’ai aimé le ton détaché et en même temps certains passages provoquent des émotions fortes. Les phrases sont souvent courtes, simples et cela suffit amplement. Cela donne envie de recommencer et de prêter Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise ainsi que de découvrir toute l’œuvre de Brautigan quand, comme moi, on ne la connait pas.

C’est beau, c’est tout, alors lisez-le, c’est aussi facile que ça!

« La seule fin que Brautigan ait vraiment réussie, c’est celle de sa vie. Il est arrivé à vraiment mettre le point final. Quand le point final a la forme d’une balle de .44 Magnum, il y a peu de chances que vous écriviez jamais une autre phrase. La suite semble fortement compromise. »

 Martin Suter, Allmen et le diamant rose, Christian Bourgois, 2012 (Allmen und der rosa Diamant, 2011), traduit de l’allemand par Olivier Mannoni.

Éric Plamondon, Mayonnaise, Le Quartanier, 2012.

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2 commentaires sur “Allmen et surtout Mayonnaise!”

  1. Éric Forbes Says:

    Serait-ce un fabuleux jeu de mots avec la marque de mayonnaise Hellman ?

    • Morgane Says:

      Dilemme atroce… Je mens et j’ai l’air intelligente ou je suis honnête. Maudite éducation qui m’empêche de mentir! Je n’avais pas vu le jeu de mot avant que tu le pointes. Il est plutôt cool par exemple et je peux me permettre de le dire puisque je n’ai pas fait exprès!


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