Emprisonnée

Ça m’arrive d’écouter les conseils et j’ai donc lu Miséricorde de Jussi Adler-Olsen (oui, je sais, L’honneur d’Edward Finnigan est encore meilleur, mais je ne peux quand même pas le piquer aux clients de la librairie alors qu’on est à une semaine de Noël?).

Carl Mørck est un bon flic, un excellent même, sauf qu’il est difficile, voire impossible, de travailler avec lui et seuls deux partenaires y parvenaient. Pendant leur dernière affaire, ils se sont fait tirer dessus, l’un est mort, l’autre est à l’hôpital, paralysé. Mørck a écopé d’une égratignure à la tête. Il revient au bureau sans envie et sans passion. Ses supérieurs finissent par trouver la solution, ils créent le département V, chargé de reprendre les enquêtes classées sans suite et l’y transfère. Problème réglé, Mørck se retrouve au sous-sol avec un unique assistant, Hafez el Assad, un homme d’origine syrienne aux compétences plutôt floues et au passé louche.

Malgré la démotivation flagrante du flic, ils vont pourtant commencer par une première affaire, celle de Merete Lynggaard, la vice-présidente du parti démocrate qui a disparu sans laisser de traces, cinq ans plus tôt.

L’une des forces de ce polar est que le lecteur sait dès le départ ce qui est arrivé à Merete puisqu’on suit en parallèle son enlèvement et sa longue séquestration et les recherches de Mørck. La juxtaposition des deux rythmes aide largement à installer le suspense, l’enfermement s’étalant de 2002 à 2007 et l’enquête sur quelques jours seulement, peu à peu les deux périodes se rapprochent pour finir par se réunir et jusqu’au bout la question demeure, réussiront-ils à la sauver?

Premier polar d’une série sur le département V, Miséricorde fait découvrir des personnages intéressants. Même s’il est assez classique, on s’attache rapidement à Carl Mørck, flic à problème, marqué par la culpabilité, sous peu divorcé, mais toujours responsable de son beau-fils. Hafez el Assad est vraiment celui qui fait la différence. Parfois peut-être un peu trop stéréotypé dans son rôle d’étranger, il est celui qui apporte une touche plus humoristique et il devient de plus en plus complexe au fil de l’enquête. Au premier abord simple homme à tout faire, il s’avère très vite qu’il a un bon instinct de policier et des contacts intéressants, mais plus ou moins légaux. Qui est-il vraiment? L’équilibre dans leur relation de travail va également évoluer peu à peu alors que Mørck se rend compte de l’utilité d’un tel assistant et j’avoue être curieuse de savoir comment Jussi Adler-Olsen les développe.

En parallèle, les chapitres qui accompagnent Merete Lynggaard dans sa prison font monter une angoisse claustrophobe, comment rester enfermé cinq ans et ne pas tomber dans la folie profonde?

À part une légère faiblesse au niveau du mobile des kidnappeurs (il se tient très bien, mais on le comprend plus vite que ne le voudrait l’auteur à mon avis), il s’agit d’un excellent polar qui donne envie de suivre un enquêteur de plus. À surveiller, donc.

Jussi Adler-Olsen, Miséricorde, Albin Michel, 2011 (Kvinden I Buret, 2007) traduit du danois par Monique Christiansen.

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Heureusement que certains Scandinaves font remonter le niveau car tout n’est pas à l’avenant dans les dernières parutions. Cyanure de Camilla Läckberg plaira sûrement à ses fans (dont je ne suis pas d’ailleurs), mais ils risquent tout de même d’être un peu déçus. Plutôt une nouvelle de Noël qu’un roman, ce huis clos familial mortel sur une île bloquée par la tempête avec sa résolution plus que prévisible a déjà été écrit cent fois avant elle. En cadeau avec un magazine pour lire au coin du feu, pourquoi pas?, à 26,95$ l’hommage à Agatha Christie, je ne suis vraiment pas sûre. Il ne mérite aucun commentaire plus construit que: ça ne casse pas trois pattes à un canard

Camilla Läckberg, Cyanure, Actes Sud, 2011 (Snöstorm och mandeldoft, 2007) traduit du suédois par Lena Grumbach.

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2 commentaires sur “Emprisonnée”

  1. Éric Forbes Says:

    Sur ce livre, on est parfaitement d’accord. J’ai bien hâte de voir la suite.

  2. Richard Says:

    Tu imagines bien que j’ai une pile de romans francophones à lire d’ici à quelques mois …
    Je garderai donc « Miséricorde » pour sa sortie en poche !!
    Il faut faire des choix !!
    Merci Morgane !
    À bientôt !


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