France/Québec mais pas en train

En ce samedi soir (mon dimanche à moi puisque je commence ma semaine demain), c’est le moment de quelques critiques express, car les livres s’accumulent sur mon bureau. Eh oui, le mois des fêtes signifie pour les libraires moins de temps pour lire et plus de travail. C’est la période la plus occupée de l’année et pas la plus évidente pour les conseils puisqu’on doit souvent servir des clients qui n’ont absolument aucune idée de ce qu’aime celui pour qui ils cherchent un cadeau, même lorsque celui-ci s’est donné la peine de faire une liste. C’est comme cela qu’on m’a demandé la semaine dernière Les souliers écossais, traduction libre et originale des Chaussures italiennes de Mankell. Ce sont les mêmes, elles ont juste mis un kilt. Décembre va être long!

Heureusement, il y a toujours Jean-Bernard Pouy pour nous aider à avoir le sourire. Son dernier roman, Samedi 14, est le premier livre de la nouvelle collection des éditions La Branche, Vendredi 13, qui regroupera 13 auteurs avec comme impératif dans le texte, le vendredi 13, date fatidique. Pouy, égal à lui-même, ouvre donc cet exercice de style le samedi qui suit. Adrien a pris sa retraite; fini les conneries, aujourd’hui, il cultive ses carottes en soignant son lumbago. C’est là que les CRS débarquent sous prétexte de protéger ses vieux voisins, dont le fiston vient de devenir ministre de l’Intérieur. Pour retrouver sa tranquillité et emmerder le gouvernement et les flics, Adrien reprend du service. Pas une bonne idée de déranger un ancien terroriste.

C’est drôle et comme d’habitude écrit dans une langue qui s’amuse. Ça se lirait presque à voix haute juste pour se faire plaisir, avec Queneau cité de temps à autre pour rajouter au rythme des mots. Adrien nous balade à travers la France de TER en TER (la SNCF fait bien les choses) tout en foutant le souk chez les pandores. Souriez, c’est fait pour ça et surtout, n’y voyez aucune ressemblance avec des politiciens actuellement au pouvoir, il s’agit probablement d’une coïncidence, Pouy ne ferait jamais ça!

« Je revenais, tranquille mimile, dans les parages de ma vieille cagna, avec un tapis rouge mental déroulé devant la grosse porte de bois. Pour reboire du guignolet avec mes vieux voisins. Pour ressemer mes petites graines magiques. Pour relire tout Queneau, une énième fois. Pour leur montrer que j’étais de bonne composition. Non, mais! »

On reste dans le ferroviaire avec Mortelle hôtesse, le roman de Bernard Pasobrola paru dans la collection Rail Noir. Il s’en passe des choses dans le TGV Paris-Londres, dont des morts suspectes. Richard Meyer travaille pour une entreprise de renseignement privée, il est chargé de retrouver Humbert Katz, un patient qui aurait disparu durant son séjour à l’hôpital. Son enquête va le mener de Londres à la France, en passant par la Suisse et Anvers où une épidémie de cécité frappe les diamantaires. À qui cela profite-t-il? Les grandes compagnies pharmaceutiques ont-elles quelque chose à y voir et comment Richard doit-il se conduire avec Nora Katz, elle aussi à la recherche de son père?

Entre espionnage et polar, Bernard Pasobrola nous présente une intrigue tout à fait crédible. Les puissants de ce monde pourraient bien monter de tels complots et cela ne rassure personne. Malgré quelques passages plus techniques qui m’ont un peu perdue en route (la libraire n’est pas portée science), le récit tient un bon rythme et Pasobrola dévoile petit à petit les liens qui unissent les industries et les gouvernements de différents continents. L’argent n’a pas d’odeur, mais les diamants pourraient bien ne pas être les meilleurs amis de la femme.

On quitte la France pour un retour vers le Québec, mais loin de la métropole. André Surprenant est policier aux Îles-de-la-Madeleine. La veille de son départ en vacances, une jeune fille disparaît. Lorsqu’on retrouve son corps quelques heures plus tard, plus question de retour à Montréal, Surprenant doit mener l’enquête. Et cela même si on lui envoie un flic de Rimouski pour le faire à sa place. Il connait mieux les gens des îles et est sûr de savoir s’y prendre. Il lui faudra toutefois faire preuve de discrétion, car sa hiérarchie risque de ne pas apprécier. On finit toujours par payer précède Le mort du chemin des Arsène que j’avais déjà chroniqué.

Encore une fois, Jean Lemieux arrive à nous communiquer l’ambiance particulière qui règne aux Îles-de-la-Madeleine. Comment mener une enquête dans un lieu où tous se connaissent et personne ne peut croire en la culpabilité de son voisin? Qu’on soit en Islande avec Indridason ou au Québec avec Lemieux, la question reste la même. Les insulaires ont le caractère rude façonné par une météo difficile. Jean Lemieux installe son roman avec de belles descriptions et le vocabulaire propre aux îles aide à y mettre de la couleur. Il se passe des choses pas jolies du côté de Cap-aux-Meules, mais on est content d’y être venu. Le livre vient d’être adapté pour le cinéma sous le titre La peur de l’eau qui devrait être sur les écrans au Québec début 2012.

Jean-Bernard Pouy, Samedi 14, Éditions La Branche, 2011.

Bernard Pasobrola, Mortelle hôtesse, La vie du Rail, Coll. Rail Noir, 2008.

Jean Lemieux, On finit toujours par payer, Courte Échelle, 2003.

Et pour ceux qui voudraient une idée de l’atmosphère du film, on peut visionner la bande-annonce.

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One Comment sur “France/Québec mais pas en train”

  1. Richard Says:

    Merci Morgane,
    Trois bonnes suggestions de lecture !
    Le « Jean Lemieux » m’intéresse plus particulièrement … après avoir lu « La mort du chemin des Arsène ».
    Au plaisir.


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