Longmire au Vietnam

L’avantage de lire en anglais, c’est que parfois, on craque et on va acheter le roman d’un auteur qu’on aime bien avant qu’il ne soit publié en français. J’avoue que c’est ce que j’ai fait pour Another Man’s Mocassins de Craig Johnson. Mais comme je n’avais pas tant d’avance que ça et qu’il vient de sortir en France sous le titre Enfants de poussière (mi-mars au Québec), je n’ai pas besoin d’attendre pour en parler.

Après les aventures vécues dans L’Indien blanc, le shérif Longmire est de retour dans le Wyoming. Il a ramené avec lui sa fille Cady encore en rééducation après les blessures qu’elle a subies. Le corps d’une jeune femme vietnamienne est retrouvé au bord de la route avec dans son portefeuille une photo datant de la guerre du Vietnam. C’est tout le passé de Walter qui lui saute au visage alors que quarante ans plus tôt, il était enquêteur dans les Marines.

On trouve près de là un suspect, un Indien qui a une vie plus que difficile, mais Walter est certain que cette fille n’est pas venue dans le Wyoming par hasard et que sa mort est liée à ce voyage.

Le roman se déroule à deux époques. Au présent succèdent de longs passages racontant les souvenirs de Longmire au Vietnam. Il est alors chargé de faire la lumière sur un trafic de drogue sur une base militaire. La communication avec les enquêteurs déjà sur place n’est pas facile et il occupe le temps au bar local, le Boy-Howdy Beau-Coups Good Times Lounge en jouant du piano et en enseignant des rudiments d’anglais à une jeune prostituée vietnamienne.

En recherchant l’assassin de la fille retrouvée morte sur son territoire, il ne peut s’empêcher de repenser à tout cela, aux combats qu’il a dû mener là-bas et qui l’ont définitivement marqués. La construction en aller-retour entre passé et présent est parfaite pour le récit. Cela permet de garder le ton des précédents romans tout en donnant une profondeur supplémentaire aux personnages de Walter Longmire et Henry Standing Bear (celui-ci ayant également fait le Vietnam). Cette partie racontant la guerre ne se veut pas pro ou contre, elle dit juste la difficulté d’y être soldat quand on est jeune et qu’on ne sait plus trop ce qu’on fait là, elle parle aussi des Vietnamiens et des liens qui se tissent entre eux et les Américains.

L’enquête actuelle dans le Wyoming permet de traiter de trafics humains et de tous ceux qui rêvent de rejoindre les États-Unis, même au péril de leur existence. Craig Johnson, comme toujours, arrive à alterner vie quotidienne et moments plus intenses. Les descriptions de certains lieux abandonnés du Wyoming, villes fantômes où ne se trouvent que des serpents et des souvenirs, sont très bien faites et il allège cette ambiance avec l’humour qui le caractérise.

Encore une fois, comme dans L’Indien blanc, j’ai aimé le portrait du père qu’est Walter Longmire. Il souffre de voir sa fille, non seulement blessée physiquement, mais aussi mentalement puisqu’elle est incapable de se rappeler de certains détails de son passé. La rééducation va être longue et on sent la détresse paternelle dans le fait qu’il a beaucoup de mal à la laisser s’éloigner de lui.

Mais surtout, ce qu’on aime de Craig Johnson, ce sont ses personnages. Tous plus originaux les uns que les autres, ils sont incroyables et en même temps, parfaitement crédibles parce que très humains (si, si, c’est possible). Henry Standing Bear, ou la Nation Cheyenne, Vic, l’adjointe de Walter et ses sous-entendus sur leurs relations, un Indien de la taille d’un grizzly, un chien répondant au nom de Chien ou encore le shérif lui-même, meilleur à communiquer avec les morts qu’avec les vivants, tous attachants à leur manière.

Les enquêtes de Walter Longmire passent et on ne s’en lasse pas. Je vais même peut-être me laisser tenter et acheter le suivant en anglais.

Craig Johnson, Another Man’s Mocassins, Viking Penguin, 2008. En français, Enfants de poussière, Gallmeister, 2012, traduit de l’anglais par Sophie Aslanides.

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Pour ceux qui parlent anglais (décidément, on dirait que j’ai été soudoyée par le syndicat des profs d’anglais) et pour ceux que le polar scandinave intéresse, vous trouverez sur Youtube un excellent documentaire réalisé par la BBC. Intitulé Nordic Noir: The Story of Scandinavian Crime Fiction, il nous fait découvrir la littérature de genre nordique en l’ancrant dans l’histoire sociale et politique de ces pays. On y voit en plus des entrevues avec des auteurs comme Mankell, Nesbo, Nesser et Sjowall. Merci Norbert pour le lien!

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2 commentaires sur “Longmire au Vietnam”

  1. norbert spehner Says:

    Le lien m’a été signalé par Marie-Claude Fortin avec qui je prépare un dossier sur le polar scandinave pour le prochain numéro du magazine Entre les lignes.


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