Du polar chez les ch’tis

Après les découvertes liées au hasard, il y a les conseils d’ami, qu’on a le plus souvent intérêt à écouter. Voilà comment je me suis retrouvée dans le métro un soir, avec comme lecture Carrières noires d’Elena Piacentini. Et Richard, de Polar, noir et blanc, ne s’était pas trompé.

Quatrième roman d’Elena Piacentini, Carrières Noires met en scène son commandant de police, Pierre-Arsène Leoni, un Corse (comme sa créatrice) en poste à Lille. Après la mort de sa compagne et la naissance de sa fille, celui-ci s’est mis en disponibilité et est retourné dans son île d’origine pour tenter de redonner du sens à sa vie.

Il doit pourtant revenir à Lille pour régler quelques détails administratifs. Alors qu’il rejoint son amie Éliane pour une soirée musicale, il découvre le corps d’une ex-sénatrice locale. Son successeur hésite à ouvrir une enquête, il n’a aucune envie de se frotter au neveu de la dame encore influente, potentiel président de la République. Éliane, médecin légiste de son état, insiste, les causes de la mort étant suspectes. Tant pis, Leoni se chargera de fouiller de son côté, il ne peut pas vraiment s’en empêcher. Et puis son équipe, pourtant déjà à la recherche de deux enfants disparus, a bien envie de lui donner un coup de main plutôt que de travailler avec son remplaçant plus préoccupé de sa carrière que de justice.

Il y a aussi Josy, Chantal et Marie-Claude, copines depuis toujours, qui partagent la maison de Josy et joignent les deux bouts en faisant des ménages et en rêvant d’une villa à La Panne. Vu l’état de leurs comptes en banque, il faudrait un miracle, mais elles décident de forcer un peu le destin.

Et pendant que ça remue dans les rues de Lezennes, les sous-sols ne sont pas en reste. Une créature se déplace au gré des carrières souterraines qui serpentent sous la ville. Il est facile de s’y perdre dans ce noir presque absolu. Mais les véritables monstres sont-ils vraiment dessous?

Première impression, c’est touffu. Les trois histoires, voire plus, s’entrelacent et on sait bien qu’il faudra qu’Elena Piacentini les réunisse à un moment. Elle le fait petit à petit, avec talent, sans nous brusquer, bien au contraire, puisqu’on voit ces rencontres d’éléments avec plaisir. Il y aurait pu en avoir trop et ce n’est pas le cas, car tout finit à sa place.

L’auteur en profite pour nous parler d’abus de pouvoir, des magouilles des puissants pour mettre leurs héritiers sur le trône et de l’attrait de l’argent. La victime, madame la sénatrice, ne nous est définitivement pas sympathique, son neveu encore moins. Et en face, il y a Josy et ses copines, les ouvrières avec leur honnêteté chevillée au corps (dans une certaine mesure, mais bon, l’honnêteté, ça se discute), leur bonne humeur et leur accent du Nord si agréable. Et quand Josy s’exclame: « Alors aujourd’hui, j’te demande juste l’ascenseur du retour, parce que moi, j’en ai ma claque de prendre les escaliers », on ne peut pas s’empêcher de sourire.

Les personnages de flics sont peut-être un peu faciles, mais parfois c’est comme ça qu’on les aime. Et Leoni ajoute une complexité. On sent l’homme blessé par la perte de sa femme. Il ne sait pas quoi faire de sa fille qu’il adore mais qui représente pourtant la mort de sa mère. Il a fui vers la Corse et on se dit que ce retour à Lille et son besoin de mener l’enquête marquent sa renaissance. On a envie qu’elle continue.

Mais c’est aussi l’écriture qui m’a charmé, pleine de formules bien trouvées. Richard m’avait facilité le travail, son exemplaire étant ponctué au fluo jaune. Elena Piacentini aime les mots et joue avec. Elle fait une intrigue qui se tient, mais n’oublie pas le texte lui-même et offre un roman complet.

S’il faut vraiment donner des défauts, il y en a bien sûr des légers, quelques longueurs et peut-être le journal de l’homme sous terrain que j’ai trouvé moins nécessaire, même si je suis sûre que certains ont beaucoup apprécié ces passages plus énigmatiques.

Un joli coup de coeur donc, pour lequel je remercie Richard et si vous voulez connaître son avis à lui, c’est ici.

Seul gros regret, les lecteurs québécois devront se tourner vers la France puisque cette nouvelle maison d’édition, Au-delà du raisonnable, n’est pas encore distribuée chez nous. Si tous leurs livres ressemblent à celui-ci, espérons que cela changera vite.

Elena Piacentini, Carrières noires, Au-delà du raisonnable, 2012.

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4 commentaires sur “Du polar chez les ch’tis”

  1. Éliane Vincent Says:

    Une légiste qui s’appele Éliane, on aura tout vu!

  2. Richard Says:

    Bonjour Morgane,
    Très content que tu aies apprécié ce roman !
    Je pense que cette auteure gagne à être connue.
    En espérant sa distribution au Québec
    À bientôt
    Amitiés

    P.S. Éliane en médecin légiste … La mort n’aurait jamais été si drôle !!


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