Vengeances et vieilles rancunes

Du deux en un cette fois-ci, avec des livres qui ont marqué mes dernières semaines. L’atmosphère y est scandinave, avec un détour par les Pyrénées.

Première destination, la Suède avec Mons Kallentoft. Après Hiver, Été et Automne, il fallait bien que le Printemps arrive, ce qui correspondait parfaitement à l’impression des derniers jours. L’enquêtrice Malin Fors va mieux, elle lutte chaque jour contre l’alcool, mais ne rechute pas, même lorsque sa mère meurt subitement. Avec ce décès, elle découvrira peut-être le secret que lui cachaient ses parents depuis toujours et qu’on sentait dans les romans précédents. Elle n’a pourtant pas vraiment le temps d’y penser. Une bombe vient d’exploser sur une place de Linköping, tuant deux petites filles et blessant leur mère. La première thèse est tout de suite celle d’un acte terroriste, possiblement anti-capitaliste puisqu’une banque se trouvait tout près. Une guerre des gangs serait-elle en train de se déclarer? Pour Malin, pas de doute, les victimes étaient visées, mais comment le prouver à ses collègues? En cherchant dans leur passé, elle va découvrir que les familles les plus riches ont leurs secrets, lourds à cacher et qui peuvent détruire tout ce qu’ils approchent.

Je préfère vraiment Malin Fors quand elle ne boit plus, elle me paraît être un personnage plus juste. Son combat apparait comme difficile, l’égoïsme prend parfois le dessus, elle voudrait s’en sortir complètement, être aimée, que les autres soient à son écoute alors qu’elle-même n’est pas attentive; humaine, quoi. Et cela me la rend plus attachante. J’ai la même critique que dans les romans précédents, les passages plus éthérés, lorsque les enfants morts parlent à Malin, me semblent complètement inutiles et trop lyriques pour un polar. Pourtant, comme chaque fois encore, cela ne suffit pas arrêter ma lecture, je survole peut-être plus rapidement quand cela arrive et je reprends l’histoire avec plaisir. Réaction étrange, mais qui prouve bien que Mons Kallentoft réussit à me garder dans ses filets. Je reviendrai donc sûrement avec Malin Fors dans la saison qui suivra.

Pour commencer ma deuxième critique, un mea culpa. J’avoue juger parfois (souvent) les livres aux éditeurs qui les publient. Ce que je ne renie pas d’ailleurs, un bon éditeur étant très important, il donne une couleur particulière à ses collections, choisissant ses auteurs et ses textes avec soin. Tout cela pour dire que je ne regardais pas vraiment les romans des éditions les Nouveaux Auteurs dont le concept est simple: le comité de lecture est grand public et vote par Internet. Je ne suis toujours pas persuadée que l’édition 2.0 va révolutionner la littérature et je vais paraître snob, mais l’avis éditorial de Christine, 34 ans, Haute-Vienne ou de Jean-Pierre, 64 ans, Yonne, m’importe peu. On pourrait sûrement en débattre longtemps vu que je participe moi-même au mouvement avec mon blogue. Mais ce n’est pas si simple et ce sera pour une autre fois peut-être. Pour l’instant, j’avais juste envie de parler du polar Le diable sur les épaules de Christian Carayon qu’une cliente m’a mis dans les mains et qui m’a fait faire une agréable balade dans le temps.

Nous sommes en 1924 dans un village des Pyrénées. Des disparitions et des décès suspects installent la peur dans la petite communauté. C’est d’abord un valet de ferme qui est attaqué puis son employeur qui meurt dans des conditions sordides. Les superstitions s’expriment et les vieilles rancunes ressortent. La jeune institutrice appelle alors au secours un ami d’enfance. Celui-ci est en effet membre du cercle Cardan, un club créé au début du siècle et qui se charge d’expliquer ce que tous pensent inexplicable. Martial va accepter d’aider Camille et s’installer au village. Il lui faudra mieux comprendre l’histoire des gens du coin, les racontars et les haines tenaces pour déceler la vérité sur les morts qui continuent de s’accumuler. Commençons par la critique négative: l’assassin se laisse deviner bien avant le dénouement et le revirement est peut-être un peu facile, même si j’avoue que je n’avais pas tout vu venir. Là où Christian Carayon a vraiment réussi son roman, c’est dans la description du village et du contexte historique. On ressent parfaitement cette atmosphère de petite communauté à la fois rassurante, mais aussi étouffante, car l’étranger n’est pas toujours bien accueilli et chaque faux pas connu de tous. C’est le début de l’exode rural, les bras manquent dans les fermes. Les jeunes hommes ont quitté la campagne pour aller se battre dans les tranchées et lorsqu’ils n’y sont pas morts, ils sont revenus changés par les violences qu’ils ont vues. Cela peut expliquer, en partie en tout cas, les horreurs que peut commettre un homme et Christian Carayon le montre d’un ton très juste. Mais ça finalement, c’est juste l’avis de Morgane, 31 ans, Montréal.

Mons Kallentoft, Printemps, Serpent à plumes, Coll. Serpent Noir, 2011 (Vårlik, 2010) traduit du suédois par Frédéric Fourreau.

Christian Carayon, Le diable sur les épaules, Les Nouveaux Auteurs, 2012.

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