Quand l’apartheid s’installait

Ce n’est pas la première fois qu’un polar nous vient d’Afrique du Sud. Caryl Ferey avait déjà fait un tour de ce côté-là, Deon Meyer et plus récemment Roger Smith lui ont donné une voix. Malla Nunn prend le parti d’écrire du roman policier sud-africain en nous ramenant dans les années 50.

Lorsqu’un capitaine de police blanc est abattu dans une petite ville, l’inspecteur Cooper est envoyé de Johannesburg pour trouver le coupable. Seul, il ne fait pas le poids pour s’opposer à toutes les difficultés de ce genre d’enquête. C’est le début de l’apartheid en Afrique du Sud et la couleur de la peau commence à prévaloir dans tous les rapports sociaux. Les fils de l’homme assassiné, des Afrikaners, essayent de cacher leurs secrets. Ayant le village sous leur coupe, ils ne veulent rien perdre de leur pouvoir. Les lignes se tracent officiellement entre noirs, blancs et métis, le dialogue ne peut plus se faire.

« En Afrique du Sud, les noirs avaient besoin de si peu. Un peu moins chaque jour, c’était la règle générale. »

Les débuts de Malla Nunn sont prometteurs. Emmanuel Cooper fait partie de ses flics qu’on va avoir envie de suivre. Buté et intelligent, il se moque de la couleur de la peau et lui préfère l’idée de justice. Il saisit toutefois les rouages de la politique et est bien conscient que cela signifie que son pays part à sa perte. Il a fait la guerre en Europe et il revient avec un mental mis en équilibre instable par toute la violence qu’il a vu. Il a du mal à comprendre que l’Afrique du Sud prenne le virage de la haine.

Les autres personnages sont aussi intéressants, surtout celui de Daniel Zweigman, un médecin juif qui a fui l’Europe et tient maintenant une épicerie, et l’agent de police Samuel Shabalala, policier noir à moitié zoulou, qui vont devenir ses alliés.

Très vite, au fil de son enquête, Emmanuel Cooper découvre les secrets cachés derrière tous ses villageois, les liens qui se sont tissés entre eux parfois méconnus de tous. Se dessine alors un portrait de la victime beaucoup plus complexe qu’il ne paraissait au premier abord. C’est également le fonctionnement d’une petite ville qu’on perçoit avec ses quartiers très délimités, ses chemins interdits aux blancs ou aux noirs, ses règles non écrites.

Malla Nunn installe une ambiance et un paysage, celui de l’Afrique du Sud rurale. Elle arrive à distiller les découvertes petit à petit dans un équilibre très agréable, pas un thriller trop rapide et pourtant un rythme qui nous entraine. Mais surtout, elle réussit à nous raconter une histoire très humaine où la justice ne l’emporte pas toujours, car elle ne sert pas l’intérêt des plus puissants, mais avec des personnages qui vont continuer à se battre puisqu’il faut bien que quelqu’un lutte.

Un premier roman qui m’a donné envie d’attendre le suivant pour savoir ce qu’il adviendra d’Emmanuel Cooper et de l’Afrique du Sud.

Malla Nunn, Justice dans un paysage de rêve, Éditions des Deux Terres, 2011 (A Beautiful Place To Die, 2008), traduit de l’anglais (Swaziland) par Anne Rabinovitch.

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12 commentaires sur “Quand l’apartheid s’installait”

  1. Éric Forbes Says:

    Mon problème avec ce livre, c’est que je me fichais complètement de la mort et, par le fait même, de la raison pour laquelle on avait assassiné le flic (un méchant de chez méchant, trop ?). Ce qui fait que j’ai décroché quelque part au milieu du livre. J’attends cependant son 2e opus, le personnage de Cooper étant effectivement fort intéressant.

    • Morgane Says:

      Pas si méchant, on finit par le savoir plus tard, la victime gagne en finesse vers la fin. Mais je comprends ce que tu veux dire, ça prend effectivement un petit moment à devenir moins caricatural.

  2. Richard Says:

    Merci pour cette chronique !
    Je ne connaissais pas cette auteure.
    Si tu la mets dans la même catégorie que Caryl Férey, Deon Meyer et Roger Smith, je suis prêt pour un autre voyage dans le sud de l’Afrique !!!
    Je découvrirai sûrement avec plaisir ce nouveau personnage.

    • Morgane Says:

      Je suis sûre qu’il te plaira! Je n’ai quand même pas trouvé ça aussi fort que les trois autres, qui jouaient plus dans le très noir et très violent. on ne lit pas un Zulu tous les jours, heureusement 🙂 Mais cela reste très bon.

  3. norbert spehner Says:

    Merci Morgane ! Une pièce de plus à ajouter à mon dossier « Polars africains » qui fera peut-être l’objet d’un article dans Alibis un de ces quatre…Parlant d’Afrique noire, si vous voulez lire quelque chose de différent, avec une héroine vraiment hors du commun, je vous suggère DERNIÈRE PISTE de Taylor Stevens (Presses de la Cité) dont la lecture qui risque de vous enlever définitivement toute envie d’aller visiter certains recoins de ce continent perdu gangréné par la violence et la corruption.

  4. Éric Forbes Says:

    Moi qui suis allergique aux livres pour matantes, qu’en est-il ? Je suis allé voir la fin, et ça me semblait suspect…

  5. norbert spehner Says:

    Si tu réfères à Dernière Piste, c’est pas tout à fait un truc pour matantes. Je suis moi-même allergique à cette « tendance » envahissante…Non, ça cogne, ça saigne, c’est très noir (sans jeu de mot). L’héroine est un mélange de James Bond, Indiana Jones,
    Rambo, avec un zeste de Jack l’Éventreur et de Mata Hari !

    • Morgane Says:

      Ah la matantisation du polar 🙂 Dans le cas de Malla Nunn, ce n’est vraiment pas le cas. Elle prépare par contre une deuxième enquête, on le sent.
      D’ailleurs, j’ai besoin d’une petite aide à la traduction franco-française. Quel serait l’équivalent du « livre pour matantes » en France? J’ai échoué dans mon explication avec une française. Il faut croire que je suis trop bien intégrée 🙂

      • Christiane Carrasset Says:

        « livre pour matante » est ce que c’est un « roman de gare » ?

      • Morgane Says:

        Si la voyageuse a un certain âge et la lecture sensible 🙂 Mais je crois que j’aime quand même l’expression de Benoit Dutrizac de « sagas pour ménopausées » (merci Norbert!), radical, peut-être mais un peu juste quand même 🙂 S’il y a des fans de Marc Levy et autres Guillaume Musso, bouchez-vous les oreilles, mais ça c’est du roman de matante! Dans le polar, ça donne des enquêtrices qui font du tricot, pas trop de sang et une bonne morale. Après c’est comme les purées Mousline ou le jambon Herta, un peu d’amour et le tour est joué! Ça a à peu près autant de goût.

  6. norbert spehner Says:

    Le deuxième de Nunn est déjà écrit: Let the Dead Lie (2010) et le troisième va paraître: Blessed are the Dead (2012). toujours avec Cooper…
    Polar pour matantes ? Un truc plutôt mièvre, sans trop de violence, avec un peu beaucoup de romance, des trucs pour poulettes (Chicks, comme dans chick lit, il y a maintenant des polars français qui s’affichent comme de la chick lit, Marabout en traduit, etc, la peste quoi !) ou madames d’un certain âge (scènes de shopping, recettes de cuisine, papotage, descriptions lassantes, ésotérisme de pacotille, und so weiter). Tout ce que les mecs DÉTESTENT… Aux États-Unis, le phénomène est envahissant. A long terme, c’est la survie même du genre qui est en jeu puisqu’il y a de moins en moins de lecteurs mâles. Plus radical, dans Voir, Benoît Dutrizac a déjà évoqué l’invasion des « sagas pour ménopausées » ! Bref, on n’a pas fini de râler dans les chaumières….

  7. Vonnette Says:

    Bonjour,

    Un livre que j’ai chroniqué il y a quelques mois et que j’ai apprécié ! J’attends moi aussi le deuxième opus pour confirmer mon opinion.

    A bientôt,
    Vonnette


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