Traitre à la patrie!

C’est toujours frustrant quand ça arrive. On est plus ou moins tenté par un auteur (souvent en s’arrêtant à la couverture d’ailleurs), on lit son deuxième par hasard et voilà qu’on se rend compte qu’on a raté quelque chose avec le premier. Ça me fâche, ça rajoute un livre de plus à ma liste mentale déjà immense, mais au moins, je me dis que mieux vaut tard que jamais.

C’est exactement ce qui est arrivé avec William Ryan. Le royaume des voleurs était passé à travers les mailles de mon filet, mais heureusement cela n’a pas été le cas pour Film noir à Odessa.

J’y ai découvert l’inspecteur Korolev, flic aux affaires criminelles. On le réveille en pleine nuit; direction Odessa où une jeune femme a été retrouvée pendue. Simple suicide ou meurtre? Cela n’aurait probablement pas d’importance si Macha Lenskaïa n’avait pas été très proche d’un haut dirigeant du Parti. On le dit, « tout est politique » et c’est d’autant plus vrai en URSS en 1937. Korolev est donc envoyé sur les lieux du tournage d’un film à la gloire de La Patrie dans la campagne ukrainienne qui a beaucoup souffert des politiques de Staline. Il sait qu’il lui faudra faire preuve de circonspection s’il ne veut pas un aller simple au goulag et que sa famille en pâtisse avec lui. Heureusement, il a quelques amis, dont Babel, auteur et scénariste de la production en question et une adjointe de la milice locale, Nadezhda Zlivka, jeune femme à l’esprit vif et débrouillard, que j’espère retrouver dans les romans suivants. Il se découvre un allié surprenant en la personne de Kolya, le « roi des voleurs », qui lui indique que la victime était liée à un trafic d’armes avec les nazis. L’enquête se complique.

Les Britanniques sont définitivement intéressés par l’URSS. Cela a d’abord été l’Irlandais Tom Rob Smith, avec Enfant 44 et Kolyma, c’est maintenant au tour de l’Anglais William Ryan de s’essayer à cette période noire de l’histoire russe. Et lui aussi y arrive très bien.

Son personnage apparaît d’entrée de jeu plus critique envers le pouvoir que l’enquêteur de Tom Rob Smith, mais il sait également qu’il a tout à perdre s’il s’oppose au parti. La recherche de la vérité n’est pas seulement ce qui guide la police, il faut en premier lieu préserver l’image de l’État et des pontes du communisme. On apprend à lire entre les lignes et l’instinct de conservation est toujours en alerte.

Au niveau de l’intrigue, William Ryan construit une histoire qui se suit bien. On doute avec lui des motivations des protagonistes, se demandant qui fait partie du complot et qui est un allié. Il en profite pour nous parler aussi des politiques russes en Ukraine.

J’aime le personnage de Kolya. Lui et Korolev sont beaucoup plus semblables qu’ils ne le croient. Ils se trouvent des deux côtés de la loi, mais tous deux ont un sens de l’honneur très fort et une soif de justice.

Il me faut maintenant repartir en arrière pour lire leur rencontre dans Le royaume des voleurs. Et tant pis pour la chronologie, ce sera un plaisir de retrouver Korolev.

Depuis quelque temps dans mes lectures, il arrive souvent que la raison d’État dicte le dénouement d’une enquête, que cela soit dans l’URSS passée ou les États-Unis d’aujourd’hui et je dois dire que cela fait un peu froid dans le dos. Ce sont bien sûr toutes des œuvres de fiction, mais ne sont-elles pas le reflet d’une réalité plus négative encore?

Et voilà l’avis de Norbert Spehner dans le journal La Presse.

William Ryan, Film noir à Odessa, Flammarion Québec, pour le Québec, éditions des Deux Terres pour la France, 2012  (The Bloody Meadow, 2011), traduit de l’anglais par Jean Esch.

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7 commentaires sur “Traitre à la patrie!”

  1. Éliane Says:

    Oups, je crois que mon post précédent a pris le chemin du twilight zone… Tu rectiferas au besoin!

    Je disais donc que, quoiqu’un peu hors-sujet, je tiens à souligner ton arrivée chez Alibis. Je viens de te lire et j’y ai retrouvé toute la verve et l’enthousiasme que tu sais donner à ton blogue. Bravo!

    J’ai aussi eu le vertige en lisant la recension de Norbert sur le polar africain… on n’a pas fini de lire!

    • Morgane Says:

      Merci beaucoup. Je suis en tout cas enchantée de faire partie de l’équipe, c’est un plaisir de travailler avec des professionnels passionnés.
      Et c’est vrai que les articles de Norbert ont un effet dévastateur sur le liste des livres qu’on a envie de lire! Une angoisse me prend parfois à regarder les deux tablettes de ma bibliothèque des livres pas encore lus. Je prends alors un grand respire, je pense à la bibliothèque complète de Richard à lire et ça va mieux🙂

  2. norbert spehner Says:

    C’est le but caché de mes articles: donner le vertige à de gentes et jolies femmes ! Jamais je n’aurais cru ça possible à mon âge…🙂

    Ceci dit. le dit article n’est que la pointe de la dune (l’iceberg, en Afrique, n’existe probablement que sous forme de salade). La biblio des titres non traduits doit faire le triple…

    Ryan est en effet un auteur intéressant et ça vaut la peine de lire
    le premier. La Russie est à la mode chez certains auteurs anglo-saxons (les deux romans de Sam Eastland avec l’inspecteur Pekkala sont supers…) et il y a plusieurs séries encore non traduites…Votre fameuse PAL ne risque pas de diminuer de si tôt.
    J’y veillerai.

  3. Miss Alfie Says:

    « Le royaume des voleurs » avait été loin de me convaincre… Pas sure donc que je me tourne vers ce nouveau William Ryan…

    • Morgane Says:

      Avez-vous essayé Enfant 44 de Tom Rob Smith? Un autre style un peu qui vous conviendrait peut-être.


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