Ah, Bettý!

 On fait un 2 pour 1 aujourd’hui. Deux romans qui n’ont rien à voir, mais qui patientaient sagement sur mon bureau que je prenne le temps de parler d’eux.

Bettý comme une belle femme, libre, sûre d’elle et de ses charmes. C’est cette image qui revient sans cesse à l’esprit de cette personne dont nous ne savons rien, dans sa cellule, sans rien d’autre à faire qu’attendre que la police l’interroge jour après jour. Alors, il lui faut raconter comment on en est arrivé là et ce qui est finalement une histoire classique. Il y a Bettý et il y a le mari qui pourrait bien sûr disparaître.

Arnaldur Indridason rend ici hommage à James M. Cain et à son livre, Le facteur sonne toujours deux fois. Ne l’ayant pas lu, je n’ai pas pu vraiment trouver les similitudes, mais Yann de Moisson Noire nous en donne quelques-unes. Le récit se déroule à l’envers devant nos yeux, le crime a été commis, il ne nous reste plus qu’à découvrir comment. Le narrateur, de sa cellule, nous raconte Bettý et ce que l’on comprend très vite être des manigances, mais l’amour rend aveugle dit-on. Il lui faudra le silence de la prison pour commencer à voir la vérité.

Il s’agit ici presque d’un exercice de style et on est loin des polars plus sociologiques mettant en scène Erlendur. J’aurai plutôt tendance à préférer ceux-là, mais Bettý reste tout de même un livre intéressant.

Indridason tient son récit d’une main de maître. Sans nous laisser le moindre indice du tour de force qu’il est train de réaliser, il manipule son texte jusqu’à la surprise en plein milieu du roman. Chapeau d’ailleurs au traducteur qui s’en sort parfaitement. Indridason installe petit à petit les éléments qui, on le sait, ne peuvent que mener à une issue funeste. Deux amants et un mari, cela ne peut que mal tourner. Et puis, il y a Bettý, ce personnage féminin fort qui rappelle les femmes fatales des films noirs américains. Sans scrupules, elles tracent leur chemin sans se soucier réellement des autres. Et pourtant, même ceux qui ont été dupés ne peuvent s’empêcher de les admirer. Et c’est pour cela que depuis sa cellule, le narrateur pense: « Comme elle me manque! Comme ils me manquent, ses doux baisers sur mon corps. Ô, Bettý…»

Une heure de silence nous transporte de son côté aux États-Unis avec le détective récurrent de Michael Koryta, Lincoln Perry. Cette fois-ci, le privé est contacté par un homme condamné pour meurtre. À sa sortie de prison, celui-ci a passé du temps dans une demeure un peu particulière, « La crête aux murmures » conçue par sa propriétaire, Alexandra Cantrell, comme un programme de réinsertion pour anciens détenus. Alexandra s’est volatilisée sans laisser de traces des années plus tôt et Parker Harrison veut que Perry la retrouve. Celui-ci n’a aucune envie d’accepter l’affaire, pourtant, cette maison perdue dans la forêt le trouble. Quand il apprend que le corps du mari d’Alexandra, qui avait disparu avec elle, vient d’être trouvé et qu’un autre détective privé lui demande son aide, il ne peut que décider d’enquêter.

« La crête aux murmures » est effectivement un lieu qui peut intéresser le lecteur, surtout grâce à sa propriétaire, Alexandra. On a envie de comprendre ce qui l’a poussé, fille et sœur de mafieux, à créer ce havre de paix pour délinquants. Michael Koryta arrive à développer son récit en nous dévoilant les faits un à un, à mesure que Perry les découvre. Les témoignages se répondent ou se confrontent parfois, à lui de trier le vrai du faux.

Les personnages des enquêteurs sont intéressants chacun à leur manière. L’ex-agent du FBI et l’autre privé sont hantés par cette affaire qu’ils poursuivent depuis des années comme si seule sa résolution pouvait les aider à reconstruire leur vie, obsédés par l’idée qu’elle est responsable de leurs échecs. Perry se méfie de son client, mais il sait bien qu’il le juge sur son passé de meurtrier et non sur ses actions actuelles. Persuadé que sa carrière de privé est néfaste à ceux qu’il aime, il hésite à continuer son métier et ira jusqu’à se mettre en danger pour connaître la vérité sans se confier à personne.

Comme je l’ai écrit, il y a des éléments intéressants dans ce polar et pourtant, cela ne suffit pas, il reste un goût d’inachevé à la fin. Quelques longueurs et les tergiversations incessantes de Perry ont eu tendance à lasser ma patience, ce qui est dommage, car il y avait là du potentiel.

Disons qu’il se mérite de ma part un « peut mieux faire ».

Arnaldur Indridason, Bettý, Métailié, coll. « Métailié Noir », 2011 (Bettý, 2003) traduit de l’islandais par Patrick Guelpa.

Michael Koryta, Une heure de silence, Seuil, coll. « Policiers », 2011 (The Silent Hour, 2009), traduit de l’anglais par Frédéric Grellier.

 

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9 commentaires sur “Ah, Bettý!”

  1. Éric Forbes Says:

    Koryta, on nous l’a présenté comme un très jeune auteur de génie. Depuis son premier livre, il ne cesse de décevoir. Pour ce qui est de Betty, ça c’est du polar comme je les aime !
    Je viens de terminer le dernier Thomas Cook, au très joli titre: Au lieu-dit Noir-Étang… Une grand moment de lecture ! Cook s’impose vraiment comme un auteur majeur. Dommage qu’il soit si peu connu. Tout son oeuvre est à lire.

  2. norbert spehner Says:

    Belle gymnastique sémantique pour ne pas révéler qui est vraiment le narrateur de cette histoire, premier roman d’Indridason, dans lequel il fait ses gammes, avec un hommage (presque un pastiche) au roman noir américain classique…

    • Éric Forbes Says:

      Monsieur Spehner, vous frôler la délation !😉

      • norbert spehner Says:

        Ah, non…Comme dirait Yvon Alard, je tease, mais ne strip pas !
        Donc, je ne drôle pas la félation ! (Oups !)

  3. Richard Says:

    Bonjour Morgane,
    Assurément que je vais lire le dernier Indridason … Il m’a rarement déçu.
    Mais je passerai mon tour le Koryta …
    Au plaisir de te lire …

  4. norbert spehner Says:

    Je viens de finir le Koryta et je dois avouer que je n’ai pas détesté ça. Trois étoiles et demi. C’est un bon divertissement. Les tergiversations de Lincoln Perry, quoique parfois agaçantes (parce que répétitives) se justifient: il est entrain de se remettre en question. Le problème de Koryta, c’est qu’il a été « tutoré » par Michael Connelly et que l’appareil promotionnel et les baratineurs de service ont une fois de plus dérapé. C’est un conteur naturel qui finira par trouver sa voie et sa voix, si on arrête les comparisons futiles.

    • Morgane Says:

      C’est effectivement un bon divertissement, et j’espère bien qu’il trouvera une voix propre car comme je l’ai dit, j’ai bien aimé ses personnages. Encore un auteur à surveiller quand même, alors.

  5. dasola Says:

    Rebonjour, concernant Betty, je trouve qu’Indridason s’est beaucoup inspiré du Facteur sonne toujours deux fois de James M. Cain, c’est donc pas mal du tout mais je préfère les enquêtes avec Erlandur. Bonne après-midi.

    • Morgane Says:

      Je crois qu’effectivement, il s’agit plus d’un exercice de style en hommage au Facteur sonne toujours deux fois. Je préfère également les enquêtes avec Erlendur qui permettent de beaucoup mieux comprendre la société islandaise.


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