Knowlton, son festival!

Ça y est, les vacances, c’est comme Capri, c’est fini. La belle saison débute à peine et pour moi, c’est le retour au travail. Mais je m’en moque, il y a bien pire qu’un été à Montréal et je me promets de nombreux après-midi à bronzer dans les parcs avec un roman. Si ça tente quelqu’un, on peut faire un pique-nique après! Et puis j’ai profité à fond, bien mangé (le foie gras, ce n’est pas toujours léger, mais qu’est-ce que c’est bon!), arpenté Barcelone et Paris. Côté polar, j’ai visité quelques librairies spécialisées et mes trajets se sont faits en lectures bien sûr, j’en parlerai bientôt.

Avant ça, petit retour sur les Printemps meurtriers de Knowlton avec photos à l’appui. Je l’ai déjà dit, mais cela mérite la répétition, le festival a été une réussite. Pendant deux jours, les tables rondes et conférences se sont suivies, tout aussi intéressantes. Carnets noirs en reportage.

Samedi

Les tables rondes étaient animées par Sylvie Lauzon, qui a fait cela très bien. J’aurai peut-être apprécié des questions parfois plus pointues et précises, mais elle avait manifestement lu tous les auteurs et elle a démontré un énorme travail tout en donnant ce ton très amical qui rendait les rencontres sympathiques.

André Jacques et Martin Michaud

André Jacques et Martin Michaud ont ouvert le bal le samedi matin, comparant leur manière d’écrire et leur vision du polar. Martin Michaud parle d’un « polaroid de la société » et j’aime assez l’image. Petite pause dîner un peu rapide dans mon cas pour cause d’entrevues et on revenait pour l’invité qui avait traversé l’Atlantique pour venir nous voir, Roger Jon Ellory. Pendant plus d’une heure, seul face à la salle, Ellory nous a fait son show, racontant son enfance, son rapport à ses livres, les hasards qui lui ont permis d’être publié. Sa vie n’a pas été ordinaire et à l’entendre parler de son père inconnu, de son abandon à 18 mois pendant deux jours ou de son arrestation pour vol de poulets dans une communauté religieuse, on se demande si tout est vrai, car l’homme lui-même le dit: « as a writer, we lie for a living ». Mais finalement, fiction ou non, quelle importance? On écoute béat et on profite.

R.J. Ellory

Il a pu échanger dans la table ronde suivante avec les deux autres invités d’honneur, Martin Winckler et Chrystine Brouillet. Là encore, on a pu voir comment les méthodes de travail diffèrent selon l’auteur; l’absence complète de plan d’Ellory rendant presque folle Chrystine Brouillet qui, elle, construit très systématiquement.

L’après-midi s’est poursuivi à l’extérieur pour une activité conviviale, plus agréable encore avec un Killer Martini. Geneviève Lefebvre animait le Quiz de la blonde en béton, préparé avec talent par Richard de Polar, noir et blanc. Ah, le petit plaisir de répondre à une question portant sur un écrivain quand on l’a à côté! Je ne suis pas mécontente de mes connaissances, mais je triche, si je ne savais pas tout ça, je ferais bien mal mon boulot de libraire.

La soirée s’est terminée par une rencontre plus médicale puisque les deux médecins invités, Martin Winckler et Jean Lemieux, parlaient du lien entre leurs livres et leur profession. Je n’ai malheureusement pas noté lequel des deux a fait la remarque suivante: « le polar, c’est le jazz de la littérature », mais je garde en mémoire.

Le Quiz de la blonde en béton

L’ambiance générale étant très sympathique, je me suis retrouvée à manger une pizza en agréable compagnie puisqu’on comptait à la table trois auteurs et peut-être une en devenir.

Il était ensuite temps de rejoindre la chambre de mon couette et café pour essayer de dormir malgré l’excitation de la journée. Le cerveau était de toute façon fatigué.

Dimanche

La matinée a débuté tôt par un cours magistral donné par André Jacques sur le roman policier québécois dans une salle du Vieux Palais de justice. C’était passionnant et ma seule frustration est de ne pas avoir pu échanger plus longtemps. Je me suis promise d’aller jeter un coup d’œil sur les polars publiés en feuilleton dans les années 50. Le constat est là encore le même, le genre au Québec a peut-être commencé tard par rapport à d’autres pays, mais il est en pleine expansion et la multiplication des événements est une excellente manière d’en parler. Pendant une heure, mon carnet s’est rempli de notes.

Alors qu’une partie du public restait dans la salle pour une classe d’écriture avec Jacques Côté sur le thème du plan, je suis repartie vers le théâtre Lac-Brome écouter Chrystine Brouillet et Sylvain Meunier.

Martin Winckler, Chrystine Brouillet, Sylvie Lauzon et R.J. Ellory

Une coupure de quelques heures m’a permis de me balader dans la (petite) charmante ville de Knowlton et de profiter du soleil qui tapait fort.

Puis retour au théâtre pour deux rencontres. La première réunissait Laurent Chabin et Geneviève Lefebvre. Le premier y a parlé de son rapport au polar puisqu’il ne se limite pas au genre. La deuxième a comparé son expérience de scénariste à celle d’auteur qui est à la fois un apport et complètement différente. Mon petit calepin se remplissait rapidement. Laurent Chabin nous a annoncé qu’il était « passionné dans la détestation ». Je ne l’ai pas lu, mais il me plait déjà!

La dernière conférence réunissait deux auteurs des éditions Alire, Jacques Côté et François Lévesque. Encore un que je ne connaissais pas et que j’ai l’intention de découvrir.

La réflexion était terminée, on pouvait maintenant passer à la fête.

Cela se déroulait à l’auberge West-Brome. Ma chambre de couette et café était charmante et l’accueil parfait, mais soyons honnête, elle ne tient pas la comparaison. Les auteurs sont vraiment bien reçus aux Printemps meurtriers!

R.J. Ellory répond à mes questions

La soirée a été à l’image du week-end, très agréable. Elle a débuté par un petit moment de bonheur personnel puisque j’y ai fait une courte entrevue avec R.J. Ellory, et je crois que cela restera un temps fort pour moi pendant longtemps. Après le champagne, on a annoncé le prix Tenebris et c’est un Québécois qui l’a obtenu: Sylvain Meunier pour Les mémoires d’un oeuf. L’auteur étant présent, il a pu faire son discours de remerciement. Louise Laparé, la porte-parole, a animé la soirée avec beaucoup de talent et de gentillesse. Elle était d’ailleurs plus qu’une porte-parole puisqu’elle était aussi membre du jury et qu’elle a participé à tous les événements pendant les deux jours. On sentait qu’elle était là parce qu’elle appréciait ça et je trouve ça génial. Le repas était excellent, les discussions avec les auteurs et les éditeurs passionnantes. Et tout cela n’en restera pas là, les auteurs ayant tellement aimé leur expérience qu’ils ont décidé de se réunir pour soutenir le projet et en faire parler. Il s’est réellement passé quelque chose de plus grand lors des Printemps meurtriers.

Ce qui en a fait une réussite, c’est bien sûr l’accueil de Johanne Seymour, la présidente du festival et ses bénévoles tous charmants. Et de mon côté, le week-end n’aurait pas été aussi parfait sans Richard qui sait pourquoi et la présence de France, sa moitié. Plus généralement, ce qui me restera comme impressions de cette fin de semaine consacrée au polar, c’est tout d’abord la complicité qui s’est liée très vite entre les auteurs. On ne sentait aucune tension, ils étaient juste heureux de pouvoir échanger sur leur passion et découvrir de nouvelles écritures. C’est cela, je crois, qui a donné cette saveur particulière au festival. Ils assistaient aux tables rondes des autres intervenants, se posaient des questions, citaient leurs collègues à la rencontre suivante. Il y avait une bonne humeur dans l’air qui ne mentait pas. Le constat que nous avons tous fait, c’est la gentillesse et l’accessibilité de R.J. Ellory. J’adorais déjà l’auteur et j’apprécie encore plus l’homme. Attentif à reconnaître tout le monde, toujours disponible pour répondre aux participants, il était l’invité parfait pour ces premiers Printemps meurtriers.

La nuit était tombée et il était temps pour moi de remettre le cap sur Montréal. Petite note personnelle à moi-même, le pont Champlain, ce n’est pas le pont Jacques-Cartier, cela ne va pas dans la même direction. Mais j’étais tellement sur un petit nuage que le détour ne m’a même pas fâchée.

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3 commentaires sur “Knowlton, son festival!”

  1. Éliane Says:

    Chère Morgane, voilà un compte-rendu imagé et enthousiaste qui est un excellent polaroïd (puisque le mot te plaît!) de cette fin de semaine à laquelle j’aurais bien aimé assister.

    Comme j’aurais aimé rencontrer à nouveau les Michaud, Jacques, Meunier et autres qui ont honoré Saint-Pacôme de leur présence déjà, sans compter les auteurs d’ailleurs qui font mes beaux moments de lecture et que j’aurais bien aimé entendre…

    Merci de me permettre d’y assister en différé, moi qui ai plutôt profité du beau temps sous la tente du Projet Écosphère… une super fin de semaine aussi, quoique nettement moins littéraire!

  2. vonnette Says:

    Je t’envie d’avoir assister à un tel festival ! Interroger R.J. Ellory…la classe !!

    • Morgane Says:

      C’est vrai que j’ai eu de la chance🙂 Je crois que c’est pour beaucoup lié au Québec. Je suis sûre que les festivals sont très sympas en France aussi, je ne critique pas, hein. Mais c’est vrai que le milieu est petit et que l’ambiance québécoise fait que tout le monde a sa place, quelque soit son niveau. Ce qui fait qu’une petite libraire française arrivée il y a seulement quelques années peut s’y sentir parfaitement accueillie et comme un poisson dans l’eau.


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