Un gentleman?

Envie d’une certaine classe et d’un léger détachement? D’un criminel bien-élevé? Rencontrez donc Allmen. Qui est-il? Un dandy, un voleur, un paresseux, un amoureux des belles choses, un peu de tout ça.

Hans Fritz von Allmen, fils d’un nouveau riche suisse, est devenu à l’âge adulte Johann Friedrich von Allmen pour enlever le « relent paysan » de ses deux premiers prénoms. Il jette allégrement l’argent de son père par la fenêtre sans se soucier du lendemain. Sauf qu’il n’est pas très bon pour les investissements et que le pécule s’étiole.

Que lui reste-t-il à faire? Il ne peut tout de même pas aller travailler, quelle horreur! Il vend petit à petit son patrimoine, gardant toutefois les apparences en s’installant dans la maison du jardinier de son ancienne villa avec son serviteur Carlos. Après ça, il y a toujours le vol, pour lequel il semble plutôt doué d’ailleurs et qui lui permet de conserver le strict minimum pour vivre, c’est-à-dire son piano, son abonnement avec les meilleures places au théâtre, sa voiture avec chauffeur, ses costumes taillés sur mesure. Rien que le nécessaire, quoi. Eh oui, « le luxe, l’une des grandes faiblesses d’Allmen ».

Toutefois, lorsqu’il vole une coupe Art déco chez une femme qu’il vient de rencontrer, il monte dans la catégorie supérieure. L’objet a plus de valeur que tous ses précédents larcins et un passé un peu difficile qui complique rapidement la vie d’Allmen. Quoique, un homme comme lui s’en sort toujours.

Martin Suter renouvelle le gentleman-cambrioleur avec talent et le transforme en gentleman-détective. Avec Allmen, il crée un personnage hors de son époque ne vivant que pour les plaisirs (opéra et polars, il y a pire!) à la morale élastique selon ses besoins. Suter rend hommage au genre que ce soit avec son héros ou encore dans le ton qu’il utilise, à la fois un peu suranné et tout à fait approprié, léger et complexe. Il donne l’impression d’une construction simple, mais elle est en fait totalement maitrisée.

On se surprend à sourire des situations décalées dans lesquelles se met Allmen et de sa manière de s’en sortir.

J’ai particulièrement aimé le personnage de Carlos, le serviteur guatémaltèque. Obligé de travailler ailleurs depuis que ce dernier n’a plus d’argent, il continue pourtant de le servir et de l’aider. D’un « Una sugerencia, nada mas » (juste une suggestion) discret, il oriente son patron dans la bonne direction. Au second plan, il est malgré tout celui sans qui Allmen ne serait pas tout à fait lui-même (au minimum pour la brillance de ses chaussures) et lorsqu’un conseil lui ai demandé, il se fend d’un « cómo no » qui vaut pour un oui.

Roman très court de 168 pages, Allmen et les libellules se déguste comme une petite sucrerie, un plaisir sympathique qui ouvre la voie à bien d’autres puisqu’il s’agit d’un premier volume mettant en scène ce détective original. Le deuxième, Allmen et le diamant rose, est déjà sorti. L’arrivée d’un gentleman dans un monde de brutes.

« Allmen méprisait les bonnes affaires. Elles n’étaient pas dignes de lui, et n’auraient dû être dignes de personne. Les choses devaient coûter ce qu’elles valaient, tout le reste était pitoyable. »

Martin Suter, Allmen et les libellules, Points, 2012 (Allmen und die Libellen, 2010), traduit de l’allemand par Olivier Mannoni.

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12 commentaires sur “Un gentleman?”

  1. Richard Says:

    Bonjour Morgane,
    Je possède ce livre dans ma petite pile à lire, depuis un petit bout de temps ! J’ai quelques lectures en retard mais je crois que je suis peut-être dû pour une petite sucrerie … sans aspartame, avec du vrai sucre.
    Au grand plaisir d’échanger sur ce nouveau personnage !
    Amitiés

    • Morgane Says:

      Ça ne prend qu’un instant à lire et je suis sûre que tu vas aimer ça. Rien qu’une pause sous un parasol sur ta terrasse 🙂

  2. Éliane Says:

    Ô que tu me tentes… Moi qui suis une fan finie d’Arsène Lupin (ce qui trahit mon âge d’ailleurs) je sens que je vais aimer ce gentleman-détective. Encore un ajout à ma listeàlire!

    • Richard Says:

      Les amateurs d’Arsène Lupin n’ont pas d’âge !! Comme lui, ils sont intemporels !!
      Bonne journée chère jeune amie !!

      • Morgane Says:

        Oh, le flatteur 🙂
        Je ne suis pas contre de temps en temps repartir vers les classiques comme Arsène Lupin. Martin Suter rajoute un petit air plus actuel et une grosse pincée d’humour très pince-sans-rire, c’est un mélange qui fonctionne.


  3. Un peu de nostalgie ne me fera pas de mal !!!

    Allez hop, dans la liste … des commandes ou futurs achats.

    Bonne journée / soirée, je suis un peu perdue dans le temps qui nous sépare.

    Jazz


  4. Ne serais-je pas digne d’une réponse ? POur qui vient vous lire, avec plaisir ma foi, je ne comprends pas.

    Peu importe n’est-ce pas ?
    Je reviendrai, comme d’habitude en lectrice « lamda ». Désolant.

    • Morgane Says:

      Vous êtes tout à fait digne d’une réponse, mais je ne suis pas présente aussi souvent que je le voudrais devant mon ordinateur. Mon blog doit rester un plaisir pour moi et à Montréal aussi on travaille, on sort, on profite de l’été 🙂 Je tarde donc parfois un peu avant de répondre, attendant un moment plus calme ou une journée de congé, j’en suis désolée. Mais je suis toujours très heureuse d’avoir des commentaires et de me découvrir de nouveaux lecteurs, je ne suis pas assez blasée pour ne pas m’en réjouir à chaque fois.
      J’espère que ce nouveau héros de Martin Suter vous plaira comme il m’a plu et qu’il vous fera passer un bon moment. De mon côté, j’irai probablement lire son deuxième en septembre quand j’aurai fini toutes mes lectures obligatoires.
      Et sinon, c’est toujours un plaisir de découvrir un nouveau blog. J’irai donc vous lire aussi, bienvenue dans la blogosphère!

      • jazzexsarahs Says:

        Désolée Morgane, je me trouve de bien mauvaise humeur ces temps-ci ! Excusez-moi de ce message « désolant ». C’est vrai que pour lire les billets je dois utiliser loupe et lecteur virtuel et que ce n’est pas toujours bien pratique, mais ceci n’excuse pas cela !!

        Enchantée de vous lire, et ça c’est du vrai « sincère ».

        Jazz

      • Morgane Says:

        C’est correct (J’adore cette expression québécoise!) 🙂 Enchantée d’avoir gardé ma lectrice et promis, je serais plus assidue dans mes réponses!

  5. Miss Alfie Says:

    Très bon roman en effet. Je lui reprocherai juste son prix en grand format vu sa rapidité de lecture ! Mais bon, en poche ça passe déjà mieux !

    • Morgane Says:

      C’est vrai qu’en tant que libraire, je conseille rarement des livres parus chez Bourgois (s’ils sont chers en France, imaginez au Québec!) et c’est dommage parce qu’il y a d’excellents romans chez cet éditeur. Heureusement on peut se rattraper sur le format poche. Et la libraire n’est pas fermée, il y a aussi les bibliothèques 🙂


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