Polar québécois, du bon et… (Saint-Pacôme volet 2)

Un prix de polar québécois, c’est bien, deux, c’est encore mieux (je compte le prix coup de coeur de Saint-Pacôme). Sauf que, cela veut dire quoi, dans les faits? Être juré, quel effet ça fait? J’avais donc envie de vous donner mes impressions de l’intérieur. Non, je ne vous révélerai rien des différentes tractations qui ont eu lieu (ne t’inquiète pas Richard, je resterai muette sur tes tentatives de corruption à coup de verres de vin!). Il s’agit plutôt d’une réflexion personnelle sur le polar québécois de cette année.

Tout d’abord, soyons clair, il y avait là beaucoup de premières pour moi: première dans un jury littéraire de taille, première pour la lecture d’autant de polars québécois, sous-entendu beaucoup de découvertes et peu de points de comparaison avec les années précédentes.

Trente-quatre titres étaient en lice, cela ne veut pas dire tous les livres parus dans l’année, mais cela donne quand même un large panorama et les principaux auteurs reconnus du genre étaient dans la liste.

Premier constat et non de moindre importance: il y a vraiment du bon là-dedans, assez pour nous faire discuter longtemps sur celui qui méritait le prix coup de cœur avec des arguments tous valables. Je ne regrette absolument pas notre choix, Guillaume Lapierre-Desnoyers nous a offert une très agréable surprise avec Pour ne pas mourir ce soir, mais Martin Michaud, Jacques Côté, André Marois, Stanley Péan et quelques autres ont aussi écrits des romans d’une grande qualité qui doit être soulignée.

J’ai pu remarquer des maisons d’édition qui n’étaient pas forcément connues pour leur littérature policière (Goélette, Lévesque éditeur) se lancer ou continuer leur publication de façon tout à fait honorable.

Voilà pour le positif qui ne peut exister sans sa balance négative puisque, comme discuté à la table ronde de Saint-Pacôme, nous sommes confrontés à la loi de Sturgeon: « Quatre-vingt-dix pour cent de toute chose est du déchet. » Règle qui, selon lui, s’appliquait autant à la science-fiction dont il voulait parler qu’aux autres genres. Et effectivement, cela marche aussi au polar. On exagère peut-être le 90 % et j’ai déjà cité plus de 3,4 auteurs de la cuvée 2011, mais quand même.

D’un côté, on trouve l’auto-édition ou alors de très petits éditeurs qui ne sont pas tous parfaits, loin de là. Je vais paraître très cruelle et abrupte: dans la majorité des cas, si un livre n’est accepté par aucun éditeur, le problème ne vient pas des éditeurs, mais du roman en question. Il y aura toujours des exemples de chefs-d’œuvre qui n’auront pas été publiés, ils restent l’exception et non la règle. J’ai également remarqué que souvent dans ces cas-là, le mot d’ordre de la maison d’édition est d’être au service de l’auteur. Et là, j’ai un problème. On ne peut pas effacer le travail d’édition, c’est lui qui transforme un bon livre en excellent roman. Je crois que tout auteur a besoin d’un éditeur et de son équipe pour avoir une vue d’ensemble, faire un réel travail d’édition, de réécriture puis de correction et de révision. Enlevez cela et vous vous retrouvez trop souvent avec des auteurs du dimanche. Être éditeur est un métier, cela ne s’arrête pas à choisir un imprimeur et une couverture. Et je ne me lancerai même pas sur la politique éditoriale nécessaire à une maison pour avoir une image.

De l’autre côté, on trouve aussi des auteurs qui, à mon avis, se reposent sur leurs lauriers. Ils se sont fait une certaine renommée, sont connus du grand public et se contentent de reprendre une formule qui avait déjà fonctionné. Pas de surprises, mais pas de danger non plus. Là encore, j’ai tendance à reprocher autant à l’auteur qu’à l’éditeur qui laisse cet état de fait puisque cela continue de vendre. Dommage quand même, car je pense que d’autres lecteurs plus difficiles pourraient être attirés, mais ne le seront pas si cela sent le réchauffé.

Et finalement, il y avait les titres qui n’avaient pas vraiment leur place puisque ce n’était pas des romans policiers. Je ne suis pas puriste et je réfléchis le genre au sens large, mais cela reste tout de même un prix polar.

Voilà donc un bilan rapide de mon expérience. En résumé: quelques lectures difficiles, quelques romans pas terminés, quelques fous rires non intentionnés de la part de l’auteur suivi de fureur de ma part, mais aussi et surtout quelques excellentes découvertes. Et ce sont ces trouvailles-là qui me donnent envie de recommencer, car si on reprend la loi de Sturgeon et qu’on pense qu’il se publie chaque année au Québec quelques polars de plus, on peut espérer pour bientôt une bien belle crème de la crème!

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3 commentaires sur “Polar québécois, du bon et… (Saint-Pacôme volet 2)”

  1. Alice Says:

    C’est toujours un plaisir de lire te lire surtout pour ta franchise et ton esprit critique. Ça fait du bien

  2. Richard Says:

    Bonjour Morgane,
    Excellente analyse et surtout, un très bon survol de cette expérience très stimulante !
    Je suis tout à fait en accord avec tes observations sauf pour les … tentatives de corruption: sont des allégations ou des faits ??
    De toute façon, en ces temps où les enveloppes brunes sont à la mode, tu avoueras qu’un pot de vin, c’est plus agréable !!!
    Amitiés

  3. Éliane Says:

    Allô Morgane

    Voilà une synthèse de beaucoup de lectures qui est tout à fait pertinente. Je seconde surtout ton point de vue sur l’importance du travail d’éditeur. Il y avait plusieurs candidats cette année qui auraient vraiment gagné à avoir un éditeur qui fasse vraiment son travail. Des longueurs, des invraisemblances, un resserrement de la trame du roman qui auraient vraiment pu changer les choses et faire d’un honnête bouquin sans grand mérite une oeuvre véritable… et qui sait, primable!

    On se part une maison d’édition?

    😉


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